France: Big Mother!

Le saviez-vous ? Quand il fait chaud, il vaut mieux boire de l’eau. Et ne pas trop se tenir au soleil. Pour ceux qui ne s’en doutaient pas, les efforts violents sont aussi à éviter. Je suis convaincu que vous attendiez impatiemment cette chronique pour l’apprendre. Comme ces 60 millions de Français à qui on a répété ces messages en boucle depuis deux semaines.

On se serait cru à la garderie ! D’autant plus que l’exemple venait de haut. En France, ces mises en garde ont été répétées, non pas seulement par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, dont c’est le travail, mais par nulle autre que la porte-parole du président, Sibeth N’Diaye. Celle dont on croyait qu’elle consacrait toute son attention à des sujets cruciaux comme les représailles commerciales américaines contre l’Europe.

À Paris, on n’hésite pas à se demander jusqu’où ira cette infantilisation. Personne ne conteste l’attention à accorder aux personnes âgées et aux malades en de telles circonstances. Mais de là à assommer de remontrances la population en pleine santé, il y a peut-être une limite à ne pas franchir.

La semaine dernière, l’État-nounou a poussé le ridicule jusqu’à reporter les épreuves du brevet des collèges que passent les élèves à la fin du secondaire. Une décision qui a entraîné d’énormes complications pour les parents qui avaient réservé des billets d’avion et de train. Tout cela pour des températures historiques dans certaines villes, mais qui sur la majorité du territoire n’étaient pas plus élevées que celles qu’a connues la France depuis une décennie. Comme si nos chérubins n’étaient plus capables de demeurer assis quelques heures dans une classe, comme l’ont pourtant fait leurs grands frères dans des situations somme toute très semblables.

Dans Le Figaro, la professeure de droit Morgane Daury se demandait ce qu’ont bien pu penser les centaines de vétérans de 1945 réunis en mai dernier sur les plages de Normandie de ce délire catastrophiste dû à quelques fractions de degré de trop. « Autant dire à ces jeunes que tout effort doit être rejeté, que toute adversité ne doit jamais être combattue frontalement », concluait-elle.

Les mauvaises langues diront que cette canicule est venue combler le creux médiatique que traversait le pays depuis la crise des gilets jaunes. On a la désagréable impression que cet alarmisme vise d’abord à protéger ceux qui le provoquent. Des fois qu’on oserait les accuser, comme lors de la canicule de 2003, de ne pas en avoir fait assez.

On sent bien aussi que, face à l’urgence climatique, certains ne répugnent pas à sombrer dans l’exagération, pour ne pas dire dans la propagande et l’hystérie. C’est oublier que la propagande — fût-elle pour une bonne cause — demeurera toujours l’ennemie de l’information. Selon une étude publiée en 2015 dans la revue médicale The Lancet, le froid provoquerait en effet 17 fois plus de décès que la chaleur.

Quant à l’hystérie, elle ne peut qu’encourager l’inconséquence déjà palpable des politiques environnementales. Qui se souvient en effet qu’il y a un mois l’État et les médias français étaient partis en guerre contre les bouteilles en plastique ? Il aura suffi de quelques degrés généralement très supportables sur la majeure partie du territoire pour qu’on en distribue jusque dans les taxis… climatisés ! Il faudra aussi nous expliquer à quoi servent ces nouveaux gadgets appelés « brumisateurs » construits à grands frais dans les parcs parisiens et qui servent surtout à divertir les enfants jusqu’à la fin d’octobre.

Comme si, à défaut de nous protéger de la mondialisation, du chômage et de l’engorgement des urgences, l’État nous offrait un prix de consolation en nous maternant à chaque épisode climatique. À quand la télévision qui, tous les soirs après les nouvelles, nous ordonnera d’aller nous brosser les dents ? On n’en est pas si loin…

Cette intrusion de l’État dans la vie quotidienne des citoyens est inquiétante dans la mesure où elle déresponsabilise le citoyen. Elle encourage aussi les dirigeants à butiner d’une catastrophe à l’autre sans priorités. La croissance exponentielle de la climatisation, facteur de réchauffement s’il en est un, nous en offre la preuve par l’absurde. Il sera toujours plus facile de généraliser la climatisation brutale comme aux États-Unis, un pays qui n’a jamais appris à vivre avec la chaleur et qui continue pourtant à imposer son modèle d’architecture et d’urbanisme au monde entier.

Le réchauffement climatique ne devrait-il pas au contraire nous inciter à prendre exemple sur l’urbanisme méditerranéen ou latino-américain, qui a toujours su, lui, apprivoiser le soleil sans ce gaspillage éhonté d’énergie ?

Contrairement aux touristes venus du Nord qui s’épivardent sur les plages, il y a longtemps que les habitants de ces contrées savent que la canicule peut être mortelle. Dans le grand roman de Frédéric Mistral Mireille, l’héroïne ne meurt-elle pas terrassée par le soleil ? Pressée de rejoindre son amant, la pauvre a oublié son chapeau. Au moins, cela était-il écrit avec style. Nos ministres n’ont malheureusement pas toujours ce talent.

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16 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 5 juillet 2019 06 h 25

    Vous négligez l’Histoire climatique de la France parce que beaucoup de francais comme moi-même nous nous rappelons de la très inoubliable canicule de 3 semaines de juin a juillet 1976. Tout fut bouleverse, l’armée mobilisée etc..des morts, j’en aie vu dans les jardins que les pompiers ramassaient; les rivières vides et on allait checher l’eau a la main...on comprend fort bien, en étant bien informe, après les terribles canicules de 1976 et celle non moins tragiques de 2003 que pousser a la prudence se fasse de toutes les manières possibles. Un gouvernement se doit de protéger un peuple, c’est aussi son travail non seulement celui de mobiliser tout un pays afin de partir a la guerre. Pourquoi se moquer parce qu’un pays réagit pour que sa population soit consciente des dangers. On a beau le répéter et le répéter, il y a des enfants qui meurent dans les piscines privées et des chiens qui tuent au Quebec...le gouvernement du Quebec serait-il stupide d’appeler a la prudence comme pour les cellulaires? Soyons serieux.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 juillet 2019 11 h 14

      M. Montoya, pour votre information et selon UNICEF, plus de 29 000 enfants en bas de l’âge de 5 ans meurent à tous les jours de causes évitables. Mais de cela, il y en a trop et donc, n’intéresse pas les médias et les « bonnes personnes » qui prient à tous les jours à l’autel de la très sainte rectitude politique. Les images ne sont pas assez bonnes ou trop saisissantes.

      Alors au Québec, on se concentre sur les enfants qui meurent dans les piscines privées et des chiens qui tuent. Il y a eu au grand total, et ceci depuis 1983 à aujourd'hui, cinq personnes au Québec qui sont mortes après avoir été attaquées par des chiens. De cela, les communautés autochtones étaient les plus à risque et comptent le plus de décès. En fait de comparaison, et seulement en 2019, il y a déjà plus de 69 personnes qui sont mortes sur les routes du Québec. Et depuis 1983, environ 3 150 personnes sont décédées sur les routes du Québec. Soyons sérieux, une chance que le ridicule ne tue pas.

  • Marc Therrien - Abonné 5 juillet 2019 07 h 03

    Le risque de vivre


    J’imagine qu’on pensera bientôt à interdire les baignades et les sports aquatiques. Le nombre de noyades est en hausse au Québec avec déjà 23 décès pour l’année 2019. La vie et le plaisir de vivre sont risqués. On en meurt trop souvent.

    Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 5 juillet 2019 10 h 52

      M. Therrien, j'abonde dans votre sens. Il y a beaucoup trop de morts sur les routes du Québec. Alors, selon la très sainte rectitude bien-pensante et donneuse de leçon, on devrait interdire les voitures. Aussi, il y a beaucoup trop de gens qui meurent de cancer et on devrait interdire toutes les activités qui causent le cancer. Aussi, il y a beaucoup trop de gens qui meurent...

  • Françoise Labelle - Abonnée 5 juillet 2019 07 h 45

    La canicule vous met en boule?

    Après la canicule de 20003, qui a fait 70,00 morts en Europe dont 15,000 en France, la France a développé un «plan canicule», dirigé par William Dab, épidémiologiste et spécialiste en santé publique, loué récemment par vos collègues de Src. Les mesures prises par Big Mother ont ciblé étroitement les personnes sur le terrain puisque les trois-quarts des décès ont lieu à la maison. Les messages en boucle visent aussi les personnes sur le terrain qui auraient échappé au filet de Big Mother car quand on arrive à l'hôpital, c'est souvent trop tard.
    Cf. Src. «La France est devenue un modèle dans la gestion des canicules», vendredi 28 juin 2019

    Parlant responsabilité, que pensez-vous du promoteur de course de chârs qui a poursuivi un météorologue pour avoir annoncé de la pluie?
    Combien de responsables sont prêts à poursuivre l'État ou l'école pour une dent cassée dans la cour d'école?
    À Québec, il y a quelques années, les Jef de Radio X parlaient plutôt du gouvernemaman. Eussent-ils été français, ils auraient pourfendu l'incurie du gouvernement en 2003. Comme on dit en anglais, blâmé si tu le fais pas et blâmé si tu le fais. L'important, c'est le coup de gueule.

  • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 5 juillet 2019 07 h 51

    Le retour des petits niveau 2

    La laïcité pour les mauvaises raisons: étriquées et bassement financières pour l'utilité immédiate.
    Prônons le laisser-faire, l'inaction pour soi et l'adaptation des autres à venir, on connaît la chanson...
    Relativisme instrumental prouvant la pertinence d'un maître pour passer à mieux.
    Car justement, n'est-ce pas bien connu en éducation, qu'il faut adapter l'intervention au niveau de développement de celui qui apprend?
    Le présent est un élément du futur: n'est-ce pas au microscope qu'il convient de faire observer les spores?

  • Jacques Dupé - Inscrit 5 juillet 2019 08 h 09

    Allo maman bobo

    Ils sont fous ces Français ! :)