Un débat sans histoire

Curieusement, alors que quatre des six participants pouvaient s’exprimer dans leur langue maternelle, le débat en anglais n’a pas atteint le niveau d’intensité du Face-à-face de TVA. Ceux qui craignaient que la présence de six chefs de parti n’alourdisse les discussions avaient raison. Malgré quelques bons moments, bien des spectateurs ont parfois dû être tentés de changer de poste. La dynamique de la campagne ne sera certainement pas modifiée de façon importante.

Les autres chefs se sont sentis obligés de rendre hommage à la dignité dont Jagmeet Singh a fait preuve depuis le début de la campagne, notamment sur les questions de diversité. Le NPD n’ayant jamais gouverné, il a beau jeu de blâmer aussi bien les libéraux que les conservateurs d’avoir failli dans la défense des droits des autochtones, dont on n’avait pratiquement pas parlé la semaine dernière. Encore une fois, son chef est apparu sincère et doté d’un bon sens de l’humour. Malheureusement, cet autre succès d’estime ne suffira sans doute pas à éviter à son parti la catastrophe appréhendée. A-

Devant un auditoire hors Québec, Justin Trudeau a eu beau jeu de se présenter comme le seul des chefs de parti à ne pas exclure d’intervenir dans la contestation de la loi 21 sur la laïcité. De façon générale, il s’est cependant montré moins agressif qu’il l’avait été la semaine dernière, lors du débat en français, mais il n’a pas été mis sérieusement en difficulté. En matière de changements climatiques, il s’est employé à mettre Andrew Scheer et Maxime Bernier dans le même sac, mais ses propres contradictions demeurent un boulet. B

Yves-François Blanchet était celui qui avait le moins à perdre ou à gagner. Le chef du Bloc québécois n’a peut-être pas impressionné autant que Gilles Duceppe, qui offrait des performances remarquables lors des débats en anglais, mais il s’en est tiré de façon honorable. Il a très bien campé son rôle de défenseur des intérêts et des compétences du Québec. Il a très bien répliqué à ceux qui avaient trouvé une connotation raciste à son appel à voter pour « des gens qui nous ressemblent », en rappelant que Michael Ignatieff et Thomas Mulcair avaient prononcé exactement la même phrase sans que personne la leur reproche. B

Andrew Scheer savait qu’il avait du rattrapage à faire. D’entrée de jeu, il s’est attaqué à Justin Trudeau, qu’il a qualifié de faux jeton, l’accusant de toujours porter un masque, puis d’avoir menti aux Canadiens dans l’affaire SNC-Lavalin. Malheureusement, le format du débat se prêtait mal à des attaques soutenues. Contrairement à ce qui s’était produit lors du Face-à-face, diffusé sur les ondes de TVA, il ne s’est pas retrouvé continuellement sous le feu croisé de ses adversaires, mais à aucun moment il n’a réussi à mettre sérieusement M. Trudeau en difficulté. B-

Elizabeth May a marqué un point quand elle a lancé que ses adversaires masculins avaient été trop heureux d’exclure du débat de la semaine dernière la seule femme à diriger un parti. Elle a ajouté — en visant expressément Andrew Scheer — qu’il serait inimaginable d’élire un premier ministre qui ouvrirait la moindre porte à un recul du droit à l’avortement. Justin Trudeau s’est fait un devoir de l’applaudir. C

La performance de Maxime Bernier n’aura sans doute pas convaincu ceux qui étaient d’avis qu’il n’avait pas sa place dans ce débat. Heureusement, il a vite compris qu’il n’avait pas intérêt à transformer la discussion en une incompréhensible cacophonie, comme il l’a fait au départ. Personne n’aura été surpris de l’entendre dire qu’il n’y a pas d’urgence climatique et qu’il faut abaisser les seuils d’immigration. On peut cependant douter qu’il ait réussi à convaincre les électeurs qu’Andrew Scheer n’est pas un vrai conservateur. D

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15 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 8 octobre 2019 00 h 16

    Tout à fait

    «bien des spectateurs ont parfois dû être tentés de changer de poste»

    Et j'ai succombé à la tentation... Trop superficiel, aucune profondeur.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 octobre 2019 06 h 42

    … SURPRISES !

    « Malgré quelques bons moments, bien des spectateurs ont parfois dû être tentés de changer de poste. La dynamique de la campagne ne sera certainement pas modifiée de façon importante. » (Michel David, Le Devoir)

    De cette prestigieuse citation, maintenant, tout le monde, sauf personne ?!?, risque de savoir pour quelle Formation voter : fascinant !

    Entre-temps et, de ce merveilleux et historique DÉBAT, comme il se dit entre québécoises et québécois se ressemblant, avec répétition et enthousiasme, le Québec, sachant apposer la pointe de son crayon dans la case de son choix, s’expose à d’agréables et belles …

    … SURPRISES ! - 8 oct 2019 -

  • Bernard LEIFFET - Abonné 8 octobre 2019 07 h 02

    Chez Guignol ou Laflaque c'était mieux!

    Quel spectacle mesdames, messieurs : le pire jamais vu! Ceux qui ont préparé la chorégraphie ou l'intermède pour une émission sulfureuse, vue partout au Canada, dans presque toutes les langues, n'ont pas été à la hauteur : UN GROS FIASCO! Bien que le débat à TVA fut trop mené à la baguette par l'animateur, évitant tout débordement, là ce fut la cacaphonie où le son de l'interprète « ne couvrait pas assez » celui du débatteur! À part, comme par hasard, celui de Justin Trudeau, dont le son était à point! Celui de Y-F Blanchet était peu perceptible! Enfin J. Singh et E. May gesticulaient tant que les images fantaisistes en annihiler le son! Comme d'autres, avant le milieu du débat, nous avons repris nos livres au contenu plus passionnant et surtout dans le calme!
    Il y a eu souvent des gros plans sur J. Singh, dont l'interprète suivait difficilement ses paroles. Pourquoi tant de sollicitude à son égard? Mais l'humour ne mène pas le monde, parlez-en à D.Trump! Malgré la publicité entourant ce second débat, je souhaite que le dernier débat sera plus enlevant quant au contenu et dans une formule où les débatteurs seront des humains et non des marionnettes!

  • Claude Gélinas - Abonné 8 octobre 2019 08 h 48

    Présentation de débats dépassé !

    Cette forme de débat est désormais dépassée. Si bien qu'année après année sauf erreur, l'intérêt diminue et les cotes d'écoute sont à la baisse. Et pour les rendre plus vivant pourquoi ne pas revenir à la présence d'électeurs qui sponténament interrogent les candidats qui, de façon spontanée, doivent répondre, aux citoyennes et citoyens collés à la réalité et qui, à la fin, pourraient électroniquement à peser sur un bouton désigner un gagnant.

    À ce jour, selon les différents analystes, le chef du BQ a eu une prestation sinon remarquable mais surtout sans faute. Ce qui est déjà un succès pour un chef qui est à ses premiers débats. Quant aux chefs du PLQ et du PLC comme des ventriloques ils répétent leurs cassettes. Le chef du NPD démontre un courage remarquable en portant son turban et en maîtrisant bien son français tout en respectant de façon remarquable les compétences du Québec. La chef des Verts en apôtre de l'environnement défend bien sa cause malgré un retard dans les sondages et un espoir de faire des gains.

    Quant à l'intention manifeste du PM Trudeau , sous le prétexte de défendre les minorités comme si la majorité n'existait pas, de contester la Loi 21, il est raisonnable de penser que cette position pourrait avoir le même effet boomerang que celui qu'a vécu Thomas Muclair lorsqu'il a soutenu l'assermentation à visage couvert.

    Ce non-respect de la Loi adoptée par l'Assemblée nationale pour plaire au ROC ajoutée à l'achat d'un pipeline et aux déguisements répétés du PM qui montre sa superficialité risque d'avoir un prix dans les urnes avec comme conséquence ultime la perte de la majorité libérale à la Chambre des Communes.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 8 octobre 2019 09 h 50

      Monsieur,j'espere que votre dernier paragraphe deviendra réalité .

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 8 octobre 2019 11 h 18

      « Quant à l'intention manifeste du PM Trudeau , sous le prétexte de défendre... »

      La question est mojns de savoir si c'est un prétexte ou pas que de voir si cela aura un impact sur les intentions de votes des 70% de québécois qui supportent L21. On verra bien, mais à force d'y insister, cela fait monter considérablement les enchères pour le Bloc, mais surtout pour la CAQ.

      Il faut encourager vivement les défenseurs de L21 de sortir les mégaphones...

    • Raymond Labelle - Abonné 8 octobre 2019 21 h 19

      La loi 21 et la réaction qu'elle suscite dans le ROC, c'est du bonbon pour le BQ, qui ne se privera pas de taper sur ce clou. Surtout que le dernier débat anglais alimente la controverse.

      Ceci dit, M. Blanchet aurait dû expliquer les motifs de la loi 21 et le placer dans son contexte historique. Que l'on soit d'accord ou non avec cette loi, le ROC devrait au moins entendre l'argumentation à l'appui de cette loi.

      Dire que cette loi a l'appui de 70% des Québécois et que ça n'est pas de leurs affaires est insuffisant.

      Insuffisance qui n'atteint pas l'attitude de Scheer qui, par exemple, a utilisé l'histoire du blackface pour dire que Trudeau était un hypocrite qui portait un masque. Quand je vois les commentateurs dire: Scheer devait être agressif pour gagner des points... Aucun commentateur n'a été frappé par l'odieux de telles manières? En tout cas, moi, si.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 octobre 2019 07 h 47

      En votant L21, le gouvernement du Québec a utilisé dans toute son extension la souveraineté politique que lui confère la constitution canadienne, qui n'est nullement compromise par le fait qu'il n'y a pas apposé sa propre signature. L'usage de la clause 33 ne fait pas que mettre en suspens les libertés qu'on restreint par son effet, elle exprime surtout clairement la préséance du législateur et de son parlement sur le gouvernement des juges. Dès lors que 70% de la population du Québec est d'accord, ce débat politique est clos.

      Cependant, tant que l'indépendance du Québec n'est pas faite et que nous appartenons aussi à l'espace politique canadien, cet exercice de la souvernaineté est dialectiquement lié à pareil exercice par les autres gouvernements, provinciaux et fédéral, qui sont tout aussi légitimes dans leur prétention à représenter soit le consensus d'une province ou territoire... soit celui du Canada. Ce que Trudeau fait, ce n'est pas de contester L21 mais de se porter à la défense des droits et libertés dont les canadiens et canadiennes pourraient être arbitrairement privés. Cela ressort de l'exercice de la légitimité politique dont il se revendique.

      A-t-il raison de le faire ? La question n'est pas théorique, en période de campagne électorale. Ce sont les citoyennes et citoyens québécois qui décideront de la latitude à lui accorder pour une telle défense, qui mettra forcément en question non seulement les aspects juridiques de l'enjeu, mais la légitimité politique même de la loi.

      Autrement dit, s'il est bien vrai que la population du Québec appuie L21 à 70%, il ne suffira pas de le clamer comme le fait monsieur Legault, il va falloir que cela paraisse aux urnes. La seule formation politique qui ait une position claire et sans équivoque à cet égard, c'est le BQ. Si elle ne récolte toujours que 20% du vote après les mises au point de Justin Trudeau et les louvoiements des autres partis... Les vrais défenseurs de L21 doivent voter BQ. Et pas moi.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 octobre 2019 21 h 25

      "Dès lors que 70% de la population du Québec est d'accord, ce débat politique est clos." RMD. D'une manière oui. N'empêche que je ne suis pas sûr que dans la discussion, les arguments de celles et ceux qui appuient cette loi soient bien représentés dans le ROC. Le débat en anglais aurait été une occasion de le faire. À ce débat, on entendait des choses terribles, Mme May qui disait qu'elle s'opposait au "hatred" (la haine), Jagmeegh qui, dans le contexte d'une discussion sur la loi 21, évoque les tristes moments où il se faisait battre à cause de son turban. Wo! Être en désaccord sur comment assurer la séparation de l'Église et de l'État ne fait pas de la personne qui a l'autre opinion un fomenteur de haine. En France, il n'y a même pas de débats sur si ou non les enseignants pourraient porter un signe religieux tellement la chose y est impensable. Ceci ne fait pas des Français des fomenteurs de haine.

      Ceci étant dit, une élection en général porte sur plusieurs enjeux - et qui plus est, cet enjeu (la loi 21) en est un de la juridiction provinciale. Il s'agit d'une élection fédérale et, à mon avis, il faut voter en fonction des enjeux fédéraux. En tout cas, on peut comprendre que des gens le fassent. Tout le monde, pour ou contre, n'accorde pas la même importance à cette question de la loi 21.

      Quelqu'un en faveur de la loi 21 pourrait ne pas voter Bloc pour des considérations qu'elle considère plus en jeu dans cette élection-ci et à laquelle elle accorde plus d'importance, en tout cas pour cette élection-ci.

      Si on peut raisonnablement croire que les personnes qui votent pour le Bloc sont plutôt pour la loi 21, ceci ne veut pas dire que toutes les personnes qui n'auront pas voté pour le Bloc sont nécessairement contre.

      Une élection fédérale ne devrait pas être interprétée comme un référendum sur la loi 21.

      Merci d'échanger RMD. Toujours stimulant.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 octobre 2019 22 h 21

      Illustrons autrement. Disons que 70% des gens au Québec s'opposent à la monarchie, ceci ne veut pas dire qu'un parti qui s'oppose à la monarchie aurait nécessairement 70% du vote. Les gens pourraient choisier de voter à l'élection fédérale en fonction de d'autres enjeux: énergie, politique sociale, fiscalité, environnement ou autre.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 octobre 2019 22 h 56

      Aucun des chefs de partis fédéraux n'a prétendu se substituer à l'Assemblée nationale. L'enjeu, ce n'est pas L21 lui-même, mais la légitimité des actions des gouvernements à l'égard des droits fondamentaux. Québec prétend avoir la légitimité de se prévaloir des clauses de dérogation. Il a raison. Trudeau et les autres chefs sauf YFB estiment qu'un gouvernement fédéral a la légitimité et le devoir d'intervenir politiquement, lui aussi, en tant que l'un des acteurs politiques concernés non par les lois elles-mêmes par les dispositions de la charte canadienne. Pour le dire autrement, Québec peut bien décider de placer ses lois à l'abri des chartes, mais cela ne lui confère pas le pouvoir d'y contraindre les autres gouvernements. Si Trudeau estime que les droits fondamentaux des citoyens du Québec sont compromis, il peut et doit se porter à la défense de ceux qui se reconnaîtraient dans cet engagement. Si la remontée du Bloc se confirme, il devra peut-être payer le prix d'un gouvernement minoritaire pour avoir osé prendre cette défense. Diriez-vous qu'il y a là du courage, de l'entêtement, de l'aveuglement?

  • François Caron - Abonné 8 octobre 2019 08 h 49

    Idem pour moi

    J'écoute toujours les débats avec grand intérêt, mais celui d'hier, à mon avis mal organisé si je le compare à celui de TVA (bravo M. Bruneau pour avoir su garder le contrôle des débats); espérons que celui de jeudi sera mieux préparé !