Élections fédérales: un chef en sursis

Deux sondages sortis cette semaine sur les intentions de vote au niveau fédéral ne feront rien pour calmer le mécontentement grandissant de plusieurs libéraux à l’égard de leur chef. Plus la date des élections approche, plus la nervosité gagne les rangs du Parti libéral du Canada.

Après l’Institut Angus Reid, c’était au tour vendredi de la firme Léger de déceler la tendance. Alors que les libéraux comptaient faire des gains au Québec en octobre afin de compenser une perte de sièges ailleurs au Canada, le PLC risquerait plutôt d’être balayé de la carte à l’extérieur de grande région de Montréal, à quelques exceptions près.

Bien sûr, à plus de quatre mois des élections, rien n’est coulé dans le béton. Si les campagnes de 2011 et de 2015 nous ont appris une chose, c’est que les Québécois sont les électeurs les plus « mobiles » au pays. Alors, il est impossible de prévoir où ils se caseront le 21 octobre.

C’est une autre histoire ailleurs au Canada, où l’électorat semble de plus en plus décidé. En quelques mois à peine, l’image de M. Trudeau en tant que premier ministre progressiste et généreux s’est transformée en celle d’un chef arrogant et poseur qui manque terriblement de substance. L’affaire Jody Wilson-Raybould y est pour quelque chose. Mais c’est loin d’être la seule raison qui explique le désenchantement de plus en plus de Canadiens envers M. Trudeau.

Sa gestion de l’affaire Meng Wanzhou, arrêtée à Vancouver en décembre dernier à la demande des États-Unis, a mené à une sérieuse détérioration des relations entre le Canada et la Chine. Le comportement de M. Trudeau dans ce dossier a miné la confiance de nombreux Canadiens, surtout dans la communauté d’affaires et dans les sphères diplomatiques.

Au niveau national, les sondages Angus Reid et Léger accordent une avance respective de onze et de neuf points de pourcentage au Parti conservateur d’Andrew Scheer sur les troupes de M. Trudeau. Le PCC serait même en avance au Québec, bien que (comme nous avons souligné ci-dessus) l’électorat québécois puisse toujours réserver des surprises. Mais l’avance des conservateurs dans les banlieues de Toronto et de Vancouver, là où les élections fédérales se décident souvent, se confirme de sondage en sondage. De quoi inquiéter les stratèges du PLC.

Or, il y a deux semaines, la chroniqueuse du Toronto Star Chantal Hébert écrivait qu’un groupe de libéraux influents avait discuté, lors d’une conférence téléphonique récente, du remplacement de M. Trudeau par l’ancien gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney. Ce dernier, dont l’actuel mandat comme gouverneur de la Banque d’Angleterre se termine en janvier prochain, serait recruté pour devenir chef du PLC non seulement advenant une défaite électorale, mais aussi si M. Trudeau ne réussissait qu’à former un gouvernement minoritaire en octobre. Les troupes libérales ne tarderaient pas à le limoger en faveur de M. Carney en vue d’élections précipitées.

Les ministres libéraux ont vite cherché à discréditer cette hypothèse. Il n’empêche que la cote de M. Trudeau a chuté au sein de son propre parti, y compris chez les députés libéraux qui peinent à avoir l’oreille de leur chef. En privé, d’anciens hauts gradés du PLC sous Jean Chrétien et Paul Martin sont de plus en plus critiques envers M. Trudeau. Et depuis le départ de Gerald Butts comme secrétaire principal en février dernier, M. Trudeau manque sérieusement de mains expérimentées au bureau du premier ministre.

C’est ainsi que M. Chrétien serait lui-même intervenu pour recommander que le gouvernement Trudeau abandonne les démarches d’extradition concernant Mme Meng, la chef financière du géant chinois des télécommunications Huawei, qui est accusée par les États-Unis d’avoir violé les sanctions américaines contre l’Iran. Mme Meng est actuellement en attente de son procès, mais selon le Globe and Mail, M. Chrétien aurait recommandé que le ministre de la Justice, David Lametti, se prévale de son pouvoir décisionnel pour mettre fin au processus d’extradition [est-que c’est la même chose qu’un pouvoir discrétionnaire?], afin de réparer les relations avec la Chine, qui détient deux Canadiens en guise de représailles pour l’arrestation de Mme Meng et bloque les importations canadiennes du canola de du porc.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a immédiatement rejeté cette recommandation — avec raison. Le gouvernement Trudeau est déjà accusé d’avoir essayé d’influencer les affaires judiciaires concernant SNC-Lavalin et le vice-amiral Mark Norman. Et il a toujours maintenu que le procès de Mme Meng doit être mené indépendamment de toute pression politique. Mais les critiques, dont M. Chrétien fait partie, croient que le Canada est tombé dans le piège du président Donald Trump en arrêtant Mme Meng et que les conséquences — dont une guerre froide avec la Chine — coûteront très cher à l’économie canadienne.

Selon plusieurs libéraux, un chef plus futé ne se retrouverait pas dans un tel pétrin. C’est pourquoi, à la veille des élections fédérales, M. Trudeau est plus que jamais un chef en sursis.

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16 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 15 juin 2019 07 h 48

    Il est temps de se réveiller après des périodes pleines d'arrogance et d'incompétence!

    Comment en est-on venu là? Après avoir éliminer les conservateurs lors des dernières élections, à l'heure des bilans, celui de Justin Trudeau est peu reluisant. Le cirque a assez duré et il est temps de mettre au rancard une stratégie d'égocentrisme, aux antipodes en particulier des québécois fatigués de ses frasques...Quant aux magouilles intestines qui minent le PLC, elles ne sont qu'une réplique dont le père, P-E. Trudeau a usé contre le Québec et les méchants séparatistes... La compétence des chefs du PLC et du PCC laisse à désirer, il serait temps de mettre en veilleuse ces deux vieux partis qui n'ont rien à offrir de substanciel au Québec!

    • Brigitte Garneau - Abonnée 15 juin 2019 10 h 42

      Que suggérez-vous M. Leiffet, de voter en bloc pour le Bloc? C'est certainement la seule façon de conserver le peu qu'il nous reste...

    • Jean-Marc Simard - Abonné 15 juin 2019 18 h 06

      La seule alternative qui reste est de voter BLOCK...

    • Louise Collette - Abonnée 16 juin 2019 08 h 43

      Le Bloc, point final !!

  • Yves C Dubé - Abonné 15 juin 2019 10 h 19

    Votons majoritairement Vert!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 15 juin 2019 15 h 28

      Voter vert, au Québec, c'est voter dans le vide. Je voterai fièrement, comme Québécois, pour le Bloc!

    • Cyril Dionne - Abonné 16 juin 2019 09 h 43

      Votez pour le Parti vert? Mme May suggère de transporter le pétrole sale de l'ouest par voie de chemin de fer. Enfin, elle n'a pas encore lu les nouvelles sur la catastrophe du lac Mégantic. Vous savez M. Dubé, ils vivent dans leur propre bulle sur la côte du Pacifique. Bien oui, c'est le Parti vert-brun.

      Très facile pour moi. Je vote pour le pays et donc je vote pour le Bloc québécois.

  • Pierre Rousseau - Abonné 15 juin 2019 11 h 13

    Blanc bonnet, bonnet blanc

    En fait, Trudeau a semé l'espoir puis a manqué à sa parole et à ses promesses. Il a gouverné à peu près avec les mêmes politiques que son prédécesseur, le PM Harper, en achetant par exemple l'oléoduc TransMountain; il a aussi attendu à la 11ème heure (à la veille des élections) pour modifier la loi sur les évaluations environnementales.

    Les libéraux fédéraux ont continué à gouverner en grande partie par népotisme et l'affaire Wilson Raybould n'en est que la pointe émergée de l'iceberg. En violant sa promesse d'instaurer le système électoral à la proportionnelle, Trudeau s'est tiré dans le pied car les libéraux auraient pu compter sur une coalition avec le NPD et/ou les Verts qui sont beaucoup plus près des libéraux que des conservateurs.

    Enfin, pas d'interférence politique dans l'affaire Meng ? Pas si sûr. La loi que les ÉU prétendent qu'elle a violée n'est pas un crime au Canada si je ne m'abuse (violation des sanctions contre l'Iran) et je ne serais pas surpris si le juge décidait que l'affaire ne respectait pas les critères des lois sur l'extradition. Le Canada n'était pas obligé de procéder à son arrestation; la police américaine ne peut pas obliger la police canadienne à agir. Il y avait donc une volonté politique au niveau de la GRC de plaire aux Américains et à l'administration Trump en échange de... ?

    Dès les débuts de son « règne » Trudeau a été mal conseillé et les bourdes ont suivi les bourdes, par exemple la parade costumée de son voyage en Inde... Il a accummulé les fausses notes et les promesses vides ainsi que les contradictions en soufflant et aspirant en même temps (son dossier sur les changements climatiques ne peut être plus contradictoire). L'heure de la reddition de compte a sonné mais, malheureusement, l'alternative aux libéraux, les conservateurs, est encore pire. Pour les électeurs, c'est comme de sauter de la poêle à frire dans le feu !

  • Gilles Bonin - Abonné 15 juin 2019 13 h 08

    Passons

    le balai pour retourner Justin à son faux et folklorique petit monde multiculturel - il aura la liberté de se déguiser comme il voudra et de verser une larme (de crocodil) à sa guise. Bon, il est vrai qu'avoir les conservateurs nous obligera probablement à passer la vadrouille dans quelques années. Un petit gouvernement minoritaire serait bon .. et le suprême délice avec le Bloc, notamment pour balancer le pouvoir. On rêve, on rêve...

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 15 juin 2019 13 h 12

    La seule alternative

    La seule alternative pour les québécois c'est le Bloc Québécois, le seul parti qui defend exclusivement les intérêts du Québec. Les québécois seront toujours perdants en votant pour l'un ou l'autre des partis fédéralistes traditionnels.

    • Louise Collette - Abonnée 16 juin 2019 08 h 44

      Tout à fait !