Comprendre et développer la pensée critique

La rentrée est souvent un moment privilégié pour prendre d’ambitieuses résolutions pédagogiques pour l’année qui s’amorce. Je vous en propose une : accorder une grande attention à la pensée critique. Penser de manière critique est sans doute une finalité depuis toujours consensuelle en éducation (pensez à la fameuse tête bien faite dont parlait déjà Montaigne…), une finalité dont l’importance, à l’heure des fake news, du dénialisme et des légendes urbaines, sera sans doute admise par chacun comme d’une cruciale importance.

Pourtant, hélas, les résultats obtenus, quand on les mesure, ne sont pas toujours à la hauteur de ce noble et important but. Comment s’y prendre pour faire mieux ?

J’y viens. Mais avant tout, voici une petite énigme. Vous avez 15 minutes.

Un patient a une tumeur maligne dans l’estomac. Une forte concentration d’un certain rayon atteignant directement celle-ci pourrait le sauver. Malheureusement, une telle intensité détruirait au passage des organes vitaux. Comment faire pour le guérir ?

Une définition

Qu’est-ce donc que la pensée critique ?

En un trop bref mot, c’est une faculté cognitive de hautniveau, présente notamment chez les experts, et qui se manifeste par la capacité à évaluer des arguments et à correctement tirer les conséquences qui s’ensuivent de ce qui nous est présenté. J’ai pour ma part toujours beaucoup aimé le mot du philosophe Harvey Siegel qui la donne pour cette capacité, pour cette propension à « réagir comme il convient à de bons arguments ».

Restons-en là. La recherche montre cependant clairement qu’il s’agit d’une capacité interne à un domaine de connaissance et qui lui est propre, d’une faculté qui exige donc pour se déployer des connaissances (beaucoup…) acquises dans ce domaine.

Une habileté interne à un domaine de savoir

La première leçon à en tirer est qu’il faut résister à la tentation de concevoir la pensée critique comme une habiletégénérique (une compétence transversale…) qui, une fois acquise, pourrait ensuite s’exercer partout — un peu comme la capacité de faire du vélo.

Rien d’étonnant, ici, et tout cela converge avec ce que nous savons de l’importance des savoirs (d’abord inflexibles, comme je l’ai expliqué en ces pages) et du fonctionnement de la mémoire de travail et du chunking, ou « mémorisation par bloc ».

Une autre leçon importante que nous apprennent les sciences cognitives, et qui est liée à la précédente, est que nous tendons d’abord à percevoir les questions, les problèmes, les enjeux, à partir de leur structure superficielle, concrète et que nous avons besoin de temps et de connaissances pour accéder à leur structure profonde, celle par laquelle la pensée critique se déploie.

Un enseignement disciplinaire de la pensée critique

Ce qui s’ensuit est l’importance vitale d’enseigner la pensée critique au sein même des disciplines. Cela demande, bien entendu, pour les enseignantes et les enseignants et pour les personnes qui conçoivent les programmes, de se demander quelles habiletés on veut travailler, quels savoirs sont nécessaires pour les développer et à quel moment et comment il convient de les présenter.

Un exemple de ce qu’on peut déjà faire ? Il peut être pertinent de prendre le temps de faire remarquer aux élèves, une fois un savoir acquis, comment on aurait pu les tromper à ce sujet. En mathématiques, on montrera comment on peut tricher en trafiquant l’axe des X ; en comptabilité, comment on peut tromper sur tel aspect d’états financiers ; en histoire, comment on construit une théorie de la conspiration. Et ainsi de suite.

Je m’en voudrais de ne pas rappeler un autre aspect de la pensée critique souvent négligé mais crucial, surtout aujourd’hui avec les réseaux sociaux et les moeurs qu’on y constate, hélas.

Il s’agit de cette volonté d’écouter autrui, de prendre le temps de considérer ses arguments sans l’insulter et sans présumer qu’il est forcément dans l’erreur ou qu’il est un monstre, en considérant que notre interlocuteur a peut-être aperçu quelque chose qui nous a échappé et qui, pourquoi pas, pourrait enrichir notre position, voire la modifier. On désigne tout cela comme des vertus épistémiques et les salles de classe, entre autres celles de la philosophie pour enfants, sont de précieux endroits pour les cultiver.

Voici, pour teminer, une autre énigme. Un tyran s’est réfugié avec ses partisans dans une forteresse à laquelle de nombreuses routes conduisent. Le général de l’armée qui veut le déchoir sait que son armée, si elle l’attaquait tout entière d’un coup, pourrait le vaincre. Hélas, toutes les routes ont été minées par le tyran et une armée tout entière ne peut passer par l’une ou l’autre. Comment faire ?

Facile, non ?

Vous avez deviné. Cette énigme a la même structure profonde que la première, laquelle était occultée par ces tumeurs, rayons, patient, organes vitaux…

Trucs, astuces et perles

Cette année encore, je proposerai ici trucs et astuces d’enseignants, ainsi que des perles que vous m’enverrez. Ne vous gênez surtout pas ! (baillargeon.normand@uqam.ca)

La perle de la semaine. « Kant a inventé l’apéritif (pour l’impératif) catégorique ». (Bref : l’éthique de Kant ? Fais ce que bois !)

Truc et astuce. Une enseignante me dit : Je commence souvent une leçon en racontant une courte histoire (avec personnage et tout…) en lien avec ce dont je vais parler : rien de tel pour attirer l’attention des élèves.

Une lecture. Bien plus élaborée que ce que j’ai pu dire ici : How to Teach Critical Thinking, Daniel T. Willingham.

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42 commentaires
  • Daniel Francoeur - Abonné 10 août 2019 00 h 50

    Comprendre la pensée critique: vraiment?

    J’ai bien aimé votre survol académique de la pensée critique et si je vous ai bien compris il s’agit d’un domaine de spécialistes, épistémologiquement pointu, enrichi nullement acquis, et de dispositions structurelles. Pourtant, bien qu’intéressant, votre survol ne fait nullement mention du positionnement ontologique de l’acteur. Or, comme vous le savez probablement déjà, le positionnement ontologique définit la façon de percevoir la réalité. Ce qui m’amène à affirmer que les fondements ontologique et épistémologique sont inter relié. Question d’exercer votre pensée critique, je vous pose cette colle, à laquelle Merleau-Ponty a consacré certains de ses travaux : qu’est-ce que la perception? Est-elle apprise, acquise et scientifiquement réductible? Vous le constatez déjà, la pensée critique ne peut se réduire à quelques définitions, aussi scientifiques soient-elles. La capacité à remettre en question les grands et les petits récits, comme les appelle Lyotard, pose problème, ainsi pourquoi Einstein a-t-il remis en question la physique newtonienne? Pourquoi, des personnes instruites et lucides acceptent-elles la pensée unique comme seule façon de penser? Quelle place donnez-vous à l’intuition et au gros bon sens lors de l’exercice de pensée critique? Et, question de vous aider dans votre quête, je vous précise que votre positionnement ontologique aura un effet déterminant sur vos réponses.

    Merci à vous d’avoir abordé ce sujet complexe !

    • Jean Lacoursière - Abonné 10 août 2019 07 h 06

      Au sujet d'Einstein, il s'est attaqué à la contradiction fondamentale entre la mécanique classique (aucun référentiel n'est absolument immobile) et l'électromagnétisme (il existe un éther absolument immobile qui vibre au passage de la lumière). Étienne Klein est l'un des meilleurs pour expliquer le génie de la pensée critique d'Einstein :

      https://etienneklein.fr/quest-ce-que-la-relativite-restreinte/

      En ce qui concerne la pensée critique, ou rationnelle, les travaux de keith Stanovich sont parmi les plus intéressants et apporteront peut-être des réponses à vos questions : [je ne sais pas si ses livres sont traduits]

      http://www.keithstanovich.com/Site/Research_on_Rea

      https://yalebooks.yale.edu/book/9780300164626/what-intelligence-tests-miss

    • Jean Lacoursière - Abonné 10 août 2019 09 h 51

      CORRECTION : plus haut, je voulais dire « il existeRAIT un éther... ». Einstein a montré que la lumière se propageait dans le vide.

    • Jacques de Guise - Abonné 10 août 2019 11 h 23

      À M. D. Francoeur,

      Vous avez bien perçu que M. Baillargeon maintient toujours son positionnement anti-constructiviste et que ses propos reposent toujours sur une position d’extériorité à l’apprenant. Ce sont les programmes, les objectifs, les buts, les finalités, etc., qui l’intéressent et qui orientent ses propos, il continue implicitement à promouvoir une tête bien pleine plutôt qu’une tête bien faite. Pour reprendre ce que vous dites si justement, il écarte d’emblée le positionnement ontologique de l’acteur. Dommage!!

      C’est ce qui me fait dire que nombre de disciplines, notamment la philosophie de l’éducation, ne sont pas sensibles au caractère performatif ou constructif du langage et de la pensée. Le déjà-là, qui a déjà formé l’apprenant et dont l’identité épistémique est déjà façonnée par son bagage expérientiel acquis et subi est écarté d’emblée, alors que c’est avec ça que l’apprenant va saisir toutes les nouvelles réalités avec lesquelles on veut lui farcir la tête. Il ignore carrément le déjà-là de l’apprenant qui lui permet de réfléchir et d’agir dans tous les registres de la vie.

      Avant de pouvoir se gargariser de pensée critique, nombre de savoirs scolaires devraient faire leur propre examen de conscience et se justifier au titre de ressources pour agir dans la vie et non pas simplement se justifier par l'existence du prochain niveau. Les savoirs décontextualisés sont une véritable plaie, ils constituent des obstacles cognitifs qui nuisent. Pour qu’une expérience scolaire puisse constituer une expérience acquise mobilisable dans de nouvelles situations, le vécu scolaire de l’apprenant avec ce qu’il est doit trouver sa place, car il est essentiel pour acquérir la capacité à interpréter de nouvelles expériences vécues. C’est ainsi que l’apprenant peut s’approprier de nouveaux schémas et de nouvelles modalités à eux-mêmes et d’insertion dans la collectivité. Ce que les anti-constructivistes continuent de nier et refusent d'intégrer à leur pratiqu

    • André Labelle - Abonné 10 août 2019 12 h 22

      «Pourquoi, des personnes instruites et lucides acceptent-elles la pensée unique comme seule façon de penser?» demandez-vous. Je n'ai évidemment pas de réponse mais Gaston Bachelard a écrit :«Il vient un temps où l’esprit aime mieux ce qui confirme son savoir que ce qui le contredit. Alors l’instinct conservatif domine, la croissance spirituelle s’arrête. » Ma mère que j'admire et qui avait à peine terminé sa troisième du primaire m'a dit un jour parlant de l'opinion farfelue d'une pédiatre au sujet de la pousse des dents chez les bébés : «Une chance qu'elle est instruite sinon mon dieu qu'elle serait niaiseuse ...!»

      «Quelle place donnez-vous à l’intuition et au gros bon sens lors de l’exercice de pensée critique?» Je crois qu'on ne devrait pas mettre ensemble intuition et gros bon sens. Des pommes et des citrons. L'intuition garde encore tous ses mystères. Pour plusieurs elle obéit à ses propres règles, à sa propre mécanique. C'est comme l'effet placebo : souvent évoqué mais pas encore complètement compris. Par contre je suis persuadé que M. Baillargeon en aurait long à dire sur le "gros bon sens".

    • Jean Lacoursière - Abonné 10 août 2019 15 h 34

      @ Jacques de Guise :

      Vous écrivez : « Avant de pouvoir se gargariser de pensée critique, nombre de savoirs scolaires devraient faire leur propre examen de conscience et se justifier au titre de ressources pour agir dans la vie et non pas simplement se justifier par l'existence du prochain niveau. Les savoirs décontextualisés sont une véritable plaie. »

      Afin de nous éclairer, pourriez-vous svp contextualiser le savoir suivant (par exemple), dans le sens de « à quoi ça sert dans vie çà monsieur », dixit un étudiant de 2e secondaire :

      (x*x -1) = (x +1)(x - 1)

      Et que répondez-vous à l'étudiant qui ne veut pas mémoriser des faits historiques en vous demandant à quoi ça sert dans la vie de savoir çà ?

    • Jean-Henry Noël - Abonné 10 août 2019 16 h 15

      L'on se forme la tête en apprenant, particulièrement des livres. À un certain âge, il ne faut lire que pour acquérir un supplément de connaissances. Car, l'heure est venue, alors qu'on a fait une certaine synthèse de la connaissance, de régurgiter à sa manière ce qu'on a appris et biien assimilé. Tout a été dit et redit. Il y a certes moyen de le rendre une nouvelle fois, en ajoutant du neuf. Ceci est donné à peu de gens.

  • Nadia Alexan - Abonnée 10 août 2019 03 h 34

    «Triste époque que celle où il est plus difficile de briser un préjugé qu’un atome». Albert Einstein

    Malheureusement, la pensée critique n'est pas valorisée de nos jours. C'est plutôt les idées reçues ou les idées à la mode que l'on favorise. Par exemple, les gents qui refusent l'éducation sexuelle à l'école, ou s'opposent à la laïcité de l'état et de ses institutions sont ancrées dans leur position réactionnaire en rejetant la pensée critique.
    En effet, «Il s’agit de cette volonté d’écouter autrui, de prendre le temps de considérer ses arguments sans l’insulter et sans présumer qu’il est forcément dans l’erreur ou qu’il est un monstre, en considérant que notre interlocuteur a peut-être aperçu quelque chose qui nous a échappé et qui pourquoi pas, pourrait enrichir notre position, voire la modifier.»
    C'est Albert Einstein qui disait: «La définition de la folie, c'est de refaire toujours la même chose, et d'attendre des résultats différents».

    • Jean Duchesneau - Abonné 10 août 2019 11 h 56

      Lorsqu’il s’agit de vérités révélées, par définition, aucune critique n’est tolérée.

    • Claude Bernard - Abonné 10 août 2019 16 h 15

      @Mme Alexan
      Je me demande parfois si la laïcité n'est pas une idée à la mode autant que le multiculturalisme ou leur contraire.
      L'usage des citations n'est-il pas un hommage que l'ignorance rend à la connaissance?

      @ M Duchesneau
      Nous défendons avec obstination et entêtement nos opinions comme si elles étaient des «vérités révélées», ne croyez-vous pas?

    • André Labelle - Abonné 10 août 2019 16 h 43

      M. Bernard,
      J'aime les citations car « La sagesse des sages et l’expérience des âges sont perpétuées par les citations. »
      [Benjamin Disraeli].

      Toutefois, il faut être prudent car comme le disait Paul Morand, «Les citations sont les béquilles des écrivains infirmes.»

      M. Duchesneau, vous avez raison mais ce que vous affirmez est une attitude que nous devrions craindre et la pensée critique nous permet justement de se prémunir de ce vilain défaut.

      «C'est la marque d'un esprit cultivé qu'être capable de nourrir une pensée sans la cautionner pour autant.»
      [Aristote]

    • Jean Duchesneau - Abonné 10 août 2019 17 h 37

      @ M. Bernard
      Je ne crois pas qu’on puisse généraliser comme vous le faites. Par ailleurs, le prêt à penser est trèsà la mode dans ce monde aux enjeux de plus en plus complexes. La multiciplicité des sources d’information dont un grand nombre sont peu fiables fait en sorte que les gens ne savent plus sur qui ou quoi qui se fier alors, pas facile de faire preuve d’esprit critique!

      La rhétorique castastrophiste relative aux changements climatiques qui utilise « sainte Greta » au ton messianique m’agace énormément. S’ajoute le climat de rectitude politique d’une certaine gauche qui effectivement prend son idéologie anti-capitaliste et anti-raciste comme vérité révélée qui n’offre aucune ouverture à la moindre critique.

      En ce qui me concerne, je l’ai écrit plus loin, j’adhère à la pensée d’Edgar Morin et sa thèse de la pensée complexe, car un domaine disciplinaire ne se suffit plus à lui-même même dans les sciences dites dures.

    • Claude Bernard - Abonné 10 août 2019 21 h 38

      @ M Duchesneau
      Oui, comme vous dites; je faisais exception pour vos idées naturellement; et celles d'Edgar Morin.
      Généraliser sans études approfondies n'est-il pas la marque d'un esprit hors de son domaine de spécialisation comme l'écrit M Baillargeon?
      C'est-à-dire une vue superficielle du sujet en question.
      Tout de même, ma remarque s'applique à la majorité, je crois, de ceux qui commentent ici..

    • Claude Coulombe - Abonné 11 août 2019 13 h 39

      @ Jean Duchesneau - « La rhétorique castastrophiste relative aux changements climatiques qui utilise « sainte Greta » au ton messianique m’agace énormément. » La critique est le sel de la science mais s'en prendre au messager (« argumentum ad personam ») est une manoeuvre déloyale. Attachez vous plutôt aux faits (« argumentum ad rem »). Sur ce terrain la science prouve ce que la jeune Greta Thunberg avance! Que cela vous agace, j'en suis fort aise, mais cela ne remet aucunement en cause le fond du problème.
      Scientifiquement vôtre!
      Claude Coulombe

  • Michel Laforge - Abonné 10 août 2019 07 h 14

    Le cobalt*

    Un seul rayon de faible intensité ne détruira pas les organes vitaux mais n’aura aucune influence sur le cancer. Focaliser plusieurs rayons de faible intensité sur la zone cancéreuse est alors la solution.

    • Claude Coulombe - Abonné 10 août 2019 13 h 22

      @Michel Laforge Astucieux en effet! Attaquer avec de faibles effectifs par plusieurs chemins en même temps serait la solution analogue pour la forteresse.

  • Cyril Dionne - Abonné 10 août 2019 07 h 47

    La réponse c’est 4 mais le comment est toujours le plus important

    C’est toujours un plaisir de renouer avec M. Baillargeon.

    La pensée critique est en fait ce qui a le plus important dans l’enseignement. Pouvoir la maîtriser se révèle d’un art aujourd’hui, surtout chez les jeunes apprenants. Faire un sens de son monde et comprendre pourquoi tout en y apportant des améliorations basées sur une conjecture pratico-pratique.

    Ceci dit, peut-être hier qu’on ne pouvait pas concevoir la pensée critique comme une habileté générique, mais aujourd’hui, nous avons toutes les connaissances du monde à notre portée avec un clic de souris. L’intelligence est toujours cette faculté d’apprendre plus vite que les autres. Au delà de la structure superficielle, on retrouve la structure profonde pour qui sait la trouver. Aujourd’hui, on peut le faire très rapidement avec la technologie et un esprit vif.

    Il n’y a pas de trompe-l’œil en mathématiques ou en sciences, mais dans les autres domaines, oui. Bien sûr que l’écoute active est primordiale même pour l’enseignant. Les meilleurs pédagogues sont ceux qui apprennent de leurs élèves. Enfin, pouvoir cerner un problème difficile implique la conceptualisation de celui-ci, l’analyse de ses fondements, la synthétisation des réponses possibles avec des paramètres d’évaluation éprouvés. On y arrive à solutionner le problème par l’observation, l’expérience, la réflexion, le raisonnement tout en communiquant notre réponse, le tout, dans un cadre basé sur des valeurs intrinsèques et par l’action directe sur notre environnement.

    Il n’y a rien d’absolu et tous les arguments ne sont pas égaux. En fait, la pensée critique implique apprendre à apprendre à penser hors du contexte rigide ou apprendre à penser à l’extérieur de la boîte. Ne jamais sous-évaluer la créativité dans la résolution de problème. La simplification du problème est la chose la plus difficile à faire.

    Pour finir, combien triangles équilatéraux peut-on former avec seulement 6 pailles de même longueur qu’on ne peut pas plier ou couper?

    • Jean-Henry Noël - Abonné 10 août 2019 10 h 14

      En effet, M. Dionne, «tous les arguments ne sont pas égaux» parce que nous ne sommes pas égaux. L'égalité, dans le domaine de la pensée, est impossible. Nous disposons de gènes particuliers, non égaux.C'est à cause de cette inégalité qu'il est vain (souvent) de discuter.

    • André Labelle - Abonné 10 août 2019 11 h 44

      Pourtant j'ai connu des pêrsonnes qui pensaient plus vite et d'autres plus "profondément". Les premières y arrivaient rapidement, les secondes allaient plus loin. Alors qui étaient intelligents ?

      Vous semblez donc définir, en affirmant à priori que « L’intelligence est toujours cette faculté d’apprendre plus vite que les autres.» et universellement en plus par l'utilisation de »TOUJOURS» l'intelligence à votre façon. Où est votre esprit critique ?

      « Un rat blanc à son congénère : J'ai tellement bien dressé mon psychologue que, chaque fois que je sonne, il m'apporte quelque chose à manger. »
      [David Mercier]

    • Jean-Yves Arès - Abonné 10 août 2019 13 h 09

      Hé hé...

      "combien triangles équilatéraux peut-on former avec seulement 6 pailles de même longueur qu’on ne peut pas plier ou couper"

      Pour trouver la réponse il faut sortir des deux dimensions habituel d'un plan papier. Soit de sortir de la boîte pour mieux faire le tour du sujet.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 10 août 2019 13 h 20

      "Nous disposons de gènes particuliers, non égaux"

      J'ai bien de la misère avec votre énoncé M. Noël, a savoir que les arguments ne seraient pas tous égaux pour cause que les gènes des individus ne sont pas égaux. Ainsi les bons arguments se trouveraient que chez les bons individus (aux meilleurs gènes)...

      L'habilité du cerveau c'est surtout c'est surtout quelque chose qui se construit, et surtout pas juste a l'école !

    • Claude Coulombe - Abonné 10 août 2019 13 h 40

      @Jean-Yves Arès En effet, penser en dehors du cadre ou se dire que des triangles équilatéraux ne sont pas nécessairement égaux (identiques) comme dans une croix de David. On s'impose souvent des contraintes inutiles.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 10 août 2019 16 h 19

      En parlant de génétique, je veux dire tout simplement: a) l'intelligence est innée; b) la connaissance est acquise.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 10 août 2019 17 h 55

      M. Coulombe. 1) entre deux points, on ne peut tracer qu'une seule et même droite. 2) entre deux points, on peut tracer une infinité de droites. Il n'est pas nécessaire de choisir si vous connaissez les raisonnements qui précèdent ces deux affirmations.

    • Cyril Dionne - Abonné 10 août 2019 20 h 53

      @ André Labelle

      Évidemment, vous n’avez jamais enseigné dans une salle de classe et vous comprendriez que l’intelligence est toujours cette faculté d’apprendre plus vite que les autres chez les élèves. Ici, il ne faut pas confondre un apprentissage qui a été acquis mais non verbalisé de façon à communiquer une réponse pour vérification. Ceux qui apprennent plus profondément, ils ont sauté des étapes et donc logiquement, ils apprennent plus vite que les autres.

      Pour l’argument « où votre esprit critique », je pensais être assez limpide avec le « Il n’y a rien d’absolu et tous les arguments ne sont pas égaux ».

      @ Jean-Yves Arès

      Oui, il faut sortir des deux dimensions et penser en trois dimensions. C’est une énigme que je donnais aux enfants de 9 à 10 ans dans une école publique à la fin de la session sur la géométrie. Après avoir défini le triangle équilatéral où les 3 côtés sont égaux et que les angles intérieurs mesurent 60 degrés, on entamait la section des solides avec les pyramides à base carrées et triangulaires (tétraèdre). Quelques semaines plus tard, après leur évaluation en géométrie, je revenais sur le sujet en leur présentant le problème d’une façon différente pour vérifier les acquis. Il y en avait toujours plusieurs futés, qui apprenaient plus vite que les autres en plus de posséder une intelligence visuelle, qui solutionnaient le problème. Les élèves avec une dominante kinesthésique, faisaient aussi très bien sur le sujet. Évidemment, la reponse recherchée était la pyramide à base triangulaire (4 côtés, 6 arêtes et 4 sommets).

      @ Claude Coulombe

      Bravo et excellente déduction avec la croix de David ou le double triangle.

  • Jean Duchesneau - Abonné 10 août 2019 09 h 27

    « Une habileté interne à un domaine de savoir« ?

    Vous le dites sans le dire (par vos petites énigmes) M. Baillangeon, de nos jours , c’est moins une habileté interne à un domaine qu’une habileté à « croiser » des domaines différents. C’est la thèse d’Edgard Morin (Introduction àla pensée complexe) qui affirme qu’il a véritablement compris son domaine, la sociologie, après avoir étudié la biologie. Les disciplines refermées sur elles-mêmes peuvent mener à des aberrations alors qu’une analyse critique en domaines croisés, souvent par analogie, aide à faire progresser une science. Les universités encourragent d’ailleurs des etudiants diplômés dans une discipline à faire leur maîtrise dans un autre domaine.

    Parlant d’analogie, il serait intéressant que dans une prochaine chronique, vous discutiez du recours à l’analogie comme stratégie pédagogique et de ses éceuils.

    • Michel Petiteau - Abonné 10 août 2019 13 h 46

      Remarques pertinentes, exprimées avec élégance, M. Duchesneau.
      "Les disciplines refermées sur elles-mêmes peuvent mener à des aberrations alors qu’une analyse critique en domaines croisés, souvent par analogie, aide à faire progresser une science."
      À partir de la philosophie, mère de toutes les sciences, combien de sciences ont été créées? Probablement des centaines.
      Croiser des domaines différents requiert une connaissance approfondie de chacun de ces domaines. À l'époque de Diderot et de d'Alembert, il était permis de penser qu'un homme, ou une femme - je pense à Émilie du Châtelet - puisse trouver dans l'Encyclopédie le recensement de tout le savoir humain.
      Mais aujourd'hui? Dans le domaine du savoir et de l'analyse, l'être humain est totalement déclassé par les algorithmes.
      J'aime bien votre idée de suggérer le recours à l'analogie. Elle m'a immédiatement fait penser à l'analogie de la ligne. "Cette analogie de Platon ... introduit à l'allégorie de la caverne." (Wikipédia)
      Décidément ce Platon tient bien la route. Je ne peux m'empêcher de raporter cette anecdote: un jour, je demande à ma fille - peut-être avait-elle 3 ans - si, pour dessert, elle préférait une poire ou une pomme. Moment d'hésitation de sa part, puis la réponse: les deux.
      C'est plus tard que j'ai découvert que Platon avait fait, à propos des enfants, une observation analogue. Cela me l'avait rendu sympathique. Disciple de Socrate, il savait aussi reconnaître la sagesse chez un enfant.

    • Claude Bernard - Abonné 11 août 2019 10 h 12

      @ M Duchesneau

      Merci de nous présenter la pensée d'Edgar Morin.
      De nos jour, les sciences à double expertise se multiplient; tel que la biophysique, l'astronomie quantique, la biosociologie etc...
      N'est-ce pas là lui donner raison.

    • Jean Duchesneau - Abonné 11 août 2019 11 h 38

      Merci pour vos commentaires Messieurs Petiteau et Bernard,

      Les expertises multiples ne sont pas sans lien avec l’idée d’analogie ou de méthaphore. J’ai fait mon mémoire de maîtrise sur les Modèles mentaux qui sont des représentations mentales d’objets technologiques. Ainsi, on s’expliquera le courant électrique (notions abstraites de voltage et d’ampérage) par analogie au boyau d’arrosage. Quel que soit le concept, les gens s’en font une image mentale souvent par analogie, proposée par quelqu’un ou s’en fabriquent une. En éducation il est de prime importance, avant d’aborder un concept, de vérifier les représentations mentales des apprenants, car plusieurs utilisent des analogies qui Comportent des erreurs de conception. L’analogie sert aussi d’outil d’analyse critique. J’ai particuliérement apprécié cette métaphore qu’a utilisé Bernard Landry à propos de la survie du peuple québécois. De nos jours, dit-il, nous sommes sensibilisés à la sauvegarde de l’environnement. Pourquoi n’aurions-nous pas la même sensibilité pour l’écologie des peuples?

    • Michel Petiteau - Abonné 11 août 2019 16 h 25

      Je reprends du service suite au dernier commentaire de M. Duchesneau, que je remercie, pour évoquer Nikola Tesla, ce génie qui non seulement possédait une exceptionnelle capacité de visualisation - il avait dans sa tête les images de ce qu'il était en train de créer - mais il était capable de se représenter visuellement le fonctionnement d'une machine. Mentalement il l'observait, il "voyait" où le métal s'usait par frottement, mentalement il repérait les défauts de conception, mentalement il corrigeait le design. Tant et si bien que, une fois construites, ses machines fonctionnaient de manière impeccable, du premier coup. Nombre de ses brevets, des centaines, n'ont pas encore été totalement exploités. Enfin, pas officiellement.
      La conception des génératrices de la toute première centrale électrique fournissant du courant alternatif en Amérique, sur la rivière Niagara, c'est lui; la tour Wardenclyffe, c'est lui; lui encore qui a inventé la télécommande, et la radio (non, ce n'est pas Marconi). Le tesla, c'est, dans le Système international, "l'unité dérivée d'induction électromagnétique" (Wikipédia)
      Le film "Nikola Tesla Movie" (https://www.youtube.com/watch?v=WzUaxNhKlTo) met en scène Orson Welles dans le rôle de J. P. Morgan, celui qui, entre Edison et Tesla, choisit Tesla.
      Tesla, c'est aussi, et c'est contemporain, le nom d'une des compagnies fondées par Elon Musk. Une voiture Tesla orbite la planète Mars. Quand le président d'un géant américain de l'automobile a entendu parler d'un hurluberlu qui se lançait dans la production de voitures électriques, il a demandé à ses vice-présidents, présumément non dépourvus de pensée critique, s'il y avait lieu de s'inquiéter. Non non, rien à craindre.