Transat, j’aime ou j’aime pas?

Il arrive que l’opinion publique bascule rapidement au Québec. Et ce qui arrive avec Transat A.T. en est la plus récente illustration.

Transat est né en 1987, sur les cendres de ce qui s’appelait alors Tourbec, une agence de voyages orientée vers les jeunes.

Jean-Marc Eustache, Philippe Sureau, Lina de Cesare, puis un jeune homme du nom de François Legault vont alors se lancer dans une improbable aventure de créer une nouvelle société aérienne spécialisée dans les vols nolisés.

Le pari est audacieux.

Un an plus tôt, Québecair, qui accumule les dettes malgré le soutien du gouvernement du Québec, vient d’être vendue à sa rivale Nordair, qui ne fera pas mieux. Elle-même baisse les armes et tout sera vendu à Canadian Pacific Airlines en 1987… l’année même de la naissance de Transat.

D’autres sociétés aériennes vont apparaître, puis disparaître. Royal. Canada 3000. Wardair. Canjet. Zoom. Un mauvais sort semble s’acharner sur les nouveaux arrivants dans le paysage aérien au pays.

Sauf sur Air Transat, qui, au contraire, va se déployer un peu partout dans le monde, en offrant une option souvent avantageuse aux voyageurs qui cherchent à payer moins cher. Aux dernières nouvelles, Air Transat atterrissait dans 60 pays !

Évidemment, des tarifs moins élevés se traduisent inévitablement par des compromis sur le confort, par exemple. Air Transat n’y a pas échappé. Et au fil des ans, on a régulièrement entendu des commentaires désabusés de passagers insatisfaits.

Sans oublier ce regrettable incident de juillet 2017 où 590 passagers à bord de deux avions ont dû attendre six heures sur le tarmac de l’aéroport d’Ottawa sans pouvoir quitter les appareils, ce qui a valu à l’entreprise une réprimande de l’Agence canadienne des transports, qui lui a aussi ordonné de verser une compensation globale de 295 000 $ aux personnes concernées.

En matière de publicité, on a déjà vu mieux…

Mais voilà, il suffit qu’on évoque la vente de Transat A.T. — la maison mère — pour que monte un vent d’indignation pour ce qui pourrait se traduire par la perte d’un autre « fleuron » québécois et de son siège social.

L’enjeu est quand même de taille.

Sur les 5000 employés de Transat A. T, les deux tiers sont basés au Québec. Le siège social est toujours situé au pied du mont Royal.

Et le transporteur demeure bien présent dans les communautés d’ici et d’ailleurs, en s’associant notamment à des causes comme SOS Villages, qui intervient aux Antilles, en Amérique latine et en Amérique du Sud, ou, entre autres, aux programmes de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec.

De là les inquiétudes sur la suite des choses, avec, en premier lieu, l’incertitude concernant le maintien d’une saine compétition en matière de transport aérien au pays.

Le regard va maintenant se porter vers le Bureau de la concurrence du Canada.

Le communiqué de Transat faisait état de « plus d’une partie » engagée dans des discussions. C’est ce qui a permis de conclure qu’il ne s’agissait pas que d’une simple rumeur : l’entreprise est vraiment sur le marché. S’il ne fallait qu’une preuve, son titre a grimpé sur-le-champ, ce jour-là, de près de 50 %, alors qu’il languissait depuis bientôt dix ans. On s’attend donc à une offre d’achat, avec la prime qui accompagne habituellement ce genre de mariage.

Parmi les courtisans probables, Air Canada et WestJet se démarquent. Sunwing aimerait sûrement s’y ajouter, mais en aurait difficilement les moyens.

Le transporteur national, Air Canada, est en haut lieu sur la liste, parce qu’il a Transat dans les pattes depuis plus de 30 ans et qu’il vient de lancer son propre réseau de voyages vers le sud, à moindre prix, avec sa filiale Rouge. Non seulement Air Canada mettrait ainsi la main sur le vaste réseau de contacts que Transat a tissé tout au long de son histoire, mais il se débarrasserait aussi d’un concurrent gênant.

Évidemment, les consommateurs y perdraient au change. Moins de concurrence, plus élevés les prix. C’est pourquoi il faut souhaiter que le Bureau de la concurrence soupèse bien les tenants et aboutissants de cette option.

Elle serait moins dommageable pour les voyageurs si Transat succombe aux avances, disons, de WestJet.

Pas tant parce que le transporteur de Calgary est plus attentionné que les autres, mais au moins, ses trajets dédoublent moins ceux de Transat. Oui, il vole vers le Mexique, vers Cuba et ailleurs dans les Caraïbes, mais son offre n’est pas aussi diversifiée. En plus, il ne possède pas le même réseau de contacts hôteliers. Ses propositions actuelles et celles de Transat s’entredéchireraient moins.

Quant à l’Europe, l’offre de WestJet est encore embryonnaire. Pas de chevauchements défavorables de ce côté.

Est-ce donc l’idéal ? Certainement pas. D’un strict point de vue de consommateur, toute réduction de l’offre fait mal. Il y a déjà si peu de transporteurs nationaux et internationaux, surtout quand on compare avec les États-Unis. Déjà que bien des gens se déplacent vers Plattsburgh ou Burlington pour profiter de cette concurrence plus intense !

Pour le reste, on verra bien, en espérant que les autorités réglementaires fassent bien leurs devoirs et, qui sait, qu’un possible chevalier blanc vienne rescaper Transat en préservant ses racines québécoises…

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4 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 10 mai 2019 07 h 44

    La pire compagnie aérienne que j'ai connue!

    J'ai essayé plusieurs compagnies aériennes lors de mes voyages, surtout européennes, et on ne peut comparer ces compagnies avec Air Transat. Beaucoup de mépris à l'égard de la clientèle et de mauvais services m'ont amené à voyager avec les Air France, Swissair, KLM et bien d'autres. Aujourd'hui, je fais affaire avec une importante agence de Québec, qui ne voyage jamais avec Air Transat. Il y a longtemps , un directeur d' agence de voyage m'avait dit: " Un bon voyage commence d'abord avec un bon vol! "

    • François Jacques - Abonné 10 mai 2019 10 h 47

      Entièrement d'accord avec vous que Air France et KLM sont nettement au-dessus d'Air Transat pour ce qui est de la qualité. Mais si on compare Ait Transat avec Air Canada, personnellement je n'y vois pas une grande différence quand au service et je préfère la première qui me coûte moins cher.

  • Gilles Delisle - Abonné 10 mai 2019 20 h 25

    M. Jacques,

    Je ne suis pas en mesure de comparer ces deux compagnies, étant donné que je n'ai embarqué que deux fois avec Air Canada, il y a quelques années, soient un départ pour la Chine, et un autre pour l'Argentine, alors que le service était convenable.

  • Marie Nobert - Abonnée 11 mai 2019 02 h 54

    Au texte. «Transat est né en 1987, sur les cendres de ce qui s’appelait alors Tourbec, une agence de voyages orientée vers les jeunes.» Sérieux!?


    Air Transat »est née le 22 septembre '85 au dessus de la ville d'Halifax». Point barre. https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/340139/mon-ego-est-plus-gros-que-le-tien (premier commentaire) Misère!

    JHS Baril