Plaidoyer pour la culture scientifique

La rentrée des cégeps est en cours et fait entendre à qui prête, même négligemment, l’oreille, les échos de débats et de polémiques, souvent vifs et profonds, qui depuis plusieurs années déjà traversent ces établissements.

On demande, par exemple, ici de hausser les taux de diplomation ; on suggère ailleurs de repenser la formation générale ; on voudrait là abolir les cégeps ; ailleurs encore, on demande de les repenser sur le modèle du capital humain ; on se demande quoi faire de cette nécessité pour les cégeps en région de recruter à l’étranger ; et j’en passe, mais sans omettre de dire que, sur nombre de dossiers, nous manquons de données probantes ; que sur nombre d’entre eux pèsent les intérêts particuliers ou corporatistes des intervenants ; que les finalités visées par les uns et les autres ne sont pas toujours conciliables ; sans oublier l’immense poids dont pèsent en ces matières les partis politiques portés au pouvoir au gré des élections.

On me permettra de me répéter : je vois dans tout cela un concentré des excellentes raisons pour lesquelles cette réflexion collective d’ensemble, que j’appelle une commission Parent 2.0, est urgente, souhaitable, et même nécessaire. Elle prendrait le temps de réunir en éducation les indispensables données probantes et de dégager des consensus par-delà les intérêts particuliers ; s’agissant des cégeps, elle permettrait de repenser dans son ensemble une institution qui a merveilleusement servi le Québec, mais il faut désormais réinventer la manière dont elle s’inscrit dans une société et une économie en profonde transformation.

Imaginons que se tienne une telle commission. J’irais y défendre une idée qui me tient à coeur depuis longtemps : l’ajout à la formation générale d’une composante de culture scientifique.

Voici pourquoi et voici, pour en donner une petite idée, ce que je préconiserais qu’on y enseigne.

La culture scientifique au cégep

La conception de la culture générale adoptée lors de la création des cégeps était, pour le dire vite, littéraire et humaniste. On l’a certes quelque peu modifiée au fil des ans, mais sans en changer la substance. Mon idée est que le monde actuel demande qu’on y ajoute cette culture scientifique dont je parle, devenue indispensable à la construction de l’autonomie et à l’exercice d’une pleine citoyenneté.

Parmi les raisons qui justifient cet ajout, je rappellerais l’importance de cette culture pour comprendre tant de sujets aujourd’hui débattus ; mais je parlerais aussi de tout ce qui s’oppose à leur discussion sereine et rationnelle. Pensez ici aux fake news, à la « post-vérité », aux théories de la conspiration, au refus des vaccins, le tout étant amplifié par les nouveaux moyens de communication et nous amenant des aberrations comme le retour de l’idée que la Terre est plate ! Tout cela a suggéré à des chercheurs un mot nouveau : dénialisme, pour décrire ce qui se produit.

Je parlerais, bien sûr, également de tous ces efforts délibérés, organisés par des partis intéressés, pour instiller le doute sur des savoirs établis (ces think tanks niant le réchauffement climatique…), mais aussi de ce qui peut, au sein même de la recherche scientifique, la pervertir : ces revues prédatrices ; les périls de la commercialisation de la recherche ; cette privatisation des résultats, avec ce possible refus des payeurs de publiciser des résultats non conformes à leurs désirs ; ainsi que les périls que font parfois peser les médias sociaux sur l’accès à une information scientifique de qualité.

Pour en donner une idée sommaire, je suggère qu’un tel cours pourrait comprendre deux grandes dimensions, deux volets complémentaires. Je précise être persuadé que même les personnes étudiant en sciences en bénéficieraient, puisque plusieurs de ces questions ne sont guère, voire pas abordées dans leur formation.

Ce cours devrait d’abord, sans recours aux mathématiques, donner une idée intuitive de ce qu’un citoyen ne peut absolument pas ignorer des sciences fondamentales. Un gros défi. Mais justement : il se fait aujourd’hui, en livres, en revues, en radio et en télé, sur Internet, de la merveilleuse vulgarisation scientifique qu’il faut faire connaître. De plus, ce cours, que je voudrais multidisciplinaire, serait donné par une équipe de professeurs (le cégep est le lieu idéal pour la constituer) comprenant des scientifiques, mais aussi, bien entendu, des philosophes.

Le deuxième volet de ce cours serait justement celui de la philosophie des sciences. On y apprendrait par exemple ce qu’est la science ; diverses manières de classer les différentes sciences ; ce que sont des faits scientifiques, des lois, des théories ; comment on mène une expérimentation ; ce qu’est un test en double aveugle, etc. Et on ferait aussi une part importante à ces procédures institutionnelles par lesquelles la science vise le vrai : la révision par les pairs, la liberté de l’enseignement et ainsi de suite.

On peut rêver, non ?

Trucs et astuces de prof

Les suggestions sont de Marie-Élaine Turcotte.

Pour la correction de travaux longs, comme les textes écrits : corriger une ou deux copies d’élèves pour lesquels c’est en général plus facile, histoire de se mettre dans l’ambiance ; puis corriger trois ou quatre copies d’élèves pour qui c’est plus difficile ; alterner !

Pour les corrections monotones (du genre à choix multiples…) : corriger tour à tour toutes les mêmes pages pour tous les élèves : ça permet d’avoir les réponses en tête et de corriger plus vite.

La perle de la semaine

Elle est offerte par Ginette Cartier.

« Quel est le système de l’univers défendu par Galilée ? Réponse : l’égocentrisme. »

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32 commentaires
  • Robert Daignault - Abonné 31 août 2019 00 h 53

    Galilée égocentriste?

    « Quel est le système de l’univers défendu par Galilée ? Réponse : l’égocentrisme. »

    Vraiment? vous devriez vérifier votre histoire!!!
    Galilé a affirmé que l'église se trompait, que le centre de l'univers n'était PAS la terre, mais le Soleil ...

    • Jean Lacoursière - Abonné 31 août 2019 06 h 01

      Le segment de la chronique s'appelle « Perle de la semaine ». Chaque semaine, le chroniqueur rapporte une réponse réponse drôle d'un étudiant.

    • Serge Beauchemin - Abonné 31 août 2019 08 h 00

      Il me semble qu’il s’agissait d’un trait d’esprit!

    • Claude Désy - Abonné 31 août 2019 08 h 08

      C’était une blague...

    • Marc Therrien - Abonné 31 août 2019 09 h 29

      Je ne sais pas si vous suivez les nouvelles chroniques de Normand Baillargeon depuis le début. L'ajout de cette nouvelle rubrique "la perle de la semaine" a pour but de s'amuser à déformer la connaissance en sortant du cadre pour voir autrement les choses et découvrir que le combat contre la double ignorance ou l'ignorance profonde entrepris par Socrate doit se continuer.

      Marc Therrien

    • Bernard Dupuis - Abonné 31 août 2019 09 h 50

      Et nous avons maintenant la perle de la perle.

    • Marc Therrien - Abonné 31 août 2019 11 h 11

      Ce qui est intéressant avec cette «perle de la semaine» c’est l’anachronisme. Comme si Galilée avait parlé de l’égocentrisme tout juste avant que Blaise Pascal, qui avait 19 ans à la mort de Galilée, ne parle de la tyrannie des moi haïssables.

      Marc Therrien

    • Robert Daignault - Abonné 31 août 2019 12 h 26

      d'accord, il était tard ;-)

    • Cyril Dionne - Abonné 31 août 2019 14 h 51

      Et comme le disait si bien Galilée : « L’autorité d’un seul homme compétent, qui donne de bonnes raisons et des preuves certaines, vaut mieux que le consentement unanime de ceux qui n’y comprennent rien ». Il enchaînait ensuite avec : « La mathématique est une science dangereuse : elle dévoile les supercheries et les erreurs de calcul. ».

  • Gilbert Talbot - Abonné 31 août 2019 06 h 46

    Bonjour la pagaille!

    Le cours dont tu rêves existe déjà. Chez nous à Jonquière il s'appelait : Science et pseudo-science et couvrait beaucoup des sujets que tu mentionnes. Cependant c'était un cours complémentaire. Comme toi tu le vois, il deviendrait obligatoire et commun à tous les étudiants, un cours de formation générale., quoi. Si je me rappelle bien, il y a déjà dans cette section trois cours de philo, quatre cours de français, deux cours d'anglais et deux ou trois cours d'éducation physique. On ne pourrait pas en ajouter un autre sans surcharger l'horaire des élèves, qui dans certains programmes dépasse les trente-deux heures semaine. Alors, et c'est là que le bât blesse, il faudrait tasser un des cours existant pour y intercaler ton nouveau cours. Et bonjour la pagaille!

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 31 août 2019 07 h 02

    L'auteur lira avec profit les devis ministériels de la formation générale

    qui assignent déjà à la discipline philosophie de montrer la spécificité de l'approche scientifique des questions, par comparaison avec d'autres pratiques théoriques ainsi qu'un cours de formation complémentaire traitant plus expressément de la culture scientifique et technologique.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 31 août 2019 07 h 24

    Enfin!Une conscience qui en a conscience!!!

    Je veux offrir à mon C.E.G.E.P du coin,au Granit tout de même,mes
    numéros de Science-Québec et,de beaucoup plus nombreux,ceux de Science et Vie.
    Consacrer un coin-espace dans la bibliothèque et dédié précisément
    à la Vie de la Science sur Terre.L'espace V.S.T. ,...quoi!!
    Dans cet étonnant étalage-point-de-mire-scientifique,chaque numéro,
    ancien et actuel de ces revues,serait glissé dans une housse trans-
    parente pour consultation sur place ou emprunts pour la maison.
    On pourrait par ailleurs et pas ailleurs,y offrir le primordiale documen-
    taire "Une espèce à part" A-DO-RÉ par Josée Blanchette dans sa
    première chronique retour de vacance!Plus d'1,364,000 visionnements chez Youtube!!??Le voir et le revoir pour installer défi- nitivement dans son coco-ciboulot, le paradigme tant souhaité de la Pleine Conscience de "l'insignifiance" de l'Humain dans l'Univers!
    De quoi refroidir les égos-patates-chaudes!
    Et c'est alors,que la planète Terre devint un coussin de l'Univers où
    il fait bon de faire Zazen.(Pratique de la méditation issue du
    bouddhisme.)

  • Cyril Dionne - Abonné 31 août 2019 08 h 44

    « Les maths peuvent être définies comme la science dans laquelle on ne sait jamais de quoi l’on parle ni si ce que l’on dit est vrai. » Bertrand Russell

    C’est plus qu’une composante de culture scientifique qu’il nous faut, c’est une culture scientifique tout court. Nous vivons à l’ère de la 4e révolution industrielle et les changements climatiques sont à nos portes. Notre réponse, un cours philosophique sur la science. Misère.

    Ceci dit, j’aime l’approche de classer les différentes sciences, les faits scientifiques, les lois, les théories et comment on mène une expérimentation. Vous savez en sciences, c’est la question qu’on pose qui est la partie la plus difficile dans la résolution de problème. Mais si on occulte la partie des mathématiques, on évolue seulement dans le domaine la vulgarisation scientifique qui en amène plusieurs vers la science fiction.

    Les mathématiques sont maintenant partout dans notre quotidien. La page Web de M. Baillargeon que vous lisez présentement cache une série de code qui permet à celle-ci d’apparaître magiquement à votre écran. Vous ne me croyez pas, cliquez tout simplement sur le bouton droit de votre souris et ensuite sur « voir la source de la page ». Les codes html sont des algorithmes mathématiques.

    Les mathématiques sont l’extension de notre cerveau pour comprendre le monde naturel. Est-ce que les mathématiques qui régissent les lois de la nature sont indépendantes de nous ou bien c’est seulement une composante humaine afin que notre cerveau puisse comprendre le monde qui nous entoure? Ceci est la question.

    Hausser les taux de diplomation en nivelant par le bas n’est pas une bonne idée. Recruter à l’étranger non plus. Une commission Parent 2.0 pour ajouter un élément philosophique de culture scientifique, inutile. Il faut prendre le volant à deux mains et introduire des cours de mathématiques obligatoires pour l’obtention du diplôme au cégep. L’automatisation, la robotique et l’intelligence artificielle carburent aux mathématiques. L’urgence est dans la demeure à moins qu’on veule seulement former des utilisateurs de technologie au lieu de créateurs de technologie.