La différence verte

Le coup de sang de Greta Thunberg a frappé dans le mille lundi lors du Sommet Action Climat des Nations unies. Aux dirigeants du monde venus l’entendre, elle a posé la seule question qu’ils méritaient de se faire lancer à la figure. « Nous sommes au début d’une extinction de masse et tout ce dont vous pouvez parler, c’est d’argent et de contes de fées de croissance économique éternelle. Comment osez-vous ? »

Oui, comment osent-ils, eux qui ont en main le rapport Bruntland sur le développement durable, paru il y a 32 ans, dans lequel on s’inquiétait déjà de l’impact sur le climat de la consommation croissante d’énergies fossiles ? Comment osent-ils, après avoir signé en 1992, au Sommet de Rio, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ?

Tous les gouvernements ne sont pas restés les bras croisés, mais ils ont avancé à pas de tortue. Ici et là, surtout en Europe, le rythme s’est peu à peu accéléré, mais ailleurs, la procrastination a eu le dessus. Le Canada est de ceux qui ont beaucoup piétiné, au point de se retrouver relégué au rang de cancre durant l’ère Harper.

On aurait voulu croire que la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes aurait raison de la réticence des conservateurs, mais non. Leur plan a des allures de feuille de vigne. Il colle aux cibles fixées sous Stephen Harper et offre des mesures à l’efficacité douteuse. Malgré l’appel de l’ONU, le chef Andrew Scheer refuse de s’engager à mettre fin à toutes les subventions versées au secteur des énergies fossiles ou encore à adopter des cibles plus ambitieuses de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Il a au moins le mérite de ne pas nier la contribution humaine au phénomène des changements climatiques, contrairement au chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier.

Pour qui l’environnement est une priorité, la réponse politique ne viendra évidemment pas de ce côté. Mais vers qui se tourner ? Le Nouveau Parti démocratique, le Parti vert et le Bloc québécois ont tous des propositions touchant les changements climatiques. Leur audace varie, bien qu’elles soient toutes cohérentes et destinées, à des degrés divers, à ouvrir la voie vers une économie verte délestée des énergies fossiles. Et personne ne met en doute leurs convictions, mais leur capacité à mettre en oeuvre leurs projets.

Les libéraux, eux, doivent reconquérir une partie de leurs électeurs déçus s’ils ne veulent pas voir certains sièges leur glisser entre les doigts. Comme le montrait le bilan paru dans nos pages, le gouvernement Trudeau a fait des gestes pour protéger l’environnement : investissements dans les infrastructures vertes, moratoire sur le transport d’hydrocarbures le long de la côte ouest, révision de la Loi sur l’évaluation environnementale, plan d’élimination des plastiques à usage unique, et ainsi de suite. Et, le gros morceau, l’introduction de cette taxe sur le carbone imposée dans les provinces qui n’ont pas de plan de réduction des GES et qui vaut aux libéraux une opposition farouche de tous les conservateurs du pays.

Plusieurs écologistes estiment que les libéraux ont ainsi mis le pays sur la bonne voie, mais beaucoup d’autres ne lui pardonnent pas d’avoir conservé les cibles conservatrices de réduction des GES et, surtout, d’avoir trahi la promesse d’investir d’abord dans les énergies propres. Ils ne digèrent pas l’achat du pipeline Trans Mountain pour 4,5 milliards, ce qui pourrait permettre son expansion et, du coup, celle des sables bitumineux.

Justin Trudeau a tenté mardi de redorer son blason en promettant d’en faire davantage pour lutter contre les changements climatiques et pour aider les travailleurs et les communautés à faire la transition vers une économie plus verte. Il s’est même engagé à légiférer des cibles de réduction des émissions de GES. Elles seraient encore plus ambitieuses que celles que le Canada n’est pas sûr d’atteindre en 2030 (30 % sous le niveau d’émissions de 2005). La nouvelle cible serait zéro émission d’ici 2050, ce que préconisent les Nations unies.

Le chef libéral ne pouvait cependant pas dire avec clarté comment il s’y prendrait. À part une réduction d’impôt pour les industries productrices de technologies propres, il n’avait rien de substantiel à offrir. Il a parlé d’un comité d’experts pour élaborer cette stratégie de transition, mais ce travail devrait déjà être fait. Tout cela laissait une impression d’improvisation alors que c’est sa crédibilité environnementale qu’il doit rétablir.

En cherchant à concilier développement des ressources pétrolières et lutte contre les changements climatiques, Justin Trudeau a terminé son mandat avec un bilan mitigé, et il est maintenant obligé de nous expliquer pourquoi ses nouvelles promesses n’ont pas été mises en oeuvre plus tôt. Après tout, il dit lui-même qu'« on ne peut plus perdre davantage de temps ».

En effet, on a déjà trop perdu de temps depuis la première alerte lancée en 1987. Mais pour tenir parole, faudra-t-il craindre de voir ces milliers de jeunes terminer leur marche dans l’isoloir ?

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

19 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 25 septembre 2019 07 h 10

    Les gouvernements comme leurs promesses se succèdent

    « Oui, comment osent-ils, eux qui ont en main le rapport Bruntland sur le développement durable, paru il y a 32 ans, dans lequel on s’inquiétait déjà de l’impact sur le climat de la consommation croissante d’énergies fossiles ? »

    Il y a eu aussi le rapport Meadows, « The Limits to Growth », publié en 1972, il y a 47 ans !

    Rien n'est plus facile pour les candidats d'un parti que de faire des promesses et fixer des objectifs pour dans 30 ou 50 ans. Ils auront quitté le pouvoir depuis longtemps et seront morts bien avant ! Encore faut-il qu'ils soient d'abord élus. Voilà à quoi peuvent servir des promesses, qu'elles soient vraies ou fausses importe peu !

    Qu'ils arborent ou non le blackface, ce sont tous des clowns !

  • Cyril Dionne - Abonné 25 septembre 2019 07 h 27

    La différence verte à géométrie variable

    Il y a un monde de différence entre un hiver nucléaire dû à l’explosion de quelques ogives thermonucléaires et les changements climatiques. Le premier, nous ne pouvons plus rien y faire et le processus est extrêmement rapide et le plus plausible comme fin du monde. Le deuxième n’entraîne pas des répercussions aussi alarmantes et est un processus très lent. Demandez-vous lequel maintenant est le plus redoutable? Alors pour Mlle Thunberg et son scénario de fin du monde, qu’elle passe son chemin. Il nous semble qu’elle devrait s’occuper de ses problèmes personnels avant de venir nous faire la leçon et faire peur aux enfants qui ne veulent plus aller à l’école.

    Dans ce scénario climatique, on parle toujours seulement des GES et des énergies fossiles. Que dire de la pollution atmosphérique puisque selon les dernières données, on doit respirer pour survivre. Que dire de l’étalement urbain qui détruit la biodiversité à la vitesse grand V? Que dire de la destruction des écosystèmes marins et terrestres partout dans le monde? Que dire de la disparition des terres arables aptes pour l’agriculture? Que dire de la diminution extrémiste de l’eau potable? Enfin, que dire de la surpopulation? C’est la surpopulation qui est l’éléphant dans la pièce climatique, pas les produits fossiles.

    Vanter le gouvernement Trudeau pour son apport écologique fait parti d’une propagande qui nous donne tous un goût amer dans la bouche. Notre petit bambin parle d’exploiter toutes les ressources pétrolières jusqu’en 2050 et après, on s’occupera de l’environnement. En plus ce n’est pas en achetant des pipelines désuets et en mettant d’autres en chantier qu’on devient très crédible écologiquement. Les investissements dans les infrastructures vertes ne veulent rien dire tout comme son plan de l’élimination des plastiques à usage unique. Pour la taxe carbone, c’est l’éléphant blanc des libéraux. Celle-ci ne résout absolument rien à part de taxer les contribuables encore plus.

    • Cyril Dionne - Abonné 25 septembre 2019 17 h 59

      Ce qui est regrettable, c’est la récupération politique de ce phénomène climatique par l’extrême gauche. Après avoir connu une crise existentielle où tous ses régimes politiques se sont effondrés, elle a voulu se réinventer dans le mouvement écologique pour fins politiques. On le voit avec nos energumènes de Québec solidaire au Québec. C'est la prise en otage de la raison par les fanatiques de l’écologie qu’ils n’y comprennent rien. Misère.

  • Bernard Bourget - Abonné 25 septembre 2019 07 h 31

    D'autres réalisations majeures du gouvernement fédéral

    Em matière de GES, on pense souvent en termes de milliards de $,mais on oublie les réglementations majeures qui orientent et disciplinent l'industie. En cette matière,le Canada se distingue:
    Réglementation sur les fuites de méthane, qui les réduiront de 40-45%. C'est extrèmement important. Le méthane est 84 fois plus puissant que le CO2 comme GES. Le Canada est un précurseur. Voir l'article publié sur mon Blogue pour plus de détails. Voici l'hyperlien. https://ecoloboomer.com
    Réglementation sur les automobiles. Le Canada mettra en place le resserrrement des standards même si les EU de Trump les éliminent. Le Canada se range avec la Californie qui défie Trump. C'est audacieux et courageux!
    Mais tout ça pourrait être compromis après les prochaines élections.
    À nous d'y voir!
    Benrard

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 25 septembre 2019 07 h 43

    2050

    « Je vous promets que mes successeurs à la tête de l’Etat canadien au cours des 30 prochaines années réaliseront mes promesses. »

    Ça, c’est forçant… J’appele ça ‘rire du monde’.

    • Raymond Labelle - Abonné 25 septembre 2019 12 h 17

      En effet M. Martel. Faire une promesse pour si loin dans le temps qu'on ne sera plus là pour rendre des comptes, qu'on ne sera plus là lorsque la succession dira en 2035 - nous ne pourrons pas atteindre l'objetif de 2050 - par exemple.

      Forçons la reddition de compte avec ces petits calculs.

      100% de réduction d'émissions nettes d'ici 2050 ça fait, en moyenne, arrondi, 3,3% de réductions par année. Un mandat de 4 ans: 13,2% à la fin de son mandat.

      Il faudrait donc le harceler: pour que vous rendiez des comptes, où devrez-vous être rendus à la fin de votre mandat pour considérer que votre objectif sera atteint? Ça devrait être de 13,2% en moyenne. Si c'est sous ceci, la tâche sera encore plus lourde pour les successeurs.

      Mais oh, il maintient les objectifs déjà fixés pour 2030, lesquels sont inférieurs - donc, il faudra mettre les bouchées doubles entre 2030 et 2050... Whoin.

      Comment faire? On va demander à un comité d'experts. Ça fait 4 ans qu'il dispose de la puissance de la machine gouvernementale, des scientifiques gouvernementaux, avec même une ministre qui faisait partie du GIEC et il n'a pas de plan précis? Ni même de proposition à faire évaluer par un comité d'experts?

      Bon.

    • Raymond Labelle - Abonné 25 septembre 2019 12 h 22

      D’ailleurs, nous n’atteindrons même pas les objectifs de 2030 (réduire ses émissions de GES de 30 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2005.)

      Qui plus est, par province, l’Alberta et la Saskatchewan représentent à elles-seules 50% des émissions du Canada – principalement à cause de l’industrie des hydrocarbures – et le gouvernement s’oriente vers une augmentation de cette production, orientée vers l’exportation, motif de l’accroissement de la capacité des pipelines, comme TransMountain, qui est une politique gouvernementale.

      Détails : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1170297/changements-climatiques-taxe-carbone-canada-lutte-gaz-effet-serre

  • Bernard LEIFFET - Abonné 25 septembre 2019 08 h 37

    Et pourquoi pas en 2100?

    La coupe est pleine et il y a trop de bulles qui s'en échappent! Non ce n'est pas du champagne, mais bien du ras-le-bol d'entendre de telles sornettes par un politicien qui n'a aucune réserve dans tout ce qu'il promet! Ce n'est plus que de la propagande lancée en boucle qui subit certaines transformations en cours de marche. Ça pue l'utopie, avec une griserie hors du commun! Justin Trudeau est encore dans un monde ou dans une autre planète, lui qui s'était emballé avec le cannabis ou la mari! De ça et de ces conséquences on en fait plus mention! Qe quoi sera le prochain accouchement?