Tête-à-queue

Dans Les ailes du désir, de Wim Wenders, on voit Peter Falk promener sa silhouette hésitante à travers les terrains vagues de Berlin. Tourné deux ans avant la chute du Mur, le film annonçait peut-être la renaissance de cette ville aujourd’hui métamorphosée. Au moment de célébrer les 30 ans de la chute du mur de Berlin, il n’y a pas que la Potsdamer Platz qui est méconnaissable.

Trente ans plus tard, l’époque de la « mondialisation heureuse » qu’inaugura le 9 novembre 1989 semble bien loin de nous. On a de la difficulté à croire que l’espoir suscité par cet événement en poussa certains à annoncer « la fin de l’histoire ». Pendant que le libre-échange triomphait partout, que la Chine prenait son envol et que l’Union européenne semblait partie pour la gloire, certains voulaient croire que les nations avaient dit leur dernier mot.

« Trente ans. C’est long, trente ans », aurait dit Charlebois. Juste assez pour voir s’inverser ce qu’on appelait stupidement, après les marxistes, « le sens de l’histoire ». Tenant la chronique du retour du vieux monde, le politologue bulgare Ivan Krastev note que les trois décennies qui ont suivi la chute du Mur n’auront été qu’« un court intervalle sans barricades […] qui a fait naître des fantasmes utopiques d’un monde sans frontières » (Le moment illibéral, Fayard). S’il revenait à Berlin, l’ange de Wim Wenders reconnaîtrait encore moins les forces politiques à l’œuvre en ce début de siècle. Il verrait triompher ce qu’on appelle faute de mieux les populistes de droite et de gauche en Thuringe, en Saxe et dans le Brandebourg, reléguant dans les marges les deux grands partis de la réunification.

Partout, les soubresauts qui ont suivi ce grand moment démocratique sont aujourd’hui en train de faire exploser les familles politiques nées après la guerre. Les répliques se font sentir de Varsovie à Washington, en passant par Paris, Londres et Berlin. Aux États-Unis, c’est le monde à l’envers : les républicains sont devenus protectionnistes et les démocrates, libres-échangistes. Au Royaume-Uni, les Tories, qui ont fait entrer le pays dans l’Union européenne en 1973, défendent le Brexit. Peu de sociétés échappent à ces nouveaux clivages nés de la colère des perdants de la mondialisation et que certains, par ignorance ou paresse intellectuelle, tentent de faire entrer de force dans le vieux moule des années 1930.

Cette semaine, dans Le Figaro, l’historien des gauches françaises Jacques Julliard nous donnait un exemple du véritable tête-à-queue politique en cours en France. « Si Ferry, Clemenceau, Jaurès, Blum, Mendès France revenaient parmi nous, ils n’en croiraient ni leurs oreilles ni leurs yeux », écrit-il. Ils verraient la gauche abandonner à la droite trois de ses principaux marqueurs historiques : la laïcité, l’école républicaine et la nation. Or, dit-il, « sans la nation la gauche n’est qu’un couteau sans lame ».

Voilà ce disciple de Bernanos réduit à se demander s’il doit rester fidèle à ce qu’on appelle toujours « la gauche » ou à ses valeurs qui ont migré ailleurs.

Malgré des formes différentes, les mêmes soubresauts politiques se manifestent au Québec. La hargne avec laquelle une certaine gauche s’en prend aujourd’hui à un intellectuel comme Mathieu Bock-Côté ne tient-elle pas justement au fait qu’elle a elle-même renié un certain nombre de valeurs que ce dernier s’évertue à défendre envers et contre tous ?

Qu’on me permette cette hypothèse. La morgue et la mauvaise foi qu’exprime un auteur comme Mark Fortier dans Mélancolies identitaires. Une année à lire Mathieu Bock-Côté (Lux) tient largement au fait qu’il ne supporte pas de voir ses anciens idéaux exprimés aujourd’hui avec talent par un intellectuel qui se dit conservateur. Il préfère donc en rire — souvent avec esprit d’ailleurs. Les digressions du livre ne servent pourtant qu’à masquer l’insoutenable exaspération de l’auteur. Celui-ci n’accepte pas de voir celui qu’il décrit comme une bête rugissante et qu’il compare tour à tour à un « cachalot », un « Schtroumpf à lunettes », un « ver de terre », un « rhéteur » et un « extraterrestre », défendre, par exemple, la laïcité et une école des savoirs. Deux valeurs que la gauche a troquées pour un multiculturalisme qui ne dit pas son nom et un pédagogisme qui rabaisse tout.

Refusant de poser les questions qui fâchent, Fortier préfère fantasmer un « national-bockcôtisme » qui révélerait un « côté obscur de nous-mêmes ». Les masques à gaz en couverture du livre ne sont-ils pas explicites ? On comprend que l’auteur supporte encore moins de lire sous la plume de l’intellectuel québécois le plus lu en France une défense de la nation digne des Lévesque, Parizeau, Vadeboncoeur et Falardeau. Tout cela alors qu’une grande partie de nos élites semble aujourd’hui tétanisée devant cette nation qui fut portée à deux reprises sur les fonts baptismaux par la social-démocratie québécoise.

Au fond, le succès de Mathieu Bock-Côté en France n’est pas si surprenant puisque, en tant que Québécois, il a été aux premières loges de la montée du multiculturalisme et du délire sociétal des élites bourgeoises des universités nord-américaines. Deux courants devant lesquels on a largement baissé les bras à gauche. Si ces mots ont encore un sens.

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52 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 8 novembre 2019 00 h 45

    Les clivages ethniques et religieux rendront notre pays ingouvernable tel que le Liban.

    La gauche a trahi ses principes traditionnels: la laïcité, l'égalité homme/femme, l'universalité et la citoyenneté. L'autre jour, j'ai assisté au discours du journaliste célèbre, Robert Fisk, spécialiste du Moyen-Orient. Ensuite, je lui ai demandé s'il croyait que le multiculturalisme égale le sectarisme. Il m'a répandu «mais bien sûr.» Il a été un témoin à l'effondrement du Liban par un sectarisme qui a rendu ce pays ingouvernable.
    Si l'on continue d'encourager le tribalisme et le sectarisme ethnique et religieux au Canada, nous allons nous rendre compte que notre pays est devenu ingouvernable. C'est mieux de promouvoir la citoyenneté que les clivages ethniques et religieux.

    • Céline Delorme - Abonnée 8 novembre 2019 10 h 39

      En appui à M Rioux et Mme Alexan:
      SI MBC est tellement populaire, même auprès des ses ennemis n'est-ce pas pcq les intellectuels qui se disent progressistes ont abandonné tout projet de société humaniste et se contentent de mépriser le peuple et l'insulter du haut de leur supposée supériorité.
      Citation de Amin Malouf éminent intellectuel d'origine libanaise. (Le naufrage des civilisations). "Le comportement de certaines forces de gauche est inquiétant,(...) plutôt que de lever l'étendard de l'humanisme et de l'universalisme, elles préfèrent aujourd'hui prôner des comportements à caractère identitaire, en porte-parole des diverses minorités ethniques, communautaires ou catégorielles: comme si, renonçant à bâtir un projet pour la société tout entière, elles espéraient redevenir majoritaires en coalisant les ressentiments. (..) Lorsqu'on fonde sa stratégie sur de tels clivages, on contribue inévitablement au morcellement et la désintégration (de la société) "

    • Claude Bernard - Abonné 9 novembre 2019 10 h 00

      La guerre civile n'est pas à nos portes et on est encore loin d'être sur le chemin de devenir un autre Liban.
      Les tensions ethniques et religieuses sont inexistantes sauf dans la tête de ceux qui cherchent la petite bête.
      Du moins elles sont hors de proportion avec ce qui se vit en France ou au Royaume Uni, encore moins au moyen orient.
      Pour tout dire, le repli identitaire, causé par le souvenir d'un âge doré qui n'a jamais existé, peut donner l'impression que le pays se morcelle en communautés dressées les unes contre les autres; qu'en est-il vraiment?
      On citera le Québec contre le ROC: mais ni un ni l'autre ne sont une communauté ethnique ou religieuse, ni même linguistique ou culturelle.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 8 novembre 2019 05 h 22

    Un texte qui fait plaisir à lire. Bravo !

    Rappelons que Peter Falk dans le film est un ex-ange.

    • Jacques-André Lambert - Abonné 8 novembre 2019 11 h 03

      Comme vous dites, compañero...

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 8 novembre 2019 14 h 41

      Il faut relire l'excellente chronique de Louis Cornellier écrite en mai :

      https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/555046/bock-cote-veut-discuter

  • Claude Bariteau - Abonné 8 novembre 2019 06 h 48

    Bock-Côté, écrivez-vous, défendrait « la nation digne des Lévesque, Parizeau, Vadeboncoeur et Falardeau ».

    Je sais que vous défendez la nation « canadienne-française, dite québécoise aujourd'hui » un peu à la matière de Bock-Côté.

    Lévesque et Parizeau ont fait la promotion plutôt la promotion de l'État du Québec pour modifier le cadre canadien qui contraignait le peuple québécois.

    Falardeau a prôné l'Indépendance avec les Québécois de toutes origines qui luttaient à ses côtés.

    Vadeboncoeur a appuyé les référendum de 1980 et de 1995 non pour libérer une nation à la Groulx et Duplesssis, dont il fustigeait les vues, mais pour libérer le peuple québécois, celui de travailleurs et des travailleuses du Québec qui se battent pour une société autre que celle du capital.

    Si vous voulez rendre hommage Bock-Côté en critiquant Fortier après avoir dépeint une certaine gauche happée dans les méandres de la mondialisation post-1989, faites plus que le présenter comme l'intellectuel québécois le plus lu en France via Le Figaro et ses livres.

    Analysez le contenu de ses écrits et vous verrez qu'il parle d'une nation historique préexistante et non d'une nation à fonder avec l'indépendance, contribuant ainsi à rendre moins réceptif le projet de pays.

    Ce type de nation sert le Canada, est devenu le tremplin de la CAQ, mais aussi celle que promeuvent les penseurs du multiculturalisme en l’isolant des autres groupes socioculturels au Québec, qui ont néanmoins bien reçu le projet de laïcité mis pas la justification ethnoculturelle du PM Legault.

    Bock-Côté fait l’éloge d’une nation ethnoculturelle comme si le Québec était déjà une nation politique comme la France, ce qui n’est pas le cas.

    Aussi ses analyses du multiculturalisme expliquent qu’il reçoive une attention en France parce que ce pays, fondé sur une citoyenneté que prône la république, est objet de pressions dans le cadre de la mondialisation et des mouvements de population qui secoue ses assises.

    • Françoise Labelle - Abonnée 8 novembre 2019 08 h 09

      En effet, c'est quoi les valeurs du Québec? Falardeau ou sa créature Elvis?

    • Raymond Labelle - Abonné 8 novembre 2019 08 h 35

      "Analysez le contenu de ses écrits et vous verrez qu'il parle d'une nation historique préexistante et non d'une nation à fonder avec l'indépendance." CB

      Pourquoi nuire à l'intégrité d'un État-nation existant et en faire un autre s'il n'y a pas de raison pré-existante à une telle création? S'il n'y a pas de nation pré-existante québécoise, catalane ou écossaise, quelle est donc la raison de créer un nouvel État dans le cas du Québec, de la Catalogne ou de l'Écosse? En tout cas dans le cas du Québec?

      La définition d'une nation définie autrement que comme "ensemble des citoyen.nes d'un État-nation" ne peut être qu'ethnoculturelle et une telle définition est problématique. Ne correspond pas nécessairement à la géographie du nouvel État à créer qui contient aussi d'autres groupes ethno-culturels. De plus, une définition ethnoculturelle comporte des éléments mouvants dans le temps, dans l'espace, et comporte beaucoup d'éléments subjectifs, comme la perception de soi par exemple.

    • Pierre Desautels - Abonné 8 novembre 2019 08 h 36


      Bien dit, Monsieur Bariteau. Le nationalisme de Bock-Côté n'a rien à voir avec le nationalisme rassembleur des Lévesque, Parizeau, Vadeboncoeur, Falardeau et j'ajouterais Gérald Godin. Son nationalisme, comme celui de Christian Rioux, est le nationalisme du Canadien français et du repli sur soi. Et le texte de Mark Fortier est à lire et à relire.

    • Raynald Rouette - Abonné 8 novembre 2019 10 h 04


      M. Bariteau, il me semble bien que vous faites dans le révisionnisme...

      Ce qui paraît évident à bien considérer, est que Mathieu Bock-Côté est devenu un problème de conscience pour ses dénigreurs considérant leur virage personnel, d'où toute cette hargne contre lui. Il est totalement à contre-courant des tenants de la mondialisation et de toutes ses dérives.

    • Claude Bariteau - Abonné 8 novembre 2019 14 h 30

      M. Labelle, dans l'histoire du Québec, la présence d'une « race » différente de la britannique servit de repoussoir par assurer le contrôle politique britannique, puis canadien. Des élites locales furent avantagées pour encadrer cette « race » repoussoir.

      Dans cette histoire, il y eut des mouvements pour renverser cet ordre. Le furent ceux du parti patriote, avant lui l'appui aux Patriots américains pour chasser les Britanniques, le refus d'habitants en 1812 de se battre avec les Britanniques contre les Américains, aussi leur support aux Unionistes dans la Guerre de sécession alors que les élites locales, les milieux d'affaires de Montréal et de Toronto et les dirigeants des colonies du Canada-Uni et des Maritimes appuyaient les Sudistes, les luttes ayant mené à la révolution tranquille puis celles aux référendums de 1980 et de 1995.

      Ces mouvements ne s'inscrivaient dans une logique d'affirmation d'une « nation » préexistante, mais dans une opposition aux dirigeants pour créer, avec d’autres habitants, un univers référentiel autre que « canadien-français ». L’objectif était politique et visait à instituer un ordre politique au Québec différent de l'ordre britannique et canadien qui s'est toujours nourri des appuis d'élites locales.

      L'État-nation n'est pas de cet ordre. Il est une construction associée à l'industrialisation répondant aux attentes des capitalistes en Europe. L'État-nation, s ‘il valorise une culture nationale, n'a pas pour assise un groupe ethnoculturel mais un choix politique associé à une citoyenneté commune et à des repères sociaux-politiques partagés.

      Au Québec, il n'y a pas d'État-nation au sens d'un État indépendant et souverain. Par contre, il y a des futurs citoyens et des futures citoyennes qui veulent se doter d'un État indépendant comme l'a fait Falardeau et pour lequel se sont investis Lévesque, Parizeau et Vadeboncoeur.

    • Raymond Labelle - Abonné 8 novembre 2019 17 h 24

      À ces époques (1812, 1837 par exemple), le Royaume-Uni était vraiment une puissance colonisatrice agissante au Canada. De plus, à cette époque, le Bas-Canada et le Haut-Canada et le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse étaient des colonies distinctes du Royaume-Uni.

      S'il en reste des traces formelles, le Canada est aujourd’hui en pratique une démocratie et en réalité un État souverain - ce qui est une situation bien différente de 1812 ou de 1837.

      Et si les dernières traces formelles de monarchie constitutionnelle agacent, ne serait-il pas plus conséquent de militer pour que le Canada, dans son entier, devienne une république (il y avait aussi eu révolte dans le Haut-Canada en 1837)?

      Lorsque les États-Unis sont devenus indépendants, les différentes colonies anglaises, qui étaient distinctes, se sont fédérées pour devenir une république fédérale.

    • Claude Bariteau - Abonné 8 novembre 2019 17 h 38

      M. Rouette, si vous me voyez en révisionnisme, serait-ce parce que vous êtes dogmatique et théoricien d'une nation préexistante ?

      Comme anthropologue, j'ai étudié comment se forment les « nations » ethnoculturelles et comment naissent les nations modernes. Il y a des différences majeures. Les premières valorisent le passé et un mythe fondateur qui renvoie aux ancêtres, d'où leur propension à en faire un dogme et leur rejet des nations modernes fondées sur des principes d'égalité entre les citoyens et les citoyennes.

      M. Bock-Côté est dans cette logique. Je ne le dénigre pas. Je dis seulement qu'il défend une approche qui cadre avec l'idée d'une « nation » préexistante accolée aux « races » différentes des peuples autochtones et des ressortissants français par les dirigeants britanniques, puis canadiens.

      Ce type de nation fait la promotion de ses différences et revendique des reconnaissances auprès des dirigeants pour assurer leur survie. L'obtention de certaines différences devenant l'assise d'un pouvoir de type ethnoculturel. Aussi va-t-il de soi pour M. Bock-Côté d’être à contre-courant de la mondialisation dès lors qu’elle disloque les ancrages de survie.

      Je ne suis pas un fervent de la mondialisation pour d’autres motifs. L’un, la déconstruction des pouvoirs des États modernes, d’autres, des pressions exercées par des multinationales pour limiter leurs interventions économiques et sociales, des attaques en règle pour minimiser les « vivre ensemble » fondées démocratiquement par les citoyens et les citoyennes, leur charge collective pour le recours à des énergies fossiles destructrices de l’environnement.

      Il y a à l’échelle mondiale des États qui se battent pour changer cet ordre. Le Québec, devenu un pays de citoyens et de citoyennes, aura les coudées franches pour se joindre à eux. Pas une « nation » ethnoculturelle.

    • Raynald Rouette - Abonné 9 novembre 2019 06 h 39


      M. Bariteau, je vous invite à lire le dernier livre de l'anthropologue Philippe D'Iribarne intitulé: Islamophobie, Intoxication idéologique et en sous-titre Anatomie d'une imposture. Chez Albin Michel

      Philippe D'Iribarne est directeur de recherche au CNRS. Depuis son ouvrage majeur, La logique de l'honneur (Le Seuil, 1989), Philippe d'iribarne s'Intéresse particulièrement au lien entre les religions et la modernité. Il est traduit en dix langues, dont l'arabe et le turc.

      Un extrait de son introduction: Orwell nous a mis en garde contre la capacité magique du langage à égarer quand le regard porté sur le monde, prisonnier d'un palais de mots à forte charge émotionnelle assemblés avec art, est guidé par la manipulation et le mensonge. De nos jours il est sans cesse question de post-vérité. Avec la dénonciation en forme de slogan d'un Occident islamophobe, ne sommes-nous pas dans un cas de ce type?

    • Claude Bariteau - Abonné 9 novembre 2019 07 h 40

      M. Labelle, vous vous demandez s'il ne serait pas plus cohérent, le Canada étant « une démocratie et en réalité un État souverain », de militer pour qu'il devienne une république à l'image des colonies de la Nouvelle-Angleterre qui se sont fédérées.

      Par ailleurs, vous écrivez que le Canada est « en réalité un État souverain ». Il l’est depuis 1931 et, en 1982, il a rapatrié sa constitution sans l’aval du Québec.

      Vous négligez aussi :

      1. que la décision prise en 1982 s’apparente à celle de 1867 par des élus sans mandat ;

      2. que ce sont des États de la Nouvelle-Angleterre, reconnus indépendants en 1783, qui se dotent d’une République fédérale ;

      3. qu’1838 le Parti patriote fut éradiqué après avoir proposé une réforme rendant les élus de l’Assemblée législative et ceux, dorénavant élus, du Conseil législatif les seuls législateurs, le Conseil exécutif devant appliquer les lois votées et le Gouverneur n’ayant de responsabilité que sur les affaires externes ;

      4. que Londres fusionne les Bas et Haut-Canada dans le Canada-Uni qui appuie, comme Londres, ses milieux d’affaires et le clergé, les Sudistes dans la Guerre de Sécession et, craignant une riposte, adopte le projet de Dominion piloté par le gouverneur ;

      5. que les idées républicaines ont des assises au Québec, qu’elles n’ont pas au Canada, le monarchisme constitutionnel étant valorisé ;

      6. qu’une république fédérale à l’image de celle des États-Unis implique que chaque province devienne un pays indépendant et républicain, qui s’associe avec les autres.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 novembre 2019 09 h 37

      En théorie, selon votre aspiration, il serait préférable que le Canada devienne une république. Car bien sûr la question de fédérer des colonies séparées devenues indépendants ne se pose pas, car le Canada est déjà une fédération et votre priorité, c'est de créer la république.

      Mais comme vous estimez faible la probabilité de transformer le Canada en république alors qu'un Québec indépendant deviendrait une république, vous proposez cette dernière option.

      Alors que
      - les raisons pour lesquelles les Patriotes s'étaient révoltés n'existent plus - le Canada n'est pas une colonie effectivement gouvernée par l'Angleterre - en pratique, le Canada est indépendant;

      - nous avons, en pratique, une démocratie de niveau comparable à celle des pays occidentaux, que ces pays soient des républiques ou des monarchies constitutionnelles. D'ailleurs, les pays les plus avancés au monde sont des monarchies constitutionnelles: Suède, Norvège, Danemark.

    • Jean Duchesneau - Abonné 9 novembre 2019 11 h 20

      " Son nationalisme, comme celui de Christian Rioux, est le nationalisme du Canadien français et du repli sur soi." Pierre Desautels,"

      À l'évidence, vous interprétez mal la vision de Mathieu Bock-Côté et de Christian Rioux que vous ne pouvez, en toute bonne foi, opposer à celle des Lévesque, Parizeau, Vadeboncoeur, Falardeau, Godin. Ce qui est en jeu, c'est la façon d'intéger les immigrants à la socitété d'accueil. À ma connaissance aucune des personnes citées ne favorisaient le communautarisme découlant du multiculturalisme.

      Même combat en Europe contre un modèle multiculturaliste qui crée énormément de tensions à l'intérieur des états autant qu'entre les états: l'est vs l'ouest. Macron est sur la mauvaise voie en se montrant très admiratif de Justin Trudeau et la société post-nationale canadienne. MBC est à cet égard un éveilleur de conscience.

  • Jean-Henry Noël - Abonné 8 novembre 2019 06 h 51

    Du libéralisme et du conservatisme

    Mais comment peut-on être conservatiste ? Mathieu Bock-Côté abhore l'immigration. Considère les immigrants et leurs descendants comme plus que menu frétin. Célèbre «les droits collectifs», sans invoquer la corollaire des devoirs collectifs. Qui dit Droits automatiquement dit aussi Devoirs. Ainsi, Mathieu-Bock-Côté se vautre dans la tyrannie de la démocratie de la majorité. Une position frisant le fascisme. Mathieu-Bock Côté ne parle, de toutes les minorités du Québec, que de la minorité historique anglaise.» et aussi de « la majorité historique française» (la majorité québécoise serait plus appropriée) pour encore et toujours se rabattre sur «les deux solitudes» Un concept obsolète.

    « La tyrannie de la majorité est une conséquence indésirable de la démocratie par laquelle une majorité démocratique peut opprimer une minorité si la démocratie n'est pas accompagnée de la reconnaissance de certains droits pour protéger les minorités. Ces risques ont en particulier été évoqués par les penseurs libéraux.»
    (Wikipédia)

    • Cyril Dionne - Abonné 8 novembre 2019 08 h 49

      Encore une fois M. Noël, auriez-vous l'obligeance de nous énumérer tous les bienfaits de l'immigration à part de la sacro-sainte diversité des multiculturaliste et des communautaristes? Il semble que l'immigration ne soit qu'un atout pour l'immigrant, pas pour la société d'accueil.

      Rajeunir la population? C’est faux puisque la moyenne médiane de l’âge des immigrants est la même que les Québécois. La réunification familiale, domaine contrôlée par Ottawa, fait en sorte que nous recevons les grands-parents et les « matantes » et « mononcles » de ces immigrants.

      Générer de la richesse ? Faux encore puisque l’immigrant gardent tous les bénéfices économiques qu’ils envoient souvent à sa mère patrie. Durant toute sa vie active, il ne pourra jamais rembourser en taxes et impôts, les dépenses de la collectivité fait à son égard et à sa famille.

      La diversité vous dites ? Oui, si l’intégration est réussie. Ce n’est plus le cas au Québec depuis 25 ans.

      Freiner le déclin du poids du Québec dans le Canada. Encore faux, il décline depuis la Confédération, vous savez 1867.

      On attend patiemment pour vos réponses encore une fois. C’est sûr que je vais me faire traiter de raciste. C'est ce que fait Adil Charkaoui quand les gens ne sont pas d'accord avec lui.

    • Nadia Alexan - Abonnée 8 novembre 2019 09 h 30

      À monsieur Jean-Henry Noël: Ce n'est pas vrai que «les deux solitudes» sont un concept obsolète. D'après ce que je constate, les anglophones sont toujours pour le statu quo. Ils sont farouchement contre la laïcité de l'état, contre l'idée d'un nationalisme québécois, contre la loi 101 et toujours pour le multiculturalisme qui divise la société en silos ethniques et religieux. Ils ont toujours été contre l'idée d'une nation française distincte et ils pratiquent le «Québec bashing» comme un sport national.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 8 novembre 2019 09 h 48

      Texte très pertinent encore une fois de M. Rioux. Je partage entièrement son point de vue sur l'incident entre Fortier et Bock-Côté.

      Pour le peuple Hopi, il faut que la majorité écoute la minorité, parce qu'il est possible qu'elle finisse par avoir raison dans le futur.

      Ceci implique un respect par la majorité de l'opinion de la minorité. Mais cela n'empêche pas la majorité d'exercer légitimement ses droits et ses devoirs démocratiquement jusqu'à ce que cette minorité devienne majoritaire. Ainsi va l'histoire.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 8 novembre 2019 11 h 59

      J'ai été très clair. C'est une constante chez moi. Je n'ai rien à ajouter. Relisez-moi. Vous semblez avoir lu de travers. Avec vos lunettes correctives. Cela ne changera rien. Au moins vous aurez essayé. Comme je disais à mes étudiants : écoutez-moi bien. Je n'aime pas me répéter.

    • David Cormier - Abonné 8 novembre 2019 13 h 40

      Quant au commentaire de monsieur Noël, j'ai arrêté à « Une position frisant le fascisme. ». Soyons, sérieux, franchement.

    • Cyril Dionne - Abonné 8 novembre 2019 18 h 06

      M. Cormier,

      Ah ! les épouvantails du racisme. Lorsque les multiculturalistes et communautaristes ne sont pas d'accord avec vous et faute d'arguments valables, ils vous traiteront de tous les noms, incluant celui de fasciste, raciste, nazi, xénophobe et j'en passe. Notre cher Adil Charkaoui utilisait la même formule pour contrer ceux qui n'étaient pas d'accord avec lui.

      On ne peut plus parler d’immigration aujourd’hui sans se faire traiter de tous les noms. L’immigration n’est pas un droit mais bien un privilège qui peut être révoqué en tout temps. Étudier au Québec, même si vous êtes subventionné par les deniers québécois, cela ne vous garanti pas une citoyenneté prête à porter. Quand j’étais aux USA, je ne voulais rien savoir d’obtenir la citoyenneté américaine. Ma citoyenneté québécoise me suffit.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 9 novembre 2019 15 h 29

      Je me demande ce que les dérives de M. Dionne font ici, en réponse à mon commentaire. Je ne parle pas de racisme, ni de xénophobie... Je parle de libéralisme et de conservatisme. Puisque vous n'avez pas l'air de comprendre ce que j'écrit, alors que je vous ai invités à me relire, je vous suggère d'aller ailleurs. Ne me lisez plus.

  • Réal Boivin - Abonné 8 novembre 2019 06 h 54

    Merci M. Rioux

    Mathieu Bock-Côté est le retour de balancier du monde sans humanité que veulent les mondialistes incarnés par une gauche devenue folle où l'humain n'a plus de nation ni même de nom. Un monde sans couleur ni saveur qui se noie dans un désert intellectuel de consommation et dans des idéologies imaginées par les plus tarés des départements de sciences sociales qui n'ont plus rien de scientifique ni de social.

    Mathieu Bock-Côté a une voie forte parce qu'il dit des mots qui portent et qui obligent les humains à se regarder les uns les autres pour former une nation vivante et unique.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 8 novembre 2019 09 h 50

      Bien dit!!!
      Merci M. Boivin.