Les guerres sans fin du Moyen-Orient

Le Moyen-Orient connaît les guerres. Des conflits armés, la région qui va du Maghreb aux confins de l’Asie centrale en a connu de façon régulière, quasi continue depuis 70 ans.

Fondation d’Israël, crise de Suez, guerre des Six Jours, guerre du Kippour, conflit israélo-palestinien, guerre du Liban, guerre Iran-Irak… jusqu’aux conflits du XXIe siècle : invasion américaine de l’Irak, guerres civiles en Syrie, en Libye, au Yémen, souvent à la suite d’insurrections démocratiques et pacifiques vite détournées ou radicalisées.

Là-bas, les guerres civiles deviennent presque fatalement des conflits internationaux aux ficelles multiples. Dans la tragédie syrienne, on peut recenser jusqu’à douze pays qui y ont mis leurs pattes, ou qui ont été touchés d’une manière ou d’une autre.

Cette région du monde est assez peu intégrée d’un point de vue économique : modèles étatiques lourds, commerce limité à quelques domaines et quelques partenaires, faible insertion dans l’économie mondialisée.

Idem du point de vue de la coopération régionale. Si, dans une poussée de cynisme, vous cherchiez des exemples — pour en rire ou en pleurer — de la faiblesse des institutions interétatiques au XXIe siècle, vous pourriez toujours désigner l’Union européenne, l’Union des États américains ou encore l’Union africaine… bien que dans ces trois cas, on puisse aussi prouver qu’elles ont leur utilité, et l’ont déjà montrée.

Non, si on veut un exemple qui se démarque dans l’inanité et l’insignifiance, c’est du côté de la Ligue arabe qu’il faut aller voir.

 
 

Pour autant, c’est une région du monde où les motifs de crise — sociaux, politiques, militaires — se ressemblent et se recoupent, où il y a une « intégration » très poussée des problématiques.

À l’interne : la fatale et éternelle alternative entre deux calamités symétriques, Charybde et Scylla. Dictature militaire ou invasion de la religion en politique (communautarisme, islamisme). Parfois, certains auront les deux en même temps !

Ces deux réponses politiques, dans le monde arabo-musulman, finissent toujours (ou presque) par écraser les poussées démocratiques populaires, alliées à la revendication laïque. Périodiquement, comme aujourd’hui en Algérie, au Liban ou en Irak (le « Printemps arabe II »), des populations hurlent leur désir de sortir de cette fatalité.

À l’international, tout tourne toujours autour de trois axes : le vieil affrontement israélo-arabe (et la « sous-question » palestinienne), le face-à-face Iran-Arabie saoudite (recoupant étroitement l’affrontement chiite-sunnite, s’étendant à l’Irak, à la Syrie et au Liban)… et puis finalement, les rivalités intra-sunnites.

Aujourd’hui, le premier clivage tend à s’effacer derrière les deux autres, même si la question palestinienne — avec l’antagonisme israélien — reste un thème important pour beaucoup de populations arabes.

La question iranienne, la désignation de l’Iran chiite comme « mal absolu », monte en puissance : elle tend par exemple à transformer Israël et l’Arabie saoudite en alliés, ce qui est inédit et affaiblit les Palestiniens. Le positionnement — pour une fois clair — des États-Unis de Donald Trump renforce ici l’antagonisme, tandis qu’ailleurs dans la région, les États-Unis s’effacent au profit de la Russie, et peut-être demain de la Chine.

Parmi les sunnites (et ici, on doit inclure la Turquie) les théâtres syrien et libyen ont donné à voir des affrontements avec, d’un côté, le Qatar et la Turquie tirant des ficelles et, de l’autre, l’Égypte et l’Arabie saoudite — un duo d’alliés qui incarne parfaitement les deux facettes de la dictature arabo-musulmane au XXIe siècle.

 
 

Cette étroite imbrication fait en sorte que toute question de politique intérieure, toute tendance interne, est automatiquement jugée, évaluée à l’aune des influences étrangères (ce qui a été par exemple fatal aux démocrates syriens). Inversement, les rapports de forces géopolitiques déterminent des luttes internes et l’influence d’acteurs comme les rebelles houthis du Yémen (alliés, mais non affiliés à l’Iran), ou encore les sunnites du Liban.

Région de conflits sans fin, le Moyen-Orient ne connaît pas pour autant la guerre généralisée… ce que deviendrait probablement un conflit ouvert entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

Les acteurs principaux n’en veulent pas pour l’instant. Mais avec toutes ces ficelles qui s’enchevêtrent, et cette myriade d’acteurs secondaires qui tirent, un dérapage à hue et à dia peut se produire. Jamais probable, mais toujours possible.

François Brousseau est chroniqueur d’affaires internationales à Ici Radio-Canada.

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4 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 2 décembre 2019 07 h 08

    C'est si triste.

    Ma conclusion pour le Moyen-Orient: un sapré panier de crabes! Mais tout cela est si triste. Que dire de plus que l'Histoire est longue...

    M.L.

  • Bernard Terreault - Abonné 2 décembre 2019 08 h 40

    Pétrole

    S'il n'y avait pas là ces encore immenses réserves de pétrole, personne ne s'intéresserait à ce coin du monde et à ses chicanes locales que certaines puissances ont intérêt à envenimer. Même Israel aurait trouvé le moyen de s'entendre avec ses voisins.

  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 2 décembre 2019 12 h 54

    Guerre ou non, il ne fera jamais bon vivre au Moyen-Orient pour moi, femme.

  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 2 décembre 2019 13 h 01

    J'ajouterai que ca me fait bien rire de voir des hommes qui commentent la situation du Moyen-Orient.Le Moyen Orient est perpetuellement en guerre contre mon sexe et rien ne semble indiquer que les choses vont changer mais s'entretuer entre homme et sans fin....que c'est triste.