Un vrai cadeau

Le chef du Parti populaire du Canada (PPC), Maxime Bernier, et ses partisans jubilaient lundi en apprenant que la Commission des débats des chefs invitait finalement le Beauceron à croiser le fer avec les chefs des cinq autres partis les 7 et 10 octobre prochains. Tenu à l’écart en août, M. Bernier a protesté, fouetté ses troupes et a gagné son pari, celui de convaincre le président de la commission, l’ancien gouverneur général David Johnston, de changer d’idée.

M. Johnston s’était donné jusqu’à ce lundi pour revoir sa décision. Il devait toutefois avoir la conviction que le PPC pouvait faire élire plus d’un député. M. Bernier a soumis le nom de quatre circonscriptions et les sondages que la Commission y a fait faire, en plus du nombre de membres et de candidats recrutés par le parti et sa présence médiatique, ont infléchi le président. Dans les quatre circonscriptions, entre 25 et 34 % des répondants ont dit, toutes réponses confondues, qu’ils voteraient « possiblement », « probablement » ou « certainement » pour le PPC.

M. Bernier avait besoin de pareils résultats pour obtenir son billet d’entrée puisque n’ayant pas de député élu sous sa bannière, le PPC devait respecter deux autres critères : avoir des candidats dans plus de 90 % des 338 circonscriptions et avoir obtenu au moins 4 % des voix lors de la dernière élection ou « avoir une chance légitime de remporter des sièges ».

Ce dénouement est un vrai cadeau pour le chef du PPC car, comme le dit le politologue de l’Université Laval, Éric Montigny, les débats ne sont pas des événements mineurs. « Il y a une prime à y être : celle de la visibilité et celle, pour un parti naissant, de la reconnaissance institutionnelle. » Or, bien que présent dans les médias, le PPC mène depuis le déclenchement une campagne plutôt discrète et les débats vont lui accorder cette visibilité que ses maigres moyens n’auraient jamais pu lui offrir.

Plus important encore, l’invitation donne une aura de légitimité à sa formation et à son programme controversés. Le PPC veut réduire le nombre d’immigrants admis au Canada, imposer un test des valeurs, mettre fin au multiculturalisme, à l’aide internationale, aux subventions aux entreprises et à la gestion de l’offre, en plus de sabrer radicalement les dépenses pour éliminer le déficit en deux ans. Il affirme aussi qu’il ne fera rien pour lutter contre les changements climatiques qu’il met en doute.

La Commission n’avait pas à juger des idées de M. Bernier, même si ces dernières remettent en question plusieurs fondements du vivre-ensemble canadien. M. Johnston devait s’en tenir à ses critères, ce qu’il a fait, que cela déplaise ou non aux conservateurs qui crient au complot libéral, ou aux néodémocrates qui jugent inacceptable de donner une tribune semblable « pour propager la haine et la division ». Il reviendra aux autres chefs, s’ils ont en désaccord, de contrecarrer les positions de M. Bernier et de ses partisans, mais cela fera inévitablement dévier les échanges.

La dynamique des débats en sera complètement transformée, au grand dam du chef conservateur Andrew Scheer, que M. Bernier ne cesse d’attaquer depuis sa défaite lors de la course à la direction du PC. Si, pour préserver une partie de ses appuis, M. Scheer glisse sur le terrain de M. Bernier, il risque d’en perdre d’autres au centre de l’échiquier et de prêter le flanc aux attaques libérales. M. Scheer est celui qui a le plus à perdre de la présence de M. Bernier et ce n’est pas pour rien que les libéraux ne protestent pas.

M. Bernier a tout à fait le droit de s’exprimer. Son point de vue est partagé par des citoyens et doit donc être débattu. Il le faut, en fait. Mais est-ce la bonne tribune ? Est-ce que le chef d’un parti n’ayant jamais affronté l’électorat et ne jouissant pas d’une vague d’appui populaire — il oscille autour de 3 % — a sa place dans un débat entre les chefs des principaux partis en lice ? Rien n’est moins sûr, même si, selon certains sondages, la moitié des gens pensent que oui.

Surpris de la décision de M. Johnston, le professeur Montigny rappelle qu’en 1994, le chef de la nouvelle ADQ, Mario Dumont, s’était tourné en vain vers les tribunaux pour forcer sa participation au débat des chefs alors organisé par les médias. Ayant finalement passé le test de l’urne, le chef adéquiste a été invité en 1998.

On cite souvent le cas du Parti vert (PV) fédéral pour défendre la présence de M. Bernier, mais le PV a dû traverser bien des élections et quelques campagnes nationales avant de voir son chef accéder à la tribune des débats. Et si les critères actuels avaient été la norme en 2011, Elizabeth May n’aurait pu être écartée.

Le prochain Parlement devrait réexaminer le cas des partis naissants avant de permettre à leur chef de jouir de pareille vitrine et, en plus, du même temps d’antenne que le premier ministre et de ses principaux rivaux. Il en va du sérieux de l’exercice, comme le notait avec justesse le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet.

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4 commentaires
  • Gilbert Talbot - Abonné 18 septembre 2019 10 h 17

    Un clown pour divertir de la morosité de la campagne

    Des idées farfelues, un clown comme Donald Trump, un candidat non-conventionnel comme on en a élu en Italie, en Angleterre, aux États-Unis ou au Brésil. Tel est le danger qu'apporte la présence de Maxime Bernier: un Nouveau Réal Caouette sur le podium des chefs de Partis, qui risquent de plaire à un électorat confus et déçu des chefs plus conventionnels.

  • Michel Dumont - Inscrit 18 septembre 2019 17 h 31

    Désolant et moins crédible que le Parti Rhinocéros

    Maxime Bernier.Un clown dangereux inspiré par le succès de Donald Trump. Espérons que nos amis Beaucerons voteront pour Maxime Bernier du Parti rhinocéros qui promet notamment aux Beaucerons de construire un oléoduc sur la rivière Chaudière pour contrôler les crues printanières. Le projet serait financé par la vente de plants de pot à usage domestique, fertilisé avec du purin de la Beauce. Il promet aussi de faire l’achat communautaire de l’usine de Jos Louis.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 18 septembre 2019 18 h 23

    Pourquoi ne pas ajouter que la Commission des débats est loin d'être neutre!

    Mme Manon Cornellier a le don d'oublier celui qui est en retrait médiatique pour l'instant : Justin Trudeau! Pourquoi ne pas se risquer à ajouter quelques mots au sujet de l'autorisation de la Commission des débats de Maxime Bernier, laquelle fait bien sûr, sur plusieurs tableaux, le bonheur de Justin Trudeau! D'une part dans une rencontre agrandie des chefs de partis, on peut s'attendre à une joute entre les chefs du PCC et du PPC, avec Andrew Sheer que Maxime Bernier va chercher à mettre k.o.! D'autre part, avec le PCC affaibli grâce au PPC, la porte est grande ouverte pour le PM actuel. Bref, comme d'habitude, magouilles ou dès pipés, tous les moyens sont bons!
    .

  • Joane Hurens - Abonné 19 septembre 2019 01 h 29

    Qui finance Bernier?

    Je me demande comment M Bernier a réussi à monter ce parti? Avec l’argent de qui? Ce serait bon de le savoir avant la fin de la campagne.

    Avec un raisonnement comme celui de la Commission, un type aussi sympathique qu’Hitler se serait «qualifié » pour le débat puisqu’on s’appuie sur des arguments statistiques.