Vos finances: la technologie financière en quête de confiance

La fintech confirme son enracinement bien ressenti dans l’écosystème financier au Canada. Un taux d’adoption en forte progression chez les consommateurs de produits et services financiers masque toutefois un sentiment d’insécurité qui conforte institutions et fournisseurs traditionnels dans leur raison d’être.

Le cabinet de fiscalité Ernst & Young (EY) a publié cette semaine l’édition 2019 de son indice mondial d’adoption des fintech. La progression est rapide, l’adoption passant à 50 % au Canada en 2019, contre 18 % deux ans plus tôt et seulement 8 % dans l’édition 2015 de l’étude. Ce vaste sondage repose sur 27 000 entrevues en ligne réalisées auprès des consommateurs d’âge adulte. Est considéré comme un utilisateur régulier celui qui a eu recours à au moins deux services d’entreprises de technologie financière dans les six mois précédents.

Loin en queue de peloton

Cela dit, si son taux d’adoption a plus que doublé en deux ans, le Canada se situe loin dans le peloton de queue, sous la moyenne mondiale de 64 %. Seuls les États-Unis (46 %), la Belgique et Luxembourg (42 %), la France (35 %) et le Japon (34 %) affichent un taux moindre dans ce classement comprenant 27 marchés où la Chine (87 %), l’Inde (87 %), la Russie (82 %) et l’Afrique du Sud (82 %) dominent. « Les taux et frais avantageux (42 %), la facilité d’ouverture de compte (19 %) et l’accès à des produits et services plus novateurs (10 %) comptent parmi les raisons qui poussent les consommateurs canadiens à faire appel aux services de fintech », poursuit EY.

Pour le cabinet, il est indéniable que les entreprises de technologie financière sont devenues de « solides concurrentes » dans le secteur des services financiers. Mais un bémol s’impose. Si le manque de connaissance demeure le principal motif incitant les consommateurs à faire appel aux services de leur institution financière, la confiance vient s’ajouter aux considérants dans l’édition 2019 alors qu’elle était la raison la moins citée deux ans plus tôt. « Qu’ils adoptent ou non les fintech, les consommateurs s’inquiètent de la sécurité de leurs données personnelles en ligne et font davantage confiance aux institutions et aux fournisseurs traditionnels, avec lesquels ils peuvent interagir en personne », souligne le cabinet.

Concurrents ou complémentaires ?

Bref, il faudrait y voir une confirmation de la complémentarité et de la nécessaire cohabitation entre ces deux segments d’une même industrie. EY le reconnaît. « Même si les consommateurs canadiens sont plus à l’aise d’utiliser les services bancaires d’institutions traditionnelles, près du tiers d’entre eux sont prêts à utiliser les produits offerts par les nouvelles sociétés de services financiers, pourvu que celles-ci travaillent en collaboration avec ces institutions », écrit-il dans son communiqué.

D’autant qu’il faut nuancer selon les grands types de service. Les transferts d’argent et paiements électroniques sont mieux ancrés dans les habitudes de consommation, avec un taux d’adoption au Canada atteignant désormais les 75 %, contre 50 % en 2017. La progression se vérifie ailleurs mais à un autre rythme, avec un taux d’adoption parfois loin des 50 %. Ce taux atteint 48 % dans le segment épargne et investissement, 34 % dans celui des services de planification financière, 29 % dans l’assurance et 27 % dans celui de l’emprunt. Et si seulement 4 % des répondants disent manquer de connaissances dans le segment des paiements électroniques, ils sont de loin plus nombreux, avec un taux variant entre 14 et 29 %, à affirmer ce manque dans les quatre autres catégories.

S’y ajoute une problématique de confiance, qui « a le potentiel d’ouvrir de nouvelles possibilités tant pour les institutions financières que pour les fintech », retient EY. D’ailleurs, ils ne sont que 12 % à évoquer un meilleur produit et la qualité du service pour expliquer l’utilisation seule de la technologie financière, un pourcentage en baisse par rapport aux 16 % de l’édition de 2017. Et 22 % contre 15 % il y a deux ans à appuyer leur préférence pour les institutions traditionnelles sur la confiance.

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