Francophonie arabe

La francophonie arabe est un phénomène culturel enraciné dans l’histoire coloniale et postcoloniale reliant la France et le monde arabe depuis au moins deux siècles. Deux événements majeurs ont marqué les rapports entre la France et le monde arabe à l’ère moderne : l’expédition militaire de Bonaparte en Égypte (1798-1801), dont l’ambition fut de bloquer la route des Indes à la Grande-Bretagne; et la conquête militaire de l’Algérie et sa colonisation à partir de 1830 jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962.

La campagne de l’Égypte a eu pour conséquence la naissance de l’égyptologie et la production d’une œuvre monumentale en 37 volumes, Description de l’Égypte. La presse francophone au Moyen-Orient est née à cette époque grâce à l’expédition de Bonaparte. Au XXe siècle, une littérature francophone de qualité s’épanouit en Afrique du Nord, en Égypte et au Levant notamment grâce à Kateb Yacine, Assia Djébar, Mohammed Dib, Edmond Jabès, Albert Cosséry, Andrée Chédid et Amin Maalouf. Au cours des trente dernières années, un cinéma transnational issu de la francophonie arabe se fait reconnaître à l’échelle mondiale grâce à la (co)production avec la France.

Ces rapports privilégiés s’institutionnalisent en 1970 avec la fondation de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). En tête des pays membres signant des accords de coopération avec l’OIF viennent la Tunisie (1970) et le Liban (1973), puis la Mauritanie (1980), le Maroc (1981) et l’Égypte (1983). Les Émirats arabes unis et le Qatar deviennent membres associés de l’OIF en 2010 et en 2012 respectivement.

Politique arabe

Dans le monde universitaire, une bibliothèque se construit au fil des décennies grâce à la collaboration entre les centres de recherche, les presses universitaires, les maisons d’édition et les chercheurs en sciences humaines et sociales. Sur les étagères de cette immense bibliothèque se côtoient les meilleurs ouvrages en sciences politiques, en philosophie, en philologie, en études de l’Islam, en théorie littéraire et en études cinématographiques.

La récolte de l’automne 2019 est révélatrice. Dans une seule maison d’édition, L’Harmattan, j’ai recensé six ouvrages parus en octobre-novembre sur le monde arabe. Dans Proche-Orient. Sept ans de régression 2012-2019, Jean-Paul Chagnollaud rassemble et contextualise des articles de presse publiés depuis 2012. Rédigés par l’auteur ou avec les membres de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient qu’il dirige, ces articles permettent de comprendre le regard des Français sur le Printemps arabe.

Deux autres titres témoignent de l’intérêt continu que porte la France à l’Algérie, mais aussi à la région du Golfe, laquelle occupe une place grandissante au sein de la Francophonie. Algérie. Histoire secrète d’un naufrage annoncé, du chercheur Camille Sari, est une étude historique et politique de la question de gouvernance en Algérie et des rapports de force susceptibles d’instaurer (ou de bloquer) la démocratie escomptée. Un ouvrage collectif dirigé par Georges Sassine, La femme omanaise sur le chemin de la parité, dresse un état des lieux de la situation des femmes depuis l’ascension au pouvoir du sultan Qabous.

Cinéma arabe

Dans le cercle des études culturelles, la France occupe encore une fois une place prépondérante dans la production et la diffusion d’ouvrages sur les cinémas arabes, depuis la contribution historique de Georges Sadoul jusqu’aux travaux non moins importants d’Yves Thoraval, de Michel Serceau et du célèbre magazine CinémAction.

Trois ouvrages d’histoire de cinéma sont parus à L’Harmattan en octobre-novembre 2019. Dans Présence du cinéma libanais, le Libanais Joseph Korkmaz examine le développement sans précédent de ce cinéma au cours des 10 dernières années et démontre comment celui-ci peut servir de modèle à beaucoup de cinématographies indépendantes dans le monde.

Dans Pour une cinémathèque égyptienne, l’Égyptienne Marwa El Sahn, directrice du Centre d’activités francophones de la Bibliothèque d’Alexandrie, étudie l’industrie du cinéma en Égypte et les efforts pour créer une cinémathèque égyptienne en parallèle avec une étude comparative réalisée dans quatre pays (Suède, France, Canada et Thaïlande).

Enfin, Les cinémas arabes et la littérature, collectif dirigé par l’Algérien Ahmed Bedjaoui et le Français Michel Serceau, ambitionne de combler un manque en évaluant la place qu’occupe la littérature dans les cinémas arabes. Les études synthétiques et transversales par des universitaires de la France, de l’Algérie, de l’Italie, du Maroc, de l’Égypte et de la Syrie enrichissent cet essai inédit et contribuent à donner un éclairage nouveau sur des cinématographies méconnues.

  La France devient ainsi non seulement la Mecque des études sociales et humaines centrées sur le monde arabe, mais aussi le plus grand producteur d’ouvrages universitaires issus de la francophonie arabe.

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4 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 23 novembre 2019 05 h 29

    Un regard différent

    Merci de cet article. En Amérique, on a tendance à croire que l'anglais est partout parce qu'il nous étouffe. Il faut voir plus grand pour mieux respirer.

  • Cyril Dionne - Abonné 23 novembre 2019 11 h 24

    Franchement !

    « La francophonie arabe est un phénomène culturel enraciné dans l’histoire coloniale et postcoloniale reliant la France et le monde arabe depuis au moins deux siècles. «

    Traduction, le colonialisme a été bon et rien de mauvais n’en est sorti. J’hallucine ou quoi? L’assimilation de cultures et de langues millésimes, ce n’est pas grave parce qu’ils parlent français maintenant et ils veulent maintenant tous immigrés en Occident. Le colonialisme a été si bon pour les Algériens hormis la guerre d’indépendance qui a fait plus de 300 000 victimes. Un détail, ils parlent français maintenant. Misère.

    On s’en fout bien de tout cela parce que pour nous, on la vit notre langue et culture. On n'a pas été assimilé. Et que ceux qui en sont à leur deuxième ou troisième assimilation, eh bien, qu’ils restent chez eux.

  • Hamid Benchaar - Inscrit 23 novembre 2019 18 h 16

    Un butin

    Pour l'écrivain algérien d'expression française, Kateb Yacine, la langue française imposée par plus d'un siècle d'occupation et au détriment de la langue arabe est n'est plus ni moins qu'un butin de guerre.

    • Cyril Dionne - Abonné 24 novembre 2019 10 h 49

      Voici ce que disait Kateb Yacine au sujet de l'occupation française et du colonialisme M. Benchaar : « L’héritage et la transmission de langues, de mythes, de poésies et de traditions se retrouvaient en déshérence. La désignation des autochtones par le terme d’« indigènes » témoigne de cet imaginaire d’un peuple dépourvu d’histoire, mythe fondateur de la colonialité. La colonisation française s’est ainsi voulue inédite, dans le sens où elle ne s’est pas inscrite dans la série des conquêtes antérieures du territoire, en les prenant en compte. »