Le vert pâle de la CAQ

Depuis Robert Bourassa, les pèlerinages des premiers ministres du Québec aux États-Unis pour faire la promotion de l’hydroélectricité sont devenus une sorte de rituel. François Legault a l’âme d’un commis voyageur et il est certainement à espérer qu’il réussisse à transformer les bonnes intentions du maire de New York, Bill de Blasio, en contrat en bonne et due forme, même si crier sur tous les toits qu’il est prêt à brader les surplus d’Hydro-Québec semble une bien curieuse façon de négocier.

Outre les avantages économiques que le Québec en tirera, il va de soi que plus vite l’hydroélectricité remplacera les énergies fossiles chez nos voisins, mieux l’environnement se portera des deux côtés de la frontière. L’appel qu’il a lancé à Washington pour un élargissement de la Bourse sur le carbone est également une excellente initiative.

Il ne faudrait cependant pas que M. Legault s’estime dispensé pour autant d’adopter ici des politiques musclées de lutte contre les changements climatiques. Au lendemain de l’élection du 1er octobre dernier, il se disait habité par une « sincère préoccupation pour les défis environnementaux », mais on n’en a pas encore vu la manifestation concrète.

Le premier ministre est rapidement arrivé à la conclusion que celle qu’il avait choisie au départ pour communiquer cette nouvelle préoccupation, MarieChantal Chassé, n’avait pas les dispositions requises, mais on ne peut pas dire que son remplaçant, Benoît Charette, a été très convaincant jusqu’à présent.

À moins d’être prêt à démissionner, un ministre de l’Environnement peut difficilement prendre le contre-pied des positions de son patron, et M. Charette est visiblement trop heureux d’avoir enfin accédé au saint des saints pour jouer les « trouble-développement ».

 
 
 

D’entrée de jeu, M. Legault a manifesté un grand enthousiasme pour le projet de gazoduc qui aboutirait à une nouvelle usine de liquéfaction au Saguenay, qui émettrait chaque année plus de 7,8 millions de tonnes de GES, soit près de quatre fois les émissions générées par la controversée cimenterie de Port-Daniel.

Dans un premier temps, M. Charette a dit que l’évaluation environnementale du projet prendrait en compte les GES émis en amont, c’est-à-dire avant que le gaz extrait en Alberta arrive en territoire québécois, mais il est rapidement rentré dans le rang. Qui plus est, le projet de gazoduc et celui de l’usine de liquéfaction seront évalués séparément, même si le promoteur est le même.

M. Legault profitera du conseil général de la CAQ, qui se tiendra en fin de semaine sur le thème « Pour une économie verte », pour exposer sa vision des choses. Si elle est de la même eau que les propositions qui y seront débattues, elle ne suscitera pas un grand enthousiasme à l’extérieur de la mouvance caquiste.

Le metteur en scène Dominic Champagne, qui parraine le « Pacte pour la transition », s’adressera aux délégués, mais il risque de trouver tout cela d’un vert bien pâle. Ce dont on discutera est très loin de l’engagement de réduction des GES que le Pacte exige et du projet de loi sur le climat « clés en main » que M. Champagne a offert au premier ministre en décembre dernier. Manifestement, on n’a pas voulu imposer au gouvernement la moindre contrainte dans l’élaboration de « l’approche bonifiée » qu’il a promis de présenter « au cours de la prochaine année ».

 
 

Dans son introduction, le cahier de propositions proclame qu’« il est urgent d’agir », mais le mot « interdire » n’apparaît nulle part, qu’il s’agisse des véhicules à essence ou même des pailles en plastique. Les intentions sont louables, mais on s’en tient essentiellement à des mesures d’ordre incitatif.

Certes, on y propose « d’accroître de façon significative l’offre, la qualité et l’utilisation du transport collectif », mais le gouvernement n’a pas encore donné la preuve qu’il est réellement convaincu de cette nécessité. Alors qu’il souffle le chaud et le froid sur le projet de tramway de Québec et boude la ligne rose, il s’entête à établir un « troisième lien » entre les deux rives du fleuve sans qu’on sache d’où viendra l’argent, ni même si ce lien est réellement nécessaire.

Il est sans doute souhaitable de réduire l’utilisation des circulaires destinées au secteur résidentiel ou encore de trouver des solutions de rechange au sel qu’on répand sur les routes durant l’hiver, mais on aurait espéré que la CAQ se montre un peu plus énergique en ce qui concerne les énergies fossiles.

La semaine dernière, le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, est revenu sur son idée d’un « corridor énergétique » traversant le Canada d’un océan à l’autre, idée qu’il avait déjà évoquée dans une entrevue accordée à La Presse en janvier dernier.

« Le Québec a de l’hydroélectricité. Il veut avoir un corridor pour exporter de l’électricité vers d’autres provinces. Très bien. Nous avons besoin de trouver de nouveaux marchés pour l’énergie venant de l’ouest du Canada. On peut trouver un terrain commun », expliquait-il. M. Legault pourrait peut-être profiter du conseil général de la fin de semaine pour répondre à la proposition de M. Scheer.
 



Une version précédente de cette chronique, qui identifiait MarieEve Chassé comme ex-ministre de l'Environnement, a été modifiée.

 

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17 commentaires
  • Daniel Bérubé - Abonné 23 mai 2019 03 h 56

    La nécéssité des lois...

    Nous sommes, malheureusement, dans une société de... division. La chose est sans doute fortement influencé par le contexte politique, fake-news ou "diverse radio" voulant accentuer le contexte gauche/droite, donc incitant à la division. Ceci fait en sorte qu'il est très rare d'avoir à l'assemblé nationale unanimité, de tout les partis sur un sujet, sauf pour certains cas particuliers où il aurait été difficile pour un parti s'y opposant de justifier son choix.

    Concernant les urgences climatiques, pour un certains nombre l'humain n'a pas d'influence, il ne s'agit que de cycle climatique qui ont déjà existé. Donc leur demander de poser des gestes en ce sens peut être assez difficile, ne voyant aucune utilité à la chose. Alors les lois feraient en sortes que tous, seraient obligé de suivre les directives, surtout quand il ne serait pas simplement "demandé" d'éviter d'utiliser quelque chose, mais que cette chose serait en tant que telle interdite d'utilisation ici (pailles plastique, suremballage, tout produit "utilisez/jetez" (sinon leur imposer une taxe spéciale de 25% minimum).

    Nous sommes aujourd'hui dans une société où il ne suffit plus de demander une participation volontaire, malheureusement. La valeur de vie "collective" a aujourd'hui perdu beaucoup de sens pour un nombre trop grand " d'individualistes ". À ce moment, seul la loi peut ainsi protéger cette dite société.

  • Gilles Bonin - Inscrit 23 mai 2019 07 h 00

    En tous les cas,

    je préfère le vert pale qui progresse (même qu'un peu) que le catégorique vert si foncé, si teinté de rouge radical, qu'il vire au brun... Ça vous rappelle quelque chose le brun, les chemise brunes... repoussoir total après trop souvent de dramatiques événements et destructions qui ne font pas avancer, mais plutôt reculer...

    • Cyril Dionne - Abonné 23 mai 2019 09 h 54

      Complètement d'accord avec vous M. Bonin. Ceux aux discours vert foncé au Québec, pour reprendre vos mots, sont devenus des extrémistes et fascistes environnementaux parce que, comme pour les idéologies politico-religieuses, tout le monde à tort et eux ont raison. En fait, ils sont devenus menaçant et obligent les gens à signer le Pacte, une idylle qui ne veut rien dire parce que les porteurs de cette nouvelle idéologie sont les pires pollueurs au Québec ou bien, leurs actions personnelles indiquent qu’ils devraient se garder une petite gêne lorsqu’ils font la morale aux autres.

      Ceci dit, les chiffres sont tonitruants au Québec. Le Québec est de loin la province qui émet le moins de GES par capita et qui est la plus verte au Canada. En fait, elle a réduit son empreinte carbone si on prend en ligne de compte l’augmentation de la population via l’immigration. La Saskatchewan et l’Alberta produisent en moyenne plus de 60 tonnes de GES par citoyen en une année alors que c’est moins de 10 tonnes pour un Québécois. En comparaison, un Chinois produit maintenant environ 8 tonnes de GES par année et ils sont 1 400 millions; nous sommes en peu plus que 8 millions. Le Québec, c’est 0,1% de la production des GES mondiaux tout en entretenant une population qui représente 0,1% de la population mondiale.

      Le pire, c’est qu’un parti politique, Québec solidaire, politise ce combat contre les changements climatiques. Ils se foutent complètement de la cause parce que pour eux, ce sont des votes qu’ils veulent obtenir, surtout des jeunes, qui sont les pires en fait de production de GES, enfant roi oblige. De toute façon, les jeunes, lorsqu’ils commenceront à travailler et fonder une famille, deviendront les adversaires de ce parti aux accents d’un socialisme extrême. Et cela, c’est la cerise sur le sundae.

    • Daniel Grant - Abonné 23 mai 2019 21 h 23

      @G.Bonin et C. Dionne
      Pendant que la CAQ attend que ça nous pète en pleine face ne perdez pas votre souffle messieurs à crier des noms à ceux qui cherchent des solutions, pcq vous allez en avoir besoin quand l’air ne sera plus respirable.

      Au lieu de vous amuser à faire danser des colones de chiffres et des statistiques au rythme de votre petite musique de marchand de doute, il serait plus utile de vous interroger sur le bilan de cette industrie délinquante et irresponsable du pétrole et de nous faire lire vos solutions.

      Peut importe notre classement parmi les pollueurs, nos émissions de GES sont à la hausse et ça ne semble pas trop inquiéter la CAQ et elle est même prêt à empirer la situation avec le gazoduc.

      Les ours polaires à quoi ça sert? La CAQ est prêt à niquer la planète en autant que ça crée des jobs.

      Pour nettoyer un déversement d’énergie solaire ça prend juste un coucher de soleil.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 mai 2019 22 h 45

      Cher M. Grant,

      Vous ne semblez pas comprendre les chiffres ou les mathématiques. On imagine que cela n’est pas enseigné dans les facultés des sciences sociales. La vérité est dans les statistiques et données qui sont vérifiables par tous, partout et en tout temps. Ce n'est pas une religion qui tient de la superstition des amis imaginaires. C’est la science et elle ne prit à l’autel de la très Sainte rectitude écologique, le Pacte oblige.

      Nos émissions de GES sont à la hausse à cause que nous augmentons notre population via l'immigration. 50 000 immigrants par année n'est pas rien en plus de tous les illégaux. Et on ne parlera du 4 à 5 milliards que ça coûte aux contribuables québécois par année. En fait, par capita, nos émissions de GES ont baissé au Québec. Ce sont les empires économiques émergents qui sont en train de continuer la destruction de notre vaisseau spatiale qu’est le Terre. Est-ce que vous comprenez qu’en une seule journée de pollution extrême en Chine, ceci élimine tous les efforts écologiques déployés par les Québécois en une année? Essayez les 3 milliards de population de la Chine et de l’Inde (qui est une puissance économique en devenir) contre notre pauvre 8 millions et plus de Québécois. Vous savez, c’est 3 000 000 000 d’humains contre 8 300 000 Québécois. Vous voulez un dessin et une petite vidéo avec les artistes avec ça? Au lieu de perdre votre temps au Québec, ils ont besoin de missionnaires écologiques en Sasakatchewan et en Alberta présentement. Pour ces provinces, c'est 12 fois la moyenne mondiale en fait de GES.

      Ceci dit, vous parlez des ours polaires alors que vous n'avez jamais vu un dans son habitat naturel. Moi si.

    • Daniel Grant - Abonné 24 mai 2019 09 h 56

      cher M. C.Dionne

      Non la vérité est dans la mesure de la planète alors que vos statistiques reflètent la stupidité de l’humanité.

      Alors que vous n’êtes de toute évidence pas un scientifique et de voir le nombre d’épithètes que vous utilisez pour communiquer je soupçonne que c’est plutôt de votre côté qu’est la dérive de la science sociale avec vos explications ‘sans dessin’.

      Vous ne croyez pas que le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut générer une tornade au Texas,
      moi je crois qu’on peut perdre notre liberté à cause du clou qui manque au fer à cheval.

  • Pierre G. Blanchard - Abonné 23 mai 2019 07 h 01

    Le prix de l'énergie - incitatif politique

    Oui, il faut s'interroger et il devient impératif d'avoir un alignement des politiques favorable à une rationalisation du transport énergétique au pays. Le prix du pétrole canadien est moins cher que celui de schiste plus sale et volatifl, dont 40% sont importés des USA et qui circule toujours par rails au QC. Plus de 50% nous proviennent déjà de l'Alberta et sont prérafinés avant d'atteindre MTL par pipeline.Avec le prix de l'essence qui approche 1.50$ le litre, celui-ci pourrait rapidement atteindre 2$ le litre advenant une perturrbation majeure des marchés internationaux. Quant à l'hydroélectricité, Terre-Neuve est en sérieuse difficultés financiè6res et, comme HQ, a des surplus qui pourraient être mis à contribution dans un contexte pancanadien d'ouverture et de partage d'énergie. De plus, l'Ontario fait face à un dilemme avec des coûts possibles de plus de 60G$ pour la remise à niveau de ces centrales nucléaires. Une perspective qui ne réduirait pas leurs coûts d'électricité déjà au double de ceux au QC. De plus en plus, la notion d'autonomie énergétique gagne du terrain et pourrait s'accélérer en position de coût élevé ou de pénurie. Telle la Norvège, nous sommes un des rares pays à pouvoir atteindre l'autosuffisence. Notre dépendance du marché US pour toutes nos ressources nous appauvrit et nuit à la libre circutlation des biens et services au pays, si ce n'est la diversification de nos sources d'énergie afin de mieux conjuguer nos atouts commerciaux et économiques d'Est en Ouest.

  • Alain Larouche - Abonné 23 mai 2019 07 h 57

    Nébuleuse

    Comme d’habitude nos politiciens nagent dans le brouillard conscienment en soufflant le chaud et le froid devant des actions concrètes pour contrôler sinon réduire les polluants atmosphériques. Malgré les urgences, rien n’y fait. Nous sommes condamnés à être devant le mur d’immobilisme. La CAQ n’y fait pas exception devant leurs contradictions, leurs priorités électoralistes enchaînées dans une camisole de force.

  • Gilbert Talbot - Abonné 23 mai 2019 10 h 53

    J'ai comm un gros doute

    Vous savez peut-être que l'usine de liquéfaction du gaz naturel GNL qu' on veut construire sur les bords du Saguenay se situe dans la région la plus polluée du Québec, dominée par Rio Tinto qui y a implanté depuis longtemps ses usines d'aluminium. Qu'il était Vert mon Saguenay, au temps du Royaume. Qu'il est gris aujourd'hui au temps des industries.
    Et le transport collectif demeure un leurre en région. On ne parle pas ici d'un tramway ou d'une ligne rose, mais simplement d'avoir un réseau de transport régulier, qui couvre tout le vaste territoire.
    Le Vert pâle de la CAQ annonce-t-il de nouveaux bourgeons printaniers qui sauront rejoindre le Vert foncé de nos forêts d'épinettes noires, qui poussent dans nos brûlés tachetés du bleu de nos petits fruits si délicieux?
    Il est à espérer que Dominique Champagne puisse semer dans le champ droit, les graines d'un pacte nécessaire et urgent... mais j'en doute.