Pitié pour l’école

Dans la Rome antique, le citoyen qui briguait une fonction publique devait revêtir une toge blanche avant d’aller faire campagne sur le forum. C’est par la blancheur de sa toge traitée à la chaux qu’on le reconnaissait. Mais, c’est aussi en revêtant cette étoffe grossière qu’il abandonnait symboliquement ses anciens habits plus luxueux marquant son appartenance et sa richesse pour entrer symboliquement dans sa nouvelle fonction, celle de candidat au service public. Il fallait d’abord s’effacer symboliquement avant de prétendre briguer les plus hautes fonctions. De « candidus », qui désignait celui qui était vêtu de blanc, nous est resté le beau mot de « candide ».

On s’étonne de découvrir qu’en des temps aussi reculés, et dans ce qu’on appelait déjà une République, on ait pu accorder une telle importance au message que projetait un simple morceau de drap blanc. Et pourtant ! Deux millénaires plus tard, les signes religieux portés par les fonctionnaires ou les enseignants ne peuvent pas eux non plus être renvoyés dans le domaine de l’insignifiance. D’autant plus que, contrairement à nos bienheureux sénateurs, nous vivons à une époque où l’image est devenue reine.

 
 

Le débat passionnant qui se déroule ces jours-ci en commission parlementaire sur le projet de loi 21 aura au moins eu le mérite de braquer les projecteurs sur quelques questions essentielles. Parmi elles, l’école et les enseignants, sans lesquels il serait totalement futile de parler de laïcité. Alors qu’il repoussait jusque-là l’idée du revers de la main, Gérard Bouchard en a surpris quelques-uns en ne se montrant pas totalement fermé à l’idée d’interdire aux enseignants de porter des signes religieux. Mais, voilà que du haut de sa superbe, l’ancien coprésident de la commission Bouchard-Taylor exige des preuves que ces signes religieux entraîneraient une forme, dit-il, « d’endoctrinement ».

Mais, de quelles « preuves » veut-on parler ici ? En exigeant des études — « scientifiques » précise-t-il —, l’ancien commissaire fait mine de croire que la neutralité dans la parole, les gestes et l’apparence ne serait pas intrinsèquement liée à la fonction même de l’enseignant laïque. Ce n’est pas un hasard si l’un des premiers à le comprendre fut le sociologue Guy Rocher. Or, son témoignage publié dans Le Devoir du 30 janvier 2014 vaut toutes les « études scientifiques ».

« Les hommes en soutane (blanche, brune, noire) qui m’ont enseigné les sciences sociales dans les années 1940 n’en perdaient pas pour autant leur légitimité scientifique, dit-il. Mais leurs costumes témoignaient sans aucune équivoque, par leur "apparence", que nous étions dans une université catholique, tenue à être respectueuse de la doctrine de l’Église catholique. Peut-être faut-il avoir assisté au passage de la soutane à l’habit civil (avec col romain) chez ces mêmes hommes pour comprendre combien les "apparences" comptent, pour ceux qui portent le costume et pour tous les autres de leur entourage. »

N’en va-t-il pas de même pour l’enfant qui se retrouvera devant une maîtresse voilée ou un enseignant portant la kippa ? La force de l’image ne le convertira probablement pas (elle pourrait même susciter la révolte ou le sarcasme, ce qui n’est guère mieux), mais elle lui imposera, « sans aucune équivoque », comme dit Rocher, une forme de silence gêné. Un silence dont il n’est pas besoin d’études pour savoir qu’il entre radicalement en contradiction avec le lieu de savoir, de liberté et de critique que doit être une école.

L’intelligence de l’ancien membre de la commission Parent ne tient pas seulement à sa riche expérience. Il tient à sa façon d’aborder la question. Là où Bouchard exige des chiffres et des études complexes, Guy Rocher se contente de regarder le monde avec son regard perçant de sociologue. Comme à l’époque du rapport Parent et à celle de la loi 101, il refuse de se laisser enfermer, comme le font Bouchard et Taylor, dans une logique juridique abstraite. Dans la lettre citée plus haut, Guy Rocher disait d’ailleurs se méfier des abus du terme « droit ». Il rappelait que le rapport Parent n’avait pas été inspiré par « une logique abstraite, mais plutôt par une logique politique, sociale », et, ajoutait-il, « morale. »

 
 

C’est d’ailleurs parce que le rapport Parent et la loi 101 ont été pensés hors du carcan juridique, notamment canadien, qu’ils ont permis d’élargir le champ de nos libertés politiques. La pensée juridique a certes sa place, mais au service de l’émancipation politique. « Il me semble bien avoir compris que, pendant les quelque 60 années où j’ai enseigné à l’université, je participais à un très large consensus selon lequel nous n’affichions jamais nos convictions religieuses et politiques dans les salles de cours et dans nos relations avec les étudiants », concluait Guy Rocher.

Des vieux t-shirts de Safia Nolin aux voiles de madone des candidates de Québec solidaire, toutes ces images regorgent de messages. Et il n’y a pas à s’en offusquer. Notons simplement qu’à une époque où l’envahissement des images commerciales, politiques et religieuses frise la saturation, le lieu où l’on forme des citoyens devrait en être préservé. Pitié pour l’école !

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81 commentaires
  • Jean Duchesneau - Abonné 10 mai 2019 02 h 24

    Communication 101

    À la première séance du tout cours de Communication 101, on nous expliquera que 7 % de la communication est verbale (par la signification des mots), 38 % de la communication est vocale (intonation et son de la voix) et 55 % de la communication est visuelle (expressions du visage et du langage corporel). Il est clair qu’une tenue vestimentaire qui exprime une opinion, quelle qu’elle soit (politique, publicitaire, religieuse), peut induire un bruit entre l’émetteur et le récepteur d’un message. Cela est prouvé scientifiquement par les chercheurs en communication que le non verbal contribue très largement à l’efficacité de la communication. Gérard Bouchard veut des preuves que des élèves pourraient être traumatisés par les signes religieux portés par leurs enseignants, mais il ne demande pas aux enseignants de faire preuve d’une attitude favorable à la qualité de la communication de tout ce qui peut être enseigné, dont la littérature, les sciences, la sexualité, les culures religieuses, la philosophie, la psychologie et quoi encore? Les employés de l’état (des adultes ) devraient-ils bénéficier de plus de droits que les citoyens de tous âges qu’ils ont le devoir de servir?

    • Nadia Alexan - Abonnée 10 mai 2019 08 h 51

      Effectivement. Les signes parlent des volumes. Les signes signifient quelque chose, sinon, pourquoi les porter. Encore une fois, les religions instrumentalisent les signes religieux pour faire passer leurs messages prosélytes silencieux.
      La preuve réside dans le fait qu'il y' a quarante ans, il n'y avait pas une seule femme voilée dans les villes des pays arabes de l'Afrique du Nord. Cette habitude a fait son chemin à partir de la politisation de l'Islam par les Frères musulmans et par la secte wahhabite de l'Arabie saoudite, avec le prosélytisme de ses Imams qu'ils ont envoyé partout dans le monde, aussi loin que l'Indonésie, pour prêcher l'Islam politique. Il faut arrêter de percevoir ces signes comme une expression religieuse. Les signes ne sont rien qu'une expression politique de la religion.

    • Claude Bariteau - Abonné 10 mai 2019 09 h 24


      M. Duchesneau, M. Bouchard, comme le signale M. Rioux, demande des données parce qu'il prone une approche juridique aux antipodes de l'approche politique de M. Rocher.

      M. Rocher, sociologue à l’Université de Montréal après un Ph D à Harvard avec Talcott Parsons, a aussi travaillé à la réalisation de réformes politiques de l’enseignement et à la rédaction de la loi 101.

      M. Bouchard, professeur à l’Université de Chicoutimi, a un Doctorat en histoire sociale à l’Université de Paris (Nanterre) avec Robert Mondrou, ce qui l’a amené à revoir le nationalisme de Fernand Dumont en proposant un néonationalisme adapté le contexte actuel.

      Si M. Rocher a mis l’épaule à la roue lorsde la révolution tranquille, M. Bouchard a surtout produit, à la demande du gouvernement Charest, un rapport co-signé par M. Taylor sur l’expression de la laïcité.

      Dit autrement, M. Bouchard a promu une redéfinition des « Canadiens français » en proposant des ponts entre les habitants du Québec, ce qui explique son inter-culturalisme et ses vues minimalistes d’une visibilité de la laïcité.

      Quant à M. Rocher, il a lu autrement les problèmes propres au Québec parce qu'il en a fait une lecture sociale, qui l'a conduit et inventer des mesures politiques touchant l’ensemble des habitants du Québec.

      M. Bouchard a traduit ses analyses en promouvant une certaine harmonie alors que M. Rocher a œuvré à jeter les bases d’un « vivre-ensemble » québécois.

      C’est ce qui explique que M. Bouchard revendique des données scientifiques avant de modifier ses vues néo-nationalistes alors, que pour M. Rocher, avec la laïcité, il s'agit d’affirmer politiquement un socle commun.

    • Pierre Bernier - Abonné 10 mai 2019 11 h 05

      C.Q.F.D. !

      Apparemment, l’histoire des « sciences de la communication »... n’intéresse pas tous les historiens.

      Pourtant qui, depuis McLuhan, remet en cause que le « médium c’est le message » ?

      Le « contenant » et ses « attributs » finissant toujours par marquer plus que le « contenu ».

      Et ce, positivement ou négativement !

    • Jean Duchesneau - Abonné 10 mai 2019 12 h 08

      Merci M. Bariteau pour cet exposé de la généalogie conceptuelle des intellectuels en cause. Toutefois, pour suivre quotidiennement l'enjeux politique lié aux élections du parlement de L'UE, je vois une analogie qui me semble claire quant au rejet du multiculturalisme comme élément fédérateur. De plus en plus de voix, dont cette semaine le ministre français Bernard Lemaire en débat avec Ériz Zemmour, admet que l'UE doit se refonder sur le respect des identités nationales dont la laïcité est une constituante fondamentale. Lemaire et bien d'autres, ont fait le bout de chemin à l'effet d'une reconnaissance des racines chrétiennes comme mythe fondateur de la civilisation européenne. J'oublie Charles Taylor qui a mes yeux a perdu toute crédibilité avec son volte face en 1995 pour me tourner vers Gérard Bouchard et me questionner à propos du modèle français?

    • Pierre Fortin - Abonné 10 mai 2019 13 h 25

      Monsieur Bariteau,

      Je suis d'accord avec vous en ce qui concerne les approches respectives de Messieurs Bouchard et Rocher quant à l'évolution de la société québécoise. Je garde cependant un certain doute quant au rôle politique de M. Bouchard depuis qu'il est associé au dossier de la laïcité.

      Si, comme vous le mentionnez, « M. Bouchard [...] demande des données parce qu'il prône une approche juridique » pour appuyer le projet de loi 21, alors il devrait prendre en considération le jugement de la Cour constitutionnelle fédérale d'Allemagne (Cour suprême) et appuyer le projet de loi. M. Rioux fait d'ailleurs référence à ce jugement, dans sa chronique du 5 avril dernier, qui confirme " le droit des élèves de ne pas être exposés à une conviction religieuse qu’ils ne partagent pas "; la Cour allemande s'appuyant sur la " manifestation négative de la liberté de religion ".

      Ce jugement du 24 septembre 2003 est une affaire analogue à la nôtre : une enseignante refuse de s'abstenir de porter un foulard pendant ses cours malgré l'interdit. D'instances en instances, l'affaire se conclut en Cour constitutionnelle qui tranche* ainsi :

      « cc) Finalement, la liberté de l'exercice de ses croyances, revendiquée par la requérante par le port d'un foulard à l'école et pendant les cours, et la liberté religieuse négative des élèves interfèrent. L'article 4, alinéas 1 et 2 GG, qui protège de manière égale tant la manifestation positive que négative de la liberté de religion, garantit aussi la liberté de ne pas assister à des actes cultuels d'une croyance que l'on ne partage pas. Ceci vaut également pour les cultes et les symboles par lesquels une croyance ou une religion se manifeste. [...] »

      J'aimerais bien savoir ce qu'en dirait M. Bouchard.

      * Voir l'extrait « V. Affaire relative au port du foulard » :

      https://www.conseil-constitutionnel.fr/nouveaux-cahiers-du-conseil-constitutionnel/selection-de-decisions-de-la-cour-constitutionnelle-federale-d-allemagne-extrait

    • Claude Bariteau - Abonné 10 mai 2019 14 h 04

      M. Duchesneau, effectivement je n'expose que les approches qui opposent messieurs Rocher et Bouchard. Il manque un point important : ma position.

      Dès la sortie du rapport Bouchard-Taylor et des recommandations qui en découlèrent, j'ai fustigé leur approche et leur recommandation, car elle traitait à la britannique et à la canadienne une question politiuqe qui concernait le gouvernement du Québec.

      Aujourd'hui, M. Taylor défend la position canadienne et M. Bouchard demeure attaché à ses recommandations. Ce sont des approches qui banalisent la dimension socio-politique et invitent à une lecture juridique avec preuves à l'appui. Or, la question de la laïcité n'est pas d'ordre juridique mais d'ordre législatif. Conséquemment elle est un choix politique. Seule l'approche de M. Rocher y conduit.

      S'agissant de votre écho au débat concernant la laïcité, vous dites que l'UE, selon M. Lemaire, « doit se refonder sur le respect des identités nationales dont la laïcité est une constitution fondamentale ». Vous savez, comme moi, que les nations au sein de l'UE sont des pays reconnus et indépendants et que référer aux identités nationales est référer à celles des pays membres de l'UE.

      Il ne s'agit pas de « nations » et d'« identiés » qui renvoient à des composantes « nationales » ou « identitaires » des pays membres. Si l'UE entendait se refondre sur cette base, elle mettrait en cause la souveraineté de États membres et reconnaîtrait l'Écosse, la Catalogne, les promoteurs de lindépendance flamande, ceux actifs dans certains länders allemands, le mouvement indépendantiste au nord de l'Italie et j'en passe.

      Il m'est apparu plutôt que M. Lemaire, à moins d'avis contraire, ne remet pas en cause ni la nation française ni le modèle français de laïcité.

    • Marc Bourdeau - Abonné 10 mai 2019 15 h 09

      Parlant de ne pas être exposé à des croyances qu'on ne partage pas, pour affirmer celles qu'on a, pourrait-on penser que cela pourrait aller, comme dans certains États américains, à refuser qu'on enseigne les éléments biologiques de la théorie de l'évolution? et sans doute des éléments des théories cosmologiques, qui, comme beaucoup d'autres théories scientifiques, viennent en contradiction avec la foi quelle qu'elle soit. On sait que ces théories pointent toutes vers une absence de toute divinité.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 10 mai 2019 17 h 06

      « M. Bouchard, comme le signale M. Rioux, demande des données parce qu'il prone une approche juridique aux antipodes de l'approche politique de M. Rocher. « 

      Monsieur Bariteau, le point de départ et votre commentaire où vous faites le procès de l’expertise de M. Bouchard et de M. Rocher, ne font qu’amplifier l’appel à l’autorité, sophisme à la base de l’argumentation du chroniqueur.

      Monsieur Rioux fait appel à l’opinion du sage Monsieur Rocher qui désavoue les enseignants qui portent des signes religieux. Cependant, ce n’est ni le sociologue, ni le politicologue, ni même un psycho-éducateur qui se prononce. M. Rocher énonce uniquement une opinion. M. Rioux, utilisant la notorité de de M. Rocher disqualifie le questionnement de Monsieur Bouchard. Un tel procédé qui fait appel à l’autorité pour justifier un discours est un sophisme.

      Quant à Monsieur Bouchard, vous faites le procès de son école de pensée. C’est un point de vue, le vôtre, concernant les limites de ses expertises. Ceci dit, malgré ce qu’on pense, cela n’invalide en rien la légitimité et la pertinence du questionnement que Bouchard pose au législateur. Bouchard n’a rien contre du projet de laïcité comme tel, il maintient la position défendue à l’effet que les personnes en position d’autorité coercitive, dans l’exercice de leurs fonctions, ne puissent porter des signes religieux. Ce qu’il questionne, c’est l’arbitraire du législateur qui n’établit pas de motifs suffisamments graves pour justifier la dérogation aux Chartes, privant les enseignant.es du droit d’exercer leur profession si elles portent un signe religieux. Et le législateur, hormis une justification idéologique, n’a fourni aucune réponse.

      Pourtant, la question Bouchard demeure pertinente. Sans réponse, le choix politique du gouvernement sera vue pour ce qu’il est : arbitraire. Dans la vie concrètes, des citoyen.nes compétents seront privés du droit de travailler. Les conséquences seront d’abord SOCIALES, pas seulement juridique

    • Jean Duchesneau - Abonné 10 mai 2019 17 h 17

      Vous avez bien raison M. bariteau, je me suis mal exprimé. En fait, les Européens sont déchirés, car le projet d'UE dont le "rêve" était de créer une identité européenne fondée sur une idéologie multiculturaliste, a eu comme conséquence une perte de souveraineté des états membres. La perte de contrôle de leurs frontières d'où une immigration mal contrôlée a mis à mal la laïcité et son application. L'étude d’opinion "ÉTAT DES LIEUX DE LA LAÏCITÉ EN FRANCE – JANVIER 2019, réalisée par Viavoice pour l’Observatoire de la laïcité et à laquelle Jack Jedwab dans sa lettre d'opinion d'aujourd'hui "Une solution à la recherche d’un problème" fait référence, déplore le manque de rigueur dans l'application de la loi de 1905. En passant, j'ai lu l'étude française et je suis en désaccord avec l'interprétation globale qu'en fait Jebwab qui laisse entendre qu'en théorie, la laïcité (loi de 1905) a des effets unificateurs, mais qu'en conséquence elle crée davantage de division que de cohésion. À mon avis, cette interprétation est biaisée si j'en réfère à la conclusion du résumé de l'étude française:

      "Autrement dit, les attentes de l’opinion publique pour l’avenir appellent en priorité à bien appliquer en pratique notre modèle de laïcité actuel, afin que s’estompe cette distinction entre une laïcité « théorique » considérée comme protectrice des libertés et gage de cohésion nationale, et une laïcité mal interprétée au quotidien, génératrice parfois de divisions au sein de la société."

      En réalité les Français tiennent à leur laïcité, mais sont plutôt exaspérés par les atteintes de groupes religieux contre l'esprit de la loi. Selon moi, ils sentent que le multiculturalisme de Bruxelle soumis à La Charte des droits fondamentauxau donc au "gouvernement des juges" , contribue à une perte de contrôle sur l'application de la loi sur la laïcité et ses effets pervers. Je vois une parenté de problématique entre la France dans l'UE et le Québec dans le Canada.

    • Claude Bariteau - Abonné 10 mai 2019 19 h 22

      Merci pour cet ajout, M. Duchesneau et l'écho à « une parenté de problématique entre la France dans l'UE et le Québec dans le Canada ».

  • Claude Girard - Abonné 10 mai 2019 06 h 11

    L'importance de l'apparence

    Dans les années 60-70, ce sont les religieuses et religieux catholiques qui ont décidé de ne plus porter de soutane. Aujourd’hui, on s’interroge devant le port du voile ou du hidjab. On se demande si le vêtement est porteur d’une croyance qui pourrait être néfaste particulièrement dans les écoles. C’est vrai que l’habit ne fait pas le moine, mais si un enseignant entrait en classe habillé en femme, serions-nous d’accord?

    • Jean Jacques Roy - Abonné 10 mai 2019 10 h 08

      « On se demande si le vêtement est porteur d’une croyance qui pourrait être néfaste particulièrement dans les écoles. C’est vrai que l’habit ne fait pas le moine, mais si un enseignant entrait en classe habillé en femme, serions-nous d’accord? » (sic)

      Un vêtement, n’est qu’un vêtement. Le questionnement qu’on se fait, n’est pas sur l’habit en lui-même mais sur la « personne » qui le porte. Selon son éducation, son milieu culturel, nous projetons notre perception sur la personne en fonction du vêtement qu’elle porte.

      Prenons l’exemple d’une « femme » vêtue d’une robe... Culturellement, en 2019 tout comme en 1909, tous - dans ces deux époques - nous nous entendrions pour affirmer que c’est une personne de sexe féminin ou du moins qui veut l’apparenter. Par contre, si la même personne au lieu d’une robe portait un pantalon? En 2019, on ne se poserait pas de questions sur son identité sexuelle? Par contre, il y a un siècle, la grande « majorité » de la population, prisonnière de la division sexiste de la société et de ses apparences, n’aurait jamais accepté qu’une enseignante donne ses cours en pantalon.

      Il en va de même avec les vêtements que portent les hommes. Si en 2019 on accepte de vivre, de travailler et d’étudier avec des femmes en shorts et en pantalons, pourquoi ne pourrions-nous pas le faire avec les hommes qui portent des shorts et des jupes? À part le préjugé sur la personne, rien dans la loi l’empêche. À moins de créer une loi dérogatoire...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 mai 2019 09 h 57

      « je participais à un très large consensus selon lequel nous n’affichions jamais nos convictions religieuses et politiques dans les salles de cours et dans nos relations avec les étudiants »

      Il faut savoir gré à monsieur Rocher et aux autres religieux qui ont comme lui manifesté une telle discrétion. Mais leur geste avait une portée symbolique bien plus importante. Ils signifiaient par là qu'ils refusaient de se constituer en courroie de transmission de l'Église, qui partageait encore avec l'État l'exercice du pouvoir de l'État. Certains ont cessé de croire, d'autres pas. Tous ont participé à la laïcisation en ne requérant pour eux nulle autre autorité que celle découlant de leur compétence, comme n'importe quel autre membre du « lei ». Cela était nécessaire, à l'époque. Au lieu de continuer à « regarder le monde avec son regard perçant de sociologue », il devrait essayer avec ses yeux. Il constaterait que nulle Église porteuse d'une quelconque autorité politique reconnue ne se cache derrière la musulmane voilée qui entre en classe. Ce combat-là, il a été gagné.

  • Jean Lacoursière - Abonné 10 mai 2019 06 h 45

    Le silence gêné

    Christian Rioux écrit :

    "La force de l’image ne le convertira probablement pas (elle pourrait même susciter la révolte ou le sarcasme, ce qui n’est guère mieux), mais elle lui imposera, « sans aucune équivoque », comme dit Rocher, une forme de silence gêné. Un silence dont il n’est pas besoin d’études pour savoir qu’il entre radicalement en contradiction avec le lieu de savoir, de liberté et de critique que doit être une école."

    Certains reconnaitront l'existence de ce silence gêné pour l'avoir eux-même ressenti, mais rétorqueront qu'il est souhaitable que l'école expose les élèves à toutes sortes de vêtements religieux via leurs enseignants, cette exposition jouant le rôle de vaccin contre l'intolérance, ou celui d'un allergène injecté à des enfants qu'on veut désensibiliser, afin que les religions et leurs rites et coutumes deviennent à leurs yeux banals le reste de leur vie dans une société multiculturelle.

    Je suis en désaccord avec cet argument, car cela revient à donner un rôle inapproprié aux enseignants, à dire que celui portant un vêtement religieux a un pouvoir éducatif supérieur parce qu'il est vêtu selon sa religion.

    Ce n'est pas le rôle de l'école de désensibiliser les enfants aux religions, encore moins à coups de silences gênés et de méfiance.

    Quant à G. Bouchard et son exigence de preuves études scientifiques, il ressemble à un frappeur visant la clôture avec un compte de trois balles et deux prises, ou pour employer une référence religieuse, au quart arrière lançant un je-vous-salue-marie.

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 10 mai 2019 06 h 52

    Pitié pour l'école...publique!

    Je partage tout à fait le point de vue de C Rioux qui présente la question de la laïcité dans l'école publique dans le cadre où elle doit ëtre traitée. L'école publique est l'école pour toutes et tous, son accès est un droit et c'est un lieu où s'apprend la prise en charge de soi-même et où on apprend à penser par soi même, et il est important que cet espace soit préservé de tout message renvoyant à une pensée préconcue et extérieure. Cependant, plusieurs adversaires du projet de loi 21 ont accusés le projet de loi 21 d'incohérence parce qu'il n'étendait pas l'interdiction du port de signe religieux aux enseignant.e.s du secteur privée, Il me semble donc important de souligner à nouveau qu'une laïcité bien comprise ne doit pas affecter le secteur de l'enseignement privé, de la même manière qu'il n'affecte absolument pas le liberté de porter des signes religieux dans l'espace public non-étatique. La laîcité bien comprise entraîne des contraintes dans l'espace publique étatique et préserve la plus grande liberté d'expression ailleurs. Il est donc tout à fait normal que des parents gardent la liberté de choisir, pour leurs enfants, des écoles privées à leurs convenances-éventuellement confessionnelles- en autant qu'elles rencontrent les critères pedagogiques exigées. Faut-il ajouter que le fait pour une école privée d'être subventionnée ou non par l'État-question importante toujours actuelle-ne change pas pour autant le statut de cette école et n'entre donc pas en ligne de compte .

    Pierre Leyraud

    • Christian Koczi - Abonné 10 mai 2019 09 h 40

      Qu'est-ce qu'ils vous ont fait les élèves des écoles privées pour que vous leur refusiez la même liberté de conscience qu'aux élèves du public ? N'ont-ils et elles pas les mêmes droits, dont celui de bénéficier d'un enseignement sans prosélytisme ? L'école confessionnelle viole les droits fondamentaux des élèves quotidiennement, c'est pourtant évident !

      CK

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 10 mai 2019 09 h 53

      Je ne suis absolument pas d'accord avec votre laïcité 'bien comprise'. D'ailleurs, cette expression s'arrange pour vous donner un semblant d'autorité sur ce qui est bien ou mal compris. Elle m'irrite quelque peu.

      Pour vous, c'est comme si les écoles privées habitaient une autre planète et que ses enfants n'étaient pas susceptibles d'être indûment affectés par une forme ou une autre de prosélytisme. Vous voudriez que les parents 'gardent la liberté de choisir'. Votre raisonnement ne tient pas la route... Même si l'État décidait un jour, dans toute sa sagesse et son sens d'équité et de justice, de cesser toute forme de subvention auprès des institutions privées d'enseignement pour revaloriser et équiper adéquatement le système public qui hérite systématiquement des cas lourds.

      Votre raisonnement émet une odeur évoquant un élitisme petit bourgeois au regard méprisant sur les masses.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 10 mai 2019 14 h 50

      @ C Kosci et PJ P Marcoux
      Outre le fait que la liberté de conscience n'a rien voir avec tout cela, les élèves concernés sont sous l'autorité de leurs parents et on peut penser que les parents exercent leurs libre choix en allant dans le privé pour éventuellement avoir une éducation religieuse. Vous pouvez bien sûr remettre en cause l'autorité parentale mais c'est un autre débat.
      Quant à J P Marcoux votre raisonnement empèste un totalitarisme (Vous voudriez que les parents 'gardent la liberté de choisir'. ) , qui, loin de l'élitisme, est au raz des paquerettes, et qui est surtout inquiétant pour les masses. Si cela vous irrite et bien...soyez irrité!

      Pierre Leyraud

  • Sylvain Rivest - Inscrit 10 mai 2019 07 h 05

    Il faut agir et c’est maintenant

    On ne peut parler de neutralité et encore moins de laïcité si on ne protège pas les enfants de la religion et de ses publicistes. Attendez que des ados, pour faire suer leurs parents, se mettent à mimer leur enseignante en se convertissant à l’islam. Si on permet aux enseignants d’afficher leur endoctrinement à l’école ces établissements deviendront des pouponnières islamiques, sikhs ou catholiques. Et ceux qui font le djihâd présentement, ici au Québec, le savent. Ce n’est pas pour rien qu’ils se débattent comme des diables dans l’eau bénite. On a déjà de la misère avec certains collèges et universités dont les professeurs tentent endoctriner ces jeunes adultes au marxisme. Et pour plusieurs ça marche, même si ils sont de jeunes adultes. Alors imaginez 4 ans, 10 ans et 14 ans. Il y a de la part, de plusieurs, un aveuglement volontaire, tout le monde est beau, tout le monde il est gentil, d’une naïveté inquiétante. Et lâchez moi avec « c’est une religion de paix et d’amour ». Ça fait des siècles qu’on tue et qu’on torture au nom de l’islam, du judaïsme, du bouddhisme, du catholicisme, du protestantisme... assez d’hypocrisie.