Immigration: le chemin de l’Ontario

Hugues Langlais

Malgré les bonnes intentions du gouvernement de François Legault, les immigrants attendus ici à bras ouverts doivent patienter si longtemps qu’ils finissent souvent par se décourager, au point de finir par prendre le chemin de l’Ontario ou d’ailleurs au Canada.

« On ne sait plus quoi dire pour les faire patienter », dit Hugues Langlais, avocat réputé en immigration, à Montréal, qui se désole de toutes les procédures et de toutes les attentes dont l’arrière-plan est meublé d’arrimages défaillants entre Québec et Ottawa. Comme quelque 200 autres personnes, il participait au premier Sommet sur l’immigration tenu il y a deux semaines à Montréal.

Tout cela survient au moment où la démographie québécoise demeure sous pression, avec des projections inquiétantes pour les décennies à venir. C’est ce que nous apprenait l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) il y a une semaine, en signalant un fossé qui ira en s’élargissant.

En gros, d’ici 2041, 64 des MRC québécoises vont profiter d’une hausse de leur population, tandis que 40 autres vont voir la leur décliner. Et c’est l’urbanité qui va faire la différence. Bravo pour les villes, dommage pour les autres.

D’une façon ou d’une autre, dit l’ISQ, le Québec va aller en vieillissant. En 2019, 19 % de sa population globale avait 65 ans ou plus, soit une personne sur cinq ; en 2041, on en sera rendu à 26 %, une personne sur quatre. Mais ce vieillissement sera asymétrique et ne frappera pas partout de la même façon.

Oui, les villes centrales continuent de s’imposer et d’attirer du monde, et les banlieues en profitent notamment avec les jeunes familles, tandis que les régions dites excentriques peinent à garder les leurs. Mais le facteur « immigration » entre aussi en ligne de compte. La croissance démographique de Drummondville, par exemple, repose en bonne partie sur tous les travailleurs étrangers que la ville recrute de mission en mission à l’extérieur. Gaspé, à l’inverse, n’a pas cette chance, même si la ville souffre elle aussi d’une pénurie de main-d’oeuvre spécialisée.

De là l’intérêt de la politique de régionalisation de l’immigration annoncée récemment par le ministre Simon Jolin-Barrette, avec l’ouverture de plusieurs antennes aux quatre coins du Québec pour encourager un meilleur déploiement.

Mais encore faudrait-il joindre le geste à la parole et faciliter l’arrivée ici des renforts venus d’ailleurs. Et c’est loin d’être le cas.

Qu’il s’agisse de travailleurs dits « temporaires », ou de gens recrutés avec une garantie d’emploi dès leur arrivée, les délais sont longs avant que leur statut soit reconnu.

Imaginez : pour ceux et celles qui détiennent déjà un permis de travail, les démarches peuvent prendre jusqu’à deux ans, même plus ! Pire, avec les limites récemment décrétées par le gouvernement Legault, plusieurs des immigrants destinés au Québec sont forcément bloqués par le gouvernement fédéral. Ils risquent alors d’aller ailleurs au pays.

Le calcul est simple : en 2019, on s’attend à ce que le pays accepte globalement 330 000 immigrants. Cette année, le Québec n’en accueille que 40 000, soit à peine 12 % du total, alors même que son poids démographique au sein du Canada ne cesse de s’effriter.

« Le Canada en prend plus, mais le Québec moins », dit Hugues Langlais, qui entrevoit bien les conséquences à plus long terme.

Pourtant, la demande de travailleurs, elle, ne cesse d’augmenter. Le plus récent relevé de Statistique Canada situait le taux d’emploi — le pourcentage de gens en âge de travailler qui travaillent effectivement — à un niveau record au Québec : 62 %, du jamais vu. Du nombre, il faut retrancher les étudiants, les gens inaptes au travail et tous ceux qui ne participent ou ne veulent pas participer au marché du travail. Mais il en reste de moins en moins. L’économie du Québec, elle, est en plein essor. Cherchez l’erreur.

« Et encore faut-il qu’au fédéral, on reconnaisse la pénurie qui frappe plusieurs secteurs, notamment dans les métiers », souligne Hugues Langlais, qui ajoute que cette rareté de main-d’oeuvre est peut-être plus durement ressentie au Québec qu’ailleurs au pays, ce qui expliquerait en partie les réactions tardives d’Ottawa.

Au Québec, on le sait, il faut du renfort. Au fédéral, c’est moins clair. Il faut enquêter, obtenir des confirmations de sources différentes, arriver à une conclusion, ce qui peut prendre des semaines, voire des mois. Il arrive qu’on doive procéder à une étude d’impact sur ce qu’une pareille ouverture provoquerait sur le marché du travail pour ne pas pénaliser les travailleurs canadiens.

Fort bien. C’était nécessaire en situation de chômage élevé. Il aurait été odieux de recruter du personnel étranger moins bien payé au détriment des citoyens canadiens. Mais ce n’est plus le cas. On gratte les fonds de tiroir pour trouver du monde, et un entrepreneur impatient risque de voir des contrats lui glisser entre les doigts parce qu’un candidat immigrant pressenti attend toujours d’être accepté… sans compter l’approbation finale qui peut prendre des années.

Mais le Québec n’est pas sans taches.

Ses propres procédures demeurent compliquées. Il suffit d’aller sur le site du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration pour constater à quel point on découpe en petits morceaux toutes les situations potentielles, avec des démarches différentes selon les cas, sans préciser pour autant les délais de traitement des demandes. Et ne commettez pas d’erreur, au risque de devoir tout recommencer ! Alors que nous avons besoin plus que jamais de renfort…

 
 

Une version précédente de cette chronique, qui indiquait erronément que l'avocat en immigration cité dans le texte se nommait Hugues Tremblay, a été corrigée.

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11 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 25 octobre 2019 07 h 11

    Les demandeurs d'asile par Roxhan

    J'accompagne une famille arrivée en mai 2018.Son cas n'a pas encore été discuté à la Commission de l'Immigration. Ces gens-là vivent une situation d'enfer, sans savoir s'ils devront retourner chez eux ou non.Ils ne peuvent pas faire des plans.Pourquoi laisser entrer ces gens si on les laisse dans ces conditions?

    • Jacques Patenaude - Abonné 25 octobre 2019 11 h 57

      Votre question est très pertinente mais je la reformulerais ainsi: Pourquoi s'intéressent-on si peu au sort des réfugiés après leur passage des frontières canadiennes que ce soit par le chemin Roxham ou ailleurs? Le fédéral tiens un beau discours sur les réfugiés, c'est bon pour la propagande mais la réalité est très différente pour la suite.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 25 octobre 2019 14 h 03

      @. M. Patenaude,

      Celui qui arrive comme réfugié, son statut est clair: dans quelques années, normalement, il va s'en sortir. Il va faire sa francisation; puis, peu à peu, il va sortir de l'aide sociale, à moins qu'il soit âgé.

      Tandis que le demandeur d'asile doit attendre que son cas passe devant la Cour de l'Immigration, avant de savoir s'Il doit retourner chez lui ou si on lui accorde le statut de réfugié.Normalement, le fédéral donnait une réponse dans les 2-3 premiers mois; maintenant: 2 ans, me dit-on.
      J'ai connu une jeune famille avec un enfant; le père bac. en informatique. La famille a été refusée pcq incapable de prouver qu'elle méritait le statut de réfugiée.Elle a dû retourner dans son pays. La personne, normalement, peut contester; mais, alors, cela veut dire une autre longue période dans le vague.

      P.S. Je pense que, vous et moi, venons du même coin de pays...

  • Will Dubitsky - Abonné 25 octobre 2019 09 h 04

    Responsabilités de la CAQ: Incitatives pour se rendre en Ontario

    L'article ne mentionne pas la suppression cruelle et sauvage par Simon Jolin-Barette des demandes de résidence permanente présentées par 50 000 personnes, y compris des étudiants étrangers titulaires d'un diplôme québécois. Ces personnes devront maintenant attendre plus longtemps pour que le nouveau système soit introduit.

    Cela s'ajoute à l'abaissement des quotas d'immigration par le CAQ et au système destiné à accompagner les nouveaux immigrants avec des agents de libération conditionnelle.

    Aux mesures xénophobes de la CAQ s’ajoute la difficulté de faire reconnaître les diplômes étrangers au Québec
    .
    Ce sont quelques-unes des nombreuses raisons pour lesquelles 25% des nouveaux immigrants quittent le Québec.

    Dans les autres provinces, tout est géré par le gouvernement du Canada, beaucoup moins compliqué. Si le Bloc défend véritablement les intérêts du Québec, il suggérerait que les pouvoirs d'immigration du Québec soient retourné au gouvernement fédéral. Mais ils représentent les intérêts de l'autonomie québécoise, pas la même chose.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 25 octobre 2019 14 h 13

      Monsieur,

      Depuis 2003, j'ai accompagné quelque 250 réfugiés dans sleur intégration. Je ne suis pas caquiste, je suis indépendantiste; cependant je suis d'accord avec la politique d'immigration. Il fallait d'abord sortir du système tout croche entretenu par le fédéral et mettre de l'ordre dans la cabane.Oui, en accueillir un peu moins, le temps de bien installer le nouveau système; ensuite augmenter.D'accord avec l'importance à donner au français, à la francisation; et avec le test de valeurs. De plus, Québec va envoyer des fonctionnaires en régions pour faciliter les choses.

      S'Il y a une société non xénophobe, c'est bien la nôtre: la québécoise.

  • Will Dubitsky - Abonné 25 octobre 2019 10 h 04

    Responsabilités du CAQ: Incitatifs pour aller en Ontario, partie II

    J'ai oublié d'ajouter l'impact de la loi 21 ternissant l'attraction d'immigrer au Québec, peu importe si on ne porte pas de symbole religieux. Cet article du New York Times le décrit comme "virulently prejudicial legislation in Quebec."
    https://www.nytimes.com/2019/10/23/opinion/trudeau-canada-election-racism.html

    • Louise Desautels - Abonnée 25 octobre 2019 15 h 46

      Cet article que vous citez, n est pas serieux. Lauteure fait passer le Canada en entier pour des fanatiques, racistes, animes de haine .La Madame est quelque peu fanatique.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 25 octobre 2019 16 h 01

      Donc, "virulently prejudicial legislation in Quebec", in France. Et, dans d'autres sociétés occidentales? On a dit la même chose de la loi 101.
      Il y a ici une société distincte, point à la ligne!

      Il y a eu une Commission Bouchard Taylor qui a fait des recommandations, sous les libéraux. Ces derniers ont pissé dans leurs culottes et n'ont pas eu le courage d'appliquer les recommandations. La CAQ a ajouté les écoles publiques; quant à moi, j'aurais ajouté les écoles privées et les CPE.

      Il était temps que Québec prenne ce dossier en mains, comme celui de l'immigration.

    • Will Dubitsky - Abonné 26 octobre 2019 11 h 32

      @Pierre Grandchamps

      Je conviens que cet article n’est pas le meilleur mais il reflète les idées du Canada anglais sur Loi 21. Lors du débat anglais des chefs, un des modératrices a posé une question sur la position des chefs sur la législation discriminatoire au Québec, Loi 21. Il existe un consensus au Canada anglais à ce sujet.

      Les francophones du Québec s'entendent pour dire que les symboles religieux indiquent la promotion de la religion dans une institution laïque. C'est insensé, car la CSDM n'a jamais eu une plainte et Jagmeet Singh et de Lionel Perez n'ont jamais mêlé religion et politique. C'est juste un prétexte pour la discrimination.

      Andrew Scheer, Mike Pence et Donald Trump mélangent religion et politique et aucun d'entre eux ne porte de symboles religieux. Ainsi, la seule solution consiste à juger les personnes de leur identité et à ne pas enseigner aux enfants à avoir des préjugés en excluant les personnes différentes.

      La France est un exemple terrible de modèle. Les actes de racisme et de haine en France envers les femmes musulmanes portant le hijab sont très nombreux, car beaucoup pensent que l'État a sanctionné la haine. http://www.leparisien.fr/societe/j-en-ai-marre-d-a

      Que le Québec soit une société des plus accueillantes est un autre mythe francophone. Quel type de société tolère la suppression des dossiers de 50 000 personnes, introduit des réductions des quotas d'immigration, une loi légitimant la discrimination, a pour politique de faire en sorte que les agents de libération conditionnelle guident les nouveaux immigrants, a le taux de chômage le plus élevé parmi les immigrants par rapport aux autres provinces, tant d'immigrants se plaignant de discriminations sur le lieu de travail, a un taux de reconnaissance des diplômes étrangers si faible et bien plus encore?

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 25 octobre 2019 12 h 28

    L'immigration, les migrants, les réfugiés...les emplois, les jobs et les ploucs...crise surfaite

    La redondance sur ce sujet...fait en sorte que trop c'est trop....

    Il y a ceux qui veulent nous faire corire que tout à coup...au Québec, c'est porte-ouverte pour tous.! (surplus budgétaire ...oblige ?)
    "Entrez" tous, mesdames et messieurs, le spectacle commence...

    Ces "entrées" quelles soient faites par Roxham ou toute autre porte migratoire, ne respectent pas la tradition québécoise de l'accueil
    aux immigrants. Nous avons accueilli des Vietnamiens dans les années 1975 -80...Nous avons accueilli des réfugiés...selon les normes
    des Nations Unies...etc etc Nous avons parfois parrainé des immigrants...qui se sont bien intégrés.

    Mais aujourd'hui, la folle aventure du "Nous embauchons" à tout vent...relève de la surfaite "fausse nouvelle" ...Celle des "racoleurs" de
    tous acabits qui recherchent ...un plouc qui ne lui coûtera pas trop cher. Car "money is the issue"...adage fort prisé chez nos voisins du sud...
    entre autres...et, chez Nous... également. (mimitisme)

    Le gouvernement du Québec s'est fait avoir....en grand.
    Tous ces racoleurs sont à la recherche de la part de trésor (surplus budgétaire)...
    Alors que Nos jeunes (30-45 ans) peinent à trouver un emploi stable et bien rémunéré, ils doivent le créer eux-mêmes.avec toutes les embûches ...qui viennent s'y greffer.
    Faites travailler les nôtres décemment... avant de déployer les tapis rouges migratoires promus par les lobbys de l'immigration à tout prix..

    Cessons donc de rêver... à la fée des dents....à la fichue "mondialisation à outrance" , à la recherche de la toison d'or... mythique.
    Regardons les problèmes des vases communicants que sont l'immigration, les migrations( et autres "voyageurs " économiques)....et les problèmes liés...aux guerres fratricides au Moyen Orient et autres pays guerriers vecteurs de troubles inhérents aux 20e et 21e siècles .

    Essayons "premièrement" et "fièrement" de garder nos "fleurons" et nos "emplois"...ici...chez-Nous.
    Trop de pertes au profit ...

    • Marc Pelletier - Abonné 25 octobre 2019 17 h 29

      Mme Nicole D. Sévigny,

      Aveuglement volontaire ou pas : dans ma petite ville, en banlieu de Montréal, je vois régulièrement l'affiche " Nous embauchons ". Est-ce que vous croyez que les entreprises concernées posent ces affiches pour le simple plaisir de démontrer quelles sont dynamiques ?

      Est-ce que vous connaissez quelqu'un qui a appliqué sur un emploi, qui avait de l'allure et qui s'est fait refuser l'emploi parceque l'entreprise espérait engager un immigrant à bas salaire ou bien celà ne serait-il pas le fruit de votre immagination ?

      De toute façon, tous les gouvernements qui ont accédé au pouvoir nous ont promis de mettre des mesures en place pour réduire la bureaucratie : la CAQ ne fait pas mieux que les gouvernements des autres partis qui l'ont précédée, malgré l'urgent et le réel besoin des entreprises : il faut croire que les bureaucrates ont, soit la couenne dure, soit qu'ils ont d'autres chats à fouetter.

      M. Legault voulait créer " des jobs payants " : depuis son élection, je n'ai pas encore vu les résultats espérés !

      Si notre tradition québécoise à l'accueil est reconnue , elle ne se manifeste pas présentement commeil se doit !