Entrée remarquée d’Uber en Bourse

Dans un marché baissier, plombé par les tractations commerciales entre les États-Unis et la Chine, Uber a raté sa rentrée boursière. Émise à 45 $US, l’action a chuté autour des 42 $US après seulement quelques minutes de négociations vendredi, soit une chute initiale de 6,6 %. L’action a finalement clôturé vendredi à 41,57 $US, soit 7,6 % sous le prix d’ouverture fixé la veille à 45 $US.

Le tape-à-l’oeil était à l’image des attentes entourant « l’une des plus grosses entrées en Bourse de l’Histoire » aux États-Unis. Empruntant la formule du défilé sur le tapis rouge précédant la cérémonie des Oscar, la direction d’Uber s’est présentée au New York Stock Exchange sous les applaudissements. « L’excitation se met soudainement à monter et les flashs à crépiter lorsque Dara Khosrowshahi, p.-d.g. d’Uber, pénètre avec sa garde rapprochée sur le balcon réservé à la sonnerie de la cloche lançant la séance de Wall Street », peut-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse. Le spectacle traduit la compétition que livre le parquet traditionnel de New York à la plateforme Nasdaq pour attirer à sa cote les vedettes de l’univers technologique.

Quant au fondamental…

Quant au fameux « fondamental » si cher aux investisseurs boursiers… L’entrée en Bourse d’Uber a été précédée d’événements abaissant ce bel enthousiasme au niveau d’enjeux véritables contestant le modèle d’affaires de l’entreprise. Mercredi, les chauffeurs d’Uber à Londres et à New York engageaient un mouvement de grève pour protester contre la précarité de leurs conditions de travail et dénoncer la faiblesse de leur rémunération. Le débranchement de l’application a été suivi par les chauffeurs d’autres grandes villes dans le monde. Aussi, une étude publiée dans la revue Science Advances concluait à un impact notoire d’Uber et de Lyft sur une augmentation de la circulation et des embouteillages à San Francisco. Des résultats similaires avaient découlé d’une lecture appliquée à Manhattan, écrit l’AFP. Et ce n’est pas une distorsion provoquée par l’explosion des ventes en ligne, donc des livraisons par véhicule.

Covoiturage : effet minime

On peut lire que « les trajets en Uber ou en Lyft remplacent souvent des déplacements à pied, à vélo ou en transport en commun […] En six ans, les retards dus aux embouteillages ont augmenté de 62 %, alors qu’ils auraient crû de 22 % sans les véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC), selon un modèle qui a montré sa précision et a été validé par le comité de lecture de Science […] Deux tiers des VTC sont des voitures ajoutées sur les routes et qui ne seraient pas là autrement, dit à l’AFP Greg Erhardt, professeur d’ingénierie civile à l’Université du Kentucky. » Et l’effet de ce covoiturage recherché par Uber et Lyft serait minime.

À 45 $US, Uber recevait une valorisation boursière de plus de 82 milliards, soit l’équivalent de celle accolée à Facebook lors de son inscription à la cote en mai 2012. Son concurrent, Lyft, a été valorisé à près de 20 milliards à ses débuts sur le Nasdaq, à la fin de mars. Émise à 72 $US, son action clôturait vendredi à 51,09 $US, en baisse de 7,4 % sur la séance, de 29 % par rapport à son prix d’émission. Une valorisation de départ de plus de 100 milliards au cumul pour deux entreprises ayant affiché une perte combinée de 4 milliards $US sans les gains exceptionnels en 2018, puis de 2 milliards sur le seul premier trimestre de 2019. Pour Uber seulement, c’est une perte accumulée avoisinant les 14 milliards en cinq ans et un trimestre.

Application populaire

Les revenus sont pourtant là. Donc, la demande aussi, l’application étant plutôt populaire. Mais le modèle économique s’alimente avec des souscrptions à répétition atteignant aujourd’hui les 30 milliards depuis 2009 pour Uber, et mise essentiellement sur l’obtention de parts de marché. Il ne parvient pas à démontrer sa rentabilité. Et les perspectives en ce sens demeurent plutôt nébuleuses tellement les obstacles à surmonter demeurent importants. Si les entreprises ne dégageant pas de profits sont monnaie courante dans l’univers des valeurs technologiques, Uber et Lyft empruntent plutôt au modèle d’entreprises ne démontrant aucun bénéfice futur à actualiser, ayant mené à l’éclatement de la bulle Internet au début des années 2000.

La concurrence, les enjeux légaux et réglementaires, les obstructions dans nombre de villes ou encore le flou sur le statut des chauffeurs, qui pourraient devenir des salariés plutôt que des travailleurs indépendants, exercent autant de pressions sur leurs coûts et leur pérennité. Et ce souhait d’Uber de devenir l’« Amazon des transports » avec une diversification dans la livraison de repas ou la location de trottinettes électriques et de vélos en libre-service dans l’attente de l’avènement du véhicule autonome ne convainc toujours pas.

« Si vous achetez Uber, vous achetez un marché boursier haussier, pas une entreprise », illustrait un analyste jeudi.

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