Un «risque Trump»

Le facteur géopolitique fait de tout temps partie de l’analyse risque-rendement potentiel d’un investissement. Mais au rythme où s’intensifie cette guerre commerciale, avec une administration américaine tirant dans toutes les directions même dans son propre filet, un nouvel élément s’ajoute à la liste des risques liés aux placements.

L’analyste Angelo Katsoras, de la Financière Banque Nationale, en a fait un survol cette semaine du point de vue canadien, les entreprises d’ici étant soumises aux feux croisés découlant de cette guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Et l’exercice n’est pas aisé. Comme celui de s’adonner au jeu des prévisions économiques, toujours plus imprécis dans cette surenchère des sanctions économiques et des représailles, selon les humeurs du moment. La Banque du Canada l’a évoqué deux fois plutôt qu’une cette semaine.

« Le Canada et ses entreprises vont devoir s’adapter à un environnement mondial modelé de plus en plus par les tensions à long terme entre la Chine et les États-Unis. Ils devront composer avec l’émergence de deux modèles économiques, assumer le risque accru de devenir des victimes collatérales et voir des objectifs géopolitiques prendre de plus en plus le pas sur les objectifs économiques », écrit Angelo Katsoras.

L’environnement n’est plus le même. Les investisseurs canadiens devront, dans leur analyse, ajouter aux facteurs fondamentaux d’un pays ou d’une entreprise les relations commerciales que ce pays a établies. Pour leur part les entreprises auront désormais à se demander si leurs modèles d’affaires et leurs chaînes d’approvisionnement sont compatibles avec les objectifs géopolitiques de la Chine et des États-Unis. « Cela augmente le risque de perdre des parts de marché au profit de concurrents […] en raison de facteurs géopolitiques ». Quant à celles oeuvrant dans des secteurs stratégiques, en choisissant de se concentrer sur le marché américain elles risquent de se voir fermer l’accès au marché chinois, et inversement. Pour maintenir un certain accès aux deux marchés, ces entreprises pourraient se sentir obligées d’établir deux chaînes d’approvisionnement séparées, dans chacun des deux marchés. « Cela impliquerait des coûts logistiques plus élevés pour beaucoup, mais sans garantir le maintien d’un accès au marché », ajoute l’analyste de la Nationale.

Les risques liés aux placements

Un « risque Trump » vient donc s’ajouter aux 12 types de risque lié aux placements identifiés par la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario. On parle de ceux liés :
au marché, soit à l’évolution de la situation économique ou d’autres événements touchant l’ensemble du marché
aux actions, soit celui lié à la fluctuation des cours et à la perte de son capital
au taux d’intérêt, qui s’applique aux placements par emprunt avec un cours fluctuant en sens inverse des taux, mais aussi qui vient influencer la valeur du ratio cours/bénéfice
au taux de change, associé aux placements étrangers
à la liquidité du titre, qui vient restreindre la capacité de vendre à un prix juste et de se retirer au moment voulu
à la concentration, découlant d’un investissement concentré dans un seul placement ou type de placement, secteurs d’activité et emplacements géographiques. En revanche, trop de diversification peut « tuer » le rendement
au crédit, généralement associé à une obligation ou à un emprunt, recevant habituellement une cote d’évaluation
au réinvestissement, souvent lié à un placement comportant une échéance
à l’inflation, impliquant une perte du pouvoir d’achat associé à un rendement inférieur à l’inflation. On y greffera l’impact fiscal
à l’horizon, un événement imprévu pouvant forcer la liquidation du placement à perte
à la longévité, soit de survivre à son capital
aux placements étrangers, qui exposent à un environnement économique, politique et réglementaire différent.

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