La discipline à l’école

Deux nouvelles ont attiré mon attention dans la toute récente actualité en éducation. Je vous parlerai de la deuxième un peu plus loin. La première, elle, concerne l’école du Havre-Jeunesse, qui faisait face à de graves problèmes de violence et de consommation, et qui a fait un bond spectaculaire dans son classement dans la dernière édition du palmarès des écoles. Bravo !

Avec son équipe, le directeur Simon Vézina s’est attaqué au problème, lequel était assez grave, rapporte-t-il, pour que des enseignants aient peur de se promener dans les corridors de l’école !

Voici posée, mais dans une forme extrême, la question de la discipline à l’école. Elle a de tout temps fait couler beaucoup d’encre.

Quelle discipline à l’école ? Pourquoi ? Comment ?

La discipline est d’abord cet ensemble de règles et d’obligations choisies ou imposées que suivent, ou du moins que devraient suivre, les membres d’un groupe. On parle ainsi de la discipline militaire ou de la discipline de vote au sein d’un parti politique.

La discipline, c’est aussi toutes ces manières par lesquelles on sanctionne les manquements à ces règles : elles sont souvent prévues dans un code disciplinaire.

Notez que cette idée d’un ensemble de règles devant être suivies définit aussi ce qu’on enseigne à l’école : des disciplines, justement, comme les mathématiques, la physique et autres.

Personne ne doutera que l’école dont j’ai parlé plus haut avait un sérieux problème de discipline et qu’il fallait agir. Mais si la question fait tant débattre, c’est qu’elle devient rapidement complexe. Quelles règles adopter, précisément ? Comment les implanter ? Comment les justifier, notamment sur le plan éthique ? Enfin, qu’est-il légitime de faire quand elles sont transgressées ?

Se noue ici, on le devine, toute une série de difficiles mais aussi incontournables problèmes théoriques et pratiques. Tous les acteurs de l’éducation, depuis les enseignants (parlez-leur-en !) jusqu’aux élèves, sans oublier les parents, les directions d’école et parfois même les tribunaux, en sont d’ailleurs bien conscients.

Notons encore qu’avec le temps, des formes de discipline et de sanctions disciplinaires autrefois jugées acceptables nous paraissent aujourd’hui indéfendables (le bonnet d’âne, la gifle…), tandis que nous apercevons de troublantes formes d’autorité disciplinaire là où on ne les voyait pas, ou pas si bien, hier encore — pensez par exemple à cette idée de curriculum caché, par quoi, au coeur même de l’acte d’éduquer, des formes insoupçonnées de pouvoir et de domination sont imposées. Le philosophe Michel Foucault a d’ailleurs pu suggérer (idée polémique et débattue…) que l’école est une sorte de microcosme de la société disciplinaire et de surveillance.

Mais en pratique, quelle discipline favoriser à l’école et comment l’implanter ?

J’ignore ce qu’on a fait exactement à l’école du Havre-Jeunesse, avec grand succès, semble-t-il. Mais je sais un peu ce qui s’est passé à la Commission scolaire des Laurentides.

C’est la deuxième nouvelle qui m’a frappé dans l’actualité et dont je voulais parler.

La méthode du soutien au comportement positif

Cette commission scolaire a semble-t-il obtenu, pour la cohorte 2011-2018, le plus haut taux de réussite de son histoire (76 %), en hausse de 5 % par rapport à l’année dernière. Parmi les nombreux facteurs qui expliquent ce succès, on invoque l’implantation d’un programme de Soutien au comportement positif (SCP). Les données de recherche rendent plausible cette hypothèse.

Ce type de programme (en anglais : Positive Behavior Interventions and Supports, PBIS) est de plus en plus répandu et s’implante chez nous. Parmi les raisons qui motivent cet intérêt, il y a qu’il vise à aider des élèves ayant des problèmes de comportement qui les rendent plus susceptibles d’échouer ou de décrocher. Bref : des élèves qu’on veut et qu’on doit aider et qui, de plus, nuisent parfois aux autres.

Ce qui est mis en place ce sont, au sein de toute l’école et de manière systémique, diverses techniques et stratégies non punitives, qui récompensent les efforts et qui misent sur le fait que l’apprentissage des comportements désirés se fait par l’observation d’autrui.

Ce système demande typiquement à l’école et au personnel un changement d’attitude, de mentalité et de manières de faire, et pour cela le changement visé doit non seulement être voulu, mais aussi préparé et encadré par des gens qui savent comment le mettre en place.

On détermine alors les valeurs prônées, les comportements observables souhaités, les moyens de les enseigner explicitement, le système de renforcement qu’on utilisera et bien d’autres choses encore. Mais le fait à retenir est que les résultats de recherche sont très encourageants.

Vous souhaitez en apprendre plus sur le SCP ? Steve Bissonnette est votre guide.

Les perles de la semaine

Il n’y a pas que les élèves qui en font, même les plus grands nous en offrent parfois.

Voyez plutôt :

« Je n’y vois plus clair, dit la vieille aveugle. » (Balzac)

« On avait marché onze heures, ce qui, avec les deux heures de repos laissées en quatre fois aux chevaux pour manger l’avoine et souffler, faisait quatorze. » (Maupassant)

« Pégase s’effarouche et recule en arrière. » (Boileau)


 
 

Vous avez recueilli de jolies perles ? Vous utilisez des trucs et astuces qui vous sont utiles ? Partagez-les en m’écrivant à : baillargeon.normand@uqam.ca

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7 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 2 novembre 2019 08 h 53

    Comment donner l'envie d'avoir envie de la discipline?


    J’imagine que pour qu’un système de discipline à l'école réussisse à atteindre son but, il faut que les humains qui le créent puissent arriver à dépasser la situation du démarrage impossible qui consisterait, par exemple, à enseigner aux élèves comment se tenir tranquilles pour qu’ils puissent profiter des enseignements qu’on veut leur prodiguer.

    Marc Therrien

  • Loyola Leroux - Abonné 2 novembre 2019 17 h 16

    La discipline est les cours de karaté

    Après mon cours de philosophie, en sortant du Cegep de St-Jérôme, le soir vers 18h40, j’arrêtais deux fois par session, devant la porte du local de karaté pour discuter avec les parents, qui attendaient. Je l’ai fait pendant 30 ans, de 1979 à 2009. A un point de la discussion, je leur posais toujours le même question : ‘’Que recherchez vous pour votre enfant dans un tel cours ?’’ et invariablement, pendant 30 années, la réponse était la même : ‘’La discipline’’, pourquoi, ‘’parce qu’à l’école il n’y a plus de discipline.’’ J’ai obtenu la permission d’assister à des cours de karaté, quel décorum, quel respect des traditions, quelle vénération pour le ‘’maitre’’, un vrai, comme nos maitresses d’écoles d’autrefois. Et la politesse, impressionnant. Le cours débute par une course autour de la salle, de quoi épuiser un cheval.

    Je ne suis pas un expert en ‘’sciences’’ de l’éducation, je n’ai pas de données probantes, ni de recherches à citer de ‘’chercheuses qui cherchent et qui trouvent’’, mais, si comme Aristote, je me fie à l’ensemble des gens, je pense que le message est clair.

    J’ai deux questions : quel est le but, la finalité, la mission de l’école, servir de grosse garderie ou apprendre aux enfants à lire, écrire et calculer ? Préférez-vous un enfant poli, qui ne fait pas de crise à l’épicerie, mais qui a eu le cerveau maltraité à quelques occasions ou un enfant roi qui fait des crises partout ?

  • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 2 novembre 2019 18 h 02

    Obéissance de base

    Pour que le SCP fonctionne, il faut effectivement que le stade de la punition soit dépassé... D'ailleurs le SCP le comprend bien car il autorise à «punir» lors de 20% des interventions environ... Mais c'est là le hic quand on considère adéquatement le développement d'une compétence comme celui d'un habitus, comme celui d'un certain comportement. Si le SCP demande de flatter 80% du temps lors des interventions, alors il faut donner au minimum 80% à chaque élève en français, en mathématique, en raisonnement... aporie et aporie d'autant plus grande s'il faut empêcher toute correction (i.e. punition par soustraction de points)...

    Enfin, si le SCP fonctionne si bien, à quand une utilisation du SCP sur le corps enseignant pour que le comportement des enseignants d'adapte à l'enseignement explicite avec structure d'enseignement hiérarchisé du simple au complexe?

  • Pierre Grandchamp - Abonné 2 novembre 2019 20 h 38

    Commission scolaire des Laurentides

    On sait que le classement des écoles secondaires privées et publiques, par l'Institut Fraser, est effectué à partir des résultats en juin de l'année précédente. Simple question de curiosité, je viens de consulter les données du récent classement, soit à partir des résultats de juin 2018. Effectivement, dans l'ensemble, un bon nombre d'écoles secondaires publiques de la CS des Laurentides présentent des résultats intéressants.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 3 novembre 2019 08 h 40

      Je m'excuse. Le rapport de l'Institut Fraser donne les résultats par région. Or, dans la région des Laurentides, il y a plus d'une commission scolaire; l'une d'elles étant la CS des Laurentides.....Ceci étant dit, je note que, oui, des écoles de la commission scolaire des Laurentides présentent des résultas intéressants.

      Mille excuses pour la confusion!

  • Serge Pelletier - Abonné 3 novembre 2019 05 h 07

    Hihihi...

    Encore, et toujours des âneries pour le Code de vie que doit obligatoirement suivre à la lettre chacun des élèves... Mais qui n'a aucune obligation pour les enseignants... Car eux, "y sont syndiqués", pis nous autres de la haute administration (la direction) ben "on ne veut pas de trouble avec le syndicat"...

    Le Code de vie de l'École des Métiers du Sud-Ouest de Montréal contient de ces perles: "advenant qu'un élève conteste ce que le professeur avance, le professeur a toujours raison", c'est pour cela que cela fait une éternité que certains enseignants se comportent comme s'ils avaient la science infuse, mais n'est pas capable d'écrire son propre nom sans faute... À l'École de la Construction de Montréal, "un élève est retourné chez lui s'il ne porte pas l'uniforme règlementaire du métier": mais les enseignants, eux, arrivent avec des "n'importe quoi" comme vêtement, incluant le T-Shirt avec de beaux dessins du doigt majeur...

    En fait, les exemples de dysfonctionnements du système scolaire sont multiples, peut importe le niveau - primaire, secondaire, secondaire professionnel, collégial,universitaire - mais les administrations (TOUTES LES ADMINISTRATIONS) en ont que pour les obligations que doivent obligatoirement suivre les élèves et étudiants...

    Dites! combien d'enseignants des premiers niveaux sont congédiés pour "inconduites", "incompétences", etc. Aucun, si l'on enlève les affaires de "fesses". Même chose au niveau collégial, et au niveau univertaire, ben là! même un professeur qui n'a pas les qualifications de base, a été "nommé" professeur titulaire - et ce même s'il n'avait pas encore terminé son baccalauréat - par une nébuleuse affaire de moeurs, a plagié des recherches en les faisant siennes... Ben, cela donne 6 mois de suspension sans salaire (mais avec temps "rachetables" pour la retraite) et reprise du poste de professeur titulaire...

    Mais vite, vite, une couple de pages de plus pour régir ces mauvais garnements d'élèves et d'étudiants...