Une division fatale

Il y a chez Donald Trump une telle pourriture, une telle souillure, qu’elle arrive à obscurcir d’autres saletés tout aussi malsaines chez les « gens bien » opposés au président. Alors que les médias anti-Trump claironnent leur dégoût à chaque révélation dans le dossier ukrainien — affaire qui souligne également la corruption intellectuelle du Parti républicain —, un drame violent se produit au Parti démocrate qui risque de prolonger le cauchemar trumpien.

Curieusement, ce drame fait surface à gauche, une position normalement ignorée dans la gamme idéologique des États-Unis. Être à gauche en politique américaine est d’habitude un aveu qu’on n’est pas sérieux — qu’on prend des positions par principe et non pas dans l’espoir d’accéder au pouvoir. Dans l’histoire américaine, il n’y a jamais eu de Front populaire, pas de Léon Blum ni de Jean Jaurès, pas d’Ernest Bevin ni même de Harold Wilson. Abraham Lincoln et Franklin Roosevelt furent des gauchistes occasionnels et de nécessité, pas de souche.

Toutefois, la percée de deux candidats à la présidence ouvertement à gauche, Bernie Sanders et Elizabeth Warren, a suscité un conflit furieux dans le prétendu parti des ouvriers, mais qui, depuis 25 ans, est dominé par les intérêts de Wall Street et des grandes entreprises. Jusqu’à présent, les barons démocrates n’avaient pas osé affronter Sanders directement, de peur d’offenser ses partisans. Mais voilà que Hillary Clinton, doyenne de l’ancien régime, vient de déclarer la guerre à la faction indépendantiste / insurgée de son parti avec une attaque contre Tulsi Gabbard, représentante démocrate de Hawaï à la Chambre et, elle aussi, candidate à la présidence. L’accusation de Mme Clinton, énoncée sur un balado, semble étonnante, voire absurde : Gabbard, selon Clinton, est « la chouchoute des Russes » en cours de « formation pour une candidature de troisième parti » en 2020 afin de déstabiliser de nouveau l’élection et de faire réélire Trump. Clinton veut faire croire qu’elle a été battue en 2016 par la manipulation numérique russe plutôt que pour la raison plus évidente d’une déception à l’égard du Parti démocrate — et du néolibéralisme clintonien — parmi les cols bleus de la « ceinture de la rouille » du Midwest.

Les graines d’une faillite

Bien que Gabbard soit une candidate marginale, les tactiques de Clinton sont compréhensibles. Très anti-intervention militaire (réserviste de l’armée, elle a servi en Irak, dont Hillary a voté l’invasion), Gabbard a appuyé la candidature de Sanders en 2016, contre Clinton et l’oligarchie démocrate, et Hillary cherche à régler ses comptes ainsi qu’à blesser Sanders. Mais cette histoire est encore plus compliquée, car la gauche n’est pas solidaire. Gabbard a rétorqué avec franchise : « Merci, Hillary. Vous, reine des va-t-en-guerre, incarnation de la corruption, et personnification de la pourriture qui a rendu malade le Parti démocrate depuis si longtemps, vous êtes enfin sortie des coulisses. » Sanders, lui, a défendu son alliée : « Il est scandaleux que quiconque laisse entendre que Tulsi est un agent de l’étranger. » En revanche, Elizabeth Warren, censée être une réplique de Sanders idéologiquement, n’a pas dit un mot. Et c’est là que sont semées les graines d’une faillite dans la croisade contre Trump — des graines qui pourraient s’épanouir en pleine guerre interne dans le Parti démocrate entre apparatchiks et réformateurs.

En 2015, lorsqu’on cherchait un candidat « progressiste » pour succéder au trop tranquille Barack Obama et entraver la candidature de Hillary, Warren a refusé l’invitation. Quand Sanders a lancé sa candidature peu plausible et très hardie contre Clinton, la sénatrice du Massachusetts s’est abstenue, refusant d’appuyer Sanders ou Clinton jusqu’à ce que Sanders cède en juin 2016. À l’époque, c’est une porte-parole du Parti républicain qui avait commenté l’ironie du soutien offert par Warren à Clinton : « En appuyant Hillary Clinton, Elizabeth Warren est apparue comme une vendue. Que ce soit par son refus de dévoiler les transcriptions de ses discours à Wall Street, ses liens avec les industries des combustibles fossiles ou ses proches relations avec les grandes banques, Hillary Clinton représente tout ce à quoi Elizabeth Warren prétend s’opposer. » La républicaine disait ce que certains dans le camp Sanders pensaient mais n’ont jamais dit à voix haute.

En fait, « Liz » a toujours choisi la prudence plutôt que la confrontation dans ses relations avec la machine démocrate. Respectueuse des protocoles, elle a même signé, selon le New York Times, une promesse réclamée par les comités officiels démocrates des 50 États de ne pas créer une organisation politique parallèle — de ne pas braconner sur les terrains clientélistes du parti. Alimenté par un secteur de riches tout de même « progressiste » sur les questions de moeurs, de race et de sexe, ce parti officiel déteste Sanders, qui a, effectivement, créé un groupe de pression, Our Revolution, qui fait concurrence directe au comité national démocrate. Sanders veut carrément renverser l’aristocratie qui préférerait nettement Joe Biden, ou même Warren au cas où Biden continuerait à trébucher.

En quête de la désignation par son parti, Warren a-t-elle conclu un pacte de non-agression avec Hillary Clinton ? NBC News raconte que les deux femmes se parlent au téléphone ; le silence de Warren au sujet de Gabbard indique au moins une entente cordiale. Si Warren ne tranche pas en faveur des militants de gauche, ses manoeuvres paraîtront comme une trahison de Sanders et de la réforme. Comme en 2016, le sang coulera au profit de Trump.

John R. MacArthur est éditeur de Harper’s Magazine. Sa chronique revient au début de chaque mois.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

30 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 4 novembre 2019 05 h 11

    Je suis surpris de l’importance que vous accordez au discrédit de Mme Gabbard dans un balado de Mme Clinton. Encore plus surpris que vous présentez Mme Warren aussi à gauche de Sanders, mais qui n’ose pas assumer des choix qui se seraient imposés.

    Il y a des différences importantes entre Sanders et Warren, que vous sous-évaluez.

    M. Sanders a une organisation, Our Revolution, qui entend réformer par la base le Parti démocrate et prône une intervention majeure de l’État pour mettre en place des mesures sociales d’envergure et entend sortir les États-Unis des énergies fossiles avec des investissements majeurs de l’État évalués le triple de ceux prévus par Mme Warren.

    Mme Warren fait une campagne de financement qui limite à 200$ le dons à son organisation parce qu’elle n’entend pas être redevable aux entreprises qui s’enrichissent grâce à des services payés par les impôts, prône un capitalisme responsable non financé par l’État et partage le Green New Deal qu’elle déploiera avec l’État et des firmes progressistes qui s’y joignent.

    En quelque sorte, M. Sanders a créé son front populaire et ses vues sont socialisantes à la Blum tandis que Mme Warren cible les électeurs pour qu’ils deviennent son support populaire, entend responsabiliser les capitalistes néolibéraux et inscrit sa démarche dans une valorisation du pouvoir des gagne-petit, qu’elle fait son front populaire.

    Fondamentalement, les deux veulent changer les États-Unis. Sanders avec un mouvement pour purifier le parti ; Warren avec un support des électeurs. Des deux, Warren m’apparaît la candidate susceptible de renverser Trump et celle que Trump rêve de ne pas affronter s’il n’est pas destitué.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 4 novembre 2019 07 h 39

      J’aime bien M. Bariteau les nuances que vous apportez pour différencier les approches de la candidate Warren de celle de Sanders. On comprend que l’une et l’autre ont en commun de radicaliser la politique américaine pour des réformes centre-gauche.

      Pourtant, les deux Warren et Sanders sont au prise à la même entrave: les servitudes capitalistes et impérialistes de leur parti, le parti démocrate. Obama a été au début du 21ième siècle le président élu qui a suscité le plus grand espoir de réformes, de renaissances. Obama n’a pas réussi à implanter les réformes sociales qu’on a attendu de sa gouvernance, et c’est à peine qu’il a semblé amoindrir au niveau du discours la politique impérialiste guerrière et capitaliste américaine dans le monde.

      L’échec relatif de la gouvernance de Obama ne relève pas des traits de caractère, de l’intégrité et des idées progressistes du personnage, du président qu’il fut. À l’opposition républicaine aux réformes, Obama a dû composer avec celles de son parti, la droite démocrate elle-même. Sanders et Warren sont conscients des contradictions de leur parti... Le problème est, advenant que Warren ou Sanders soit élu.e à la présidence, pourra-il ou pourra-t-elle - avec le parti démocrate - faire mieux que Obama?

    • Gilbert Troutet - Abonné 4 novembre 2019 08 h 27

      Excellente mise au point. En effet, il serait temps que le parti démocrate éloigne ses oligarques à la Clinton et se regroupe autour de personnalités plus progressistes comme Warren et Sanders. Si ces deux-là pouvaient s'entendre pour présenter un « programme commun de gouvernement », ce serait déjà ça de pris. Sans quoi, les électeurs américains (ceux qui prennnent encore la peine de voter) reporteront Donald Trump à la présidence.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 novembre 2019 10 h 04

      Le président Obama a du régir la crise de 2008.

      Il avait deux choix.

      Le premier : neutraliser les effets du surfinancement des propriéaires de biens transformés en actifs de subprimes. Le second : dépanner les manques de liquidité des banques par des fonds étatiques.

      Tous les pays capitalistes ont choisi le second en leur octroyant des marges grâce à des programmes de l'État. Le président Obama a pris cette voie et mit de l'avant des mesures pour éviter qu'elles plongent de nouveau dans ce type d'actions à haut risque. Le président Trump a rendu peu opérante ces mesures. Par ailleurs, Obama a cherché à diminuer l'impact de cette crise sur les propriétaires de biens surfinancés. Il ne parvint qu'à corriger très partiellement leurs situations.

      Dire qu'il a virer à droite est disproportionné. Dire qu'il n'a pas corrigé les effets de la crise chez les propriétaires autant que pour les banques est plus conforme.

      S'agissant des réformes sociales, il ne les a pas enclenchées dans son premier mandat à cause de la gestion de la crise qui a engendré des couts à l'État. Lors de son deuxième mandat, il s'est retrouvé avec moins de pouvoir et a du composer pour faire adopter une réforme partielle du système de santé.

      La question des servitudes du parti démocrate est vue par Sanders comme un contrôle du parti par des aristocrates. Warren entend les contourner en refusant du financement qui crée des attentes de retour d'ascenseur.

      Sanders entend parvenir à ses fins avec un mouvement parallèle pour prendre le contrôle du parti. Warren cherche à contourner le contrôle des aristocrates et des milieux d'affaire en misant sur les électeurs pour se servir du pouvoir de l'État et rendre responsables les propriétaires capitalistes, ce que j'ai souligné.

    • Nadia Alexan - Abonnée 4 novembre 2019 10 h 49

      La tragédie des États-Unis réside dans le fait qu'ils ont «la meilleure démocratie que l'argent puisse acheter.» (The best democracy that money can buy) Il faut sortir Wall Street et l'argent des riches de la politique américaine si l'on veut installer la justice sociale, le bien commun et l'intérêt public.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 4 novembre 2019 14 h 32

      « Dire qu'il a virer à droite est disproportionné.« 
      Monsieur Bariteau, je ne suis pas de ceux qui dit ou qui pense que Obama aurait viré « à droite »!

      La référence que je fais à Obama se limite à souligner que ce président - indépendamment des projets de changements dont il était porteur -, en plus de subir les contraintes conjoncturelles de la crise de 2008 a dû ajuster sa politique à celle de l’establishment de son parti. Je veux bien croire que Sanders propose une approche en parallèle à l’establishment de son parti (pensant le réformer) et que Madame Warren, pour sa part déploie une voie populiste de contournement.

      Si différents soient-il et elle de Obama, il n’en reste pas moins que ces deux-là sont des représentants du parti démocrate... Possiblement Élu ou Élue démocrate, tout comme Obama, le ou la future présidente des usa devra ajuster sa politique non seulement à la conjoncture, au département d’État, à la Constitution, le Congrès, le Sénat... mais aussi au parti démocrate!

      La politique américaine est dominé par un forme de bipartisme si puissant que la droite américaine réussit, jusqu’ici, à marginaliser toute tentative de former un parti de gauche alternatif et indépendant. Jusqu’ici, le refuge des courants progressifs se retrouvent fragmentés dans le parti Démocrate... sinon dispersés dans différents milieux culturels et académiques. De l’extérieur, on reçoit de nombreux comptes rendus de la politique américaine. Mais, il est très difficile et peu approprié de savoir évaluer les possibillités et les marges de manoeuvres des courants de gauche fractionnés au sein du parti Démocrate. Plus difficile encore d’évaluer les chances ou la volonté de la gauche améticaine de s’unifier et de s’émanciper du parti démocrate pour former un programme et un parti de gauche.

    • Françoise Labelle - Abonnée 4 novembre 2019 16 h 53

      @M.Bariteau
      Il me semble que le problème des CDO (collateralized debt obligations) tient au fait que les banques ont monté des institutions paravents qui regroupaient des paquets de créances (hypathécaires et autres) dont on retraçait très mal l'origine et que les agences de cotations cotaient en A-B-C sans en connaître la valeur réelle. Cette créature opaque, inventée au début des années 90, rendait la 1e solution difficile.

      Le neurologue gestionnaire de fonds Michael Bury, qui avait compris que les CDO étaient un château de cartes, a récemment mis en garde contre les fonds indiciels, spécialité de BlackRock, qui échappent à la réglementation mise en place après 2008. Bury est asperger comme Thunberg.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 novembre 2019 20 h 46

      S'émanciper et former un parti de gauche, selon vous, serait la solution qui sauverait les États-Unis et concorderait avec vos vues.

      Le problème n'est pas vos vues, mais ce qui se déroule aux États-Unis dans une phase pré-électorale pour identifier une personne au sein du parti démocrate pour affronter le Président Trump.

      S'Agissant du président Obama, dire qu'il a du ajuster sa politique à l'establishement de son parti exige, à mon avis, plus qu'un cadre analytique. Il faut des données.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 5 novembre 2019 00 h 48

      Monsieur Bariteau,
      Que ce soit moi, vous ou tout autre observateur externe, chacun dans cette colonne des commentaires apporte un « point de vue »! N’est-ce pas?

      Le point de vue que vous avez choisi s’est réduit à la problématique politique qui se déroule aux USA dans la phase pré-électorale où les démocrates choisiront « qui » affrontera Trump. D’aucune façon, dans mon commentaire, j’ai remis en question le cadre analytique que vous avez choisi pour exposer « vos » vues. J’ai d’ailleurs salué votre commentaire où vous différencez les approches populiste de gauche chez Warren et chez Sanders.

      Quant aux commentaires que j’ai écrit, sans autre prétention que d’exposer un point de vue. Je m’étonnes de votre réaction! Comme si vous aviez l’autorité et la compétence de juger la valeur de mes «commentaires» sur la politique américaine, les qualifiant de «subjectifs» ... Because? Comme si les vôtres ne l’étaient pas? Le point de vue que j’avance, il est vrai, déborde le cadre conjoncturel pré-électoral auquel VOUS vous êtes restreint. Qui vous en fait le reproche?

      Quant au fond, les « données » qui supportent mes commentaires. Les limites et blocages des courants de gauche au sein du parti démocrate, les limites rencontrées par le président Obama, l’émergence du courant Sanders et finalement son choix d’y demeurer, identifié comme courant de gauche chez les démocrates... Mes points de vue ne sont pas des thèses. Les données qui les supportent sont connues! Il en va de même concernant le questionnement du bipartisme où deux partis de droite alternent et dominent la politique interne et impérialiste des USA. Comment briser cette hégémonie? Les courants progressistes et de gauche aux USA savent bien qu’ils n’y arriveront qu’en s’unissant dans un axe indépendant des 2 partis dominants. Après sa défaite face à Madame Clinton, Sanders s’est sérieusement posé la question. Son ralliement n’a pas empêché Trump de gagner.

    • Claude Bariteau - Abonné 5 novembre 2019 06 h 38

      M. Roy, j'ai signalé les différences entre Sanders et Warren et ciblé la lutte entre des partis existants, car celui des courants progressistes et de gauch aux USA n'existe pas bien qu'il soit l'objet de discussions pour le faire naître.

      Sous cet angle, comme vous le soulignez, mon propos tient compte -et ne se réduit pas pas- des forces politiques en jeu non par autorité, notamment celle que vous présumez que je ferais valoir, mais par souci analytique des faits.

      Cela dit, je ne vous reproche pas votre choix de cadre. Je vous ai seulement signalé qu'il nécessite des données, car sans elles, l'analyse devient plus une vue critique du système politique américain, que je partage, mais qui demeure académique tant que les idées qui sont débattues ne se transforment pas en actions politiques.

      Ça n'enlève rien à l'intérêt de votre cadre. Ça dit seulement que le parti que vous entrevoyez n'existe pas, ce qui incite à lire la lutte à venir avec les partis démocrates et républicains.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 5 novembre 2019 09 h 07

      Vous me faites sourire Monsieur Bariteau, lorsque le bon académicien en sciences sociales que vous êtes invoque le « souci analytique des faits«!
      Qui ignore que cette formule est le paravent du professeur face à ses élèves! L’élève, dès le cégep, se pose la question : quels sont « les faits »? Sa première leçon, en sciences, lui apprend que les faits ne parlent pas par eux mêmes. Au niveau universitaire, l’étudiant apprendra que c’est lui, en tant que sujet, lié à une communauté humaine, de faiseurs d’opinions et parfois de chercheurs, qui arrête sa pensée sur certaines données qu’il désignera peut-être comme des «faits». Ce qui est déterminant, c’est que c’est un être pensant qui découpe et catégorise le réel qu’il appréhende et qui se l’appropie comme objets de connaissance...

    • Claude Bariteau - Abonné 5 novembre 2019 14 h 06

      M. Roy, vous souriez après m'avoir dépeint en académicien, ce que je ne suis pas sauf dans votre imaginaire, pour présenter vos vues comme le b.a-ba de la science dont la particularité, selon tout cégépien, serait de construire les faits parce que ceux-ci ne parlent pas.

      Dans une démarche analytique, que j'ai promu par mes enseignements, j'ai piloté plusieurs étudiants et étudiantes qui avaient des intuitions allant à l'encontre du savoir connu. Je l'ai fait en les invitant à camper leur intuition dans le savoir connu et à construire une problématique de recherche pour valider leur intuition et à identifier des référents qui peuvent la valider, ce qui est de l'ordre de la méthodologie. Ces référents sont, par définition, des faits construits par le chercheur et impliquent qu'ils soient identifiables par d'autres chercheurs.

      Pour lire les États-Unis actuellement, à mes yeux, il importe de construire une problématique permettant de comprendre l'absence d'un parti progressiste et de gauche et non de postuler son absence en postulant l'hégémonie des partis démocrates et républicains, un peu comme vous postulez mon statut d'académicien, ce que je ne suis pas, pour faire valoir vos vues.

      Les États-Unis sont un construit d'une guerre d'indépendance, d'une guerre de sécession, de deux guerres mondiales et d'une suprématie militaire. Y créer un parti grogressiste et de gauche implique de changer ce pays de bout en bout en instituant un nouvel ordre sociopolitique de type révolutionnaire. C'est probablement ce qui explique le choix de M. Sanders de ne pas prendre cette voie, mais aussi que ce choix soit objet de discussion dans les milieux académiques aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

      Analyser cette réalité implique une problématique du changement et l'identification de référents qui révèlent des ancrages sociopolitiques qui vont dans le sens du changement.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 5 novembre 2019 16 h 56

      Je n’y peut rien si mes sourires vous agacent! Je trouve de bonne guerre que vous ayez pris le temps de réagir. Ce qui me fait penser que cela vous amuse et que vous avez assez d’humour pour que nous passions aux questions de fond qui nous préoccupent concernant la politique américaine.

      Peut-être seriez-vous surpris d’apprendre que je vous rejoins lorsque vous arrivez à la conclusion que l’émergence d’un parti progressif et de gauche aux EEUU implique - si un tel parti prenait le pouvoir -une profonde transformation sociologique dans ce pays. Vous relevez les points qui militent à l’encontre de l’émergence d’un tel parti indépendant des 2 partis dominants lesquels font la gestion des classes dominantes: expoliatrices, guerrières et impérialistes. La trajectoire historique de ce pays, comme vous le soulignez, a défini les formes de pouvoir encore solidement ancré ainsi qu’un mode de vie qui s’est étendu dans l’ensemble des sociétés occidentales.

      Vue sous cet angle, les USA apparaissent comme étant une société où les populations comme ancrés dans le temps, marquées par une histoire ossifiée et vouées à subir passivement la putréfaction de ses classes dominantes. Cependant,si on dirige la vue au-delà des instances de pouvoir américain et de l’aliénation sociale qu’elles produisent, on voit aussi se manifester des mouvements revendicatifs: contre la violence et l’armement, pour la défense de la planète, etc. Par contre, ce qui est tout à fait remarquable ce fut d’observer l’audition et les espoirs que fait lever la candidature et l’investiture de B. Obama! Et, deuxième évènement, quelques années plus tard, ce fut l’accueil massif du discours réformateur et incisif de Sanders qui a rejoint une partie importante de la jeunesse démocrate.

      Malgré les besoins, je ne postule aucun déterminisme qui dit que la gauche politique va s’émanciper du parti démocrate ! Plus, si un tel parti s’il prend naissance, il doit aussi croître, sans garanti de prendre le pouvoir!

    • Claude Bariteau - Abonné 5 novembre 2019 21 h 39

      Vous faites écho à une transformation sociologique en transformant mes propos sur une transformations sociopolitique, puis vous revenez sur vues putréfactrives des classes dominantes pour bien ancrer votre lecture d'une aliénation subie par les classes dominées sans faire écho aux électeurs et aux électrices dans une démocratie représentative.

      Là se trouve, à mon avis, un glissement, le vôtre, sur l'approche de Sanders, qui fut un promoteur d'un changement dont vous avez critiqué son repli au sein du parti démocrate. Là, vous en faites l'éloge pour avancer que la gauche va s'émanciper du parti démocratique, qui est votre idées révolutionnaire.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 4 novembre 2019 06 h 56

    Tulsi Gabbard ...marginalisée ?

    Pourquoi la seule candidate à l'investiture démocrate est marginalisé. Et plus encore, est la cible des clitonites au même tître que Trump ?

    Tout simplement parce qu'elle dit la vérité sur les faux prétextes justifiant les guerres perpétuelles et la corruption du parti Démocrate.

    Quand on suit les débats de près, elle sort grande gagnante dans les réactions immédiates, non filtrées par les médias-oligarques.

    Tulsi, la seule qui mérite l'attention et qui pourrait battre Trump.... et le cas échéant subirait la même guerre civil à l'intérieur des institutions de l'État ...désunis

  • Palardy RACHEL - Inscrite 4 novembre 2019 08 h 00

    A mon avis Warren va s’enfarger dans les chiffres présentés pour financer son «  Medicare for all » je crois qu’elle n’y croit pas vraiment, elle veut seulement se faire élire et ensuite elle verra ce qu’elle fera avec cette patate chaude. C’est une femme extrêmement rusée. À l’élection 2016 paraît-il que Barack Obama lui avait demandé de se présenter, car il ne voulait absolument pas d’Hilary Clinton. Elle lui avait alors répondu qu’elle avait trop de squelettes dans son placard. Elle fait partie de la gauche caviar, étant très bien nantie.
    Elle a courtisé pendant un moment AOC, mais celle-ci a fait son choix et appuie Sanders.
    Quant à Sanders, sa santé est un gros obstacle. Biden est encore en tête au national mais pour combien de temps. Je suis convaincue qu’il est le seul qui peut gagner contre Donald Trump mais Élizabeth Warren prend de l’avance dans certains étâts clé. C e sera très intéressant de suivre les primaires.
    Rachel Taillon

    • Cyril Dionne - Abonné 4 novembre 2019 11 h 01

      Mme Palardy. On n'est même pas capable d'administrer notre système de santé de façon adéquate avec seulement 37 millions de population. Le système craque de toute part et accapare plus de 50% des budgets gouvernementaux. Attendre 16 heures dans les salles d'urgence n'est pas la définition d'un système en bonne santé. ;-) Maintenant, essayez avec une population de 350 millions et où un système public n'a jamais vu le jour. C'est un autre rêve chimérique de la gauche américaine.

  • Cyril Dionne - Abonné 4 novembre 2019 08 h 49

    Le parti démocrate est composé maintenant de six parties distinctes

    Il y a la gauche mondialiste, libre-échangiste et conservatrice d’Hillary Clinton et de Joe Manchin. Ils représentent l’establishment démocrate avec des liens étroits avec les néolibéralistes de ce monde. En fait, ils ressemblent plus à des républicains.

    Vient ensuite les modérés dont on parle peu dans cette campagne. Avec les Josh Gottheimer et Conor Lamb, ils symbolisent cette partie qui se dit démocrate et de gauche, mais pas comme les autres factions qui suivent ensuite.

    Ensuite, vous avez la vieille garde progressiste de Nancy Pelosi et Joe Biden. Ils sont concernés par le virage à gauche toute du parti démocrate. Sur cela, comment Biden, s’il gagne l’investiture, va pouvoir concilier la gauche du travailleur américain, surtout dans le « Rust Belt » avec ses positions et celles qui le supportent et financent sa campagne, Wall Street oblige?

    Situé au milieu de peloton, vous avez la vieille garde progressiste d’Elizabeth Warren et Bernie Sanders. Avec Sanders, on sait où se tient. Pour Warren, celle qui se revendiquait de sang autochtone alors que ce n’était pas vrai, est très rapide à faire des compromis avec cette gauche conservatrice de l'establishment qui est d’un néolibéralisme caché.

    Vous avez ensuite, la gauche progressiste de Pete Buttigieg et Kamala Harris, pour en nommer quelques-uns, qui revendiquent une position assez libérale avec des services publics gratuits. Ils parlent d’un système de santé pour tous ou la plupart, sans position extrême. Leur clientèle, les travailleurs blancs et les jeunes.

    Enfin, vous avez la gauche à gauche de la gauche, vous savez celle qui est reniée par plus de 95% des Américains. Alexandria Ocasio-Cortez est la figure de proue de ce mouvement. Mais avec ces extrémistes où tout devrait être gratuit en plus d’avoir des frontières ouvertes comme dans un état postnational, c’est une position intenable pour l’électorat américain. Bonne chance, ils ne sont pas dans le bon pays.

    Donald Trump sera réélu en 2020.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 novembre 2019 10 h 15

      Trump a demandé a Warren de faire la preuve qu'elle avait du sang indien. Elle le fit et mit au défi Trump de remplir son engagment. Il répliqua en disant qu'il ne lui avait jamais demandé une preuve.

    • Cyril Dionne - Abonné 4 novembre 2019 10 h 55

      M. Bariteau, il n'y pas de meilleur exemple que celui-là. Warren n'arrêtait pas de revendiquer du sang autochtone dans sa lignée et pourtant, c'était un pur mensonge. A contrario, Trump ne lui avait jamais promis rien. Trump, c’est un outil imparfait et tous les Américains en sont conscients et se reconnaissent en lui. Pardieu, c’est ce qui fait sa force puisque toute sa vie personnelle et professionnelle a été étalée en public depuis belle lurette. Pour les Américains, ce sera toujours l’économie qui primera parce que personne n’a jamais abandonné le rêve américain d’être riche un jour. Le reste, cela demeure toujours du domaine des chasses aux sorcières.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 4 novembre 2019 11 h 30

      Votre exposé signale bien le fractionnement du parti démocrate usa qui regroupe les différentes teintes de l’arc-en-ciel de courants et d’intérêts politique. Le phénomène n’est pas nouveau!

      Ce qui est particulier, en réponse à la gouvernance républicaine de Bush, les démocrates ont fait ressortir les couleurs progressistes d’un candidat noir, rafiné et cultivé, Obama. Souvenons-nous avec quel enthousiasme ce dernier a été applaudi au moment de son investiture! La base électorale de Obama a été déçu face à un président rendu impuissant, bridé par l’establishment et de son propre parti.

      Mais contrairement à ce qui aurait été prévisible, cette base électorale et ses liders ne se sont pas détachée du tronc démocrate pour former un nouveau parti de gauche unifiée... Sanders s’est présenté comme candidat opposé à la dynastie Clinton. Ne gagnant pas l’investiture, il s’est rallié. N’osant pas rompre et rallier la gauche pour former un nouveau parti, Sanders a laissé les fractions progressistes prisonnières du carcan démocrate.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 novembre 2019 13 h 44

      M. Dionne, le pur mensonge n'est celui que de Trump.

      Consulter l'article suivant : https://www.liberation.fr/checknews/2018/10/19/elizabeth-warren-a-t-elle-fourni-la-preuve-adn-qu-elle-est-d-origine-amerindienne_1685704

    • Cyril Dionne - Abonné 4 novembre 2019 15 h 59

      M. Bariteau, voici ce que dit le journal « Libération » :

      « Elizabeth Warren a-t-elle vraiment fourni un document qui prouve qu’elle possède environ 0,1% de « sang d’Indien d’Amérique »

      Et encore :

      « Nous constatons qu’un échantillon d’ADN d’origine principalement européenne contient également des ascendances amérindiennes provenant d’un ancêtre dans la généalogie de l’échantillon il y a 6 à 10 générations. »

      De grâce M. Bariteau, vous avez plus d’intégrité que cela. Nous sommes tous environ 0,1% de toutes les races de la planète avec certaines ascendances plus prononcées. En fait, tous les Québécois de souche, vous savez, les Français d'Amérique, possèdent au moins 1% de sang « autochtone » et pourtant, on ne le crie pas aux fenêtres à moins vouloir un pourcentage des recettes des casinos et ne pas payer des impôts et des taxes tout comme pour les églises. Personnellement, j'ai du sang autochtone qui coule dans mes veines et des ancêtres autochtones. Ceci est une insulte pour tous les Autochtones dignes de ce nom.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 novembre 2019 20 h 52

      À la question posée, la réponse est oui dans l'article cité.

      Mon intégrité n'est pas en cause. Votre façon de lire cet article soulève des questions, non sur votre intégrité, mais sur la banalisation que vous faites de la réponse fournie par Mme Warren après des validations de spécialistes en la matière.

  • Joane Hurens - Abonné 4 novembre 2019 10 h 42

    Le parti des purs sur qui Trump peut compter

    M. MacArthur,
    Comme beaucoup de vos concitoyen.ne.s progressistes, vous n’avez pas voté pour Hillary Clinton avec le résultat qu’on connaît.
    Maintenant, c’est Elizabeth Warren qui ne va pas assez loin à vos yeux. Warren a peut-être de bonnes raisons de ne pas défendre Gabbard. Cette dernière aime frayer avec les ultras nationalistes indiens et se garde bien d’en parler.

    Si c’est Elizabeth Warren qui devient la candidate démocrate, décriée comme étant trop à gauche, pour qui allez-vous voter en 2020? Le parti des purs? Et contribuer à l’élection de D Trump!
    J’attends encore une chronique où vous assumerez vos choix et leurs conséquences, histoire de bien comprendre vos motivations.

    • Raymond Labelle - Abonné 4 novembre 2019 22 h 58

      Cela me rappelle que Al Gore a passé un cheveu d'être élu alors que le Parti vert de Ralph Nader a obtenu environ 5% des voix dans la chaude lutte de Floride. Au lieu d'avoir un président super-conscient de l'enjeu des changements climatiques, en a eu un qui a retiré les EU de l'accord de Kyoto et déclenché la guerre d'Irak basée sur le mensonge des armes de destruction massive et cause importante de la naissance et de l'expansion de l'EI (Daech).

      Le mieux est quelquefois l'ennemi du bien.