La guigne de l’an 2

En ce premier anniversaire de la victoire caquiste du 1er octobre 2018, le gouvernement Legault a été encensé par les commentateurs. Le sondage Léger effectué pour l’occasion indique que les Québécois sont tout aussi impressionnés. Près des deux tiers (64 %) d’entre eux et les trois quarts (74 %) des francophones s’en disent satisfaits. Un tel niveau de satisfaction est exceptionnel.

Le premier ministre avoue lui-même avoir trouvé cette première année plus facile que prévu, même si son projet chouchou de maternelle quatre ans n’a pas reçu l’accueil espéré. Malgré leur inexpérience, ceux et celles à qui il a confié les postes stratégiques ont surpassé les attentes, la croissance de l’économie s’est maintenue, le débat sur la laïcité s’est déroulé de façon relativement sereine, de sorte que la morosité qui avait caractérisé le mandat de Philippe Couillard a fait place à une certaine bonne humeur. Trop occupée à panser ses plaies, l’opposition n’a pas été en mesure d’assombrir celle-ci.

Une année ne fait cependant pas un mandat. Comme une recrue dont les débuts ont épaté les amateurs de hockey voit son niveau de jeu baisser de façon inexplicable la saison suivante, un gouvernement peut être victime de la guigne de la deuxième année. L’effet de la nouveauté s’estompe, ses erreurs sont moins facilement pardonnées, ses adversaires s’adaptent à son jeu, et ce qui semblait toujours réussir devient soudainement plus ardu.

Même si tout baigne présentement dans l’huile, rien ne peut être tenu pour acquis. Pendant quarante ans, tous les gouvernements qui se sont succédé à Québec avaient obtenu au moins deux mandats, mais les deux prédécesseurs de M. Legault ont dû se contenter d’un seul. Il y a à peine un an, personne ne doutait que la réélection de Justin Trudeau serait une simple formalité.

 
 

Si besoin était, la marche de vendredi dernier a bien démontré que l’angoisse climatique n’était pas un phénomène passager. M. Legault assure en avoir pris bonne note, mais il y a fort à parier que le plan d’action qui sera rendu public au début de la prochaine année sera jugé très insuffisant.

L’électrification de l’économie est sans doute une nécessité, mais la « Lettre à la jeunesse québécoise » que le premier ministre a publiée vendredi indique très clairement qu’il n’a aucune intention de renoncer au projet de gazoduc et d’usine de liquéfaction du gaz au Saguenay, pas plus qu’au « troisième lien » entre Québec et la rive sud, qui vont devenir les symboles de la duplicité de son gouvernement dans la lutte contre les changements climatiques, au même titre que l’achat du pipeline Trans Mountain par le gouvernement Trudeau.

« N’ayez pas peur de vos convictions et soyez fiers de votre passion », écrivait-il à ceux qui s’apprêtaient à descendre dans la rue. C’est plutôt lui qui devrait s’en inquiéter. S’il y a une menace pour la CAQ à l’horizon, c’est précisément cette passion pour l’avenir de la planète, que le premier ministre ne donne pas l’impression de partager.


 

Le renouvellement des négociations avec les employés du secteur public constitue toujours un passage délicat pour un gouvernement, même quand il est très populaire. En avril 1981, le PQ avait été reporté au pouvoir avec 49,2 % des voix, soit 12 points de plus que le résultat obtenu par la CAQ. Les décrets imposés l’année suivante avaient pourtant marqué le début de la fin pour le gouvernement Lévesque.

Il est vrai que la situation actuelle est bien différente. Au début des années 1980, le Québec était aux prises avec une sévère récession et, contrairement à la CAQ, le PQ avait généralement l’appui des employés de l’État, qui n’avaient pas digéré cette « trahison ». L’économie et les finances publiques sont en bien meilleure santé qu’à l’époque et il n’est pas question de diminuer les salaires.

La volonté de favoriser certaines catégories d’employés, notamment les enseignants, les préposés aux bénéficiaires ou encore les ingénieurs du ministère des Transports, tandis que les autres devraient se contenter d’une augmentation égale à l’inflation, ne facilitera cependant pas les négociations. Depuis son élection, le gouvernement Legault n’a pas manifesté l’antisyndicalisme que craignaient plusieurs, mais les prochaines négociations risquent de créer un certain froid.

Le premier ministre s’est érigé en protecteur de la nation, mais jouer la carte nationaliste impose une certaine obligation de résultat. Revendiquer continuellement des nouveaux pouvoirs sans jamais rien obtenir finit par devenir gênant. Une fois l’élection fédérale passée, M. Legault pourrait trouver encore plus difficile de motiver sa fierté canadienne.

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22 commentaires
  • Jean-Yves Bigras - Abonné 1 octobre 2019 05 h 52

    Il suffisait de presque rien

    Il ne suffisait donc que de partir à la chasse aux enseignantes voilées et d’en attraper quelques unes pour redonner au Québec francophone sa bonne humeur ?
    Parlez moi d’un peuple simple qui se contente de plaisir simple

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 octobre 2019 09 h 16

      D'accord avec vous M, Bigras.

      La stratégie des partis nationalistes a toujours été de donner des miettes culturelles (langue, identité, immigration, voile, etc) au peuple, pendant qu'ils gavent les banques, les multinationales et les grandes entreprises à coups de milliards. De la pure démagogie.

    • David Cormier - Abonné 1 octobre 2019 16 h 41

      « ils gavent les banques, les multinationales et les grandes entreprises à coups de milliards »

      La CAQ gave les banques, les multinationales et les grandes entreprises à coups de milliards? Eh ben!

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 octobre 2019 07 h 54

      @ David Cormier

      Renseignez-vous.

      Le Québec accorde plus de subventions à l'entreprise privée que l'ensemble des provinces canadiennes réunies.

      Soit 6,02 milliards par année pour le Québec, contre 5,23 milliards par année pour l'ensemble des provinces canadiennes.

      Sources : IRIS et le Fraser Institute.

  • Claude Bariteau - Abonné 1 octobre 2019 07 h 00

    Je ne sais pas si M. Legault sait giguer, du moins assez pour faire quelques pas dans le dos du futur PM canadien, un peu comme l'a fait dans le dos de la reine au Buckingham Palace le PM Trudeau-père en 1971.

    Je doute même qu'il ose y penser, étant plutôt enclin à faire des courbettes devant les dirigeants du Canada pour laisser l'impression qu'il est bon joueur. La question est plutôt jusqu'où peut-il aller sans devoir embrasser le plancher.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 1 octobre 2019 07 h 53

    Motus et bouche cousue de François Legault...

    Jusqu'au ira le pragmatisme du Premier Ministre du Québec? Il a le support d'une grande partie des francophones mais, en contrepartie il a la lutte des anglophones contre presque tout ce qu'il fait ou va faire! Le dilemme est là, constant et immuable : la lutte pour la langue et la culture française contre les anglos d'ici et leurs grands amis du ROC, dont surtout les Justin Trudeau et Andrew Sheer. Même Mme Élisabeth May voudrait modifier le déplacement de l'énergie d'Hydro Québec pour favoriser les provinces canadiennes! Comme amis du Québec, on repassera!
    Aujourd'hui c'est la suppression des commissions scolaires dont va parler, mais attention pas toutes! Il n'est pas question de faire du ménage chez celles des anglos, même si là tout ne tourne pas rond! On revient avec une autre diversité, comme celle des écoles privées ou non, et abandonner un autre pan du Québec, puisque le régime constitutionnel les protége! Eévidemment, il n'y a pas de réciprocité dans ce Dominion tarabiscoté à profusion! Tout ce qui n'est pas en équilibre est instable, ça c'est une marque de commerce qu'il faut supprimer et nul doute que François Legault le sait! À un moment il devra soit montrer les dents pour affirmer que le Québec est prêt à tout, comme l'indépendance, ou bien être Gros-Jean comme devant et penser à l'avenir, celui de la retraite!

  • Roger Gobeil - Inscrit 1 octobre 2019 08 h 52

    Legault: sagesse et pragmatisme

    C'est évident que QS et le pape Champagne (il est maintenant rendu au fascisme hitlérien!) ne seront jamais contents de rien. Avec sa sagesse et son pragmatisme, Legault plaît toutefois à une majorité. Quant au 3e lien Lévis-Québec, ce sera un facteur important du développement équilibré de la grande région de Québec.

    • Gabriel Rompré - Abonné 1 octobre 2019 11 h 17

      Je crois que les derniers mois et même les résultats de la dernière élection montre que les changements climatiques vont être une source de clivage générationels. La proportion de Milléniaux et des Z va augmenter en proportion au sein de l'électorat. Toutefois, ils ont tendance à ne pas voter. Il faudra voir si leur soucis pour l'environnement va changer la donne. Ça m'étonnerait beaucoup qu'ils voient dans des projets comme celui du 3e lien un "facteur important du développement équilibré de la grande région de Québec".

    • Claude Bariteau - Abonné 1 octobre 2019 12 h 59

      Faire avaler une couleuvre avec les maternelles 4 ans a frappé un mur.

      Y aller avec un serpent, qu'est le 3ième lien à Québec-Lévis, placera le Québec en dérive, comme le furent les jeux olympiques et le sera le REM à Montréal conçu par la CDPQ à l'encontre des aménagements projetés par les élu.e.s municipaux et leurs organismes de planification.

      C'est beau penser le Québec comme la terre refuse des Gaulois, mais ça fait petit en titi.

    • Ginette Cartier - Abonnée 2 octobre 2019 15 h 00

      Tout nationaliste qu'il soit, François Legault, comme tous les premiers ministres avant lui, défend la société distincte: la communauté anglophone du Québec et ses institutions. C'est ainsi depuis 1763. Allons plus loin, dans l'histoire du Québec, ce sont les anglophones qui furent les vrais séparatistes, à constamment vouloir (et obtenir) leurs institutions particulières et bien séparées de celles des francophones. Avec leur commissions scolaires distinctes, l'histoire se poursuit.

  • Pierre Labelle - Abonné 1 octobre 2019 09 h 19

    Le détecteur!

    Qui ou quel sera le détecteur de mensonge pour François premier? L'environement peut-être, son nationalisme du bout des lèvres peut-être? Tôt ou tard la vérité nous ratrappe et François Legault n'y échappera pas.

    • Bernard LEIFFET - Abonné 1 octobre 2019 13 h 01

      L'Histoire a fait de François Premier un Grand roi de France, on peut dire qu'il y a mal de siècles, qu'il repose en paix! Alors, le nôtre, apparaît instable, marque des politiciens d'aujourd'hui car la monarcharchie n'est plus, sauf celle, bien sûr, de la Reine dont le portrait fait encore partie des timbres du Canada! Environnement ou pas, on est mal parti! N'oublions pas que nationalisme ne veut pas dire indépendance!

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 1 octobre 2019 14 h 47

      Son nationalisme du bout des lèvres serait-il orchestré par l'ombre de Charles Sirois venant d'Ottawa ?