Devoirs de vacances

Les vacances scolaires arrivent enfin. Quoique… Un de mes amis soutient en souriant que les vacances des enseignants ne sont pas aussi longues qu’on pourrait le croire : c’est que, dit-il, les deux premières semaines, c’est une période de convalescence.

Je vous suggère cette fois quelques lectures qui pourront agrémenter votre été.

Des essais incontournables

Quels sont les meilleurs livres que j’ai lus en éducation ces dernières années ? En voici deux.

En premier lieu, je ne peux que donner le superbe Pourquoi les enfants n’aiment pas l’école ! de Daniel T. Willingham, un spécialiste des sciences cognitives. À chaque chapitre, il répond à une question que pose un enseignant en convoquant le savoir pertinent de sa discipline. On trouve là un grand nombre de choses essentielles que tout enseignant devrait savoir des sciences cognitives. Elles sont ensuite traduites en suggestions pour les mettre en pratique. Clair, pédagogique, érudit. Un incontournable.

Je citerais ensuite — mais ce livre n’est, hélas ! pas encore traduit en français — : Why Knowledge Matters, du grand E. D. Hirsch Jr. Il explique pourquoi un curriculum riche, progressif et correctement transmis est capital en éducation et déboulonne au passage de nombreuses légendes pédagogiques. Hirsch est le fondateur de la Core Knowledge Foundation, qui inspire plus de 1200 écoles aux États-Unis, où est mise en oeuvre cette idée de littératie culturelle à transmettre à chacun.

Pour s’initier à la philosophie de l’éducation

Vous aimeriez vous familiariser cet été avec la philosophie de l’éducation ? Vous avez bien raison !

Commencez par lire les trois figures dominantes dans le domaine : Platon (La République) ; Jean-Jacques Rousseau (Émile ou De l’éducation) ; et John Dewey (L’enfant et le curriculum, ou, si vous êtes plus gourmand, Démocratie etéducation).

Vous en redemandez ? Lisez ensuite, à mon avis, Montaigne (Essais, I, 26) ; Condorcet (Cinq mémoires sur l’instruction publique) ; et Alain (Propos sur l’éducation). Et bien d’autres, que je vous laisse découvrir.

Les immenses philosophes analytiques de l’éducation (R.S. Peters ; Paul Hirst ; Jane Roland Martin ; Nel Noddings, etc.) restent peu ou pas du tout traduits en français. Si vous voulez les connaître, mais ne lisez pas la langue du Barde, j’en ai traduit des textes dans L’éducation, chez Flammarion.

Dans un autre registre, voici un essai qui est devenu quelque chose comme un classique du genre : de Daniel Pennac, Comme un roman. On y trouve cette fameuse liste des dix droits imprescriptibles du lecteur que vous avez sans doute croisée.

Impossible de passer à côté du Dictionnaire actuel de l’éducation, de Renald Legendre. Toute une vie de labeur dans ces plus de 1500 pages comprenant des centaines d’entrées couvrant l’immense domaine de l’éducation — y compris, bien entendu, celui de la philosophie.

La littérature parle d’éducation

Vous voudrez peut-être lire des oeuvres de fiction qui parlent d’éducation. Il y en a des milliers, mais voici deux suggestions.

L’amoureux de Marcel Pagnol que je suis se doit de vous inviter à lire Topaze (1928), une de ses premières pièces, qu’il adaptera (deux fois…) au cinéma. Ah ! Ces « moutonses… ».

Si bien des thèmes de Topaze restent d’actualité, il est vrai que l’action se déroule dans un monde que nous ne connaissons plus guère. Pour une vision plus actuelle de l’école et de l’enseignement, je suggère, de François Bégaudeau, Entre les murs (2006). La vie d’un professeur de français dans un collège parisien. Il a lui aussi été adapté au cinéma.

De mon côté ?

Je compte bien commencer l’été en planchant sur le rapport Penser l’école de demain (disponible intégralement en ligne).

Il est le résultat du travail de l’équipe du LAB-École, animée par Pierre Thibault (architecte), Pierre Lavoie (athlète et conférencier) et Ricardo Larrivée (chef et entrepreneur). Le ministre de l’Éducation écrit, en ouverture : « Nous souhaitons que les écoles soient à l’image des jeunes : lumineuses, accueillantes et dynamiques. Pour le mieux-être des élèves et du personnel enseignant, nous voulons créer des milieux de vie encore plus sains et inspirants. » Hâte de m’y atteler. Je vous dirai ce que j’en ai pensé.

Une autre lecture prometteuse et que je vous recommande chaudement est un superbe dossier sur quelque chose que tout enseignant devrait connaître : l’enseignement explicite. Ce dossier est notamment coordonné par Steve Bissonnette et Clermont Gauthier, et il comprend même un texte de Barak Rosenshine.

Une suggestion : un joli collier de perles

Je suis l’heureux propriétaire de la première édition d’un livre qui réunit des mots d’excuse qu’un enseignant a reçus de parents durant sa carrière. Ils sont souvent savoureux et involontairement drôles.

J’ai aussi eu bien du plaisir à lire les collections de perles d’élèves que réunissait autrefois Jean-Charles, et je suggérais à mes étudiants de collectionner ces involontaires mots drôles, ces occasions de sourire sans méchanceté. Récemment, une amie a ainsi appris que si les gens sont parfois d’accord entre eux, il arrive aussi qu’ils ne soient pas sur la même « longueur d’ongle ».

Vous avez envie de partager une délicieuse perle ? Je suis preneur. Et j’attends aussi, désireux de les faire connaître, vos trucs et astuces de profs.

Écrivez-moi à : baillargeon.normand@uqam.ca

Je vous souhaite de belles vacances… et un prompt rétablissement.

Cette chronique fait relâche jusqu’au 9 août

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1 commentaire
  • Michel Laforge - Abonné 22 juin 2019 09 h 39

    Normand Baillargeon

    Il ne faudrait pas oublier «Une histoire philosophique de la pédagogie» de Normand Baillargeon dont nous attendons, il me semble, le tome II.