Les valeurs canadiennes

Andrew Scheer a connu un de ses rares bons moments lors du Face-à-face de mercredi, sur les ondes de TVA, quand il a lancé à Justin Trudeau : « Je pense que les Québécois et les Québécoises se sont ennuyés de M. Harper pendant le voyage en Inde. » Jusqu’à nouvel ordre, le Québec fait toujours partie du Canada et même ceux qui souhaitent en sortir n’ont pas apprécié le comportement infantile de son premier ministre. M. Harper était peut-être détestable, mais il n’était pas ridicule.

Même à l’époque où l’indépendance semblait à portée de main, Jacques Parizeau savait bien que la grande majorité des Québécois n’éprouvaient pas d’aversion pour le Canada, qu’ils lui reconnaissaient de nombreuses qualités, même s’ils déploraient son refus d’accepter leur différence. M. Parizeau ne voyait d’ailleurs aucune objection à ce qu’ils conservent leur passeport canadien, même si le Québec quittait la fédération.

Même ceux qui ne pouvaient pas voir Jean Chrétien en peinture lui ont été reconnaissants d’avoir refusé d’entraîner le pays dans la guerre en Irak, malgré les pressions de George W. Bush. Le contraste entre Justin Trudeau et Donald Trump, que le collègue Paul Wells a savoureusement comparés à Bambi et à Godzilla, a donné aussi bonne conscience aux Québécois ainsi qu’aux autres Canadiens. M. Trudeau était sans doute un peu agaçant avec ses selfies, mais le voir accueilli comme une rock star dans les capitales étrangères faisait un petit velours.


 
 

Le droit des femmes à disposer de leur corps n’est pas une valeur propre au Québec. Voilà maintenant plus de trente ans que la Cour suprême du Canada a décriminalisé l’avortement par son jugement historique dans la cause Morgentaler. Andrew Scheer a beau répéter qu’un gouvernement conservateur ne rouvrirait pas le dossier, la seule pensée qu’il puisse en être autrement provoque la même inquiétude d’un bout à l’autre du pays.

L’énergie hydroélectrique dont ils disposent en abondance permet aux Québécois de poser en champions de la lutte contre les changements climatiques. Seraient-ils aussi vertueux si le sous-sol québécois regorgeait de pétrole ?

L’Assemblée nationale a assurément fait oeuvre de pionnier dans le dossier de l’aide médicale à mourir. Elle se heurte sans doute à une plus grande opposition dans le reste du pays, mais il demeure que c’est un procès intenté par l’Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique qui a abouti à l’arrêt Carter de 2015. Un grand nombre de Canadiens aspirent aussi à mourir dans la dignité.

Alors que plusieurs provinces canadiennes ont élu des députés du Parti vert, qui forme l’opposition officielle à l’Île-du-Prince-Édouard et détient la balance du pouvoir en Colombie-Britannique, on n’a jamais élu un député vert au Québec. Il y a tout juste un an, on a plutôt porté au pouvoir un parti dont le programme était complètement muet sur la protection de l’environnement.

 
 

Soit, la personnalité de M. Scheer n’est pas très inspirante. Si la campagne conservatrice ne semble pas donner les résultats escomptés au Québec, ce n’est cependant pas en raison d’un quelconque rejet des valeurs dites québécoises ou parce que le Bloc québécois lui a volé sa place de chouchou de François Legault. En réalité, il est bien plus respectueux de l’identité québécoise et des compétences du Québec que ne l’est Justin Trudeau. Le problème est plutôt que ses positions vont à l’encontre des valeurs canadiennes que partagent un grand nombre de Québécois, comme l’a très bien illustré le débat de mercredi.

Il est vrai que le défilé de mode auquel M. Trudeau s’est livré lors de sa visite en Inde était gênant, mais couper l’aide internationale de 1,5 milliard, comme le ferait un gouvernement Scheer, est encore plus gênant. Il est très possible que cette aide ne soit pas utilisée de façon optimale et qu’elle doive être réorientée, mais quelqu’un pense-t-il sérieusement qu’elle soit aujourd’hui moins nécessaire ?

C’est un comité de l’ONU présidé par un ancien premier ministre canadien, Lester B. Pearson, qui avait demandé aux pays développés de lui consacrer 0,7 % de leur PIB. Le Canada n’a jamais atteint cet objectif, mais s’en éloigner encore pour financer les promesses électorales des conservateurs a quelque chose d’indécent. Cette mesquinerie ne pèsera sans doute pas lourd dans le secret de l’isoloir, mais elle s’accorde mal avec l’idée que de nombreux Québécois se font encore du Canada. Évidemment, si ce pays n’existe plus…

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11 commentaires
  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 5 octobre 2019 08 h 43

    Que ce soit Trudeau ou Scheer et tout les autres qui ne l'affirme pas tout haut, on peut maintenant dire que de douter du droit à l'avortment est une valeur canadienne.
    Et il n'y a pas de fumée sans feu, les hommes non religieux contre la laicité et PL21 ne défendent pas les droits et libertés mais bien leur place dans la socitété, au dessus des femmes. La religion étant le dernier carcan qui enferme les femmes dans un sous rôle et propulse l'homme au rang de chef.
    La femme complètement libre fait très très peur...et pas juste chez les musulmans, juifs et cathos chez les blancs athées d'ici aussi. On peut le voir ici même dans les réactions pro religion.

  • Claude Bariteau - Abonné 5 octobre 2019 09 h 08

    Je ne saisis pas pas ce que vous voulez dire.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 5 octobre 2019 11 h 07

      J'ai hâte de lire la réponse de M. David... Nous la faire suivre (svp)... si jamais il vous répond. (de quelque façon que ce soit)
      (Ce n'est pas que je n'ai rien compris à ses «sous entendus»...car on peut toujours extrapoler.)
      Évidemment, si....

    • Marc Therrien - Abonné 5 octobre 2019 11 h 56

      De mon côté, je ne sais pas si les valeurs canadiennes sont stables ou si elles changent selon que l'on élit le Parti Conservateur ou le Parti Libéral. Pas plus que je ne sais quelles sont les valeurs québécoises qui sont différentes des valeurs canadiennes. Il me reste à savoir si la langue est une valeur morale.

      Marc Therrien

  • Denis Paquette - Abonné 5 octobre 2019 13 h 14

    le monde fait de puissants et de valets, voila ce qu'est le monde et pour lesquelles nous ne pouvons pas grand chose

    les valeurs canadiennes quoique l'on fase et quoique l'on dise a été hérité des anglos-saxon, si les soldats allemants n'étaient pas venus a notre défence,qui serions nous aujourd,hui, des sortes de valets qui a l'image des mexicains accomplissent des taches de deuxieme ordre

  • Patrick Boulanger - Abonné 5 octobre 2019 13 h 24

    égoportrait et étoile du rock

    M. David, vous pouvez utiliser le mot égoportrait pour selfie et les mots étoile du rock pour rock star.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 5 octobre 2019 13 h 41

    … à réfléchir ?!?

    « Le problème est plutôt que ses positions vont à l’encontre des valeurs canadiennes que partagent un grand nombre de Québécois, comme l’a très bien illustré le débat de mercredi. » (Michel David, Le Devoir)

    Qu’importent si ses positions éthiques, ou politiques, courtiseraient autrement les valeurs dites « canadiennes », l’important est de savoir que, avec ou sans problémo, le chef du PCC aime réfléchir ou faire et donner …

    … à réfléchir ?!? - 5 oct 2019 -