L’obligation catastrophe

Le marché est encore petit, venant de passer la barre des 100 milliards $US à l’échelle planétaire. Mais l’obligation catastrophe est un produit financier condamné à la croissance, dit-on.

En fait, la taille de 100 milliards s’applique au marché des titres dits assurantiels. La composante « obligation catastrophe » a vu son poids dépasser les 30 milliards. Une goutte d’eau dans l’univers des titres obligataires, qui se compare toutefois au montant des capitaux alternatifs mis à la disposition des assureurs et réassureurs, selon AON Securities. Et à l’instar des obligations vertes, qui ont reçu leur lettre de noblesse d’un endossement de la part de la Banque mondiale, l’obligation catastrophe a trouvé preneur du côté de l’institution, comme est venue en témoigner l’émission en février 2018 de 1,36 milliard au profit du Chili, de la Colombie, du Pérou et du Mexique.

Ces obligations ciblent pour l’instant les investisseurs institutionnels. Matt Montemurro, directeur et gestionnaire de portefeuille chez BMO Gestion mondiale d’actifs, n’anticipe pas une extension aux petits investisseurs à brève échéance, ne serait-ce que sous forme d’un Fonds négocié en Bourse. Ce qui ne l’empêche pas de reconnaître le potentiel de ce marché en raison du nombre accru de catastrophes naturelles prévisible. Selon le gestionnaire spécialisé Fermat Capital Management cité cette semaine par l’agence Reuters, le marché des titres assurantiels devrait connaître une croissance annuelle de l’ordre de 20 %. Concentré pour la moitié sur la Floride, il s’étend depuis peu à d’autres États comme la Californie, pour déborder à l’Europe et, sous l’action de la Banque mondiale, aux pays émergents.

Résumé simplement, l’on parle ici d’un titre obligataire à rendement élevé lié à la potentialité d’un événement exceptionnel. Lorsqu’émis par un assureur, il est souvent attaché à une couverture d’assurance, ce qui revient à titriser le contrat sous-jacent et à transférer le risque à l’investisseur. L’échéance moyenne se situe autour de trois ans et le rendement annuel — selon un écart entre le prix d’émission et celui de rachat, parfois sous forme de taux de coupon — oscille autour de 8 %. Il aurait baissé à 5 % en 2018 selon Bloomberg. Les différents indices de référence ne font ressortir aucun rendement négatif depuis 2003, peut-on lire dans le magazine spécialisé Conseiller.

Le risque vient de la récupération du capital. Si l’événement tel que couvert ne se produit pas, l’investisseur récupère son dû à l’échéance. S’il se matérialise, il perd une partie ou la totalité de sa mise, au profit de l’émetteur. Dans le cas de la Banque mondiale, la somme est remise au pays visé par l’obligation.

Diversification

Ce marché est alimenté par le besoin des assureurs de diversifier leur risque de réassurance face aux catastrophes naturelles. Il est soutenu par la demande des institutionnels recherchant un placement offrant à la fois un rendement supérieur à celui, chétif, des titres à revenu fixe, une diversification de portefeuille sans compromettre le rendement — le marché des obligations catastrophe n’étant pas corrélé avec les marchés (boursier, du crédit et obligataire) traditionnels —et une faible volatilité. Ces titres sont reconnus pour offrir une relation risque-rendement appropriée, quoique l’augmentation du nombre et du coût des sinistres pourrait inciter à revoir cette adéquation.

D’autant que les risques climatiques attisent désormais la crainte. Les banques sont plus nombreuses à réduire la voilure de leurs activités en réassurance, évoquant une relation risque-rendement potentiel devenue défavorable en raison des défis et de la volatilité qu’engendrent les enjeux climatiques. Chez les assureurs la bonne santé financière du volet réassurance s’obtient au prix d’une augmentation des primes parfois substantielles — de l’ordre de 15 à 25 % — dans les zones touchées par les catastrophes naturelles, par un durcissement des termes et des conditions, et par une différenciation géographique.

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