Dure semaine pour Elizabeth May

La cheffe du Parti vert du Canada, Elizabeth May, n’était pas peu fière d’avoir attiré Pierre Nantel dans les rangs de son parti le mois dernier. Malgré sa réputation d’électron libre et en dépit des reproches formulés à son endroit par ses anciens collègues néodémocrates selon lesquels il n’est pas un joueur d’équipe, le député sortant de Longueuil–Saint-Hubert fut accueilli à bras ouverts par Mme May qui a déclaré : « Il nous faut plus de députés comme lui. »

C’était selon. Plusieurs se demandaient si le passage de M. Nantel chez les Verts n’était pas inspiré plutôt par l’effondrement du Nouveau Parti démocratique au Québec que par l’urgence climatique, prétexte qu’il offrit pour sa défection à la veille du déclenchement des élections fédérales. Après tout, le PVC avait le vent dans les voiles depuis quelques mois déjà, alors que, sondage après sondage, il n’y en avait que pour une défaite certaine de la plupart des députés néodémocrates au Québec, y compris M. Nantel, qui avait gagné sa circonscription en 2015 par à peine 700 voix.

Il est trop tôt pour dire si une vague verte nous attend le 21 octobre prochain. Mais on ne peut pas dire que M. Nantel a aidé la cause de son nouveau parti en sommant cette semaine les Québécois de se séparer « au plus vite » du reste du Canada. Il devait savoir qu’un tel commentaire, peu importe le contexte dans lequel il l’avait dit, allait mettre son nouveau parti dans l’embarras. Mais ce n’était qu’un autre indice démontrant que M. Nantel, qui fera de nouveau face au candidat bloquiste Denis Trudel dans Longueuil–Saint-Hubert, place ses propres intérêts politiques au-dessus de ceux de son parti de l’heure. En 2015, on avait assisté à une chaude lutte à trois dans Longueuil–Saint-Hubert entre les candidats néodémocrate, libéral et bloquiste. M. Trudel pourrait remporter la victoire cette fois-ci s’il réussissait à attirer les électeurs souverainistes qui avaient appuyé M. Nantel en 2015. Mais ce dernier aura besoin de bon nombre d’électeurs souverainistes s’il souhaite garder son siège.

La réaction de Mme May à la déclaration de M. Nantel n’a pas inspiré beaucoup de confiance. Un porte-parole du parti avait déclaré dans un premier temps que l’unité nationale ne comptait pas parmi les six valeurs fondamentales du PVC et que rien n’empêchait donc qu’un souverainiste porte les couleurs du parti au Québec. Cette explication avait laissé bouche bée plusieurs commentateurs dans le reste du Canada. Mme May a essayé de corriger le tir en insistant pour dire que son parti appuie bel et bien l’unité canadienne, mais l’absence d’un tel principe dans la constitution du parti est une révélation pour beaucoup de Canadiens. La décision de Mme May de garder M. Nantel comme candidat, après que ce dernier s’est engagé à ne pas faire la promotion de la souveraineté à Ottawa, risque de la hanter tout au long de campagne dans le reste du Canada. C’est une chose d’accueillir un ancien souverainiste dans les rangs d’un parti fédéraliste — le PLC, le PCC et NPD l’ont tous fait —, mais c’en est une autre d’héberger un séparatiste convaincu. L’idée même rebute la plupart des Canadiens anglais.

Ce n’était que l’une des multiples erreurs qu’a commises Mme May en ce début de campagne. Elle s’est aussi embourbée dans une explication pour le moins alambiquée autour de la position de son parti sur l’avortement en déclarant dans un premier temps qu’elle n’empêcherait pas un membre de son caucus de déposer un projet de loi en la matière, pour ensuite se raviser et dire que le PVC est résolument pro-choix et qu’il serait ainsi impossible que l’un de ses députés aille à l’encontre de ce principe. Pourquoi alors avait-elle elle-même invoqué cette possibilité dans un premier temps ? L’incident témoignait d’une certaine déconnexion politique de sa part.

Ensuite, le PVC a dû chasser l’un de ses candidats en Ontario après la révélation des commentaires islamophobes qu’il avait faits sur les réseaux sociaux. Une autre candidate verte en Saskatchewan a pu rester en place, toutefois, après s’être excusée pour avoir qualifié Israël d’être « pratiquement un violeur en série » entre autres choses. Le jugement même de Mme May a été remis en question par plusieurs observateurs. Le PVC a beau prétendre avoir mis en place un processus de sélection rigoureux, la nature même du parti (qui préconise un virage radical en matière de lutte contre les changements climatiques) fait en sorte qu’il attire des candidats qui ne sont pas connus comme des modérés.

Jusqu’ici, Mme May a toujours bénéficié d’un capital de sympathie chez les Canadiens, même si à peine 3,45 % d’entre eux ont voté pour son parti en 2015. Mais si elle veut que son parti récolte enfin la troisième place lors du vote le mois prochain, en dépassant le NDP de Jagmeet Singh, elle devra faire preuve de beaucoup plus de discipline et démontrer qu’elle a une vision pour le pays qui dépasse le simple domaine environnemental. Sinon, la percée verte risque d’être reportée sine die.

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8 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 14 septembre 2019 07 h 31

    Pétrole et gaz verts

    Monsieur Yakabuski, vous avez oublié sa déclaration publique concernant l’ouverture du Parti Vert à la poursuite magnifiée de l’exploitation pétrolière des sables bitumineux, histoire de se gagner des votes en Alberta.

    Qu’en est-il vraiment de la position officielle du GP/PV concernant l’exploitation des ressources fossiles «all canadian » que sont les pétrole et gaz de schiste et la construction des nouveaux pipelines gaziers ou pétroliers comme celui du projet TransMountain, pour ce qui est du pétrole sale des sables bitumineux?

    Le vert a perdu beaucoup de sa pureté du côté du Green Party et les candidates et candidats du Parti Vert devront composer avec ça, à défaut de pouvoir nous l’expliquer.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 14 septembre 2019 07 h 37

    On peut être pour l'environnement sans être politiquement Vert!

    Mme May n'a pas l'apanage de vouloir préserver l'environnement au Canada, ni au Québec. J'en suis pour protéger les baleines, nos eaux de la sur-pêche, contre les oléoducs, etc., mais je ne suis pas pour le ROC qui ne pense qu'à réduire sans arrêt le Québec et soutenir les Anglais d'ici!
    Dans tous les partis politiques il y a des gens qui partagent l'idée de vouloir sauver l'environnement, sans être politiquement Vert! Bref, on parle beaucoup de cette dame pour faire une diversion et calmer les ardeurs des manifestants contre essentiellement les Libéraux et les Conservateurs!

  • Samuel Prévert - Inscrit 14 septembre 2019 07 h 55

    Le choix des mots

    C’est une chose d’accueillir un ancien souverainiste dans les rangs d’un parti fédéraliste — le PLC, le PCC et NPD l’ont tous fait — mais c’en est une autre d’héberger un séparatiste convaincu. L’idée même rebute la plupart des Canadiens anglais.^

    L'idée rebute? Je dirais plutôt que les Canadiens détestent les Québécois même ceux qui vivent au Québec. Il en va de même pour tous ceux qui s'identifient comme Canadiens.

  • Daniel Vézina - Abonné 14 septembre 2019 09 h 46

    Et sa position sur la Loi 21... ?

    Vous n'en faites aucune mention bizarrement...

    Ha oui, c'est vrai, le Devoir semble être passablement contre à ce qu'on peut lire dans ses pages récemment.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 14 septembre 2019 14 h 24

      M. Vézina, Konrad Yakabuski est pro-conservateur.

  • Simon Bissonnette - Abonné 14 septembre 2019 10 h 35

    C’est selon

    L’accueil d’un souverainiste dans le PVC démontre une belle ouverture pour ceux qui, par conscience, ne pouvaient voter pour un parti qui s’affichait résolument fédéraliste.