Encaisser la valeur actuelle de son régime de retraite ou opter pour la rente

J'ai récemment quitté mon poste universitaire (en 2001) pour venir m'installer à Montréal. J'ai alors décidé de profiter du droit de retirer mon fonds de retraite du régime de mon ancien employeur (Université d'Ottawa) accumulé au cours des 15 dernières années pour le gérer moi-même. J'ai alors confié cette somme (environ 130 000 $) à un conseiller financier. Comme beaucoup de monde, mes investissements ont beaucoup souffert de la dégringolade des années 2001 et 2002.

Heureusement, la dernière année a vu mes investissements remonter au niveau précédant la chute boursière et même au-delà. À lire vos chroniques cependant, j'ai tout de même la nette impression que mon conseiller est beaucoup trop agressif dans le choix des investissements. Voici comment il a placé mon argent:

AGF Métaux précieux FRD: 16 000 $

AGF Contrat terme FRD: 2672 $

AGF MMF Can FRD: 10 389 $

AGF Ressources canadiennes FRD: 10 113 $

CI Harbour Fonds DSC: 5800 $

Dyn Focus + Équilibre FE: 17 682 $

FID Discipline actions FRD: 10 128 $

FID Étoile du Nord FRD: 11 927 $

FID FOCU Spec ress naturel F: 10 882 $

FID Équilibre canadien FRD: 27 382 $

FID RER Étoile du Nord: 10 059 $

Tal RER GloSciSante FRD: 5253 $

Total: 138 435 $

J'ai 46 ans. Je suis maintenant professeur dans une université montréalaise où je contribue au fonds de retraite. J'ai aussi environ 30 000 $ investis dans un REER composé entièrement de fonds communs de la Banque de Montréal, actions à forte croissance. Je suis propriétaire d'une maison évaluée à environ 700 000 $ avec une balance d'hypothèque de 250 000 $. Croyez-vous que je doive modifier mes investissements?

Je vous remercie d'avance pour vos précieux conseils.

M. B.

Le rendement annuel composé obtenu de vos placements depuis 2001 s'élève à près de 2,5 %. C'est bien peu. Vous auriez fait beaucoup mieux en investissant votre pécule dans les obligations négociables de grande qualité et dans les actions de quelques grandes compagnies canadiennes versant de bons dividendes. Il existe présentement des actions de telles compagnies dont le taux de dividende est de loin supérieur au rendement obtenu de vos placements au cours des deux dernières années.

C'est là une situation que je soupçonne être le lot de plusieurs épargnants ayant investi leur argent dans la nébuleuse que sont les fonds communs d'investissement. Je dis nébuleuse car, il faut bien comprendre, évaluer un fonds d'investissement n'est pas chose aisée. Chaque fonds est en soi un portefeuille composé de titres de plusieurs compagnies, souvent de plusieurs dizaines de compagnies. Imaginez maintenant la tâche qu'il faut accomplir pour tenter d'évaluer un portefeuille qui, comme le vôtre, comprend 13 fonds communs pour un montant total investi de 168 000 $. C'est trop. Je ne puis guère m'atteler à une telle tâche dans le cadre de cette chronique. Votre défi sera certainement de regrouper davantage vos placements autour de cinq fonds communs vous permettant de participer aux secteurs stratégiques de notre économie tels que les métaux précieux, le pétrole, les services financiers, les services publics, etc. Il serait évidemment encore mieux que vous parveniez au cours des deux prochaines années à construire votre propre portefeuille d'actions de grandes compagnies, cela bien sûr avec l'appui d'une bonne lettre financière ou de son équivalent.

Cela dit, votre cas soulève deux points intéressants en matière d'investissement et de planification financière. Le premier: encaisser la valeur actuelle de son régime de retraite pour gérer cette somme soi-même au lieu d'accepter la rente promise par l'employeur. Beaucoup de travailleurs ont choisi cette voie au cours de la dernière décennie, surtout ceux à qui l'employeur a offert des conditions de préretraite fort avantageuses. Grâce aux taux d'intérêt faibles et à la baisse ayant prévalu durant cette période, la valeur actuelle des régimes à prestations déterminées (surtout les régimes riches) a augmenté sensiblement au point de représenter, pour bien des individus, un joli magot de plusieurs centaines de milliers de dollars. Cette valeur était si élevée que le rendement requis pour parvenir, en gérant soi-même cette somme, à accumuler durant sa retraite une valeur supérieure à celle de la rente promise par l'employeur n'était pas très élevé (ce rendement se situait souvent entre 5 % et 6 %). Uniquement sur la base de cette donnée, il était attrayant et justifié pour plusieurs travailleurs d'encaisser la valeur actuelle du régime afin de gérer eux-mêmes cet argent plutôt que d'opter pour la rente viagère dudit régime. Le hic: encore fallait-il que ces travailleurs soient capables de bien gérer cette valeur actuelle encaissée du régime.

Comme le montre votre cas, ce n'est pas là une chose évidente. Évidemment, n'ayant que 46 ans, vous n'étiez pas sur le point de recevoir la rente de votre employeur. Mais au lieu d'encaisser la valeur actuelle du régime de votre ancien employeur, vous auriez pu probablement réinvestir la somme accumulée dans le régime de votre nouvel employeur pour, à la retraite, encaisser la rente promise, rente qui, dans le cas d'un régime à prestations définies, peut être très attrayante. C'est ce que vous auriez dû faire si vous devez obtenir un rendement annuel composé d'à peine 2,5 % sur vos placements pour les dix ou quinze prochaines années et que votre régime en est un à prestations définies élevées.

L'autre point intéressant soulevé dans votre cas est le poids de la résidence dans votre avoir. Ce dernier totalise près de 568 000 $ après impôts, ce qui est très bien à 46 ans.

La valeur de votre résidence représente cependant près de 80 % de cet avoir. Cela est très élevé. Pour le moment, cette situation vous a bien servi, vu la montée rapide de la valeur marchande des propriétés et vu que le gain accumulé sur la résidence principale n'est pas imposable. Certainement qu'il vous faudra d'ici les dix prochaines années voir à mieux équilibrer votre avoir entre les valeurs mobilières ou un petit immeuble à revenus et votre résidence.

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