L’Acadie amie

Un ami lecteur acadien, qui connaît mon intérêt pour sa patrie, m’envoie parfois des articles de presse traitant de l’actualité de son coin de pays. J’ai ainsi appris, grâce à lui, que le débat concernant la nature génocidaire de la déportation de 1755 vient d’être relancé.

Au début du mois de juin, les médias québécois ont beaucoup parlé de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, laquelle évoquait le concept de génocide pour qualifier le traitement réservé aux Premières Nations du Canada. Sans trancher le débat sur le fond, on peut au moins se réjouir de l’intérêt médiatique qu’il suscite.

Force est de constater, toutefois, que le débat acadien, lui, est passé sous le radar. Sans l’intervention de l’ami lecteur, je n’en aurais rien su, tout comme je n’aurais pas été mis au courant de la parution de Québec Acadie. Fini le niaisage !(Les Éditions de la Francophonie, 2019, 144 pages), un essai du journaliste et patriote acadien Jean-Marie Nadeau, qui plaide pour un rapprochement entre les deux peuples francophones d’Amérique.

Indifférence et ressentiment

« L’indifférence et l’ignorance profondes que le Québec entretient à l’égard de l’Acadie sont notre pire calamité existentielle, écrit Nadeau. Comme on l’a dit bien souvent auparavant, l’Acadie est sur les barricades de la résistance et de la résilience devant l’assimilation galopante du français en Amérique du Nord. Le Québec a besoin d’une Acadie forte, et pour ce faire, le Québec doit s’y intéresser, mieux, il doit nous soutenir et nous encourager. »

De son côté, continue Nadeau, « l’Acadie doit absolument se débarrasser de son “Québec bashing” et de ses ressentiments par rapport à la société québécoise », une triste attitude créée en bonne partie par la hargne de Trudeau père envers les indépendantistes dans les années 1970, précise l’essayiste.

Pour assurer l’avenir de l’Amérique française, les francophones habitant ce territoire doivent être des alliés. Favorable aux aspirations autonomistes des peuples, Nadeau a appuyé le projet indépendantiste québécois et la création d’une province acadienne. Aujourd’hui, devant le recul de ces options, il se rabat sur l’idée d’une fédération asymétrique, telle qu’imaginée par Joe Clark il y a plus de 40 ans, tout en condamnant sans ménagement la rigidité de la Constitution canadienne.

Il faudrait penser à créer à Ottawa un caucus acadiano-québécois, tous partis confondus, députés et sénateurs inclus. Ca caucus pourrait le plus souvent possible mettre de l’avant des projets assurant une plus grande pérennité pour nos deux peuples en français. En fait, au lieu d’échafauder des arrangements à la cachette comme dans le temps de la Patente, on pourrait procéder de façon plus transparente.

Le livre de Nadeau, en proposant une synthèse du parcours acadien depuis 1604, ne passe pas sous silence les différends qui ont jalonné les relations entre le Québec et l’Acadie, mais il souhaite surtout célébrer l’amitié entre les deux peuples en faisant « la démonstration que l’on a plus de liens en commun que moins, que l’on en est rendu à des relations de peuple francophone à peuple francophone, qu’il est venu le temps de mettre fin au niaisage entre nous ». Le 9 juillet dernier, le quotidien Acadie nouvelle précisait d’ailleurs que Nadeau « n’aurait pas signé d’entente avec les Anglo-Québécois s’il avait encore été président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick ».

Solidarité et connaissance

Il y aurait, selon certaines évaluations, plus d’un million de Québécois ayant des racines acadiennes, et les Québécois en Acadie sont nombreux. Ça impose de tisser et d’entretenir des liens. Évidemment, au Québec, le passage du nationalisme canadien-français au nationalisme québécois, dans les années 1960, a fait éclater le concept de Canada français et a créé « chez les autres francophones du Canada un sentiment d’abandon, pour ne pas dire de trahison », rappelle Nadeau. Le gouvernement fédéral en a profité pour instrumentaliser les communautés francophones hors Québec dans son combat contre l’indépendantisme, créant ainsi de vaines tensions.

Depuis, toutefois, notamment grâce aux divers gouvernements péquistes, des liens ont été retissés sur de nouvelles bases. Nadeau en fournit plusieurs exemples dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la politique municipale, du sport et, surtout, de la culture. En la matière, cependant, les médias sont à la traîne. Pourtant, quels que soient les chemins politiques que le Québec, l’Acadie et les autres francophonies canadiennes choisiront d’emprunter, la solidarité entre eux s’impose et passe par la connaissance mutuelle.

En nous invitant à remplacer le niaisage par la fraternité francophone, Jean-Marie Nadeau fait oeuvre très utile, mais malheureusement brouillonne. Son essai, en effet, contient plusieurs inexactitudes linguistiques (« viral » au lieu de « vital », « mouvance » au lieu de « mouvement ») et historiques. Ainsi, l’expression « cadavres encore chauds », pour parler des francophones hors Québec, n’est pas de Claude Jasmin, mais d’Yves Beauchemin, et « la nuit des longs couteaux » ne s’est pas produite pendant les négociations du lac Meech.

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14 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 3 août 2019 03 h 44

    S'unir

    Il est bien connu que l'union fait la force. Les anglais gagnent car ils sont forts pour désunir.

  • Léonce Naud - Abonné 3 août 2019 04 h 57

    Différence fondamentale entre Acadiens et Québécois

    En Amérique, il n'existe ni territoire Acadien ni territoire Canadien-français ou francophone mais bel et bien un territoire Québécois. Le concept même de « sol Canadien-français » ou « sol francophone » n'existe pas. Cependant, on dira volontiers que tel événement se passe en « sol Québécois ». Voilà la différence fondamentale entre le statut de minorités ethniques dispersées en Amérique et celui d’une majorité nationale dominant clairement un territoire délimité quelque part.

    La différence fondamentale entre un francophone et un Québécois, c'est la maîtrise paisible d'un territoire inscrit sur toutes les cartes géographiques de l'Est de l'Amérique. Un francophone fait partie d'un groupe ethnoculturel à l'instar de beaucoup d'autres sur le continent tandis qu'un Québécois fait partie d'une nation majoritaire quelque part. La différence entre les deux ? La possession et la maîtrise collective et paisible – par une Assemblée nationale et un Corps de police conséquent – d'un espace physique bien délimité par des frontières provinciales.

    Comme a déjà remarqué un leader Juif canadien, les Québécois lui faisaient penser aux Israéliens tandis que les Canadiens français lui rappelaient plutôt les Juifs, soit deux peuples issus d’un même tronc original mais devenus fort différents l’un de l’autre. Il n’existe pas de territoire Juif mais la « Terre d'Israël » existe et Dieu sait comment. Or, il est aussi impensable pour les Québécois de redevenir des Canadiens-français ou des francophones sans territoire que pour les Israéliens de redevenir des Juifs plus ou moins errants ici et là sur la planète.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 3 août 2019 13 h 13

      Si les Québécois avaient eu seulement une portion de l'audace des Juifs, ça ferait longtemps que le drapeau du Québec flotterait à l'ONU!

      Quand Trudeau et les libéraux fédéraux ont jeté au panier la notion de BICULTURALISME de " la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme". créée sur la base de "l'égalité entre les 2 peuples confondateurs", par Pearson en 1963, ça en était fait des "Canadiens français"!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 3 août 2019 14 h 34

      Roméo Paquette fut, pendant longtemps, très actif dans la francophonie. dans l'Ouest. Roméo Paquette du Conseil de Vie française en Amérique(CVFA), en éditorial de Franc-Contact, décembre 1997:

      "L'Histoire démontrera que l'enjeu fondamental, tel qu'exprimé par le mandat de la Commission royale d'enquête sur sur bilinguisme et le
      biculturalisme(1963), était le suivant: RECOMMANDER LES MESURES A PRENDRE POUR QUE LA CONFEDERATION CANADIENNE SE DEVELOPPE D'APRES LE PRINCIPE DE L'EGALITÉ ENTRE LES DEUX PEUPLES FONDATEURS." Cette Commission était présidée par André Laurendeau et un anglophone du nom de Dunton. On l'a appelée la Commission Laurendeau Dunton.

      "Cet enjeu, c'est un gouvernement fédéral dominé par des Québecois (principalement Trudeau), au tournant des années '70, qui l'a
      définitivement enterré. Obnibulés par des préjugés anti- nationalistes, ils ont condamné la notion de peuples fondateurs,
      inventé le multiculturalisme et le bilinguisme, comme si un pays pouvait se morceler en enclaves culturelles et véhiculer 2 langues sans en préciser les bases communautaires"..

      Mieux encorel Trudeau et Chrétien partiront le bal, plus tard, pour déchirer l'entente du lac Meech; par lequel le Québec acceptait de réintégrer la canadian constitution. Qui a dit:" Nous fabriquons nos propres bourreaux"?

    • Jean-François Trottier - Abonné 4 août 2019 08 h 23

      M. Grandchamp,

      Croyez-vous que les Québécoise devraient attendre 2000 ans avant d'avoir cette "audace" nécessaire pour se créer un pays? C'est ce que ça a pris aux Juifs...

      J'en profite pour revenir à la création de la nation Québécoise. Elle était présente, en germe, jusqu'en 1763, métissée mais encore Française de cœur.

      Le pacte Londres-Rome permettait aux évêques de garder leurs ouailles à la condition qu'ils les tiennent en laisse. Ce qui a créé la nation Québécoise.

      Certaines nations naissent de limites géographiques (mers, fleuves, montagnes), d'autres de la difficulté de vivre en un lieu (déserts, altitude), d'autres par la brimade, les massacres et les génocides (la liste est longue!).
      La Québécoise est de celles-là.
      C'est du racisme que le Québec est né. Et ça continue!!! La dernière vague a trouvé son vocabulaire grâce à Trudeau père, et n'a jamais été plus honorée que lorsque Trudeau fils a traité une dame de raciste comme suit :

      La citoyenne en question a demandé au premier ministre s'il avait l'intention de rembourser aux Québécois les 146 millions utilisés pour l'accueil des migrants en provenance des États-Unis.
      M. Trudeau lui a répété à plusieurs reprises que "son intolérance n'avait pas sa place au Canada".

      Réponse absolument "normale" étant entendu que les Québécois sont "forcément" des maudits sauvages égoïstes. Imaginez Trudeau dire ça à une Manitobaine anglo par exemple!! Morale : la nation Québécoise est re-crééée encore tous les jours.

      Le multiculturalisme pensé pour tuer le biculturalisme est historique bien qu'Ottawa qui se fende en quatre pour faire croire à de la grandeur d'âme. Hé non, c'est du racisme.

      Dans les années '90, des villes du West-Island ont voté leur rattachement au Canada en cas d'indépendance. Les Acadiens devraient en faire de même pour être rattachés au Québec lors d'une éventuelle indépendance.
      Avec tout le territoire volé du New-Brunswick.

      Yé.

  • Gilles Marleau - Abonné 3 août 2019 07 h 06

    Faire encore mieux

    Pas défendre mais promouvoir activement !

  • Pierre Grandchamp - Abonné 3 août 2019 07 h 52

    L'alliance entre des Anglo Québécois et des Acadiens détonne

    Je suis de ceux qui pensent que la disparition des commissions scolaires, ces mal aimées, n’est pas la priorité en éducation. Et qu’il serait possible d’augmenter la participation aux élections scolaires. Qu’il suffise de rappeler que Legault avait dit aux gens de ne pas aller voter.

    Cependant, l’alliance entre des groupes Anglo Québécois et la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, pour défendre les droits *menacés* des Anglo Québécois détonne grandement! Et porte à faux!

  • Jacques Dupé - Inscrit 3 août 2019 10 h 03

    Et les Cajuns/Cadiens ?

    C’est oublier aussi les cousins Cajuns/Cadiens de Louisiane !!!