Deux poids, deux mesures

Embourbé dans son projet de loi sur les maternelles 4 ans, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, était heureux de pouvoir annoncer une bonne nouvelle cette semaine : 850 enseignants et professionnels seront engagés d’ici la rentrée de l’automne pour venir en aide aux élèves en difficulté.

Après les coupes des années d’austérité, ces renforts seraient certainement les bienvenus. La Fédération des commissions scolaires n’a cependant pas tardé à poser la question qui tue : où le ministre compte-t-il prendre ces enseignants, alors que les problèmes de recrutement et de rétention auxquels se heurte le réseau de l’éducation font régulièrement les manchettes ? Un défi « énorme », selon le président de la Fédération.

Réponse du ministre : il suffit de rendre la profession d’enseignant plus attrayante. Certains ont beau avoir la vocation, il faudra néanmoins un sérieux incitatif financier pour ramener dans les écoles des enseignants qui ont pris leur retraite ou que la dureté grandissante du métier a fait fuir.

À l’époque où il était dans l’opposition, François Legault avait déjà souligné au ministre de l’Éducation Sébastien Proulx que les enseignants ontariens gagnaient en moyenne 18 000 $ de plus que leurs collègues québécois, ce qui poussait plusieurs d’entre eux à déménager dans la province voisine.

M. Proulx avait reconnu qu’il faudrait peut-être remédier un jour à cette malheureuse situation, mais que l’état des finances publiques ne permettait pas d’envisager de mieux payer les enseignants dans un avenir prévisible. Quand l’équilibre budgétaire a enfin été rétabli, le gouvernement avait manifestement d’autres priorités.

 
 

La CAQ parle depuis longtemps de la nécessité de revaloriser la profession d’enseignant, mais il faudra attendre les prochaines négociations pour le renouvellement des conventions collectives dans les secteurs public et parapublic avant de voir comment cela se traduira concrètement. Privilégier les enseignants par rapport aux autres groupes d’employés de l’État ne sera pas chose aisée.

En revanche, austérité ou pas, revaloriser la profession médicale n’a jamais posé de problèmes. Alors que l’écart négatif entre la rémunération hebdomadaire moyenne des travailleurs québécois et celle de leurs vis-à-vis ontariens avait presque doublé entre 2004 et 2014, il semblait aller de soi que la parité était indispensable dans le cas des médecins. Pourtant, le Québec manque bien plus d’enseignants que de médecins.

À l’époque où il était président de la Fédération des médecins spécialistes, Gaétan Barrette brandissait la menace d’un exode si un rattrapage n’était pas effectué rapidement. En réalité, le solde migratoire des médecins durant ces années était nettement à l’avantage du Québec, selon les données compilées par l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS).

À la différence des spécialistes, les médecins de famille n’ont pas atteint la parité avec leurs confrères du reste du pays. Après les cris indignés poussés par M. Legault chaque fois qu’on leur accordait une nouvelle prime, il est quand même assez déconcertant de voir son gouvernement utiliser la même méthode pour les inciter à prendre plus de patients en charge.

Depuis des années, à chaque hausse de la rémunération des médecins, on assure qu’il ne s’agit pas d’« argent frais », que c’était prévu dans les « ententes », d’ailleurs trop complexes pour être expliquées de façon compréhensible au commun des mortels, et qui sont elles-mêmes l’actualisation d’ententes précédentes. La nouvelle « prime McCann » est aussi une augmentation de 46 millions déjà prévue qu’on a simplement réaménagée. Faut-il prévoir d’autres surprises de ce genre ?


 
 

Lors de l’étude des crédits du Conseil exécutif, le 17 avril dernier, le premier ministre a fait à voix haute une réflexion qui n’a pas eu l’heur de plaire aux médecins, et pour cause : « Le vrai problème, allez au golf l’été, vous allez voir où est-ce qu’ils sont, les médecins de famille. »

De là à dire qu’ils ne travaillent pas suffisamment, il y a un pas que Gaétan Barrette n’avait pas hésité à franchir quand il avait présenté le projet de loi 20, qui prévoyait l’imposition de sanctions financières importantes pour ceux qui ne prenaient pas suffisamment de patients en charge.

Même si l’objectif de 85 % de Québécois ayant accès à un médecin de famille n’avait pas été atteint, la menace de la loi avait été levée et M. Barrette avait été écarté des négociations avec les médecins au profit du président du Conseil du trésor, Pierre Arcand, nettement plus conciliant.

Non seulement Danielle McCann n’a-t-elle assorti sa prime d’aucune sanction, mais il n’y a plus d’objectif global de prise en charge. Le président de la Fédération des omnipraticiens, Louis Godin, en était visiblement ravi.

Après le règne despotique de son prédécesseur, on peut comprendre que Mme McCann cherche à créer un climat plus harmonieux au sein du réseau de la santé et à amorcer en douceur le changement du mode de rémunération des médecins, qui ne pourra se faire sans leur collaboration. La souplesse de sa nouvelle prime ne contraste pas moins avec l’obsession de la performance qui caractérise généralement M. Legault.

Depuis des années, à chaque hausse de la rémunération des médecins, on assure qu’il ne s’agit pas d’« argent frais », que c’était prévu dans les « ententes », d’ailleurs trop complexes pour être expliquées de façon compréhensible, et qui sont elles-mêmes l’actualisation d’ententes précédentes. La nouvelle « prime McCann » est aussi une augmentation de 46 millions déjà prévue qu’on a simplement réaménagée de façon différente. Faut-il prévoir d’autres surprises de ce genre ?

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