La culture dans le kit de survie

Messieurs et mesdames qui visez le pouvoir après le prochain scrutin fédéral, épargnez-nous l’oeil noir sur les déguisements passés de Trudeau à des fêtes costumées et abordez donc des enjeux inspirants en des sphères moins mesquines, de grâce !

Prenez la culture. Mais oui, elle. D’une campagne électorale à l’autre, on lui offre son petit débat vite fait à son jour du calendrier. Le rendez-vous en question permet d’évacuer ces questions dites anodines pour se consacrer ensuite aux « vraies affaires », qui ne manquent pas d’ailleurs. Du moins le sombre avenir de la planète se voit-il désormais élevé au rang des priorités nationales. Soudain pris au sérieux, car susceptible d’influencer le vote. Pas la culture. Lors des débats télévisés, cette grande dame a l’habitude de faire tapisserie. Un jour peut-être…

La semaine dernière, les représentants des différents partis ont choisi en ce court aparté voué au rayonnement des arts de lui adjoindre le sort des médias ; embrassant trop large pour étreindre quoi que ce soit. Bilan : un poisson culturel noyé avec plus d’empressement que lors des courses électorales précédentes. Misère !

Surtout à l’heure où le pouvoir des monstres goulus — ces géants du Web qui empochent les profits sans les redistribuer dans la chaîne fragile des industries culturelles — accapare les tribunes du débat en question, en oubliant le reste. Dans ce reste entrent la création vive, la place dévolue aux arts dans l’esprit et la vie des gens. Excusez du peu…

Rappelons à ces élus que nos avenirs nébuleux exigeront (eh oui !) une modification de nos modes de vie et de pensée. Les structures économiques devront se transformer tôt ou tard pour répondre aux criants défis écologiques. La multiplication des fausses nouvelles et de commentaires débridés sur les médias sociaux commande par ailleurs la vigilance de citoyens allumés pour départager le bon grain de l’ivraie. Les enjeux de l’immigration, de l’identité des peuples, des nouveaux rapports hommes-femmes appellent la levée d’autres voiles d’ignorance. On n’en sortira pas sans ajustements, pour employer ce doux euphémisme.

Des lanternes dans le noir

Acquérir des références historiques, découvrir les visions multiples d’écrivains, de philosophes et d’artistes de toutes disciplines aiderait à naviguer dans cette purée de pois. Histoire de mieux penser par soi-même à l’heure de construire un éventuel futur face aux menaces qui planent et aux bouleversements en cours.

L’univers culturel ne devrait plus être perçu par des politiciens comme un terrain récréatif inoffensif, décollé des enjeux primordiaux. Plutôt comme la nécessité vitale d’offrir à leur peuple des lanternes pour voir dans le noir.

Au rêve éperdu de posséder une piscine plus grande que celle du voisin et d’amonceler des montagnes de biens rutilants va succéder un flottement des centres d’intérêt communs. À combler avec des valeurs moins mercantiles. La solidarité retrouvée (Vive les jeunes ! Bravo Greta !), mais également la culture peuvent jouer un rôle clé.

Vivement que nos dirigeants le comprennent ! Il est temps d’envoyer à leurs électeurs le signal d’accroître les horizons collectifs ! L’appel à une mutation des esprits encore enivrés par le confort et le profit doit venir d’en haut. Sinon, il se perd. Mais ont-ils une vie intérieure et culturelle si riche que ça, nos chefs ? Comme ils n’en témoignent jamais, on en doute.

Les élus en campagne peuvent-ils de toute façon se permettre d’élargir le débat, entre deux promesses électorales à courte vue, trois coups assénés dans les mollets de leurs adversaires et des pattes industrielles à graisser ? La démocratie a ses effets pervers… D’où la difficulté d’appliquer de vrais plans de protection environnementaux à long terme, mais aussi d’élever les débats.

Sauf qu’on devra apprendre vite à se recadrer. Les chefs de parti politique comme les autres. Il est moins cinq dans bien des secteurs. Moins cinq pour faire mieux que ça.

Prenez le film de Louis Bélanger, Vivre à 100 milles à l’heure, autofiction en salles vendredi. Le cinéaste de Gaz Bar Blues s’y penche sur sa jeunesse. Avec son groupe d’amis à Charlesbourg, au cours des décennies 1970 et 1980, il trafiquait de la drogue jusqu’à ce que leur affaire se bousille.

C’est la découverte de l’art à Montréal, la photographie mais aussi le cinéma des maîtres, qui lui a permis de sortir des rets de la petite criminalité. Les portes d’un univers fabuleux s’ouvraient à lui. Le cinéaste le clamait au cours de sa ronde d’entrevues : la culture change les gens et les enrichit. Elle soutient dans l’épreuve et déroute bien des sauts dans le vide.

Elle aide aussi à voir au loin. C’était comme ça hier. Ça va l’être plus encore demain. Oui, dans la trousse de survie, on ajouterait bien la culture…

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4 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 26 septembre 2019 01 h 04

    Fausses nouvelles

    «La multiplication des fausses nouvelles et de commentaires débridés sur les médias sociaux»

    Oui, de nombreuses fausses nouvelles circulent sur les réseaux sociaux, mais il y en a aussi dans les médias traditionnels. Je pense entre autres à Fox News, mais aussi à des médias qui se font piéger ou qui doivent ensuite s'excuser en nous disant que nous aurions dû lire autre chose que ce qui était écrit dans leurs pages. Bref, la vigilance est de mise partout!

  • Yvon Montoya - Inscrit 26 septembre 2019 06 h 27

    Pourtant on pourrait citer des écrivains d’une réelle importance dans le champ de la «  culture » possèdant une grande piscine et des bebels en masse. La «  culture » n’est tout de même pas une religion salvatrice, cela se saurait au regard de l’histoire avec une grande Hache. La «  culture » n’est pas nécessairement une quête de l’intériorité surtout elle ne protège pas de la délinquance. Connaitre l’histoire littéraire, artistique, peut le démontrer cependant pour ce faire il y faut de la culture. Le « maitre a lire » George Steiner a passe sa vie a tenter dans son immense oeuvre de penser le lien entre culture et barbarie. Hannah Arendt ne fait qu’en parler aussi dans oeuvre. Par conséquent il est difficile de comprendre véritablement votre texte si on ne considère pas la culture come une religion, ce qu’il ne faut surtout pas qu’elle soit. Que dire des opuscules poétiques de Holderlin le poète qu’on distribua a tous les soldats allemands? Que dire de ces officiers nazis rentrant chez eux après leur travail dans les camps de la mort pour lire de la poésie allemande, écouter de la musique classique après avoir offert des bisous tendres a leurs enfants pour la nuit? La « culture est une arme chargée de futur » comme le disait si bien le poète Gabriel Celaya mais elle n’est pas une religion, il y a confusion.

    De plus il faut vraiment les moyens d’une immense piscine voire plus pour accéder a la culture parce que cela coûte vraiment très cher et j’en sais quelque chose...je dois posséder une énorme et encombrante piscine si j'évaluais en argent mes « possessions » culturelles. Laissons les polititiens tranquilles, il n’y a rien de bon a attendre d’eux et, surtout, qu’ils ne touchent pas la culture qui, elle, nécessite des esprits libres pour qu’elle s’epanouisse.

  • Gilbert Turp - Abonné 26 septembre 2019 08 h 03

    En êtes-vous bien sûre ?

    Vous croyez vraiment que la culture se portera mieux si les politiciens fédéraux décident de s'en mêler ?

  • Paul Toutant - Abonné 26 septembre 2019 09 h 39

    Horizons collectifs

    Existe-t-il un seul parti politique ayant comme mission « d'élargir les horizons collectifs »? De créer de la conscience?