Les gens inquiets

Il y a une partie de la population québécoise qui a l’habitude de se faire appeler « les gens ». Depuis une quinzaine d’années, les gens sont de plus en plus inquiets. Le Québec change autour d’eux, et ils ont le sentiment de perdre l’emprise qu’ils s’étaient plus ou moins convaincus d’avoir acquise sur leur destin, il n’y a pas si longtemps. Les gens ont des inquiétudes pour leur survivance depuis des générations. Pour le moment, on justifie cette angoisse non pas par la passation intergénérationnelle d’un récit collectif où la différence menace l’identité… mais par l’existence du port du voile sur la planète Terre. Légiférer à partir de ces inquiétudes, c’est défendre les valeurs québécoises.

On avait dit : légiférons vite, pour passer à autre chose. Une fois les gens rassurés, la page sera tournée. L’élection fédérale est venue. On a encore parlé de l’inquiétude des gens. La laïcité, c’est nous, a dit le Bloc ; on vous défendra. Au lendemain du 21 octobre, on a constaté que la grande région de Montréal — tout comme Sherbrooke, Gatineau, le centre-ville de Québec et toutes les métropoles canadiennes, d’ailleurs, historiquement comme maintenant — a voté rouge plutôt que bleu (pâle ou foncé). Voilà la preuve qu’une partie du Québec échappe au véritable Québec national, se sont époumonés à répéter les tribuns populaires comme les quidams hyperactifs du Web. La menace avance ; l’intégration des « autres » et la rééducation des traîtres sont urgentes… Il faudra rester aux aguets.

Puis, l’élection partielle provinciale dans Jean-Talon, à Québec, s’est préparée. Cette élection, c’est un référendum sur la laïcité, a répété la CAQ. Le combat pour votre « sécurité » culturelle continue toujours, en d’autres termes. Il y a encore lieu d’être vigilants. Inquiétez-vous.

Mercredi, le gouvernement Legault a annoncé que son test des valeurs pour les immigrants entrera en vigueur dès janvier. Le message en filigrane d’une telle mesure ne peut être que celui-ci : « C’te monde-là sont pas comme nous. Il faut s’en méfier. Il faut les tester. Leurs valeurs ne sont peut-être pas les bonnes. Soyons sur nos gardes. » Le but de la mesure : rassurer les fameuses gens. Son véritable effet : donner le sceau d’approbation étatique aux réflexes d’inquiétude et de méfiance envers « c’te monde-là ». Nourrir l’angoisse.

C’est pour s’assurer que tout le monde comprenne qu’au Québec on a l’égalité hommes-femmes, dit Jolin-Barrette. Est-ce que le ministre sait que les trois régions où il y a le plus de violence conjugale au Québec sont la Côte-Nord (loin devant), l’Abitibi et l’Outaouais ? Est-ce que le test y sera utilisé ? Est-ce qu’on connaît des programmes qui déconstruisent avec succès les croyances patriarcales d’un groupe en lui faisant remplir quelque questionnaire ? Aucune importance. Ce qui compte, c’est d’avoir l’air d’une gang de gars solides en train de mettre leurs culottes et qui ne se laissent pas faire.

Bien sûr, toutes ces démarches politiques sont des coups d’épée dans l’eau. Aucun gouvernement du Québec, aucune province, aucun pays ne peut voter une loi contre la proportion ultramajoritaire des anglophones en Amérique du Nord. Aucun leader québécois, aussi charismatique soit-il, ne peut adopter une charte contre l’hégémonie culturelle et économique de l’ancien Empire britannique à l’échelle mondiale ni contrer le vieillissement de la population occidentale ou encore mettre fin au désastre économique, politique et climatique derrière la crise migratoire planétaire.

Si ces réalités angoissent, on peut adopter des mesures qui endiguent une partie de leurs répercussions, temporairement, et souvent à fort prix. Mais jamais on ne pourra complètement les transformer à partir de l’Assemblée nationale ou d’une quelconque capitale, à moins d’une action concertée. Plutôt que de reconnaître les limites de l’État-nation au XXIe siècle, les leaders nationalistes partout en Occident feignent la force. À court terme, ce sont les minorités qui paient le prix de ces mises en scène tragicomiques, qui n’arriveront bien sûr jamais vraiment à rassurer les inquiets. À moyen et à long terme, on perd un temps précieux qui serait mieux consacré à imaginer de véritables solutions politiques aux défis de l’époque : la concentration monstrueuse des richesses, l’urgence environnementale, la perte de la diversité de la vie — tant humaine que non humaine. La liste est longue.

À l’heure du néolibéralisme, les multinationales dirigent nos destinées et les gouvernements sont de plus en plus impuissants en face d’elles. Même que le rôle de l’État est aujourd’hui compris comme le service aux entreprises : le budget, les lois, c’est pour les attirer et les retenir ; l’école, c’est pour la formation de la main-d’oeuvre ; la santé, c’est pour maintenir la population active et productive. Dans ce contexte, « les gens » ont raison de se demander si les institutions ne pourraient pas mieux servir la population. Il y a lieu de s’inquiéter. Mais pas pour les raisons qui sont les plus aisément nommées.

Les élus, dépassés par ces défis, voire complices de leur perpétuation, continuent de gagner leurs élections en jouant aux gars solides qui mettent leurs culottes. Ils ne peuvent donc s’empêcher de rediriger la démonstration de force sur ce qui peut être le plus aisément contrôlé : les personnes plus minoritaires et plus marginales qui, nécessairement, ne font pas partie du véritable problème. Ce genre de pantomime est une drogue à laquelle « les gens » finissent par s’habituer. Pour continuer à rassurer, pour un court temps, il faudra une dose de pseudo-force nationaliste de plus en plus forte. Pour plusieurs, l’effet s’estompera.

La sortie de crise est ailleurs.


 
76 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 31 octobre 2019 01 h 04

    La politique de la diversion

    Belle démonstration des politiques qui nourrissent le cynisme de la population. Plutôt que de faire face aux problèmes majeurs qu'affrontent nos sociétés, trop de dirigeants préfèrent faire reposer leur réélection sur le narcissisme des petites différences...

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 31 octobre 2019 09 h 14

      Encore une fois, une chronique d'Émilie Nicolas pour culpabiliser «les gens» qui croient encore aux États Nations en ce 21ème siècle.

      Comme si ce n'était plus à la mode, plus la saveur du mois. Vivement un grand «melting pot» planétaire!!! Laissons se réaliser le monopole culturel, social, politique, économique de l'«american way of life»!!! En ce jour de l'Halloween, que tout le monde se déguise pareil!!! En voyage touristique, retrouvons le fast food de McDo, les taxis de Huber et tout le reste et bla bla bla partout partout partout...

      Ce serait ça le progrès?????????

      À mon avis, la survivance des États-Nations est, au contraire, nécessaire et vitale pour une socio-diversité de l'espèce humaine... comme le combat écologique que nous devons mener pour la bio-diversité de notre planète.

    • Jacques Patenaude - Abonné 31 octobre 2019 09 h 17

      Moi j'ai beaucoup de difficulté à comprendre la vision politique de l'autrice de ce texte. Ce que j'en comprend c'est qu'il est inutile de se prémunir contre l'hégémonie de la culture anglo-américaine dans le monde. C'est une bataille perdue. Baissons les bras. S'y frotter c'est être une "gang de gars solides en train de mettre leurs culottes" . C'est ce ton méprisant que je déteste le plus dans ce point de vue.
      Oui il faut " imaginer de véritables solutions politiques aux défis de l’époque: la concentration monstrueuse des richesses, l’urgence environnementale, la perte de la diversité de la vie — tant humaine que non humaine. " Et j'en suis. Ce sont des luttes importantes à mener. J'ai participé à de telles luttes au fil de ma vie mais je crois quand même que de se défendre contre envahissement culturel du libéralisme anglo-américain est une lutte légitime même si je ne suis pas très nationaliste. C'est le mépris que je sens dans le courant politique petit-bougeois que vous représentez qui me choque au plus au point. Lutter contre l'envahissement culturel est une lutte légitime et qui n'est pas le seul fait de macho devant l'éternel et elle ne s'oppose pas aux autres luttes nécessaire à faire.

    • Christian Montmarquette - Abonné 31 octobre 2019 11 h 23

      @Jean-Pierre Marcoux,

      "Encore une fois, une chronique d'Émilie Nicolas pour culpabiliser «les gens» " - Jean-Pierre Marcoux

      Si certains se sentent coupables, c'est peut-être qu'ils ont de bonnes raisons de se sentir comme tels.

      Un État-nation n'a pas besoin de s'en prendre aux droits individuels et d'institutionnaliser la discrimination pour être un "État laïque.

      Pendant que la loi 21 s'en prend inutilement à un port passif de signes religieux par des enseignants .tes tout à fait compétents.tes. L'État, lui, de son côté, continue de financer les écoles confessionnelles prêchant ouvertement la religion à hauteur de 60% à 70%.

      Cette loi inique, aussi populiste que démagogique qu'électoraliste est une véritable parodie de laïcité, dont le seul et véritable but est de courtiser des votes sur la base de l'ignorance et de la division et non d'instituer un véritable État laïque.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 31 octobre 2019 14 h 20

      @Montmarquette
      «... L'État, lui, de son côté, continue de financer les écoles confessionnelles prêchant ouvertement la religion à hauteur de 60% à 70%.»

      D'accord avec vous là-dessus.

      Je trouve en effet que le gouvernement n'est pas allé au bout de sa logique, soit de l'appliquer également aux écoles privées et aux réseaux de gardes privés et publics. Ces lieux risquent de devenir surchargés.

      On aura un système à deux vitesses : d'un côté, un système pour les riches, les prosélytophiles et les multiculturalistes et de l'autre un système pour le reste de la population.

      Par gouvernement interposé, le peuple se trouvera à financer le prosélytisme à qui mieux mieux. Quand on fait les choses à moitié, on crée plus de problèmes qu'on en résout.

    • Christian Montmarquette - Abonné 31 octobre 2019 17 h 10

      "Je trouve en effet que le gouvernement n'est pas allé au bout de sa logique.." - Jean-Pierre Marcoux

      Il demeure que la laïcité a justement été conçue pour que tous soient accueillis également face à un État, qui lui, est ou devrait être neutre envers tous ses citoyens

      Or, quand l'État discrimine certains de ses employés.es en regard de leurs pratiques religieuses, il n'est pas neutre et exclue certaines personnes du travail de l'État. Comme à l'époque d'avant la révolution tranquille où des enseignants protestants ne pouvaient enseigner dans des écoles catholiques.

    • Jean Duchesneau - Inscrit 31 octobre 2019 18 h 02

      @Montmarquette

      "Un État-nation n'a pas besoin de s'en prendre aux droits individuels et d'institutionnaliser la discrimination pour être un "État laïque. "

      Et la France, l'Allemagne, la Suisse, la Belgique, etc. sont, selon vous tous des états racistes?

      Au lieu d'invectiver ceux qui ne partagent pas votre opinion, avez-vous une capacité minimale de vous référer à la démarche historique menée notamment par la France depuis 1789 et qui, à cette époque visait l'église catholique. Le Québec a aussi connu un cheminement similaire envers le pouvoir de l'église catholique.

      Questions 1: Pourquoi, l'islam ou autre culte pourraient-ils s'approprier d'un privilège quia été refusé àla religion catholique?

      Question 2: Pourquoi devrions-nous (comme société distincte francophone et d'origine majoritairement catholique) adhérer à une idéologie d'une autre culture (de souche britannique et américaine) ?

      Question 3: le principe d'une argumentation vise à proposer des arguments susceptibles de faire changer d'idée ou faire évoluer un point de vue. Vos arguments ne sont fondées que sur la disqualiication de vos interlocuteurs et de l'insulte. En quoi, vos commentaires sont-ils susceptibles de faire progresser les débats d'une quelconque façon?

    • Céline Delorme - Abonnée 31 octobre 2019 18 h 33

      Citation de Mme Nicolas: "À moyen et à long terme, on perd un temps précieux qui serait mieux consacré à imaginer de véritables solutions politiques aux défis de l’époque : la concentration monstrueuse des richesses, l’urgence environnementale, la perte de la diversité de la vie — tant humaine que non humaine."
      En effet, la chroniqueuse, plutôt que de perdre son temps précieux à défendre les activités religieuses dans le service public, pourquoi ne pas nous éclairer, du haut de sa supériorité, sur les solutions qu'elle préconise pour éliminer les vrais problèmes mentionnés?

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 novembre 2019 06 h 51

      @ Jean Duchesneau,

      "Pourquoi, l'islam ou autre culte pourraient-ils s'approprier d'un privilège qui a été refusé à la religion catholique?"-Jean Duchesneau

      Il n'est pas question d'accorder quelques privilèges que ce soit à qui que ce soit. Mais de ne pas désavantager certains par rapport à d'autres et d'adopter de véritables politiques de laïcité de l'État, comme de mettre fin aux financement public des écoles confessionnelles et d'abolir des exemptions de taxes et d'impôts aux organismes religieux, tels que revendiqués par Québec solidaire depuis des années.

      Votre fixation sur l'islam ne fait que démontrer l'iniquité de votre conception biaisée de ce que devrait être une véritable neutralité de l'État face à ses tous ses concitoyens.nes et que la loi 21 n'a pas été conçue pour instituer la neutralité de l'État, mais pour s'en prendre spécifiquement à des catégories de citoyens.nes à qui l'on accorde pas les mêmes droits que les autres.

      En droit, la laïcité est le principe de séparation dans l'État de la société civile et de la société religieuse et d'impartialité ou de neutralité de l'État à l'égard des confessions religieuses. Le mot désigne par extension le caractère des institutions, publiques ou privées, qui sont indépendantes du clergé et des Églises.

  • Patrick Poisson - Abonné 31 octobre 2019 06 h 07

    Test des valeurs vs test de citoyenneté

    Quelqu'un peut-il m'expliquer la différence entre le test des valeurs que veut faire passer le gouvernement Legault au niveau provincial et le test de citoyenneté que le fédéral fait passer aux futurs citoyens? Que vise chacun d'eux? En quoi l'un est-il plus mauvais que l'autre?
    Ce serait déjà plus éclairant que seulement démoniser encore une fois ce que le provincial essaie d'instaurer.

    • Christian Roy - Abonné 1 novembre 2019 16 h 01

      Le test des valeurs porte très mal son nom.

      Il me semble être un test sur la connaissance des us et coutumes du pays (dans ce cas-ci une province canadienne).

      Il ne s'agit pas d'identifer des valeurs... si c'était le cas, la mention financière prendrait la première place... $$$, voilà une valeur fondamentale qui passe avant tout le reste.

  • Cyril Dionne - Abonné 31 octobre 2019 06 h 23

    Personne n'est plus arrogant envers les femmes, plus agressif avec les minorités sexuelles ou méprisant envers les Québécois, que ceux aux croyances aux amis imaginaires parce qu'ils sont inquiets pour leur virilité patriarcale

    Quelqu’un est mêlée un petit peu. Il y a une différence entre le Québec et le ROC. Chaque peuple sur la planète veut vivre selon ses valeurs inaliénables comme pour les Québécois dans l’égalité de tous et la liberté d’expression dans une communion sociétale d’un aménagement linguistique francophone, ce que les religions aux symboles tonitruants opposent férocement. Ils préfèrent de loin l’homophobie, la misogynie et au Québec, en bref, la francophobie. De toute façon, les Québécois l’ont exprimé haut et fort en jetant dehors les restes du parti néo-democrate le 21 octobre dernier. Pour les libéraux et leurs candidats, dans une frénésie francophobe sur l’île de Montréal, ils rejettent tout ce qui est Québécois, valeur, culture et langue. Pour Québec solidaire, qui était pour la laïcité avant l’élection et pour les extrémistes religieux après, leur tour viendra.

    Les symboles identitaires, voile et turban obligent, qu’est-ce qu’il a-t-il de plus de NOUS et les AUTRES mécréants dans cette histoire? C’est un test des valeurs qu’ils imposent aux autres à tous les jours de l’année. Les Québécois ont dit tout simplement NON dans la sphère publique pour les gens en position d’autorité. Coudonc, l’endoctrinement à ses limites quand même. Dire que les trois régions où il y a le plus de violence conjugale dans le monde, eh bien, ce sont les régions d’où proviennent les gens qui veulent imposer leurs dogmes, doctrine et dictats aux autres au Québec. Nous ne vivons pas dans un état postnational et nous avons des frontières et des limites. Au Moyen et Proche-Orient et partout dans le monde, ils ont compris cela parce qu’il passe la majeure partie de leur existence à s’entretuer et à tuer les autres. Tellement qu’en Afghanistan, ils ont une saison pour la guerre que nous appelons ici, le printemps.

    Quand on coupe la langue aux Québécois, n’y a-t-il pas matière à s’inquiéter parce que le cou viendra tôt ou tard. Misère. Ah ! Les éternels visiteurs du Québec.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 31 octobre 2019 10 h 22

      En écho aux propos de M. Dionne, je suggère à la chroniqueuse le lecture de deux livres donnant de la matière à réflexion: "No Society, la fin de la classe moyenne occidentale" du géographe Christophe Guilluy aux éditions Flammation publié en octobre 2018 qui fournit une abondance d'informations sur la dichatomie grandissante entre les élites mondialisées urbaines et ce qu'il nomme le "monde des périphéries" Ce livre est disponible en format numérique (ou papier) à la Grande bibliothèque du Québec, réf:

      http://banq.pretnumerique.ca/accueil/isbn/97820814

      Le second livre tout autant instructif m'a été conseillé par un autre observateur attentif et également chroniqueur au Devoir, John R. MacArthur. Il s'agit de "La dictature des indentités" de Laurent Dubreuil, professeur à l'Universtié Cornell aux États-Unis, publié par Gallimard en mars 2019. Ce livre traite d'une dérive découpant en une multitudes d'identités victimaires la société américaine et de ses conséquences sur le vivre-ensemble. Il est également disponible en format papier à la BANQ réf:

      https://cap.banq.qc.ca/notice?id=p::usmarcdef_0006094623

      Je suis certain qu'avec en main ces deux ouvrages notre chroniqueuse et ceux ou celles qui s'y réfèrent trouveront matière à nuancer leurs propos.

    • Jacques Patenaude - Abonné 31 octobre 2019 11 h 07

      Quand à moi j'ai tout autant de difficulté avec votre vision politique toujours aussi intolérante que celle de l'autrice de cet chronique. Celle-ci écrit "On avait dit : légiférons vite, pour passer à autre chose. Une fois les gens rassurés, la page sera tournée." Si ce n'est pas le cas c'est pour moi que nous sommes pris entre deux groupes particulièrement bruyant et intolérant qui se répondent sans fin. Tanné de cela!!! J'ai hâte que les hauts-parleurs que sont les média de toute forme donnent davantage de place à des positions plus modérés. J'ai le sentiment qu'ils sont majoritaires mais trop inaudibles.

    • Christian Montmarquette - Abonné 31 octobre 2019 11 h 34

      @Cyril Dionne,

      "Pour Québec solidaire, qui était pour la laïcité avant l’élection.." - Cyril Dionne

      Ce n'est pas parce que QS est contre la discrimination qu'il est contre la laïcité de l'État.

      Programme de Québec solidaire en vigueur depuis 2009 :

      7.5 UN QUÉBEC LAÏQUE 7.5.1 


      a) QS préconise un Québec laïque qui consacre la séparation des institutions religieuses et de l’État.


      b) Ainsi, QS propose un modèle de laïcité conçu comme la combinaison de la neutralité des institutions publiques sur le plan des croyances (incluant le scepticisme et l’incroyance) avec la liberté, pour l’individu, d’exprimer ses propres convictions, dans un contexte favorisant l’échange et le dialogue. 


      c) Le processus de laïcisation des institutions du Québec n’est toujours pas terminé. L’avancement de ce processus dépend autant d’une politique d’État claire que d’une volonté de l’ensemble de la société d’établir sans concession et de façon définitive la neutralité de l’État sur le plan de la religion. 


      d) L’État étant laïque, pour QS les signes religieux ne sont pas admis dans les institutions publiques (ex.: croix dans le salon de l’Assemblée nationale) ni les manifestations religieuses lors des activités institutionnelles (ex. : prière lors d’une rencontre d’un conseil municipal). 


      7.5.2 Laïcité et port de signes religieux. C’est l’État qui est laïque, pas les individus.

      QS accepte le port de signes religieux par les usagers et les usagères des services offerts par l’État. 

En ce qui concerne les agents et agentes de l’État, ces derniers peuvent en porter pourvu qu’ils ne servent pas d’instrument de prosélytisme et que le fait de les porter ne constitue pas en soi une rupture avec leur devoir de réserve.

      Le port de signes religieux peut également être restreint s’ils entravent l’exercice de la fonction ou contreviennent à des normes de sécurité.


      Source :

      https://api-wp.quebecsolidaire.net/wp-content/uploads/2016/01/18-01958-qs2018_program

    • Anne Arseneau - Abonné 31 octobre 2019 18 h 00

      @ Pierre-Alain Cotnoir

      Je lis présentement l'excellent «No Society» de Christophe Guilluy dont voici des extraits qui me semblent très bien décrire la réalité :

      « Le populisme n'est pas une poussée de fièvre irrationnelle, mais l'expression politique d'un processus économique, social et culturel de fond. [...] Ce mouvement réel de la société ne relève d'aucune manipulation, d'aucune fake news, il traduit simplement la volonté des plus modestes de préserver l'essentiel, leur capital social et culturel. Présenté comme «populiste» (lire «fasciste») par les classes dominantes, ce mouvement, conduit par une majorité, est au contraire fondamentalement démocratique. Ce retour au peuple, c'est-à-dire à la démocratie, à un pouvoir exercé par le peuple, relève d'une nécessité, celle de refaire société. C'est cette mécanique du peuple qui obligera demain les classes dominantes à régler leur horloge sur celle de la société populaire et à sortir, comme le dit Jacques Julliard, «d'un système où la démocratie s'exerce actuellement sans le peuple. »

      Le mouvement réel de la société fait en effet imploser un à un tous les fondamentaux du discours dominant. Ce basculement n'est pas le fruit d'une idéologie, encore moins la conséquence d'une «prise de la Bastille», il résulte de la permanence d'une société populaire contrainte de prendre en charge une réalité sociale et culturelle qui est en tout point contradictoire avec la vision irénique des classes dominantes.

      [...] Jamais une classe médiatique, politique et universitaire n'a autant dénigré, ostracisé, insulté son propre peuple duquel elle se retrouve isolée. Isolée également du reste du monde qui ne supporte plus non plus ses leçons de morale. »

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 31 octobre 2019 19 h 42

      Monsieur Cotnoir, j'apprécie ce genre d'intervention instructive.
      Soyez certain que je vais consulter ces sources.

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 novembre 2019 08 h 44

      « De toute façon, les Québécois l’ont exprimé haut et fort en jetant dehors les restes du parti néo-democrate le 21 octobre dernier. »- Cyril Dionne

      Avec un mode de scrutin qualifié d'infecte par René Lévesque lui-même et dque de votre côté vous ne cessez de chanter des louanges, les électeurs n'ont pas voté contre le NPD, ils se rangés derrière les libéraux pour battre les conservateurs; des libéraux qui détiennent d'ailleurs la majorité au Québec:

      « 35 % des répondants au sondage Léger ont déclaré que leur décision a tenu compte des chances que leur vote empêche la victoire d’un candidat d’un autre parti. (...)

      « 46 % des répondants qui ont finalement voté libéral ont déclaré avoir envisagé de voter pour le NPD pendant la campagne » - Le Devoir, 29 octobre 2019

      

Source :



      « Le tiers des Canadiens ont voté stratégiquement aux dernières élections, selon un sondage Léger » - Le Devoir

      

https://www.ledevoir.com/politique/canada/565846/le-tiers-des-electeurs-ont-vote-strategiquement-le-21-octobre-dernier

  • Raynald Rouette - Abonné 31 octobre 2019 07 h 16

    Non à l’hégémonisme islamique!


    Les gens ont raison d'être inquiets. Le problème de fond est là.

    Je suis entièrement d'accord avec la thèse de Philippe d'Iribarne ayant pour titre "Islamophobie intoxication idéologique", et en sous-titre, "Anatomie d'une imposture". Chez Albin Michel.

    Joseph Facal y a consacré deux chroniques totalement contraire à celle-ci les 27 et 29 août dernier.

    Le Devoir, en toute objectivité ou subjectivité, pourrait faire œuvre utile en se prononçant sur le bien fondé ou non de la thèse de Philippe D'Iribarne qui est une sommité en France. Il est directeur de recherche au CNRS. Il s'intéresse particulièrement au lien entre les religions et la modernité. Il est traduit en dix langues, dont l'arabe et le turc.

    • François Poitras - Abonné 31 octobre 2019 12 h 07

      Le 22 octobre, sur le site du magazine français Marianne, 100 musulmanes et musulmans de France ont signé une lettre ouverte afin de dénoncer la naïveté crasse des gens qui voient dans le voile « un simple bout de tissu ».
      Quelques extraits...

      « Il est grand temps que nos compatriotes sachent que le port du voile ne fait pas l’unanimité, chez “les” musulmans. Il ne relève pas du culte, contrairement au jeûne du Ramadan ou aux cinq prières quotidiennes. Il n’est pas un “signe religieux” puisque l’islam réprouve tout fétichisme matériel. L’islam se vit dans le cœur, pas sur la tête. D’ailleurs, “les” musulmans, cela n’existe pas. Il y a DES musulmans, DES pratiques, DES interprétations, et DES convictions.

      LES musulmanes ne portent pas le voile, sachez-le bien. Ce sont DES musulmanes qui le portent. DES musulmanes qui font une lecture patriarcale du texte coranique. DES musulmanes et DES musulmans qui refusent l’intelligence de la foi, qui refusent d’allier la foi avec l’exercice de la Raison critique. De grâce, soutenez les Françaises et les Français de confession ou de culture musulmane qui se battent contre cette terrible vague néoconservatrice venue des pays du Golfe »

      Nous, signataires de ce texte, affirmons haut et fort que le port du voile est le signe ostentatoire d’une compréhension rétrograde, obscurantiste et sexiste du Coran. Voiler les femmes, c’est stigmatiser leur présence dans l’espace public. Notre beau pays lutte pour aller vers toujours plus d’égalité entre les sexes. Le sexisme et la diabolisation du corps des femmes sont contraires à nos idéaux »

    • Jean Duchesneau - Inscrit 31 octobre 2019 22 h 11

      La chronique islamogauchiste de Mme Nicolas ne fait pas le poids contre le témoignage de femmes qui ont vécu sous le joug du salafisme. Écoutez le témoignage émouvant de Henda Ayari la première accusatrice de Tarik Ramadan pour viol. Elle n'y va pas par quatre chemins pour dénoncer le voile islamiste.

  • Marc Therrien - Abonné 31 octobre 2019 07 h 27

    Des gens bien ordinaires


    Il y a les gens et il y a aussi les « petites gens ». Ces dernières sont plus facilement impressionnables et sensibles à la peur et au ressentiment. En ce qu'elle est conforme à l’ordre normal et habituel des choses qui sont attendues chez l’un comme chez l’autre en fonction de leur position et rôle social respectifs et en ce qu’ils utilisent un langage commun pour parler d’une simple expérience partagée de la vie quotidienne vécue et analysée différemment selon leur logique situationnelle respective, la proposition de son test des valeurs par le bon et bienveillant Gouvernement Legault recevant l’assentiment de la majorité francophone avec laquelle il cherche à maintenir sa « connexion » nous fait vivre empiriquement une expérience philosophique de l’ordinaire.

    Marc Therrien

    • Léonce Naud - Abonné 31 octobre 2019 10 h 35

      Les Anciens Canadiens étaient eux aussi des « petites gens ». Cependant, compte tenu du délicat instrument qu’ils suspendaient au mur près du foyer familial de sorte que cet outil d’égalisation sociale demeure bien au sec, ils devenaient dès lors des gens respectables.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 31 octobre 2019 12 h 40

      "Il y a les gens et il y a aussi les « petites gens ». Ces dernières sont plus facilement impressionnables et sensibles à la peur et au ressentiment." - Marc Therrien

      En somme, si je vous comprends bien, les "petites gens" sont un tantinet niaiseux et simplets sur les bords. Vos propos pourraient-ils cacher une forme de mépris paternaliste?

      Mais les "petites gens" n'ont pas à s'inquiéter outre mesure: les "progressistes" pensent à leur place et savent du haut de leur chaire ce qui est bon pour eux.

    • Marc Therrien - Abonné 31 octobre 2019 18 h 45

      M. Morin,

      Les « petites gens » est une autre façon de parler de ceux qui nourrissent les ambitions et volontés de puissance des politiciens populistes comme, par exemple, Maurice Duplessis avant François Legault; de dire comme Gilbert Cesbron que « la radio et la télévision fabriquent des grands hommes pour de petites gens ». Je comprends que vous puissiez percevoir du mépris paternaliste dans ce qui est peut-être l’envers du costume de la bienveillance outrancière du bon « cheuf » protecteur qui se donne le mandat de mettre à l’abri des extrémismes religieux cette majorité francophone dont il pense que plusieurs de ses membres craignent tant qu’ils se répandent.

      Marc Therrien