Des anges pour soutenir les jeunes entrepreneurs

L’économie du Québec se porte bien. Et la toute récente analyse de l’Institut du Québec vient renforcer cette perception, en mettant en évidence une embellie au chapitre de l’emploi.

Évidemment, pour maintenir l’élan du marché du travail, il faudra trouver des travailleurs disponibles, et ils se font de plus en plus rares. En fait, sauf dans la région de Montréal, le groupe des 15 à 64 ans est en déclin. Sans les immigrants, Montréal serait aussi dans le rouge.

Plusieurs facteurs contribuent à cette poussée. Et il y en a un qu’on évoque moins souvent, mais qui a nettement contribué à la conjoncture économique : la disponibilité accrue du capital de risque pour les entreprises émergentes, les start-up. Il faut sans cesse de nouvelles pousses pour faire évoluer une économie. Mais ces jeunes entrepreneurs ont besoin de soutien, soutien qui ne vient pas automatiquement. Les sources de financement sont toutefois plus diversifiées que jamais.

C’est pourquoi il convient de souligner le dixième anniversaire d’Anges Québec, un organisme qui regroupe des investisseurs individuels québécois, comme les « dragons » de la télévision.

Associer le concept d’ange à celui d’investisseur ? « Nos membres sont des gens qui ont fait des sous dans leur milieu respectif, ce qui nous a permis, comme groupe, d’amasser une solide expertise pour accompagner les start-up. Ce n’est pas juste une question d’injecter des fonds passivement en espérant un rendement. Nous travaillons avec ces jeunes entrepreneurs et nous les assistons », explique le Saguenéen François Gilbert, p.-d.g. d’Anges Québec, qui a lancé l’idée il y a dix ans.

Retour en arrière

II n’y a pas si longtemps, le Québec était devenu une terre stérile pour le capital de risque, du fait d’un changement brutal de paradigme. Ce capital était d’abord dispensé par des sociétés parapubliques, ou voisines : Innovatech, Investissement Québec, le Fonds de solidarité et autres. Mais la capacité d’analyse de celles-ci était parfois déficiente. Elles y ont perdu collectivement des millions de dollars. S’en est suivie une traversée du désert, quand lesdites sociétés ont décidé de se retirer.

Le capital de risque était soudainement devenu frileux. On était loin de la Silicon Valley !

Mais le besoin crée l’organe, et voici que renaît l’intérêt. La Caisse de dépôt et placement décide de s’en mêler. Le Fonds de solidarité aussi, après avoir refait ses devoirs. Des institutions financières, comme Desjardins, participent aux investissements. Et, plus que symboliquement, arrive Anges Québec.

Pourquoi plus que symboliquement ? Parce que l’organisation ne considère que les jeunes pousses, celles sur qui on levait le nez encore récemment. Et ses quelque 240 membres, en date d’aujourd’hui, créent dorénavant la plus importante communauté du genre au Canada.

« Beau progrès, mais vous savez qu’en France, on compte 75 groupes d’anges ? Nous sommes juste en train de rattraper notre retard », dit François Gilbert.

Les membres d’Anges Québec n’agissent pas seuls. Dans l’immense majorité des cas, les montages financiers sont effectués en partenariat avec une société elle aussi active en capital de risque. Cette année, sur 55 dossiers acceptés, 54 l’ont été en jonction avec au moins un partenaire.

Pour se qualifier comme Ange, il faut disposer d’au moins 1 million de dollars pour investir, puis accompagner l’entreprise choisie.

Les membres d’Anges Québec sont très majoritairement des hommes. Moyenne d’âge ? 52 ans. Les femmes ne représentent que 12 % de l’ensemble, et sont en moyenne plus jeunes, à 48 ans. La hausse de leur participation est un des défis que se donne François Gilbert.

Par ailleurs, les immigrants sont surreprésentés dans le groupe par rapport à leur nombre dans la population. Pourquoi ?

« On doit comprendre qu’à leur arrivée ici, ils ont souvent des fonds intéressants, de l’expertise, et ils sont convoités par les vendeurs de belles promesses. Ils craignent de se faire avoir et deviennent méfiants. Chez nous, ils trouvent un véritable réseau qui les met à l’aise. »

S’étendre

Autre élément intéressant, les investissements prennent de plus en plus le chemin des régions, hors de Montréal. De 35 % du total en 2017, le taux a grimpé à 50 % en 2019.

« En région, les entrepreneurs, comme les investisseurs, sont souvent isolés. Notre réseau les aide. Puis, une participation d’un de nos membres à Rimouski a bien plus d’impact qu’un investissement à Montréal ! », poursuit François Gilbert.

Un exemple ? Prenons la firme Laflamme, de Thetford Mines, créée par les frères Enrick et David Laflamme, tous deux ingénieurs. Ils viennent de mettre au point un imposant drone à deux hélices, d’une envergure de quatre mètres.

« Un de nos membres a analysé leur proposition et a décidé d’embarquer », dit François Gilbert. Pas seul : cet ange y investit 400 000 $, l’injection de fonds moyenne chez Anges Québec. Investissement Québec a rajouté 1 million, puis d’autres partenaires ont suivi. Au total, les frères Laflamme disposent maintenant de deux millions de dollars pour concrétiser leur rêve.

Et la relève s’en vient. Anges Québec a lancé il y a quelques années Anges Junior. Somme à investir : de 100 à 500 $. Âge moyen : 22 ans, « avec leur propre argent », souligne François Gilbert.

Sans être la Silicon Valley, le Québec est maintenant mieux pourvu pour soutenir les nouvelles idées. Tant mieux.

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