Bonne dette, mauvaise dette

Petite chronique sur l’hypothèque, devenue omniprésente dans l’endettement.

Les données de Statistique Canada publiées jeudi couvrent la période 1999-2016. L’agence fédérale puise ainsi dans l’Enquête sur la sécurité financière couvrant les années 1999, 2005, 2012 et 2016. Elle y retient que, dans l’intervalle, la dette hypothécaire médiane des familles canadiennes a presque doublé, pour passer de 91 900 $ à 180 000 $. On parle d’un bond de 96 %, qu’il faut toutefois mettre en relation avec un saut de 144 % du prix moyen d’une propriété résidentielle, de 225 000 $ en 1999 à 550 000 $ en 2016.

Fait à noter, la dette hypothécaire explique 84 % de la hausse de la dette totale des familles au cours de la période. La dette à la consommation, qui comprend celle sur les cartes de crédit, les marges de crédit, les comptes impayés et toutes les autres formes de dette, accapare les 16 % restants.

Autre observation : 43 % des familles canadiennes qui étaient propriétaires de leur résidence en avaient entièrement remboursé l’hypothèque en 2016. Cette proportion était de 46 % en 1999. Un relatif surplace qui, lorsque mis dans le contexte du vieillissement de la population, masque une détérioration. Sans ce phénomène démographique, l’écart aurait été plus grand. Partant de la prémisse que les familles plus âgées sont plus susceptibles d’avoir entièrement remboursé l’hypothèque sur leur résidence, et que cette cohorte compose aujourd’hui une proportion plus importante de la population, « sans le vieillissement de la population, la proportion de familles ayant remboursé leur hypothèque serait passée de 46 % en 1999 à 36 % en 2016 », calcule Statistique Canada.

Cela dit, ce creusement de l’écart n’est pas nécessairement annonciateur d’une détérioration de la santé financière des ménages. On ne peut le dissocier de la forte augmentation des prix du logement. La faiblesse des taux hypothécaires a également joué, souligne Statistique Canada. Enfin, bien que le quasi-doublement de la dette hypothécaire s’observe dans la plupart des régions, elle a été plus marquée dans les grands centres urbains, les poches de surchauffe identifiées dans les régions de Vancouver et de Toronto ayant influencé les données d’ensemble.

Profil québécois

Les données québécoises analysées par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) l’an dernier permettent de faire fi de cette distorsion. D’autant que l’état de surchauffe dans lequel se retrouve le marché du Grand Montréal ne vient pas biaiser les données de l’intervalle retenu. On y apprend qu’entre 1999 et 2016, la valeur nette des ménages québécois a connu une croissance réelle de 82 % à un peu plus de 500 000 $. « Les résidences principales ont fortement contribué à cette hausse puisque leur part de l’actif total a augmenté tandis que leur part de la dette totale a diminué. »

Vieillissement de la population

En 2016, 56 % des ménages québécois étaient propriétaires et, vieillissement aidant, 32 % détenaient une hypothèque. Leur résidence principale comptait pour 28 % de l’actif total, contre 26 % en 1999. Et lorsqu’il y avait présence d’hypothèque, celle-ci comptait pour 57 % de la dette totale, un poids en baisse de trois points de pourcentage. C’est donc dire qu’au Québec, la dette hypothécaire a augmenté moins rapidement que l’ensemble des dettes. Ou, dit autrement, si le pourcentage de ménages ayant une hypothèque sur leur résidence principale a augmenté de 3 points de pourcentage, le pourcentage de ménages ayant une dette a, lui, crû de près de 6 points.

À l’instar de l’expérience canadienne, la valeur moyenne d’une résidence principale a progressé plus rapidement que la dette sous-jacente. Cette valeur a bondi de 95 % de 1999 à 2016, soit de 150 100 $ à 293 300 $, alors que l’hypothèque moyenne a augmenté de 88 %, à 143 900 $.

On s’en doute, la progression de la valeur nette moyenne des ménages québécois a été inférieure à celle des ménages canadiens sur l’horizon retenu. Ce différentiel s’explique en partie « parce que le taux de propriétaires et la croissance du prix des résidences ont été relativement plus faibles », écrit la SCHL. Ici aussi l’élément démographique joue. « Les ménages de 65 ans et plus constituent le groupe d’âge chez qui le taux de propriétaires de résidence principale a le plus fortement diminué. Le mouvement de retour vers le marché locatif des ménages retraités s’est donc affermi entre 1999 et 2016. »

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