La vraie nature du PQ

Le Parti québécois (PQ) ne va vraiment pas bien. Depuis sa dégelée du 1er octobre 2018, le parti est exsangue, voire en danger de mort. Comment expliquer une telle déroute dans une formation qui a longtemps incarné l’enthousiasme québécois ? Aux dernières élections, Jean-François Lisée a fait le choix de présenter aux Québécois un PQ modérément progressiste de tendance souverainiste. L’offre, c’est une évidence, était molle, mais apparaissait, dans les circonstances et dans la perspective indépendantiste et sociale-démocrate qui est la mienne, comme un moindre mal. J’ai cru, en effet, que Lisée, fin stratège, jouait les bonnes cartes. Il a pourtant presque tout perdu.

Était-ce inévitable ? Dans Qui veut la peau du Parti québécois ? (Carte blanche, 2019), Lisée semble le croire. Selon lui, la volonté des Québécois de se débarrasser des libéraux en passant par la Coalition avenir Québec (CAQ) n’a pas laissé au programme péquiste la chance de se faire valoir.

Le combat de la nation

L’historien Frédéric Bastien, qui a participé, dans l’ombre, à la campagne, ne partage pas cette analyse. Dans Après le naufrage (Boréal, 2019, 232 pages), un essai dans lequel il revient sur ce pénible épisode péquiste, il affirme que la débâcle n’était pas une fatalité et qu’elle est attribuable à la mise au rancart de la question nationale. « Ceux qui veulent faire le combat du progressisme, du centrisme ou du conservatisme peuvent aller militer respectivement à QS, au PLQ ou à la CAQ, écrit-il. Le PQ, lui, doit mener le combat de la nation et se positionner au centre de l’axe gauche-droite, en adoptant des idées venant tantôt de la gauche, tantôt de la droite, comme il l’a fait quand il a gouverné. Encore une fois, la priorité doit être la question du régime. »

Pour avoir négligé « cette évidence », ajoute Bastien, le PQ de Lisée a frappé un mur. Si le parti veut retrouver sa pertinence, il doit tirer la leçon de cette erreur et renouer avec un nationalisme énergique, animé par la contestation du régime canadien. « L’enjeu, écrit l’historien, qui parle ici en tant que militant, est immense : il s’agit de la survie du seul parti vraiment capable de défendre les intérêts supérieurs du Québec, du seul capable de mener à son terme la bataille pour notre liberté. »

Bastien sait bien qu’on lui rétorquera que la question constitutionnelle est passée de mode et que les gens, aujourd’hui, n’en ont que pour les « vraies affaires ». Aussi, il prévoit l’objection en répliquant, avec raison, que « les gens ne te parlent pas de ce dont toi-même tu ne leur parles pas ». Il montre, dans cet essai, en se fondant notamment sur des sondages, que les Québécois continuent d’entretenir des attentes sur le front constitutionnel et qu’en cette matière, le PQ s’impose comme un véhicule privilégié.

La thèse de Bastien ressemble à celle mise en avant par Claude Morin dans Je le dis comme je le pense (Boréal, 2014). Dans cet essai, l’ex-ministre péquiste affirme que « l’objectif du PQ est la sauvegarde et l’épanouissement de l’identité québécoise ». La souveraineté, dit-il, est le moyen par excellence pour réaliser cette mission. En attendant des jours meilleurs pour cette option, il est toutefois possible d’avancer en ce sens en formulant des revendications constitutionnelles, appuyées par référendum, ce qui imposerait une obligation de négocier au gouvernement fédéral, suivant une décision de la Cour suprême de 1998.

Le plan Bastien

Sans faire référence à Morin, Bastien suggère une voie semblable, en affirmant qu’il faut « sortir de la logique du tout ou rien » et qu’il « n’y a pas de contradiction à se battre pour le statut du Québec en attendant un autre référendum ». Parizeau, rappelle l’historien, préconisait déjà une stratégie semblable en 1988-1989.

Bastien raconte qu’un groupe d’experts dont il faisait partie a tenté de convaincre Lisée d’adopter un tel plan constitutionnel lors de la dernière campagne électorale. Ce plan proposait de soustraire le Québec au modèle multiculturaliste et de lui accorder une prépondérance législative en matière d’immigration, de culture, de langue et d’environnement.

Selon Bastien, Lisée a d’abord bien accueilli l’idée avant de l’abandonner, sous prétexte que les Québécois avaient d’autres priorités. Ouvrir un tel front constitutionnel aurait-il permis au PQ de faire meilleure figure ? Bastien en est convaincu et il croit que l’avenir du parti passe par cette voie. Son argumentation fait souvent mouche et force à de stimulantes réflexions.

Vigoureux plaidoyer pour un nationalisme politique, culturel et démocratique qui refuse de se laisser intimider par les accusations d’intolérance que ses adversaires formulent contre lui, l’essai de Frédéric Bastien proclame que le Québec a besoin d’un PQ décomplexé renouant avec sa vraie nature.

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8 commentaires
  • Pierre Bernier - Abonné 18 mai 2019 10 h 19

    Quoi qu'on dise !

    Avec le temps qui passe, les aiguilles en apparence bloquées d’une horloge monumentale ne donnent-elles pas l’heure juste deux fois par jour ?

  • Claude Bariteau - Abonné 18 mai 2019 10 h 30

    Le PQ s'est définie une suite à la Révolution tranquille et fit de l'indépendance un horizon sous M. Lévesque, un démocrate respectueux des mandats politiques.

    En 1988, M. Parizeau, à la tête du PQ, devient chef d'opposition. Après Meech et le référendum canadien de 1992, il devient PM avec mandat de tenir un référendum sur la « souveraineté partenariat », qui implique l'indépendance.

    Dans son livre, M. Bastien fait écho à l'approche de M. Parizeau de 1989 en faveur de référendums sectoriels alors que M. Bourassa plaide pour un changement du cadre de 1982. Le référendum canadien de 1992 fige ce cadre par défaut et rend secondaires tout référendum sectoriel.

    Fervent nationaliste et assuré, comme M. Lévesque, de l'appui des indépendantistes, M. Bastien préconise cette approche en 2018 au nom de la « vraie nature » du PQ.

    Sa proposition a le défaut de figer le PQ dans une démarche crypto-nationaliste alors qu'un bond qualitatif s'impose pour rallier une majorité de Québécois et de Québécoises de toutes origines, qui sont aussi des patriotes, pour faire du Québec un pays, comme en Écosse et en Catalogne.

    Que Les Éditions du Boréal le publie révèle que ses idées rejoignent celles des propriétaires qui alimentent, comme hier, la flamme ethno-nationaliste en refusant par décision éditoriale de nourrir celle de l'indépendance autrement qu'en écho à un horizon qu'ils estiment contraire au destin (?) des Canadiens-français.

    M. Lisée n'a pas souscrit aux idées de M. Bastien. Aussi voit-il en lui un naufrageur. À lire M. Lisée depuis les élections sur l'indépendance, j'ai des doutes. IIl me semble plutôt « naufragé » par les opposants à l'indépendance qui ont craint son plan d‘attaque, un plan qui sera revu d’ici peu avec l’indépendance comme incontournable.

    Le faire douit éviter le retour de référendums sectoriels et préciser les contours politiques du pays conquis par une démarche citoyenne.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 18 mai 2019 14 h 04

    Le Parti Québécois et ses détracteurs!

    Doit-on aussi rendre scientifique le retour en avant-plan du PQ au Québec? Les interprétations des uns et des autres me préoccupent peu! En fait, seule la conviction de faire du Québec un pays libre m'apparaît la seule alternative pour se libérer du joug fédéral! Il suffit de dresser une liste de critères avec les avantages et les inconvénients pour un francophone qui en a marre des magouilles fédérales! Elles sont si nombreuses et si grotesques avec notre Tartuffe contemporain! Hier, on annonçait, à grand renfort concerté de médias, que le Canada avait gagné la bataille de l'aluminium sur le citoyen américain Donald Trump! C'est prendre les Québécois pour des cons! Notre environnement, pas celui qui périclite sous l'emprise des fonctionnaires fédéraux, est si conditionné qu'aussitôt on montre les champions de la farce! Le Ministre Champagne se targuait RAPIDEMEMENT d'avoir des appels par milliers! « On travaille même sur l'opportunité de faire construire deux traversiers à la Davis »...Les élections fédérales s'en viennent!
    Devant ce spectacle de cirque, avec en toile de fond un pays divisé quant aux revendications de la minorité francophone sans cesse bafouées, seul le Parti Québécois peut renverser la tendance. Si le Parti Québécois a fait peu de promesses récemment, on peut affirmer qu'au contraire, le Canada ne vit et survit que sur des promesses qui ne tiennent pas la route! Des deux, je préfère le Parti Québécois avec lequel j'ai plus d'affinité...

    • Claude Bariteau - Abonné 18 mai 2019 15 h 07

      Je partage votre analyse sauf votre référence aux franco-québécois.

      Le joug fédéral limite l'État du Québec et cet État n'est pas celui des franco-québécois mais de tous les habitants du Québec, qui en ont marredes appâts que le Canada leur pend au bout du nez pour qu'ils mordent à pleines dents dans ce piège à cons.

  • Martin Paquet - Inscrit 18 mai 2019 15 h 13

    Le PQ balancier, confus et indiscipliné.

    1) Le PQ a fait une grave erreur entre mettant en veilleuse ses valeurs sociales d'origine de facture généralement humanistes pour trop souvent se laisser influencer par une droite dure de plus plus envahissantes dans la société québécoise. Beaucoup ne s'y sont pas retrouvés et lui ont refusé leur appui en nombre croissant, d'élection en élection. Ce premier clou dans le cercueil du PQ n'a certainement pas aidé le parti.

    2) La "Charte des valeurs", honnie par beaucoup avec raison, n'a rien réglé et n'aurait rien réglé de toute façon, étant très mal élaborée, mal expliquée, mal présentée. Ce brouillon indigeste ne rejoignait pas l'objectif majoritaire de la société qui était avant tout la défense de la laïcité au sein de notre société plutôt que celle de "valeurs" dont les concepts étaient flous et peu consensuels. Cette faillite de la "Charte des valeurs" a été le deuxième clou dans le cercueil et a profondément meurtri le PQ aux yeux de beaucoup de ses sympathisants, éloignant encore plus le parti de ses réelles valeurs du début de son histoire.

    3) Les éternelles chicanes internes du PQ, abondamment documentées dans les médias, les spectacles désolants et sinistres de grenouillages et d'attaques mesquines entre plusieurs candidats et membres à chaque campagne à la chefferie du parti ont fini de coller au PQ l'image d'une organisation incapable de seulement d'amener ses membres à s'entendre entre eux. Comment alors arriver à séduire un électorat souvent rebuté devant tant de désorganisation et d'absence de discipline? Troisième clou dans le cercueil.

    4) Dernier clou dans le cercueil, les éternelles tergiversation sur l'objectif souverainiste du parti mis en veilleuse, ramené à l'avant plan pour être remis en veilleuse, etc..., etc... Le parti s'est perdu dans ce balancier et a perdu ses plus fidèles partisans.

    Si le PQ veut revivre, il devra faire le ménage dans ses rangs des gérants d'estrades qui ne font que miner les fondations du parti et

  • Bernard LEIFFET - Abonné 18 mai 2019 15 h 31

    L'État du Québec

    Suite à mon commentaire et à celui de Monsieur Bariteau, c'est effectivement TOUS les habitants du Québec qui étaient visés! En fait, j'utilise cette expression de franco-québécois car j'ai un mauvais souvenir d'un homme d'une province de l'ouest qui, après avoir vu notre plaque du Québec, a tenté de renversé notre trailer-tente, avec son gros camion! Quel accueil!