Une question venue du coeur

En 2015, le chef libéral, Justin Trudeau, avait surpris par son énergie et la générosité de ses engagements. Ses fameuses « voies ensoleillées » avaient séduit après dix années d’un gouvernement conservateur prompt à la confrontation et dirigé par un chef solide mais froid.

Mercredi, première journée officielle de la campagne 2019, la passion avait un autre nom : Elizabeth May. Les convictions de la cheffe du Parti vert n’ont jamais été mises en doute, mais son cri du coeur en faveur de la planète et d’une action vigoureuse contre les changements climatiques tranchait par sa fougue et son authenticité. Pour elle, il ne fait pas de doute que la vraie question de l’urne, celle qui fera la différence, sera celle-là.

Le Parti vert n’a toutefois pas les moyens de ses adversaires pour marteler son message à grande échelle. Il a par contre le vent dans les voiles, selon les sondages. Lui qui n’avait récolté que 3,4 % des voix en 2015, voit ses appuis osciller autour de 11 % dans les dernières enquêtes d’opinion. Cette montée semble se faire aux dépens du NPD qui se bat pour conserver au moins la troisième place aux Communes avec des appuis frôlant 13 %, alors qu’il en avait récolté 19,7 % en 2015. Cet été, le chef, Jagmeet Singh, a d’ailleurs reconnu que son parti ne pouvait aspirer à prendre le pouvoir cette fois-ci. Mme May, elle, se permet de viser haut. « Si vous voulez un vrai changement, changez votre vote et élisez un gouvernement vert », a-t-elle lancé mercredi.

Elizabeth May n’a pas tort de tenter de s’approprier le thème du changement, aucun autre chef n’arrivant à l’incarner. Premier ministre sortant, Justin Trudeau ne peut échapper à la nécessaire défense de son bilan et à la promesse qu’il doit et peut continuer dans la même veine, y compris en matière d’environnement. Fidèle à la tradition du NPD, le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, promet des réformes ambitieuses en santé, en éducation, en environnement, mais son message, rendu sans vrai mordant, a les mêmes faiblesses que par le passé, celui de dépendre de l’accord des provinces pour se réaliser. Le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, est, de son côté, tout feu tout flamme pour sa première campagne, mais ce qu’il offre est une version modernisée du message que le Bloc a toujours servi aux Québécois depuis ses débuts : On est là pour défendre les intérêts et le consensus québécois en attendant l’indépendance.

Le chef conservateur, Andrew Scheer, lui, a repris le thème fétiche de son parti qui est d’en mettre plus dans la poche des citoyens. Il a toutefois démarré la journée en remettant en question, pour la énième fois, le sens éthique de Justin Trudeau. Il ne pouvait y résister après avoir lu, mercredi matin, la manchette du Globe and Mail faisant état du refus du Conseil privé de donner à la GRC accès à certains documents du cabinet portant sur cette affaire SNC-Lavalin.

Cette controverse n’a pourtant pas réussi à faire bouger les sondages estivaux favorables au Parti conservateur après le blâme adressé à M. Trudeau par le commissaire à l’éthique mi-août. Fera-t-elle maintenant plus mal au chef libéral ? Difficile à dire, surtout qu’il reste encore 39 jours de campagne et bien d’autres enjeux capables d’en atténuer le souvenir. En fait, Justin Trudeau doit être soulagé que ce nouveau soubresaut n’arrive pas à la veille du scrutin du 21 octobre.

Mais s’il veut gagner, M. Scheer doit accroître ses appuis. Actuellement, son parti et le Parti libéral sont au coude à coude dans les sondages, mais leurs intentions de vote sont réparties de manière à donner moins de sièges au Parti conservateur. Ses appuis sont trop concentrés, alors que ceux des libéraux sont mieux distribués, indiquent les analyses de sondages de la CBC et de Maclean’s. En plus, le PLC est en avance au Québec et en Ontario. Il a par contre reculé dans les provinces atlantiques et en Colombie-Britannique.

Pour brasser cette donne, Andrew Scheer attaque l’éthique de M. Trudeau qui, de son côté, prévient que son adversaire veut retourner en arrière. Et sur la Toile, des libéraux rappellent le conservatisme social de M. Scheer. De la politique tout ce qu’il y a de plus traditionnel.

Dans ce contexte, même sans grands moyens, Mme May peut marquer des points, frapper l’imaginaire de ceux que le sort de la planète inquiète. Quand elle parle de courage collectif, de front commun non partisan pour agir plus vigoureusement contre les changements climatiques, de création d’un conseil des ministres non partisan, comme en temps de guerre, pour s’attaquer à la transformation de l’économie, elle ramène le débat vers le bien commun.

D’autres partis, dont le NPD, le Bloc québécois, le Reform Party, pour ne nommer que ceux-là, ont démontré par le passé qu’avec une masse critique de députés, ils pouvaient faire une différence et influencer l’orientation des politiques publiques. Mme May a su, même seule, se faire entendre aux Communes. L’écho qu’elle continue à avoir et la montée de son parti dans les sondages devraient sonner comme un avertissement pour les autres formations.

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9 commentaires
  • Jean Duchesneau - Abonné 12 septembre 2019 06 h 22

    Le caillou dans le soulier de May....

    .... qui est son appuie à l’exploitation des sables bitumineux en fait un choix mitigé pour les Québécois et même pour les Canadiens. À l’instar des Vénézuéliens, les Albertains utilisent leur pétrole pour financer leurs services ce qui perpétue la dépendance de tous les Canadiens à cette ressource. Les Norvégiens plus sages,utilisent les revenus du pétrole pour bâtir un capital qui dépasse maintenant les mille milliards de dollars (US) en plus de développer des ressources alternatives. Au point de vue environnemental, c’est en appuyant le Bloc Québécois, qui, s’il détenait la balance du pouvoir, pourrait faire bouger les choses.

    • Jean-Paul Carrier - Abonné 12 septembre 2019 08 h 49

      Le BQ, a échoué dans sa mission et espère sortir de sa tombe en revendiquant la filière environnementale en bon opportuniste qu'il est.

      Seul le parti VERT a de tous les temps défendu la filière de l'environnement.

      Pour faire bouger les choses, mieux vaut voter pour un parti qui a de la crédibilité dans ce domaine.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 12 septembre 2019 07 h 31

    Voter pour Mme May, pour faire diversion, NON MERCI!

    À la force d'essayer de faire oublier les magouilles et les déboires de Justin Trudeau avec son entourage, il risque lui-aussi de tomber un jour dans les oubliettes! Mme May et les Verts sont loin d'être tous vertueux : voilà que, COMME PARTOUT AILLEURS IL Y A DES MOUTONS NOIRS qui ont déjà été contre l'avortement! La vertu en politique n'existe pas, seul le pouvoir de faire quelque chose est en jeu! Bref, les Verts étant peu intéressés à la culture et la langue françaises, ne pèsent pas beaucoup au Québec!
    Ici, tout le monde connaît les gaffes passées de Justin Trudeau, lequel s'est encore embourbé dès son premier message, en lançant aux Québécois, qu'il ne ferairt rien, POUR L'INSTANT, contre la loi de la laïcité! COMME DÉCLARATION DE GUERRE AUX FRANCOPHONES DU QUÉBEC IL N'Y A PAS MIEUX! Bref, le QUÉBEC DOIT RIPOSTER IMMÉDIATEMENT ET EXIGER DES EXPLICATIONS! L'affaire SNC-Lavalin, celle de la procureure, les dossiers cachés du public, même la GRC muselée, ASSEZ, C'EST ASSEZ!
    La chicane au sein des Conservateurs concernant la même loi de la laïcité mine leur crédibilité! Quand il y a une division si grande dans ce partie, avec l'appui des Anglais du Québec, ils ne valent pas mieux que les libéraux!
    Le NPD avait connu la vague orange, mais les élu(e)s de ce parti, dont beaucoup se foutaient de la langue et de la culture françaises, qui étaient mal outillé(s)s, n'ont rien fait pour le Québec!
    En conclusion, après avoir évacué tous ceux et celles qui sont contre nos lois, comme celle de la laïcité, contre notre langue, contre notre culture, il n'y a qu'un parti sur lequel nous pouvons nous fier pour les défendre à Ottawa, c'est LE BLOC QUÉBÉCOIS!

    • Martin Brideau - Abonné 12 septembre 2019 22 h 18

      Les majuscules ne servent à rien; c'est comme crier... Personne n'aime se faire crier un texte... Il y avait les camelots, à une autre époque; mais encore, c'était les titres qu'ils criaient...

  • Pierre Rousseau - Abonné 12 septembre 2019 08 h 43

    Un NPD à la langue fourchue ?

    Un peu à l'instar du PM Trudeau qui parle d'environnement mais qui achète un oléoduc, le NPD parle de protection de l'environnement mais il est aussi à la solde de syndicats qui comprennent ceux qui représentent les travailleurs de la forêt. Le NPD au pouvoir en Colombie-Britannique a continué le saccage des forêts anciennes de la côte du Pacifique malgré les promesses au contraire. Il gouverne avec l'appui des Verts mais il semble que ces derniers ne peuvent rien faire pour faire changer les poltiques d'abattage des forêts anciennes du gouvernement provincial. Il faut comprendre que les forêts anciennes sont maintenant devenues relativement rares et qu'elles ne sont pas renouvelables, ayant pris au moins 1 000 ans à se constituer. Ça veut dire que les prochaines générations ne verront jamais les forêts humides tempérées anciennes dont il ne restera que des peaux de chagrin.

    Il faut tenir compte des gestes des gouvernements NPD (dont celui de Mme Notley en Alberta qui s'est vengé de la CB qui s'opposait à l'extension de l'oléoduc Trans Mountain en boycottant les vins de CB) pour comprendre quelles sont les priorités de ce parti. Sur le front environnemental, il n'est pas différent du PLC de Justin Trudeau et il ne serait pas étonnant si, comme lors de la dernière élection, les Libéraux dépassaient le NPD par la gauche !

  • Claude Richard - Abonné 12 septembre 2019 11 h 34

    Appel du pied

    Si cet éditorial ne constitue pas un appel du pied à voter vert, je ne sais pas ce que c'est. Manon Corneillier fait habituellement des bons éditoriaux, mais son long séjour à Ottawa semble en avoir fait une victime du syndrôme de Stockholm. Elle incarne bien la philosophie néo-fédéraliste du Devoir.
    Son court passage sur le Bloc est d'une banalité navrante. Elle devrait regarder de plus près les interventions d'Yves-François Blanchet: il actualise à chaque fois la défense des intérêts du Québec. De l'opposition du Bloc à Énergie-Est jusqu'à la défense de la loi sur la laïcité, en passant par l'appui à la Davie, la lutte aux paradis fiscaux, la promotion du français, etc., les sujets où le Bloc a une position pertinente ne manquent pas. Ce serait pourtant assez simple de les mentionner dans un éditorial d'un journal à la réputation nationaliste. Mais cette réputation est peut-être chose du passé.

    • Pierre Laliberte - Abonné 12 septembre 2019 13 h 45

      En effet. Aucune analyse stratégique des enjeux et des positionnements. Au-delà de l'effet de nouveauté et que le 'vert' est à la mode, on appécierait d'une courrieriste parlementaire qu'elle nous présente un vrai tableau de la sociologie du parti vert, de son programme, de ses contradictions (car il y en a une tonne). Et comme vous le dites, le traitement du Bloc est navrant: un journal dont la réputation (maintenant complètement révolue) de veiller à la défense des intérêts du Québec n'offre plus que des lieux communs.

  • Marc Pelletier - Abonné 12 septembre 2019 14 h 34

    Bravo pour votre article Mme Cornellier !

    Je retiens notamment de votre chronique ce qui suit : "......frapper l'imaginaire de ceux que le sort de la planète inquiète " . J'ajouterais que tout action et tout article qui peut sensibiliser plus de personnes à cette cause mérite d'être entendu.

    Pour la suite des choses, il reviendra à chacun des chefs de partis de nous faire part de leur plan d'action, pour le futur, en regard de l'environnement. Je serai attentif face à leur engagement pour cette cause.