Bulletin ministériel

Après les années Barrette, la nomination de Danielle McCann à la Santé a été une bouffée de fraîcheur dans le réseau et laisse enfin espérer une réelle amélioration. Elle a réussi ce qui semblait impossible en orchestrant une entente entre le Collège des médecins et l’Ordre des infirmières pour élargir le champ de pratique des infirmières praticiennes spécialisées. Un projet de loi présenté jeudi accorde également des pouvoirs accrus aux pharmaciens. A

L’austérité des libéraux a grandement aidé le ministre des Finances, Eric Girard, à présenter un budget qui a fait la quasi-unanimité et consolidé la cote de crédit du Québec. À l’Assemblée nationale, son style concis offre peu de prise à l’opposition. A

La ministre de la Sécurité, Geneviève Guilbault, démontre un aplomb et des talents de communicatrice très efficaces en période de crise, qu’il s’agisse de la rupture des câbles sous-marins aux îles de la Madeleine ou des inondations, même si le suivi des inondations est plus difficile. Elle a commis une bourde en déclarant que la police ferait respecter la loi sur la laïcité. A-

Sonia LeBel (Justice) a ouvert un grand chantier avec la réforme du droit de la famille et convié l’opposition à une réflexion commune sur la façon d’ajuster le système judiciaire aux victimes de crimes sexuels. La réforme le mode de scrutin semble toutefois moins assurée. B

Le ministre du Travail, Jean Boulet, a corrigé en bonne partie les failles de la Loi sur l’équité salariale. Lancer une « Grande Corvée » pour pallier la pénurie de main-d’oeuvre était une bonne idée. L’ingérence du premier ministre dans le conflit chez ABI a malheureusement saboté ses efforts pour rapprocher les parties. B

La compétence de Pierre Fitzgibbon (Économie) ne fait pas de doute, mais le passage des affaires à la politique nécessite parfois une certaine adaptation. On ne devrait jamais évoquer une démission que personne ne réclame. Son ami Guy LeBlanc était peut-être l’homme de la situation, mais sa nomination à la tête d’Investissement Québec, avec une rémunération pouvant approcher le million, ne pouvait que susciter la controverse. B

On sait peu de choses des projets du président du Conseil du trésor, Christian Dubé, pour augmenter l’efficacité de l’État, mais rien n’annonce le démantèlement que certains appréhendaient. De son propre aveu, le nombre de ses employés augmentera au cours des prochaines années. Le congédiement honteux de l’agronome Louis Robert le forcera à revoir sans délai la loi qui devait protéger les lanceurs d’alerte. B

Comme pour rassurer ceux qui s’inquiètent de voir les maternelles quatre ans accaparer les ressources, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a annoncé la création de 2500 nouvelles places en garderie subventionnée, dont 85 % en CPE, et relancé des projets totalisant 11 000 places additionnelles qui avaient été placées sur une voie de garage. B

Caroline Proulx (Tourisme) a fait diligence pour modifier la réglementation de l’hébergement touristique afin d’encadrer Airbnb, qui fait une concurrence déloyale à l’industrie hôtelière. B

Jean-François Roberge (Éducation) s’est montré arrogant envers ceux qui ne partagent pas son enthousiasme pour les maternelles quatre ans, même si ce qu’il envisage est nettement en deçà des engagements de la CAQ. Imposer une deuxième récréation de 20 minutes était une bonne idée. En revanche, encadrer les frais scolaires sans inclure les programmes particuliers va consacrer la création d’une école publique « à deux vitesses ». B-

La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, se croyait peut-être encore au PLQ quand elle a révisé à la baisse sa promesse de créer 2600 places dans les maisons des aînés. On a dû lui expliquer que M. Legault tenait à honorer les engagements de la CAQ. B-

Simon Jolin-Barrette (Immigration) en avait un peu trop sur les épaules. Il a commis une erreur de débutant en voulant détruire 18 000 demandes d’immigration avant même que le projet de loi 9 soit adopté. Il a mieux géré le débat sur le projet de loi 21 sur la laïcité, mais le fait qu’il cumule les deux dossiers a contribué à l’engorgement des travaux parlementaires qui force le recours au bâillon. B-

François Bonnardel (Transports) a veillé au grain lors de la tempête de la mi-février. Il a fait un ménage qui s’imposait à la Société des traversiers. Le projet de loi 17 laissera toutefois un goût amer aux chauffeurs de taxi, malgré les compensations offertes. Son plaidoyer en faveur du « troisième lien » entre Québec et la rive sud était presque une insulte à l’intelligence. B-

 

Appelé en remplacement de MarieChantal Chassé, incapable de composer avec la pression médiatique, Benoit Charette (Environnement) a orchestré avec succès le virage vert du récent conseil général de la CAQ. Exclure les GES émis en amont de l’évaluation du projet GNL Québec relève de la malhonnêteté intellectuelle. Il a reconnu son impuissance à faire respecter la nouvelle réglementation sur les pesticides « tueurs d’abeilles ». La platitude de ce moulin à paroles est une arme redoutable, capable de décourager n’importe quel adversaire. C

Nadine Girault (Relations internationales) a gardé un profil bas. Puisque la politique extérieure du Québec semble se limiter au développement des affaires, il n’y a pas meilleur commis voyageur que le premier ministre. C

Alors que la vente d’électricité était la principale raison de sa visite à New York le mois dernier, le premier ministre n’a pas jugé utile de se faire accompagner par le ministre de l’Énergie, Jonatan Julien, de qui relève Hydro-Québec. Affranchir la société d’État de la Régie de l’Énergie ne peut que renforcer son statut d’« État dans l’État ». C

Trois ans après la publication d’un « plan d’action » pour protéger le caribou forestier, Pierre Dufour (Forêt) a reporté de trois autres années toute intervention, au grand plaisir de l’industrie. Il a démontré toute sa classe en qualifiant de « torchon » les déclarations de Richard Desjardins, selon qui la situation de la forêt québécoise n’a changé depuis L’erreur boréale. D

Nathalie Roy (Culture et Communications) a beau crier son amour du français et de la culture québécoise, on désespère de la voir passer de la parole aux actes. Un an après la publication d’une première politique culturelle, on ne sait toujours pas ce qu’elle en pense. Le rapport Samson, qui tenait lieu de politique linguistique à la CAQ, s’empoussière sur une tablette. D

André Lamontagne (Agriculture), qui s’est laissé berner par son sous-ministre, disait avoir autorisé personnellement le congédiement de l’agronome Louis Robert, dont la protectrice du citoyen a exposé l’odieux. Il a fallu que le premier ministre s’excuse auprès de M. Robert pour que M. Lamontagne s’y résigne après avoir d’abord refusé. Qualifier les fonctionnaires du ministère de l’Environnement d’« ayatollahs » ne témoigne pas d’un grand sens politique. E

 

* Comme d’habitude, je n’ai pas décerné de note au premier ministre ni aux ministres délégués.

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16 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 15 juin 2019 01 h 45

    La seule bonne note...

    Le <<E>> au ministre Lamontagne. Quant à la vice, perso, je lui aurais collé un <<A plus>> (!) Mais bon! c’est vous le distributeur. Bonnes vacances!

    JHS Baril

  • Bernard LEIFFET - Abonné 15 juin 2019 07 h 21

    Voulez-vous valser G-M..?

    Doit-on déjà procéder aux déplacements de plusieurs boulets qui nuisent au nouveau gouvernement au pouvoir? Ainsi, Pierre Dufour, Nathalie Roy et André Lamontagne sont de piètres acteurs dans leur champ respectif. D'abord Nathalie Roy qui est peu pressée de relever le défi de donner priorité au français partout au Québec et de veiller à la protection du patrimoine québécois. Pierre Dufour semble vouloir prendre ses distances pour programmer des mesures nécessaires pour mettre la Forêt québécoise en ordre. Enfin, André Lamontagne qui par son langage vulgaire vis-à-vis les fonctionnaires doit apprendre à se contrôler avant de frapper un mur...

    • Gilles Théberge - Abonné 15 juin 2019 09 h 56

      D’accord avec votre diagnostique à tout point de vue.

      Je vous donne un.... A!

  • René Lesage - Abonné 15 juin 2019 08 h 01

    uébécois

    Votre cote de B- pour le ministre Jolin-Barette est une de complaisance. Vous appuyez sans réserve le projet de loi 21 sur la laïcité de l'état au point d'en oublier l'odieux de recourrir à une modification de la Charte quécoise sous le bâillon et à une clause dérogatoire pour échapper aux recours judiciaires pour contester le loi. Nous nageons dans l'une des périodes les plus sombres de notre histoire et Le Devoir se permet de faire le chantre de ce gouvernement populiste.

    Le Devoir et le Parti Québécois n'ont plus ma confiance. J'ai annulé mon abonnement à votre journal et je n'ai ps renouvellé ma carte du parti. Il serait temps que la direction du journal rajeunisse l'équipe éditoriale. Je vous donne la note de C-.

    • Gabriel Normandeau - Abonné 15 juin 2019 12 h 47

      Le bulletin est sur l'action politique et non sur son contenu.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 15 juin 2019 17 h 25

      Pour votre «l'une des périodes les plus sombres de notre histoire», je vous donne un G-.

    • Claude Gélinas - Abonné 15 juin 2019 17 h 37

      Que d'aigreur dans ce commentaire qui attaque à la fois le Gouvernement de la CAQ, le Ministre de l'immigration, le projet de Loi 21, le Devoir, son chroniqueur et le PQ. Geste précipité que cette rupture avec le Devoir et le PQ. Pourquoi pas vous ressaisir et contribuez par vos observations au débat public.

      En démocratie, la fuite en avant est rarement une façon de l'améliorer.

      Quant au Devoir, contrairement à votre opinion, la variété des points de vue de ses chroniqueurs permet plûtot une absence de complaisance.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 15 juin 2019 22 h 44

      @ R. Lesage...je constate que vous avez échoué à la note de passage...vous êtes donc recalé. (loi non écrite)
      De plus, le jupon dépassant...assez pour vous enfarger dans les fleurs du tapis... il serait bien de ne pas (trop) mêler poires et prunes...Question d'éthiquette...!

  • Roger Gobeil - Inscrit 15 juin 2019 08 h 18

    Jolin-Barrette A+

    Globalement d'accord avec votre bulletin, sauf pour Simon Jolin-Barrette qui mérite rien de moins que A+,
    ne serait-ce que pour endurer surtout les bouffonnes du QLP lors des travaux des Commissions parlementaires.
    Sa patience est pleinement méritoire. À sa place, je les aurais envoyer promener assez sec.
    Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi la présidence des Commissions n'intervient pas de façon énergique
    pour ramener à l'ordre ces député-e-s sans gêne qui font preuve d'un ridicule absolu.

  • Marc Therrien - Abonné 15 juin 2019 08 h 34

    En s'excusant


    Les excuses sont en voie de devenir l’image de marque de la CAQ et de son chef, le bon François Legault. On se rappelle ce bon temps joyeux où lors de son entrée comme Premier ministre du Québec et de l’assermentation des députés de la CAQ, plusieurs commentateurs avaient apprécié cette qualité de François Legault, qu’on dit rare en politique, qui est celle de savoir s’excuser, ce qui le rend plus humble aux yeux des gens qui aiment sentir que «leurs» politiciens soient proches d’eux. On pouvait alors convenir que ce peut être une belle qualité que de reconnaître ses erreurs, mais en autant qu’elle ne serve pas à ce que l’erreur se répète trop souvent. Bien sûr que l’erreur est humaine, mais là on découvre que dans ce domaine il y en a qui sont plus humains que d’autres. Comme on dit souvent en gestion, vous obtiendrez ce que vous reconnaîtrez.

    Marc Therrien