Une guerre commerciale coûteuse

Ils sont nombreux à douter que Donald Trump mette sa nouvelle menace à exécution. Comme ils étaient tout aussi nombreux à ne pas croire que le président américain jouerait la carte d’un élargissement des sanctions à l’ensemble des importations chinoises.

Les mises en garde étaient pourtant multiples. Les incertitudes créées par ce long conflit avec la Chine finiront par éroder la confiance des ménages, devenus en définitive le seul moteur alimentant la croissance de l’économie américaine. D’autant que cette économie, qui avait été largement stimulée en 2018 par la baisse des impôts décidée par Donald Trump, ralentit à mesure que les effets de cet assouplissement s’estompent. Tour à tour, les FMI, Banque mondiale et OCDE ont abaissé leurs prévisions de croissance mondiale pour 2019 et 2020. Pour les États-Unis, le FMI tablait déjà sur une ponction de 0,2 point au PIB venant de l’attaque précédente, sous forme de droits de douane supplémentaires de 25 % sur 250 milliards d’importations chinoises et d’une réplique touchant 60 milliards de dollars de biens américains entrant en Chine.

La firme d’études britannique Oxford Economics chiffrait pour sa part à 0,3 point de pourcentage l’impact sur le PIB américain en 2020 et à 0,8 point celui sur le PIB chinois. Elle estimait également que les surtaxes imposées coûtaient 490 $ US par année aux foyers américains. L’organisation Trade Partnership avançait, pour sa part, des dépenses annuelles de 767 $ US additionnelles pour une famille de quatre personnes. Si le gouvernement Trump imposait 10 % de tarifs douaniers supplémentaires sur quelque 300 milliards de dollars de biens chinois épargnés jusque-là, il en coûterait 0,1 point de pourcentage à la croissance américaine et 200 $ US de plus par ménage en 2020. Cela, sur une progression du PIB américain attendu à 1,9 % l’an prochain.

On ne calcule pas la perte de pouvoir d’achat découlant de l’imposition d’un tarif punitif sur le bois d’oeuvre, l’acier et l’aluminium. Et l’on sous-estime peut-être la portée réelle de la nouvelle menace de M. Trump, si elle venait à exécution le 1er septembre. Car les précédents droits de douane dans la guerre commerciale sino-américaine avaient peu affecté les consommateurs, qui ont également bénéficié d’un allégement fiscal. Il en ira bien autrement avec ceux annoncés jeudi. « Cela touche les consommateurs directement », a estimé la Fédération américaine du jouet. « Il s’agit de produits finis, pas de matériau brut », peut-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse. Sèche-cheveux, chaussures, téléviseurs, vêtements, appareils électroniques grand public seront touchés, pas seulement les électroménagers, illustre-t-on.

« Nous soutenons l’objectif du gouvernement de restructurer la relation commerciale entre les États-Unis et la Chine. Mais nous sommes déçus qu’il s’appuie sur une stratégie erronée de taxes douanières », commente la Fédération nationale de la vente au détail. « Ces droits de douane supplémentaires ne feront que menacer les emplois américains et augmenter le coût de biens de consommation courante pour les familles américaines ». Le lobby des groupes d’électronique américain CTA ajoute : « Les droits de douane sont des taxes payées par les consommateurs américains, pas par le gouvernement chinois. »

Il existe très peu de points positifs à ce type d’actions. Certains vont évoquer le phénomène de substitution, les produits non touchés devenant plus compétitifs. Mais cette réponse a un corollaire, celui des risques de dumping. En contrepartie, dans la liste des désavantages, on retrouve la perte de pouvoir d’achat, le ralentissement économique, local et mondial, et l’impact sur les investissements des entreprises. Avec, à la clé, un risque accru de récession l’an prochain, soulevé par les grandes banques d’affaires américaines, selon l’ampleur et la durée que prendra cette guerre commerciale.

L’an dernier, les hauts cris venaient des fabricants et des industriels, qui se posaient en victimes collatérales des tarifs douaniers sur les importations d’acier et d’aluminium. D’autres grincements venaient des imprimeurs, des éditeurs et de la presse américaine, qui peinaient à absorber le choc des tarifs douaniers sur le papier canadien importé. Pour leur part, les agriculteurs commençaient à ressentir pleinement l’impact de la riposte sur le prix des matières premières, l’aide financière de Washington ne parvenant pas à remplacer la perte de marché.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

3 commentaires
  • Robert Marcotte - Abonné 3 août 2019 07 h 04

    Des exemples concrets svp

    J'apprécie lire sur ce sujet, merci. Mais j'avoue, mal comprendre l'incidence de ces hausses tarifaires de douanes (peu élevées, me semble-t-il) sur les consommateurs et surtout sur les emplois. Aussi des exemples concrets m'aideraient certainement à mieux comprendre.

  • Cyril Dionne - Abonné 3 août 2019 09 h 26

    La fin du monde par la mondialisation


    « Les droits de douane sont des taxes payées par les consommateurs américains, pas par le gouvernement chinois. »

    Oui, peut-être, mais cela favorisera les industries à se localiser aux États-Unis pour produire là-bas ce qu’ils vendent aux Américains. Les consommateurs commenceront à regarder ailleurs et avec des campagnes de sensibilisation, achèteront des produits « made in the USA ». Idem pour les autres pays. La Chine aspire à devenir une dictature mondiale sans envahir aucun pays. Elle le fait par le biais de son économie et des produits qu’elle vend à rabais puisqu’elle a un milliards d’esclaves/travailleurs sous sa tutelle. Son président s’est nommé dictateur à vie récemment et espionne tous ses citoyens.

    Et c’est surprenant cette réponse venant d’un journaliste du Devoir. C’est cette mondialisation effrénée qui est la cause de tous les maux qui sévissent partout sur la planète. On parle du 1% et de la concentration de la richesse dans seulement quelques mains et on sourit aux accords de libre-échange qui est son principal mécanisme. On parle de l’environnement et la mondialisation est le catalyseur de la production de GES, de la pollution atmosphérique, du réchauffement planétaire et de la destruction des écosystèmes marins et terrestres.

    Il y a aura une période d’adaptation, mais au bout du tunnel, c’est nous qui seront gagnant avec ces tarifs imposés sur les produits étrangers. Présentement, dans cette mondialisation, les esclaves des autres pays fabriquent des produits pour les désaffranchis des pays développés. La précarité et la fragilité de nos démocraties, qui puise leur essence dans la souveraineté populaire ou populisme, sont bousculées par cette mondialisation des multinationales sans âme et frontières. Alors, nous disons non à cette mondialisation non voulue et son bâtard, le libre-échange.

  • Gilles Bonin - Abonné 3 août 2019 10 h 29

    Et comme on disait dans

    Le Déclin de l'Empire américain, en pastichant: Pourquoi la Chine va gagner? Le nombre, le nombre, le nombre.