Le «test des valeurs» du PLQ

Tout juste informé d’un nouveau pépin à la Société des traversiers du Québec (STQ), qui lui fait vivre un véritable calvaire depuis sa nomination, le ministre des Transports, François Bonnardel, s’est défoulé sur son critique libéral, Gaétan Barrette, lui lançant qu’il avait renoncé à entrer dans la course à la chefferie du PLQ parce « personne ne veut de lui au Québec ».

Cela n’était peut-être pas très aimable, mais c’est vrai. Dans une entrevue à La Presse, l’ancien ministre de la Santé a expliqué qu’il aurait eu des chances raisonnables de gagner la course, mais pas la prochaine élection. La perspective de vivre des années de misère dans l’opposition pour ensuite laisser la place à un autre qui tirerait les marrons du feu n’avait rien de très enthousiasmant.

Autre éclopée, sa collègue de Saint-Laurent, Marwah Rizqy, a également déclaré forfait. Il ne lui a fallu qu’un an pour se mettre tous ses collègues à dos. Elle a été offusquée d’apprendre qu’ils la qualifient de « Martine Ouellet du Parti libéral », mais elle a couru après. Elle est arrivée à la conclusion qu’« à ce moment-ci » elle contribuera plus efficacement au renouvellement du PLQ dans une autre fonction que celle de cheffe. Personne ne la contredira. Il y a deux mois, Mme Rizqy avait déclaré que la course serait affreusement « plate » si Gaétan Barrette n’était pas sur les rangs. Elle le sera aussi sans elle.

 
 

Celle qui fait figure de favorite depuis le début, Dominique Anglade, tenait à être la première à faire son entrée dans la course, qui sera officiellement lancée au conseil général de la fin de semaine, mais cela tombait au plus mauvais moment. Le rapport publié mercredi par la vérificatrice générale est terriblement gênant pour l’ancienne ministre de l’Économie. Les deux tiers des subventions accordées par son ministère ne répondaient pas aux normes édictées par le Conseil du trésor. La prochaine fois qu’elle se risquera à dénoncer « l’approche brouillonne » de son successeur à l’Économie, Pierre Fitzgibbon, la riposte est toute trouvée.

Un malheur n’arrivant jamais seul, la suppression d’une centaine d’emplois au siège social de Boucherville a démontré encore une fois à quel point la bénédiction que Mme Anglade avait donnée à l’acquisition de Rona par l’américaine Lowe’s en février 2016 était soit naïve, soit délibérément trompeuse. À l’entendre, ceux qui s’inquiétaient des conséquences de cette transaction manquaient de vision.

« Ce qui est important pour nous, au gouvernement du Québec, est de nous assurer que les emplois seront maintenus ici, voire augmentés. Ce qui est important, c’est que les bannières Rona soient maintenues. Ce qui est important, c’est qu’on ait un siège social qui vienne s’installer ici. Ce sont les garanties que nous avons obtenues », assurait-elle. Plusieurs trouvaient déjà très surfaite son image d’experte du développement économique. Le nombre de sceptiques risque d’augmenter encore.


 
 

Un duel entre Mme Anglade et le maire de Drummondville, Alexandre Cusson, dont le principal mérite est d’être un produit de cette terre promise que les régions représentent aux yeux des libéraux, n’aura peut-être pas le piquant qu’auraient apporté M. Barrette ou Mme Rizqy, mais il constituera un véritable « test des valeurs » pour les libéraux.

Il ne faut pas se conter d’histoires. Ceux qui applaudissent l’entrée en scène de M. Cusson sous prétexte qu’elle permettra la tenue d’un « débat d’idées » étaient surtout terrifiés à l’idée de couronner une candidate issue de la diversité, qui risque d’être difficile à vendre en dehors de Montréal, malgré sa proposition d’une « Charte des régions ». Le vote des immigrants est le bienvenu au PLQ, qui s’est fait le chantre de l’inclusion, mais est-il lui-même prêt à faire d’un des leurs sa figure de proue ?

On ne connaît pratiquement rien de la pensée politique de M. Cusson, sinon qu’il compte se mettre lui aussi à l’heure des changements climatiques. On peut cependant prévoir qu’il se réclamera à son tour de Robert Bourassa, qui est redevenu très in au PLQ depuis le désastre du 1er octobre 2018, alors que Jean Charest et Philippe Couillard ne juraient que par le petit livre de Claude Ryan intitulé Les valeurs libérales et le Québec moderne. À vrai dire, le PLQ a vécu une période de profonde atrophie intellectuelle depuis 15 ans. L’en faire sortir ne sera pas une mince tâche, qui que soit le prochain chef.

À l’époque où il était lui-même chef, M. Ryan avait eu l’occasion de constater le peu de goût de son parti pour le ressourcement. Invité à s’adresser au conseil général en mars 1996, il avait déclaré : « Il n’a jamais fait mystère de l’importance prioritaire qu’il attache à la conquête et à l’exercice du pouvoir. En conséquence, c’est d’abord en fonction de cet objectif que le Parti libéral s’intéresse aux idées et non pour ce qu’elles représentent en elles-mêmes. » On appelle cela du marketing.

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