Le filon vert

Depuis le début de la campagne électorale fédérale, les partis rivalisent de promesses, souvent coûteuses, pour alléger le fardeau financier des citoyens et tempérer leur insécurité économique. C’est après tout leur premier sujet de préoccupation, à en croire les sondages. Réduction de taxes, prestations bonifiées, programmes de soins dentaires, d’assurance médicaments, de construction de logements abordables, tout y passe. Mais lundi soir, lors du débat des chefs en anglais, c’est le thème de l’environnement et de l’énergie, et non celui de la santé, qui a fini par s’immiscer partout.

La question des changements climatiques a fait brièvement son chemin pendant la discussion sur le leadership au Canada et dans le monde. Le volet sur les affaires autochtones a dévié sur l’enjeu des pipelines. Celui sur la sécurité économique n’y a pas échappé non plus. La portion réservée à l’environnement a permis quelques échanges musclés, mais le court débat ouvert qui devait la conclure a, fort étrangement, porté sur toute autre chose.

Cette insistance sur l’environnement n’est pas un accident. Cet enjeu n’arrive pas très loin derrière l’économie quand on demande aux électeurs ce qui peut influencer leur vote. Ceux qui ont suivi la campagne depuis ses débuts ont dû rester sur leur faim durant ce seul débat en anglais auquel participait le chef libéral, Justin Trudeau, le format ne permettant pas d’approfondir grand-chose, mais ceux qui n’avaient pas encore eu la chance de suivre attentivement la course n’ont pas perdu leur temps.

À travers les bribes, les invectives et la cacophonie, la ligne de démarcation entre les partis qui aspirent au pouvoir est ressortie. Conservateurs et libéraux offrent des solutions différentes aux citoyens financièrement étranglés, mais elles vont généralement dans le même sens. Quand il est question d’environnement, par contre, le fossé est indéniable. Et ça, le débat l’a mis en relief.

Le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert (PV) ne sont pas en reste, au contraire. Le débat ne l’a mis en valeur qu’en partie, mais, oui, ils ont des plans dont les orientations sont beaucoup plus ambitieuses que celles du Parti libéral et qui correspondent davantage aux appels des jeunes qui ont marché dans les rues le 27 septembre. Celui du NPD manque toutefois de précisions alors que celui du PV, inspiré par l’urgence, exige un virage en profondeur mais rapide de la société canadienne. Le plan du PLC, lui, promet davantage de mesures pour s’attaquer aux émissions de gaz à effet de serre (GES) et même de rendre le Canada carboneutre dès 2050, ce qu’a rappelé avec fougue M. Trudeau lundi, mais sans vraiment expliquer comment il entend y arriver.

La faiblesse du plan conservateur est d’un autre ordre. Ce qu’on propose est un recul par rapport à ce qui se fait déjà. M. Scheer veut mettre fin à plusieurs mesures en place, en particulier la fameuse taxe sur le carbone, dont il a fait une des principales cibles de sa campagne. L’élimination de cette taxe est à peu près le seul volet de son plan sur lequel il insiste. Le débat de lundi n’y a pas fait exception.

M. Scheer ne parle pas de transition énergétique, contrairement aux autres chefs, et prend fait et cause pour l’industrie des hydrocarbures, à qui son projet fétiche de corridor énergétique est destiné en priorité. Mais en choisissant le camp de l’extrême timidité sur le front climatique, le PC se tient à l’écart d’un large consensus, même chez la plupart des conservateurs centristes, ce qui affecte sa capacité d’augmenter ses appuis dans l’est du pays lors de cette élection.

Cela ne met pas le chef libéral à l’abri des attaques, comme l’a démontré la cheffe du PV, Elizabeth May. Elle lui a rappelé à maintes reprises ses cibles de réduction de GES encore trop timides, les mêmes que celles adoptées par le gouvernement Harper. Et cet achat du pipeline Trans Mountain a encore servi lundi à jeter un doute sur la cohérence de la politique libérale et a ravivé la colère de bien des électeurs qui avaient appuyé le PLC en 2015.

Pour justifier son approche environnementale, le chef libéral a invoqué le pragmatisme et le réalisme. Il reconnaît qu’il doit en faire davantage, lui qui a déjà pris le risque d’introduire une nouvelle taxe, mais il devra expliquer ce qu’il fera de plus, et de mieux, et cesser d’enjoliver son bilan en matière de réduction des GES. Comme le lui a rappelé Mme May, il a déçu. « Ça me brise tellement le coeur de vous regarder aujourd’hui et de savoir que vous auriez pu faire tellement plus durant les quatre dernières années », lui a-t-elle lancé.

Justin Trudeau mise sur la distinction entre son plan et celui des conservateurs pour rallier les progressistes attirés par les solutions vertes et néodémocrates, mais inquiets de voir Andrew Scheer prendre les commandes. Il n’a pas le choix de tenter de les séduire. Le PLC a besoin d’eux s’il veut conserver le pouvoir et, surtout, obtenir un mandat majoritaire. Une majorité que Mme May ne lui souhaite pas…

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

11 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 9 octobre 2019 07 h 32

    Résultat du débat (en anglais) sur l'Environnement : Joute nulle!

    La formule du débat n'a pas pas permis de faire des conclusions fermes sur lesquelles on peut s'étendre! Les positions tant libérale que conservatrice sont inchangées et n'annoncent rien de bon pour l'environnement. Les promesses de Justin Trudeau n'ont aucune valeur tant qu'elles ne seront pas accompagnées du Comment, avec quel argent, etc , :les promesses de politiciens n'ayant plus grande valeur pour les citoyens, que ce soit, entre autres, sur le plan économique et sur le plan environnemental! Vouloir réduire les GES et acheter une pétrolière est loin d'être convainquant! Le fameux parler des deux côtés de la bouche en même temps!
    Andrew Sheer a au moins le mérite de ne pas mentir et d'y aller avec la volonté de faire circuler le pétrole, peu importe les risques environnementaux, dont celui d'augmenter les GES! Comme ce sont les deux partis qui tiennent le pouvoir depuis bien trop longtemps, le Canada n'est pas prêt d'ête un leader pour sauver la planète, et dire que des centaines de milliers de personnes ont défilé à Montréal! C'est vrai que là on était loin de l'Alberta et du pétrole à la renommée peu enviable!

    • Cyril Dionne - Abonné 9 octobre 2019 09 h 26

      Vous avez raison M. Leiffet, Andrew Sheer est le moins hypocrite des chefs du ROC. Cela ne vole pas très haut du côté de Trudeau, le plus hypocrite de tous. Pour le NPD et le Parti vert, eh bien, ils peuvent promettent la lune, ils ne seront jamais au pouvoir.

      Ceci dit, le Canada (pas le Québec) continue d’augmenter ses émissions de GES. Il est projeté qu’ils seront au moins de l’ordre de 790 Mt de GES en 2030. Ceci, c’est sans prendre compte des nouvelles exportations du pétrole le plus sale de la planète. On pourrait être rendu à 1 000 Mt en 2030. Trudeau ment tout simplement. Le Canada ne sera pas carboneutre en 2050.

      Pour les autres partis, c’est la même insignifiance qu’avant. Toutes des promesses vides. Au moins le Bloc québécois a l’intelligence de souligner que la péréquation devrait refléter les émissions de GES. Plus que vous polluer, plus que vous payez. La taxe sur le carbone est aussi inutile qu’un autre débat sur l’avortement à part de subventionner des projets en Afrique. La transition énergétique pour les pays qui n’ont pas accès à l’hydroélectricité est un rêve chimérique.

      Avec plusieurs écoanxieux au sein des rangs du Parti vert et de Québec solidaire, vous pouvez être sûr qu’avec un groupe d’illuminés pareils, ils retourneront le Québec au Moyen Âge. Vous réduisez les GES de 50%, vous réduisez aussi l’économie de 50% et celle-ci va se contracter et faire monter les taux d’intérêts en flèche et dévaluer notre monnaie tout comme au Venezuela. Ce sera une crise économique sans précédent et vous pourrez dire adieu à votre pension, vos économies et à l’État providence.

      Ceci dit, est-ce que quelqu’un pourrait dire à notre écoanxieuse, Chantal Poulin, la syndicaliste et membre de QS d’arrêter de commettre des actes illégaux qui vont à l’encontre de la loi, « Extinction Rebellion » oblige? Vous n’aidez pas votre cause en punissant les gens ordinaires. Et, vous ne travaillez pas Mme Poulin durant les heures de travail?

  • Pierre Rousseau - Abonné 9 octobre 2019 08 h 06

    Libéraux et environnement = oxymoron

    Regarder les libéraux fédéraux aller en matière d'environnement c'est comme regarder un épisode de « Au-delà du réel » (The Twilight Zone) ! Ils disent une chose et font le contraire... et ça marche ! Ils ont même enrôlé Steven Guilbault qui dit essayer de passer à une étape différente de son militantisme alors qu'il sait fort bien qu'il devra s'en tenir à la ligne de parti et s'il n'est pas convaincu, il a juste à jaser un peu avec Jody Wilson-Raybould. Ils ont acheté un oléoduc et ce n'est pas anodin : au-delà de 4,5 milliards $ de l'argent des contribuables et il reste à payer l'expansion dudit oléoduc pour aider les sables bitumineux de l'Alberta, malgré l'opposition de plusieurs Premières Nations qui seront directement affectées par cette expansion et avec lesquels le PM voudrait se réconcilier. C'est assez les folies !

    D'un autre côté, vous dites que les politiciens veulent alléger le fardeau financier des gens avec des réductions de taxes puis, du même souffle, dans la même phrase, vous écrivez qu'ils promettent des prestations bonifiées, programmes de soins dentaires, d’assurance médicaments, de construction de logements abordables... Autre bel oxymoron ! On baisse les taxes et on augmente les services ? Faudrait-il rappeler à notre brochette de politiciens que l'argent ne pousse pas dans les arbres et que si on promet de réduire le fardeau fiscal des contribuables, ça va se traduire par des réductions de services et de projets etc. C'est désolant, mais il semble que les politiciens nous prennent pour des valises... et ils ont peut-être raison... on verra bien le soir du 21 octobre !

  • René Pigeon - Abonné 9 octobre 2019 13 h 10

    Vous avez bien saisi l'enjeu de la campagne, madame Cornellier.

    la rivalité PLC et PCC sur l'énergie et le climat.
    J'ajouterais les multiples cadeaux aux électeurs du PCC

  • Pierre G. Blanchard - Abonné 9 octobre 2019 13 h 20

    Le BLOC et la CAQ pro-hydrocarbures ?

    Un intérêt plus marquée pour le climat et l'environnement risque-t'il de monopoliser la fin de la campagne et affaiblir le Bloc ? Blanchet et la CAQ sont plus près du PCC sur ces questions. Blanchet se compare à Parizeau, bien qu'il se rapproche d'un Caouette populiste. Sans compter le béret vert créditiste d'un Bloc qui surfe sur l'attrait d'une balance du pouvoir et d'une voiture électrique pour tous, une fausse générosité tirée de la péréquation albertainse. Un secteur des hydrocarbures auquel Blanchet et le PQ ont contribué allègrement en approuvant l'inversion du pipeline Enbridge et la construciton de celui sur Lévis, un oléoduc québécois que la CAQ semble ignorer bien que prête à ouvrir les portes toutes grandes au gaz de l'ouest. Des positons auxquelles s'opposent nombre de souverainistes qui voient dans le corridor énergétique un projet qui pourrait rallier le QC et unir le pays, comme les chemins de fer et la voie maritime l'ont fait dans le passé, reléguant la souveraineté au calendes grecques.

    • Cyril Dionne - Abonné 9 octobre 2019 15 h 43

      Sincèrement, est-ce que vous comparez le Bloc québécois aux PLC, le PCC, le NPD ou bien le PV? Aucun de ses partis n’est plus vert que vert. Ils sont verts pâles tout au mieux et d'autres, seulement bruns, pipeline à la Justin « black face » Trudeau oblige. Le NPD et le PV peuvent se permettent de dire n'importe quoi puisqu’ils vont finir bon 4e et 5e dans le nombre de députés. Ils ne gouverneront jamais.

      Mais ce qui les caractérisent tous, c'est leur mépris envers tout ce qui est francophone. Le double discours qu'on a vu au dernier débat anglais illustre bien cette hypocrisie innée et qui a toujours existé. Je suis Franco-Ontarien, je les connais bien trop bien. Althia Raj, chroniqueuse au Huffington Post qui a posée la question à Jagmeet Singh : « Quand allez-vous combattre cette loi discriminatoire ? », eh bien, celle-ci avait dîné avec Gerald Butts, le conseiller principal de Trudeau, une semaine avant ce débat. En plus, ils appellent la loi dûment votée par 70% des députés de l'Assemblée nationale et supportée par 70% de la population québécoise, raciste. Ce qui sous-entend que près de 6 millions des Québécois sont racistes. Et vous voulez voter pour des partis de ce genre?

      Misère.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 9 octobre 2019 14 h 37

    «Le filon vert; Peu importe le sujet, les chefs en reviennent toujours à l’environnement.» (Manon Cornellier)



    C'est parce que la mode n'est pas aux carrés aux dattes, sinon à toutes les occasions avec la même franchise ils nous en débiteraient la recette.