Parler de sexualité à l’école

Cette semaine, la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) a dressé un bilan négatif du nouveau cours d’éducation à la sexualité implanté depuis presque un an dans nos écoles primaires et secondaires, à raison, respectivement, de 5 et de 15 heures par an. On déplore surtout le manque de préparation des enseignants, qui se disent aussi mal à l’aise avec ce contenu.

Cet épisode me fournit l’occasion de rappeler quelques réflexions philosophiques sur cette composante du curriculum à laquelle appartient l’éducation à la sexualité et qu’on désigne le plus souvent sous le nom de formation personnelle et sociale.

Elles me semblent apporter un éclairage intéressant et pertinent sur ce qui se joue ici.

 
 

L’école est d’abord et avant tout une institution qui éduque, ce qui signifie qu’elle transmet des savoirs importants retenus, convient-on généralement, pour leur contribution à la formation de l’esprit, à la construction de l’autonomie du sujet et à la préparation à un exercice éclairé de la citoyenneté. Mais elle remplit bien sûr aussi d’autres fonctions : elle socialise, elle qualifie, et même, mais c’est cette fois plus polémique, elle moralise.

C’est ici que se place la formation personnelle et sociale. Elle n’a pas de définition universellement admise, mais renvoie à des savoirs, à des habiletés qui aident à faire des choix éclairés sur un grand nombre de questions, de problèmes, de défis auxquels les jeunes feront face. La liste des candidats est imposante. Apprendre à faire un bon usage des nouveaux médias pourrait en faire partie, mais aussi apprendre à faire un budget, à bien choisir une carrière, à bien se nourrir, et ainsi de suite, sans oublier, bien entendu, l’éducation à la sexualité.

Nobles idéaux. Mais vous avez deviné les défis qu’ils placent devant nous.

Le curriculum est déjà chargé : comment justifier de retenir tel ou tel élément plutôt que tel autre ?

Certains de ces sujets sont polémiques, notamment par cela que peuvent y entrer en conflit les valeurs des parents et celles sur lesquelles on choisira de faire reposer l’enseignement scolaire, puisqu’il est inévitable qu’on fasse un tel choix.

L’école voudra aussi articuler son enseignement dans ces domaines sur ce qui est sa mission propre : la transmission de savoirs. Or, ici encore, il y a possibilité de conflit, parfois majeur, sur ce qui constitue un savoir. Pour en rester à la sexualité, quelle place fera-t-on à la psychanalyse ? À la théorie du genre ?

Pour aller à l’essentiel, je pense que le ministère a agi sagement en construisant son programme (vous pouvez consulter ici la liste des contenus de ce curriculum) et en procédant avec prudence dans son implantation. L’éducation à la sexualité est aujourd’hui, à l’heure de #MoiAussi et de la pornographie facilement accessible, plus que jamais nécessaire et concerne des sujets de haute importance, comme l’égalité entre les sexes, l’égalité de genre, la santé sexuelle et reproductive et j’en passe.

Le ministère a donc agi sagement. À un détail près.

La bonne dispensation de ce contenu suppose au moins deux choses.

La première est une solide connaissance disciplinaire (ici, en sexologie) ; la deuxième, cette sagesse pratique qui est celle de l’enseignant formé en didactique de ce sujet potentiellement polémique et sachant comment introduire en classe des sujets controversés, de manière à en permettre une discussion respectueuse et riche.

Tout cela ne s’improvise pas. La solution, manifeste, serait de prendre des personnes formées en sexologie et de les former à l’enseignement par des cours de didactique, par des cours d’histoire, de psychologie et de sociologie de l’éducation, sans oublier l’indispensable philosophie de l’éducation. Ces personnes feraient aussi de longs stages pour faire l’apprentissage pratique de leur métier.

Nous avions à peu près cela il y a 25 ans. Pour des raisons que je n’ai jamais pu comprendre ni accepter, on a aboli cette porte d’entrée vers l’enseignement des personnes ayant déjà une formation disciplinaire qu’était le certificat en enseignement. Il était imparfait, certes, et il y manquait énormément de formation pratique et de stages. Mais en l’abolissant, nous nous sommes privés de ressources dont on découvre aujourd’hui qu’elles nous manquent cruellement.

Quoi qu’il en soit, le malaise des enseignants devant donner le cours d’éducation à la sexualité, compte tenu de leurs carences de connaissances dans le domaine et du fait qu’ils n’ont pas été formés à enseigner des sujets controversés, ne m’étonne pas outre mesure.

 
 

Je souhaite publier ici ce que j’appelle des trucs et astuces de profs. J’entends par là ces petites stratégies inventées sur le tas et jugées efficaces pour faciliter un aspect ou un autre de la pratique du métier. Vous savez de quoi je parle…

Ce peut être : une manière de faciliter la correction de certains travaux ; d’aider à apprendre les lettres de l’alphabet ; d’ouvrir (ou de terminer) un cours ; de gérer le cellulaire en classe — ou d’en faire bon usage ; de gérer certains comportements ; de retenir les noms des élèves ; et ainsi de suite.

Ils sont légion, mais peu connus hors du cercle étroit de leurs inventeurs. Partageons-les !

Vous pouvez me raconter votre idée — en précisant si vous souhaitez, ou non, garder l’anonymat — à cette adresse : baillargeon.normand@uqam.ca.

Une lecture : sur l’éducation à la sexualité, j’ai beaucoup apprécié le très riche et très stimulant Doit-on vraiment parler de tout ça ? Cunnilingus, fellations et autres délicatesses, de Patrick Doucet, chez Québec Amérique, 2018.

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2 commentaires
  • Marie Rochette - Abonné 18 mai 2019 06 h 59

    Transmission des savoirs

    "L’école est d’abord et avant tout une institution qui éduque, ... transmet des savoirs importants ... pour leur contribution à la formation de l’esprit, à la construction de l’autonomie du sujet".

    J'aime beaucoup ce dernier point de l'autonomie du sujet. L'automie en éducation consiste, à mon point de vue, à outiller les-dits "individus" à prendre en charge la responsabilité de leur besoins quant aux nouvelles connaissances requises pour faire face aux situations nouvelles qui apparaissent continuellement au cours d'une vie. Bref apprendre à apprendre.

    Les enseigants qui se plaignentdans le cadre de l'enquête citée, d'un manque de préparation, ont ici une belle opportunité pour faire la démonstration d'autonomie en matière d'apprentissage. Cela est d'autant plus pertinent que dans ma croyance, les "sujets" apprennent mieux lorsque les enseigants sont cohérents et font ce qu'ils prèchent notamment en matière d'autonomie.

  • Christian Roy - Abonné 18 mai 2019 19 h 04

    À pas de bébé

    L'éducation à la sexualité se réalise présentement "à pas de bébé" dans plusieurs commissions scolaires. Est-ce la signe d'une certaine prudence ou que les administrations sur le terrain ont sous-estimé ce que représentait la prestation d'un tel programme ? Beaucou reste à faire afin que cette matière ait une reconnaissance formelle.

    Une chose est sûre, les élèves de la fin du secondaire ont fait plusieurs démarches pour que ce cours soit de nouveau à l'horaire. Des conseils d'élèves ont fait des démarches auprès des instances ministérielles et de la députation. Ils ont dû patienter plusieurs années !!!
    Ils ne sont plus sur les lieux pour constater le fruit de leurs efforts. Ils ont semé pour plus tard.

    La formation personnelle et sociale est souvent considérée comme le parent pauvre de la maquette horaire. La matière a encore des allures d'être présentée à la "bonne franquette".

    Parent pauvre, bébé...coudon, je suis probablement suffisamment formé pour offrir le cours !!! C'est tout dire.