Revues prédatrices

On en parle enfin et c’est tant mieux ! De quoi donc ? Des revues prédatrices. Où ? Entre autres dans L’actualité, qui propose dans son plus récent numéro un excellent texte sur le sujet, signé Alex Gilles, et à l’UQAM, qui organise cette semaine un atelier (« Les éditeurs “prédateurs” : mieux les connaître afin de les éviter ») pour informer et mettre en garde ses professeurs.

Je vous rappelle d’abord ce que sont ces revues prédatrices, mais je veux ensuite dire qu’elles ne sont, hélas, pas le seul ennemi qui fait — ou qui peut faire — de l’intérieur du mal à l’université, et par conséquent à nous tous.

Maggie Simpson, chercheuse universitaire

Commençons avec un exemple.

Dans le Journal of Computational Intelligence and Electronic Systems, qui l’avait bel et bien accepté, vous auriez pu lire un très savant article intitulé « “Fuzzy”, Homogeneous Configurations ». Ce texte présente toutefois de très gros problèmes, mais ce sont des problèmes qu’un observateur non averti ou peu savant risque de ne pas apercevoir. Toutefois, si on est un peu informé du sujet dont il traite, on voit immédiatement que l’article comprend des phrases et des idées totalement absurdes et incompréhensibles. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant : il a été composé à l’aide d’un programme générant du texte au hasard, SciGen.

Mais même le citoyen lambda aurait tiqué devant les noms des auteurs de l’article. C’est Alex Smolyanitsky, véritable chercheur en ingénierie, qui l’a « écrit » et soumis. Or, il dit le signer avec les trois coauteurs suivants : Maggie Simpson, oui, oui, le bébé de la célèbre série ; l’enseignante de Bart Simpson, Edna Krabappel ; sans oublier Kim Jong Fun.

L’article a pourtant été accepté, très vite, par cette revue et dans de nombreuses autres revues où il avait été soumis. Il faut dire que ce sont des revues d’un genre nouveau, dites prédatrices, justement.

Elles sont apparues entre autres parce que la publication en ligne permettait de se soustraire aux lourds coûts de la publication par les revues universitaires, mais aussi à la lourdeur administrative et au long temps nécessaire pour assurer l’indispensable révision par les pairs du contenu des articles soumis.

Ces revues prédatrices, par milliers, sont alors apparues et, contre argent sonnant, elles publient en ligne vos textes dans ce qui a toutes les apparences d’une revue scientifique de bon aloi — mais qui bien souvent n’a rien d’autre que cela. Des listes recensant ces prédateurs existent. Elles sont mises à jour à mesure que le mal se répand, alimenté notamment par la soif de profits de ces dangereux nouveaux acteurs de la vie intellectuelle et par la naïveté ou l’ignorance des auteurs motivés, eux, par l’impérieux besoin de publier.

Notez que ce phénomène touche aussi, même s’il est moins connu et moins dévoilé, des colloques et conférences bidon ou qui n’ont même jamais eu lieu.

Je l’ai dit : j’avance que le mal prend aussi d’autres formes, dont on devrait aussi s’inquiéter.

Les ennemis intérieurs

La commercialisation de la recherche, pour commencer, devrait aussi nous alerter, pour plusieurs raisons.

La première est la possibilité que ses objets soient alors massivement décidés par des intérêts économiques, financiers ou commerciaux, souvent à courte vue, et cela au détriment de la recherche menée pour d’autres raisons, parmi lesquelles l’intérêt strictement intellectuel.

La deuxième concerne l’appropriation des résultats et avec elle, leur éventuelle diffusion.

Je soutiens aussi que cette insistance à ne valoriser que la recherche subventionnée peut être néfaste pour la poursuite de travaux importants, mais qui ne nécessitent pas, ou si peu, de fonds.

Elle peut aussi inciter à aller vers des objets de recherche qui semblent parfois inventés de toutes pièces et qu’on poursuit parce qu’ils sont à la mode ou parce qu’ils sont ce que le milieu demande, pour ne pas dire impose — en interdisant même parfois qu’on ose penser ou dire autre chose.

Je pense d’ailleurs que l’on a vu, hélas, apparaître, au sein de l’université, dans ce contexte et avec ces effets de mode évoqués plus haut, des disciplines, des revues et des programmes de recherche pour le moins étranges ou douteux.

Je ne nommerai rien ni personne, mais disons que le virus postmoderne, brillamment isolé par Alan Sokal en 1996 avec son triste mais hilarant canular, s’est répandu. Un indice qui me met en alerte est ce sentiment de toujours connaître à l’avance la conclusion de l’article qu’on me propose, et qui porte pourtant sur un sujet débattu ou chaudement controversé.

Quoi qu’il en soit, je pense que tout le monde conviendra qu’il y a dans tout cela des raisons de s’inquiéter. Pour la vie intellectuelle et universitaire, bien sûr, mais aussi pour la vie et pour la conversation démocratiques, ainsi privées des indispensables apports du savoir et de l’expertise désintéressés.

Truc et astuce de prof

Sur la lecture, bis. Cette semaine est en cours la deuxième campagne du mouvement À go, on lit !, qui veut promouvoir la lecture chez les jeunes de 14 à 20 ans.

Son site Web est accessible à l’adresse www.agol.ca

La perle de la semaine

Elle est offerte par Jean-Louis Plamondon. Il raconte.

« C’était en 1965. J’étais à ma première année d’enseignement et je donnais le cours de religion en 7e année. Le manuel scolaire que nous utilisions contenait plusieurs textes de l’Ancien Testament.

Un matin, je demande aux élèves :

“Quand Dieu a-t-il créé le monde ?”

Un garçon lève la main :

“Au commencement de la récréation.” »

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23 commentaires
  • Dominique Boucher - Abonné 23 novembre 2019 05 h 31

    Un autre canular

    Un autre canular, de style Sokal, aussi très amusant : « The Conceptual Penis as a Social Construct,” par Peter Boghossian (professeur de philosophie à lʼUniversité de Portland — Portland!) et James A. Lindsay (docteur en mathématiques), accepté et publié dans la revue Cogent Social Sciences.

    Les auteurs sʼen expliquent dans la revue Skeptic (voir http://tiny.cc/4k8pgz) : « Sous les noms de plume «Jamie Lindsay» et «Peter Boyle» et en prétendant appartenir au (fictif) «Groupe de recherche sociale indépendante du Sud-est» [Southeast Independent Social Research Group], nous avons écrit un papier absurde rédigé de manière vague dans le style de la théorie du genre discursive post-structuraliste. Le papier était ridicule par intention, arguant essentiellement que les pénis ne devraient pas être considérés comme des organes génitaux masculins, mais comme des constructions sociales dommageables. Nous n'avons pas cherché à savoir ce que signifie «théorie discursive du genre post-structuraliste». Nous avons supposé que si nos implications morales étaient claires sur le fait que la masculinité est intrinsèquement mauvaise et que le pénis en est à la base, nous pourrions faire publier le document dans un journal respectable. »

    En même temps —oh! ironie! —, des commentateurs notent que le pénis EST, en un sens (mais en un sens SEULEMENT), une construction SOCIALE. Cʼest l'utilisation d'une langue pseudo-scientifique hyper-sérieuse à des fins clairement militantes (le pénis comme « construction sociale DOMMAGEABLE ») qui est ridicule.


    Jean-Marc Gėlineau, Montréal

    • Cyril Dionne - Abonné 23 novembre 2019 12 h 27

      Et vous êtes surpris de tout cela M. Gélineau? Tous savent que dans les cercles universitaires, il faut publier pour ne pas périr (publish or perish). Or combien de recherches qui ne sont pas frauduleuses mais tout simplement médiocres ou inutiles en sciences sociales et qui sont publiées tout de même? Souvent, ce sont les universités qui paient pour que ces recherches soient publiées dans un journal ou revue quelconque. L’éducation est un commerce comme les autres. Plu$ d’étudiant$, plu$ d’argent.

      Ceci dit, primo, combien lisent ces recherches? Vous êtes chanceux que se soit 1% de la population.

      Deuxio, la plupart des gens qui lisent ces recherches ont l’éducation, les compétences et les filtres nécessaires pour séparer le vrai du faux. Sinon, que font-ils là? Ceux qui ont lu le texte « “Fuzzy”, Homogeneous Configurations » savaient fortement bien que le tout était ridicule. Ils n’avaient qu’à vérifier les sources de l’article et les auteurs qui sont des personnages fictifs. Ce sont les références de l’étude en question qui sont les plus drôles dans toute cette saga.

      Tertio, parce qu’une étude ou un texte soit publié dans une revue prisée quelconque, cela ne fait pas d’elle un triomphe de l’innovation et de la compétence. Par exemple, vous savez que même si un texte est publié dans le Devoir, cela ne veut pas dire qu’il n’est pas redondant et parsemé d’opinions démagogiques qui tendent vers la désinformation, François Bugingo oblige. Dernièrement, il en pleut de ce journal.

      Enfin, le seul et véritable auteur de la pseudo-recherche mentionné par M. Baillargeon, Alex Smolyanitsky, avait dit entre autre : « Je voulais avant tout proposer quelque chose qui diffuse immédiatement le faux », a-t-il déclaré. « Mon seul regret est que le deuxième auteur ne soit pas Ralph Wiggum. » Ralph Wiggum est la grosse police incompétente et pas assez intelligente pour être corrompue des Simspon.

      Ah, les sciences diffuses et clair-obscures des gens des tours d’ivoire.

  • Marc Therrien - Abonné 23 novembre 2019 08 h 18

    De la fabrique de l'imposture


    L’imposture comme phénomène social s’inscrit dans le zeitgeist de son époque. Si du temps religieux de Molière et son Tartuffe au XVII ième siècle, l’imposteur portait le costume du dévot, aujourd’hui dans un monde où la foi investit le culte de l’individu, l’imposteur prend l’apparence de l’expert bardé de certifications. Le psychanalyste Roland Gori, dans « La fabrique des imposteurs», analyse l’ampleur que prend ce phénomène dans notre société qui, en valorisant la compétition et la performance, le fabrique et le favorise. Dans un monde qui carbure à la compétition et à la concurrence, que d’aucuns appellent le darwinisme social, et dans certains contextes où la course est plus rapide et intense, l’imposture sert paradoxalement au plus adapté qui pour survivre doit se tenir près du sommet et non rester à la base. Elle devient une parade pour répondre aux demandes intenables d’un environnement de plus en plus exigeant centré sur l’atteinte de résultats où sa valeur personnelle est mesurée en fonction de sa capacité à toujours dépasser ses « scores ». L’imposteur est celui pour qui il n’y a pas d’autre jouissance de la vie possible que celle où il est reconnu socialement. Comme dirait Épicure, la recherche du bonheur dans les fruits de la gloire demeure vaine.

    Enfin, depuis que Jean-Paul Sartre nous a fait prendre conscience que «quand l'homme agit, il engage dans son acte toute l'humanité», on réalise malheureusement que dès qu’un scientifique peut décider de choisir la voie de l’imposture, c’est la confiance en toute sa confrérie qui est ébranlée. La confiance doit alors malheureusement s’évaluer au cas par cas pour être méritée et dans ce domaine précis, ce n’est pas tout un chacun qui a la capacité de l’évaluer. Il doit s’en remettre à l’expert qui contre-expertise un expert.

    Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 23 novembre 2019 13 h 05

      Ah ! « ben. Vous venez de décrire presque la totalité de tous les philosophes vivants. Il n’y a pas si longtemps, les philosophes étaient des hommes de sciences. Malheureusement, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

      Une petite anecdote. Le terme « Fuzzy Logic» existe vraiment en intelligence artificielle. En français, on l'appelle la logique floue qui est une extension de l'algèbre boolienne. Pour « Homogeneous Configurations », disons poliment que c’est une contradiction sauf pour dans certains cas en mathématiques qui décrivent les corps élastiques uniformes.

    • Marc Therrien - Abonné 23 novembre 2019 16 h 38

      Que ce soit jadis par la voie du croire et la prétention religieuse ou aujourd’hui par la voie du savoir et la prétention scientifique, il arrive que la raison inconsciente de ses limites manque de sensibilité et d’intelligence quand elle cherche à tout prix à se maintenir en position de supériorité ou de domination. Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne je prends souvent conscience que j’ai intérêt à demeurer humble dans mes prétentions tel que Blaise Pascal nous y invite dans cet extrait de « Pensées » : « La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la dépasse; elle n’est que faible, si elle ne va pas jusqu’à connaître cela.» Parmi les philosophes qui ne sont pas des scientifiques et qui peuvent nous aider à penser mieux pour vivre mieux ou à mieux vivre sa pensée, c’est selon, il y a Pierre Bertrand dont je lis actuellement « Nous sommes vie, nous sommes mouvement ».

      Marc Therrien

  • Françoise Labelle - Abonnée 23 novembre 2019 08 h 44

    Les précieuses ridicules du monde universitaire

    Sokal et Bricmont se moquaient des fraudeurs post-modernes, surtout français à l'époque mais pas exclusivement, qui pondaient d'abondants textes sans queue ni tête, auto-validés par l'emploi créatif de termes empruntés aux mathématiques, à l'informatique ou à la physique. La science n'étant qu'un discours parmi d'autres, tous les discours s'équivalant, pourquoi ne pas produire le nôtre? Surtout que ça permet de produire rapidement les nombreuses publications qui constituent une part importante de la tâche. Ces textes doivent être théoriquement jugés par des pairs (qui travaillent dans le même domaine). Or soit ceux-ci n'y comprennent rien, soit ils ont adopté la même pratique. Tant pis pour ceux qui peinent à produire des expérimentations rigoureuses; ils perdent leur temps.

    Vous trouverez plusieurs textes universitaires postmos produits dans les glorieuses années 80-90, pondus par des humains et vous ne pourrez pas les distinguer des textes générés aléatoirement, surtout avec les avancées récentes en I.A., l'imitation artificielle. La règle de base: si vous ne comprenez pas un texte, ça ne veut pas dire qu'il est bon. Einstein, ce vulgarisateur de talent, disait: si vous ne pouvez expliquer votre théorie à une fillette de 12 ans, c'est que vous ne maîtrisez pas votre théorie. C'est là un moteur de l'enseignement, je dirais.

    Un article récent dans The Economist la prose produite par l'imitation artificielle. On y mentionne Sokal en passant.
    «Don’t fear the Writernator Computer-generated writing will never replace the human kind» The Economist, oct. 2019

  • Loyola Leroux - Abonné 23 novembre 2019 09 h 14

    Conversation démocratique vs vie universitaire

    Camarade Baillargeon, je subodore une contradiction dans votre propos au pays de ‘’l’autodéfence intellectuelle.’’ Le rôle de l’université dans une société c’est de reproduire à chaque génération l’élite qui dirigera. Elle n’a pas été créée pour les citoyens lambda.

    Depuis la Révolution tranquille, et grâce surtout à Guy Rocher, le citoyen lambda a accès à certaines facultés molles de l’université. L’armée ne les accepte plus, les ordre religieux sont disparus, les travaux de cols bleus nécessitent une certaine force physique. Il leur reste l’université. En ce sens on peut dire que les syndicats ont gagné. Leur mot d’ordre en 1970 était ‘’L’école reproduit les classes dominantes.’’ Les universités populaires ne reproduisent plus les classes dominantes. Mais pour donner une chance aux jeunes lambda de réussir, l’université Laval vient de lever les sanctions contre ceux qui trichent, par exemple.

    Que les revues dites ‘’scientifiques’’ publient de frais ou faux articles n’a pas d’importance. Peu d’étudiants ont la capacité de les comprendre et encore moins de voir les attrapes. D’autres vont paraphraser ou tout simplement faire un copier-coller.

    Pourquoi ne publier vous pas le titre du livre de Sokal, ‘’Impostures intellectuelles.’’

    Concernant la lecture pour les jeunes de 14 à 20 ans, avez-vous regardé les livres proposés à ces jeunes ? Moi oui, et cela me décourage…

    • Pierre Grandchamp - Abonné 23 novembre 2019 12 h 31

      @ M. Leroux
      « L’école reproduit toujours les classes dominantes »; pis les syndicats n’ont rien à y voir. Dans ces pages, M. Guy Roger rappelait cette erreur de la réforme ayant permis le financement des écoles privées. A lire cette chronique de Emmanuelle Latraverse :: "Le faux débat des commissions scolaires:https://www.journaldemontreal.com/2019/11/17/le-faux-debat-des-commissions-scolaires

      La CAQ, actuellement, procède à toute vapeur( comme en Immigration PL21) pour modifier le système scolaire qui va faire en sorte d’augmenter le caractère élitiste du système. Voir ce qu’en dit l’IRIS dans son mémoire : « Le Québec connaît d’importantes inégalités scolaires notamment en raison du financement public de l’école privée et de la multiplication des programmes et projets particuliers à l’école publique. Au niveau secondaire, près d’un élève sur cinq est inscrit dans un programme particulier. Cette tendance de l’école publique à imiter l’école privée afin d’attirer un plus grand nombre d’élèves risque de s’accentuer si les parents peuvent «magasiner» leur école sans égard au territoire de résidence, transformant chaque école en PME à la recherche de *«clientèle*. »
      https://cdn.iris-recherche.qc.ca/uploads/publication/file/FicheCAQ-9-Commissions_scolaires_WEB.pdf

    • Pierre Grandchamp - Abonné 23 novembre 2019 15 h 08

      @ M. Leroux,

      Avant la Révolution tranquille, et Guy Rocher pour lequel vous semblez avoir certains reproches, le Québec était la société la moins scolarisée en Amérique du Nord; pis l'université était une affaire de mâles.

      Dans son livre best seller, en septembre 1960, "Les Insolences du Frère Untel", Jean Paul Desbiens écrivait:":"Ici, au Québec, nous ne sommes guère que la 2e génération à savoir lire et écrire. Et encore nous lisons fort peu et nous écrivons plus ou moins joual".

    • Pierre Grandchamp - Abonné 23 novembre 2019 20 h 55

      Je suis, tout comme vous, un diplômé de feu le collège classique, Nous avons fait partie d’une très infime minorité de mâles privilégiés, choyés; pendant que l’université était une affaire, évidemment aussi, de mâles. Aujourd’hui, les femmes sont majoritaires dans les universités.
      Le problème de notre système, c’est son caractère élitiste qui fait en sorte que la classe ordinaire est plus que ordinaire. En Ontario, l’État ne subventionne pas le privé. « Le système québécois d’éducation est un des plus inégalitaires au Canada, entre autres à cause de la place importante de l’école privée — 21,5 % des élèves québécois vont au privé, comparativement à 7,8 % pour l’ensemble du Canada. Au secondaire, quatre élèves sur dix fréquentent l’école privée à Montréal (39 %) et à Québec (42 %).

      « Le résultat de ce système, c’est que les classes ordinaires n’ont plus rien d’ordinaire https://www.ledevoir.com/societe/education/516933/education-les-devoirs-du-ministre-proulx

      Pierre Grandchamp

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 24 novembre 2019 13 h 23

      @ M. Baillargeon... "Truc et astuce de prof".
      Retour sur cette phrase qui m'agace.: " Cette semaine est en cours la deuxième campagne du mouvement À go, on lit !, etc etc."
      Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage... ! Nicolas Boileau.

    • Claude Bernard - Abonné 24 novembre 2019 22 h 07

      M Leroux
      Reproduire l'élite qui dirigera, dites vous; j'ai de sérieux doutes sur votre vue des choses.
      50% des étudiants universitaires sont la première génération à y être.
      De plus, ces diplomés ne seront pas tous des dirigeants tant s'en faut. Tous les politiciens, hommes d'affaires influents, chefs de file dans les secteurs manufacturiers, syndicaux, inventeurs, artistes, écrivains, techniciens etc... ne sont pas des diplomés universitaires.
      Élites, oui; leaders: peut-être.
      Reproduire implique une sorte de complot pour perpétuer un ordre social; alors que les Universités cherchent surtout à produire une élite adaptée aux conditions changeantes mondialement et tehniquement pour assurer le développement du pays.
      Si tous nos premiers ministres étaient diplomés universitaires, plusieurs étaient descendants de cultivateur, de chauffeur de camions etc...
      Autrement dit, je ne vois un plan machiavélique pour reconduire les mêmes bourgeois au pouvoir de père en progéniture.

  • Jacques de Guise - Abonné 23 novembre 2019 10 h 42

    Le vrai problème

    Le vrai problème c'est que le citoyen ordinaire n'a pas accès aux fameuses revues supposées savantes, fait que ne venez pas me parler des revues prédatrices qui prennent la place de ce que à quoi tous les Québécois devraient avoir accès.

    Tant que tous les Québécois n'auront pas accès à toutes les revues supposées savantes par l'entremise de la BAnQ ou autrement, votre problème des revues prédatrices est un faux problème!

    De plus, pour enrayer l'engouement (???) vers ces revues prédatrices, il va falloir que les revues savantes étayent davantage leurs fondements et leurs démarches puisque qu'elles ne s'adressent pas uniquement aux détenteurs de leurs "codes" abscons.

    • Loyola Leroux - Abonné 23 novembre 2019 16 h 45

      Avouez monsieur de Grandchamp que cette petite élite est tres bien scolarisée avec l'apprentissage des humanités greco latines. Entre le grand nombre qui sait a peine écrire et une élite qui écrit ses travaux en latin, je préfere la 2e. J'admire Guy Rocher qui a contribué a la démocratisation de l'acces a l'éducation. Malheureusement, nous avons assisté a la démocratisation des contenus ce qui est une erreur.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 24 novembre 2019 07 h 31

      @M. Leroux

      « Entre le grand nombre qui sait a peine écrire » L’Économistre Pierre Fortin a répondu à ce sophisme dans la revue L’Actualité : « Une affirmation abusive, réductrice et qui manque sérieusement de mise en contexte », dit l’économiste Pierre Fortin.
      https://lactualite.com/lactualite-affaires/2017/07/11/53-danalphabetes-fonctionnels-voyons-voir/

      « et une élite qui écrit ses travaux en latin ».Ça fait longtemps que j’ai perdu mon latin; remplacé par l’espagnol : beaucoup plus utile…Je me console quand je sais que nos bons élèves performent bien aux tests nationaux et internationaux.« ....Les élèves du Québec, faut-il savoir, sont nettement plus forts en maths que ceux d'ailleurs au Canada et que de la plupart des pays du monde. Cette prédominance ne date pas d'hier : tous les tests depuis un quart de siècle, tant canadiens qu'internationaux, le confirment. « https://www.lapresse.ca/debats/chroniques/francis-vailles/201805/10/01-5181417-le-faux-debat-du-decrochage-au-quebec.php

      En conclusion. Le problème majeur de notre système, c’est son caractère de plus en plus élitiste. Imaginez que vous êtes prof, dans une classe *ordinaire*,au secondaire à Montréal ,où 39% des élèves sont au privé et où « plus des deux tiers des élèves viennent de milieux défavorisés, plus de 50 % d’entre eux n’ont pas le français comme langue maternelle et un élève sur quatre a des besoins particuliers. «
      %) https://www.ledevoir.com/societe/education/516933/education-les-devoirs-du-ministre-proulx

    • Pierre Grandchamp - Abonné 24 novembre 2019 09 h 37

      En complément à M. Leroux,

      Moi, ce qui m’inquiète ce n’est pas que nos futurs avocats ne sachent pas le latin ni que nos futurs médecins n’apprennent pas le grec. Ce qui m’inquiète : c’est la crise de la tradition et de l’autorité que vit notre société. Les symptômes : augmentation des cas de références à la DPJ; le parent-roi; l’enfant-roi; le fait que de plus en plus d’enfants arrivent à l’école avec des problèmes d’adaptation et/ou d’apprentissage.
      A lire, le livre d’une enseignante au privé : « Parents essoufflés, enseignants épuisés: les répercussions sociales d'une éducation trop permissive »., par Anne-Marie Demers.

    • Claude Bernard - Abonné 24 novembre 2019 22 h 29

      M Grandchamp
      Les écoles privées et les écoles publiques spécialisées sont peut-être l'effet et non la cause de la déliquescence de l'enseignement suite à la démocratisation de celle-ci conformément au rapport Parent.
      Si le privé ou le sélectionné est le premier choix des parents, il ne le serait pas si l'école publique avait pu tenir les promesses de la Révolution tranquille.
      Elle ne l'a pas pu pour des raisons multiples et complexes jamais complètement élucidées; nous sommes victimes d'un cercle vicieux impossible à trancher sans mettre la hache à l'ouvrage.
      S'attaque aux subventions du privé et aux écoles spécialisées publiques, c'est combattre la solution des effets désastreux d'une mauvaise affaire et non les causes du problème.
      Autrement dit: quand la maison brule, il ne faut pas arroser ceux qui ont fui le brasier mais la maison.