Une urgence nationale

Je travaille en ce moment à un livre sur les réalisations en éducation (bâtiments, institutions, écrits) de l’architecte américain Frank Lloyd Wright (1867-1959). Une anecdote le concernant m’a beaucoup amusé.

Témoignant dans un procès, il doit, selon l’usage, décliner son identité : « Je suis Frank Lloyd Wright, le plus grand architecte vivant ! » dit-il. Le juge, interloqué, lui demande s’il ne trouve pas que c’est là une bien singulière manière de se présenter. Frank Lloyd Wright répond qu’il est sous serment… et qu’il est donc tenu de dire la vérité !

Je ne suis ni architecte ni sous serment, mais je suis philosophe et, pour cela, tenu moi aussi de dire ce que j’estime être la vérité, quitte à ne pas me faire d’amis.

Ce pourrait bien être le cas cette fois.

 

Le drame de la pénurie d’enseignants

Il y a en ce moment chez nous une pénurie d’enseignants. On n’a pas encore de portrait véritablement complet et crédible de la situation, mais il n’y a pas de doute qu’elle est grave, préoccupante et qu’elle persistera si rien n’est fait. Les histoires qu’on me rapporte sont certes des faits isolés, mais ils sont nombreux et souvent dramatiques. Et rien n’indique que les choses vont se régler d’elles-mêmes ou que les solutions apportées soient satisfaisantes.

Ce phénomène est très certainement multicausal. Il est sans doute lié, dans des proportions qui restent inconnues, à ce qu’on appelle désormais la désertion professionnelle ; à la difficulté et à la complexification de la tâche ; aux carences de la formation offerte aux enseignants ; aux salaires décidément trop bas ; à un effet générationnel par lequel le rapport au travail a changé ; et à d’autres facteurs encore.

À tout cela, du moins pour ce qui est du niveau secondaire, il faut encore ajouter la disparition du certificat en enseignement secondaire il y a une vingtaine d’années.

Ce certificat permettait à des personnes diplômées dans une des matières enseignées à ce niveau de se qualifier en une année. On l’a aboli pour mettre en place un baccalauréat de quatre ans, comprenant moins de formation disciplinaire et plus de cours en éducation, ceux-ci typiquement axés sur les doctrines à la mode dans ces facultés et donc bien loin des données probantes.

Quand on sait l’importance de ce qu’on appelle l’effet enseignant, cette conjonction aux remarquables effets de savoirs disciplinaires maîtrisés et de pédagogie éprouvée, on doit se désoler de cette décision qui faisait, comme je le disais en boutade à l’époque, qu’Einstein ne pourrait désormais enseigner la physique au secondaire chez nous sans passer par ce nouveau, long et singulier parcours. Mais les intérêts corporatistes de facultés universitaires ont pesé de tout leur poids dans ce désastreux virage, qui nous a privés d’innombrables candidats savants et motivés.

Des solutions

 

Que fait-on aujourd’hui pour corriger tout cela ? On offre une maîtrise qualifiante. Le processus est long, crée, me rapporte-t-on, des insatisfactions, reste, selon les mêmes sources, typiquement peu informé des données probantes. Et pour couronner le tout, compte tenu du fait qu’un étudiant inscrit aux études supérieures coûte plus cher qu’un étudiant inscrit au premier cycle, tout cela est beaucoup plus coûteux au public… mais est très rentable pour les universités — et fort intéressant pour les professeurs.

J’affirme que la pénurie d’enseignants est une urgence nationale. Qu’il est impératif d’imaginer, en ne pensant qu’au bien commun et à celui des élèves, de nouvelles voies accélérées d’accès à la profession, rigoureuses et prenant en compte cette situation inédite pour s’y adapter.

Cela demandera aux institutions responsables de l’éducation au Québec de l’imagination et un sens du sacrifice.

Je ne sais pas trop comment procéder. On tiendrait en tout cas le plus grand compte des données probantes. Je suggère aussi que l’offre de cours de premier cycle soit repensée. On offrirait notamment de nombreuses et accommodantes formules : des cours du soir, de fins de semaine, d’été, et que sais-je encore… On demanderait la collaboration de toutes les facultés qui, en raison des disciplines qu’on y enseigne, peuvent contribuer à former des maîtres : la psychologie, la sociologie, les sciences de l’éducation.

Autre chose. Le certificat aboli dont j’ai parlé plus haut n’était pas parfait, loin de là ; mais une de ses carences était du côté des stages, trop peu nombreux et trop brefs. On pourrait, me semble-t-il, penser aujourd’hui, compte tenu de leur importance et de l’urgence d’amener des ressources dans les écoles, à mettre sur pied un programme national de mentorat et à rémunérer stagiaires et mentors.

Ces propositions ne sont que quelques modestes idées, qui valent pour le secondaire, et je reconnais volontiers pouvoir me tromper. Mais je maintiens que la situation est grave, qu’elle appelle des gestes concrets et que nous ne sommes pas en ce moment à la hauteur de ce qu’on devrait et pourrait faire. Voilà en tout cas ce que j’estime être la vérité. J’étais tenu de la dire.

Truc et astuce de prof

 

Pour bien apprécier un résultat de recherche que vous souhaitez prendre en considération pour votre travail en classe, il faut bien examiner par quelle méthodologie il a été obtenu. Robert Slavin le rappelle de manière savoureuse.

Un restaurant connaît un immense succès grâce à son ragoût de colibri offert à prix imbattable. Sa recette est jalousement gardée secrète.

Un jour, avec promesse de ne pas la révéler, le propriétaire la confie à un ami.

« On y met du cheval, dit-il. Un pour un. » « Un gramme de cheval pour un de colibri ? » demande l’ami. « Non, non, explique l’autre. Un cheval pour un colibri ! »

Perle de la semaine

 

Une élève raconte avoir « fait de la plongée en acnée ».

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