L’automne cet été

Juillet, c’est le mois de ma naissance. Je reçois toujours des livres en cadeau pour mon anniversaire. Cette année, une petite pile alléchante m’attend sur la table de nuit depuis le début du mois. J’ai lu un recueil de poésie arabe, précieusement rangé dans ma bibliothèque ; et je viens de terminer un roman en français écrit par un auteur que je découvre grâce à mes amis Florian et Éric, René Frégni.

L’été, saison des lectures légères et des découvertes. Saison de la détente et des pérégrinations intellectuelles par excellence. L’été canadien surtout. Croisière de luxe entre le printemps et l’automne.

Il s’agit, semble-t-il, d’un roman intimiste consacré à « ceux qui trouvent dans les livres un peu de réconfort, de paix, et d’évasion ». Dernier arrêt avant l’automne (Gallimard), de René Frégni, met en scène un narrateur écrivain en panne d’écriture. Parfait ! Déjà, le point de départ du roman m’interpelle, moi, écrivaine de toutes les impasses. Je m’y mets lors d’un voyage à Toronto, à la recherche de réconfort loin de ma maison d’Ottawa.

Un polar intimiste

Avant d’embarquer dans le roman, je lis la quatrième de couverture. La première ligne attire déjà mon attention : « Le narrateur, écrivain… » Mes yeux cherchent illico le petit paragraphe sur l’auteur. René Frégni a signé une quinzaine de romans imprégnés par son expérience personnelle. Il a exercé divers métiers, dont celui d’infirmier psychiatrique. Il vit à Manosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence, dans le sud-est de la France.

Manosque ! Je me souviens d’une librairie visitée il y a une dizaine d’années dans cette petite ville charmante de Provence. La grande surface de la librairie et la variété des livres proposés (dont le Maalesh de Jean Cocteau que j’achète là) m’impressionnaient. Je me souviens également du chemin montant qui menait à la librairie et des brèves conversations sur Giono que j’ai entamées avec l’animateur de la soirée poétique à laquelle j’étais invitée.

Comme pour détromper mes attentes, une trentaine de personnes étaient venues nous écouter ce soir-là. J’étais accompagnée de mon compatriote, l’écrivain égyptien Nabil Naoum, et la soirée, animée par Pascal Jourdana, portait sur nos romans traduits en français. Soirée aussi charmante que la ville de Manosque. Inoubliable par la qualité des échanges avec Pascal.

Le roman s’ouvre sur un monastère abandonné où le narrateur, écrivain en panne d’écriture, vient d’être embauché comme gardien-jardinier. Son employeur, le propriétaire mystérieux du monastère, ne le contacte jamais. Les amis du narrateur, Pascal et Aline, libraires, lui ont proposé ce travail rémunéré et le gîte pour l’encourager à entamer un nouveau roman.

Évidemment, ledit roman s’écrit sous nos yeux, artifice connu en littérature et en cinéma, lequel n’est pas sans rappeler les mises en abyme littéraires et les making-of cinématographiques. La quête du narrateur devient donc le roman que son alter ego, René Frégni, finit par écrire. Tous deux écrivent « comme d’autres chantent dans une chorale, jardinent ou font de l’aquarelle ». C’est-à-dire dans un langage lumineux, sans ornements, profondément humaniste, détaché et précis.

Au bout de deux chapitres, où l’on suit le narrateur dans la monotonie suspecte de ses activités quotidiennes, au hasard de ses lectures sur le monastère et de sa rencontre avec un marin indien évadé de prison, un revirement se produit. La découverte d’un cadavre frais dans le cimetière des moines fait virer le rythme plutôt ralenti des deux premiers chapitres vers le rythme plutôt haletant du polar.

Le cadavre disparaît et une enquête sans envergure (le contraire des téléséries américaines) commence. Le désoeuvrement initial du narrateur se transforme en action au fur et à mesure qu’il cherche à sonder le mystère du cadavre disparu, de l’employeur anonyme et des gitans suspectés du meurtre. L’enquête policière est entrecoupée par le retour du narrateur au monastère, la confession du meurtrier et la décision prise par le narrateur de ne rien dévoiler à la police.

Retour à la bio

La lecture terminée, je me demande si la vie de René Frégni est source d’inspiration pour ses polars. Petite enquête en ligne pour me renseigner et choisir le prochain roman. Frégni, né le 8 juillet 1947 à Marseille, fut peintre en bâtiment, déserteur à l’âge de 19 ans, prisonnier, animateur d’ateliers d’écriture pour détenus, gestionnaire de restaurant, etc. Une vie aventureuse, certes, mais qui s’assume et s’exprime en littérature.

Son avant-dernier ouvrage, Les vivants au prix des morts, a reçu le prix des lecteurs Gallimard 2017 et semble être le plus autobiographique de l’auteur. Je l’achète en ligne et me promets de m’installer confortablement face à la rivière Rideau, non loin des Black Rapids pour le lire. Parfait décor pour la lecture d’un roman noir, me dis-je en cliquant sur le mot « Commandez » !

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