Pas raciste, juste stupide

Alors que les maquillages blackface du passé de Justin Trudeau — au moins trois souvenirs de jeunesse — jetaient le premier ministre dans l’embarras cette semaine, le président de la Ligue des Noirs, Dan Philip, a vite qualifié la controverse entourant le chef libéral de « tempête dans un verre d’eau ». On peut légitimement se demander si M. Philip se serait hâté de minimiser ce geste habituellement si honni si un politicien autre que M. Trudeau, l’incontestable champion de la diversité canadienne, en avait été le responsable.

Pour beaucoup de Canadiens faisant partie d’une minorité visible, M. Trudeau est un héros. C’est pourquoi même ceux qui seraient autrement offusqués par ses erreurs de jeunesse sont prêts aujourd’hui à lui accorder le bénéfice du doute. Après tout, s’il y a une chose que M. Trudeau a démontré au cours des quatre dernières années, c’est qu’il ne manque jamais une occasion de célébrer le multiculturalisme. Ce n’est pas rien. Pour la première fois dans l’histoire du pays, on a un gouvernement qui a fait de la diversité son leitmotiv. Les minorités visibles, longtemps sous-représentées au sein des institutions du pays, ont enfin leur place au soleil.

Pour ses partisans, donc, il est quasi impossible de penser que les erreurs de jeunesse du premier ministre traduisaient du racisme de sa part. Tout au plus, M. Trudeau aurait fait preuve de « racisme inconscient » en se maquillant ainsi, son statut d’homme blanc et d’enfant privilégié le rendant aveugle à la réalité vécue par les Noirs et les minorités visibles en Amérique du Nord, pour qui le blackface est profondément blessant. Ainsi que l’ont dit presque tous les électeurs interrogés par les médias dans sa circonscription montréalaise de Papineau, ils seraient prêts à accepter ses excuses et à passer à autre chose. Plusieurs électeurs de Papineau reprochaient même aux journalistes de monter cette affaire en épingle alors qu’ils auraient préféré que l’on discute des « vrais » enjeux de la campagne électorale. Si M. Trudeau s’est tiré dans le pied, il semble en voie de courir de nouveau vers une victoire dans son fief multiculturel montréalais.

Cependant, les gestes qu’a posés M. Trudeau dans les années 1990 et en 2001 sont tout sauf anodins. Comment pouvait-il ignorer, en 2001, alors qu’il avait 29 ans et enseignait dans une école privée de Vancouver, que le blackface avait une connotation raciste ? Qu’au sud de la frontière, des politiciens blancs étaient tombés comme des mouches pour avoir fait du blackface dans le passé ? Et que, dans le Canada multiculturel légué par son père, c’était pour le moins insensible de sa part de « foncer » sa peau pour parodier un personnage d’origine arabe ?

Voilà où le bât blesse. Les députés libéraux furent quasi unanimes cette semaine dans la défense de leur chef. Mais en coulisses, plusieurs rouspétaient. Après son voyage sur l’île privée de l’Aga Khan et son désastreux périple en Inde, le jugement du premier ministre venait d’être encore remis en cause. En lieu et place de portraits élogieux d’un leader politique progressiste, les médias étrangers ont publié des articles qui tournaient le premier ministre canadien en ridicule. « La plupart des gens, même ceux qui détestent M. Trudeau, ne vont pas regarder [ces photos] et dire que Justin Trudeau est un raciste irréfutable, a déclaré au New York Times la politologue Lori Turnbull, de l’Université Dalhousie à Halifax. Mais les gens vont les regarder et se demander s’il est une personne sérieuse. Et cela est un plus gros problème pour lui. »

M. Trudeau va sans doute surmonter cette controverse. Il lui reste quatre semaines de campagne électorale, et trois débats des chefs, pour s’en remettre. À moins de nouvelles révélations d’incidents de blackface de sa part — et il a lui-même hésité cette semaine à en exclure la possibilité —, les médias se lasseront de le talonner là-dessus. D’autres enjeux, ou d’autres scandales, occuperont vite l’espace médiatique occupé par cette controverse cette semaine. Mais les députés libéraux n’oublieront pas. Après sa gestion de l’affaire SNC-Lavalin et après avoir plongé les relations sino-canadiennes dans un état dangereux, plusieurs d’entre eux avaient déjà commencé à se demander si leur chef n’était pas devenu un boulet. M. Trudeau devra redoubler d’efforts d’ici le 21 octobre pour convaincre les sceptiques qu’il est encore l’homme de la situation. S’il ne réussit pas à gagner un gouvernement majoritaire le mois prochain, le chef libéral pourrait se retrouver avec un caucus à la recherche de son remplaçant.

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16 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 21 septembre 2019 06 h 13

    Orson Welles pour son magnifique Othello salué en 1951 et depuis par les critiques internationaux fut fait a l’age de 36 ans. Et j’en passe...Peut-être n’avez vous jamais participe a une fête masquée et déguisée?C’est très amusant surtout innocent. Pensez a Emmanuel Macron jouant le role d’un clochard. A-t-il «  inconsciemment » fait insulte aux clochards? On n’oubliera jamais qu’on tua des noirs «  innocents » pour des crimes, des viols, qu’ils auraient commis «  inconsciemment ». Il y a eu des «  communistes inconscients » aux USA il fut un moment tragique de leur histoire. Il y a eu même des «  résistants francais inconscients » fusilles par les nazis. Bref, l’URSS, La Russie actuelle, la Chine d’hier et d’aujourd’hui détiennent des milliers d’hommes et de femmes en détention pour délits « inconscients ». Vous nous offrez dans votre analyse un monde terrifiant si on la suit.

  • André Joyal - Inscrit 21 septembre 2019 07 h 14

    29 ans : erreur de jeunesse?

    Nombreux, parmi les lecteurs de cette chronique, avaient déjà des responsabilités familiales à cet âge. Bien sûr les associations bénéficiaires de subventions du fédéral passent l'éponge. Non, je l'admets, JustiNE ( comme les journalistes français l'appellent) n'est pas raciste, il est seulement la tortue que l'on a placée sur un poteau (merci Boukar). Grand bien en fasse aux électeurs peu exigeants de Papineau (lequel doit bien retourner dans sa tombe).

  • Michel Lebel - Abonné 21 septembre 2019 07 h 40

    Le moins mauvais...

    Je n'ai jamais perçu Justin Trudeau comme étant la tête à Papineau! C'est un poids léger. Ceci dit, il me semble le moins mauvais des candidats pour le poste de premier ministre. Entre plusieurs maux, il faut choisir le moindre! Rien de bien d'emballant, j'en conviens! Peut-être la meilleure chose serait que les libéraux forment un gouvernement minoritaire. Ce serait alors sans doute la porte de sortie pour Justin Trudeau. Comme au théâtre...

    M.L.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 21 septembre 2019 14 h 44

      « Je n'ai jamais perçu Justin Trudeau comme étant la tête à Papineau! C'est un poids léger. » (Michel Lebel)

      Si LÉGER que Justin cherche en-corps sa …

      … tête ! - 21 sept 2019 -

  • William Dufort - Abonné 21 septembre 2019 08 h 13

    Bellâtre insignifiant

    C'est ainsi que Michel David a décrit Justin il y a quelques jours, et il a parfaitement raison. Juste entre nous, ce sont son nom et son look qui l'ont propulsé à la tête (?) du PLC, et ensuite du Canada. Bien d'accord qu'il n'est pas raciste et surtout qu'il est stupide. Alors, habituons-nous, il n'a pas fini de nous faire honte, ni de s'excuser à profusion.

    Malgré tout, c'est un homme chanceux. En effet, en raison de la piètre qualité de l'alternative, il a toutes les chances d'être réélu.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 21 septembre 2019 11 h 28

      L’insensibilité dont il reconnaît avoir fait preuve, il l’a attribuée à un "gigantesque angle mort" qui vient avec le "milieu privilégié" dont il est issu. Homme chanceux et somme toute d'une classe privilégiée.

      On se rapellera également qu'en 2005, le prince Harry, 21 ans, 3ième alors dans l'ordre de sucession au trône britannique, s'était distingué lors d'une soirée bien arrosée en officier nazi! Rien de moins! Hormis quelques les "journaux jaunes"de Londres, personne ou presque ne s'etait attardé à ce "scandale"... vite effacé.

      M. Trudeau s'en remettra-il? Sûrement pas au Canada anglais en tout cas: M. Justin étant toujours considéré comme un francophone, un "olibrius" comme dirait Joseph Facal.

      Rapellons-nous également que Trudeau père aimait également se déguiser, avec entre autres: jaquette indienne, cape, gant, chapeau et botte de cuir, de plus il adorait provoquer avec force grimaces et pirouettes.

  • Cyril Dionne - Abonné 21 septembre 2019 08 h 45

    « The choosen One »

    Depuis quand la stupidité est une excuse au comportement raciste inconscient? Ce que plusieurs ne comprennent pas, lui, qui a été élevé avec une cuillère d’argent dans la bouche, se pense tout simplement supérieur aux autres. Son arrogance démesurée, digne fiston de papa, masque son racisme latent qui git au fond de lui-même. Lorsqu’on n’arrête pas de faire le bien-pensant et donneur de leçon, on s’élève soi-même à un niveau dans l’air raréfié ou gravite seulement les élus de ce monde. En bref, the « The choosen One ». Misère.

    • Marc Therrien - Abonné 21 septembre 2019 16 h 18

      Il est bien évident que vous ne voterez pas pour le PLC. Est-ce que le PPC de Maxime Bernier présente un candidat dans votre circonscription? Pour le reste, on sent bien que cette affaire du "black face" vous fait jubiler tout comme, j'imagine, Richard et sa gang du JDM qui sont sûrement surexcités ces jours-ci.

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 21 septembre 2019 21 h 59

      Cher M. Therrien. Les extrémistes, je laisse cela pour les energumènes de Québec solidaire et la gang du PCC. Moi, je vote pour le Québec, je vote pour le Bloc québécois.

      En passant, j’ai passé beaucoup de temps au États-Unis et si saviez seulement ce que représente le « black face » pour la communauté noire, notre petit bambin aux tendances racistes inconscientes devrait faire beaucoup plus que des excuses pour être rehabilité en tant que politicien, si cela est possible évidemment. Même la gauche américiane se moque de Trudeau présentement. Il n'a plus aucune crédibilité là-bas, autant de la gauche que de la droite en passant par le centre.