Produit du terroir

On a beau modifier les traits des personnages, couper une ou deux scènes qui étaient moins réussies, la reprise d’un vieux film est rarement aussi bonne que l’original. Après des années de débat sur la laïcité, tous les arguments ont été répétés ad nauseam. En 2014, la Charte des valeurs du PQ avait au moins permis de s’interroger collectivement sur autre chose que la question nationale, mais pendant combien de temps faudrait-il poursuivre une discussion dont on sait qu’elle ne débouchera jamais sur un compromis acceptable par tous ?

Le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, est parfaitement conscient de la difficulté de présenter un plaidoyer d’ordre philosophique en faveur de l’interdiction du port de signes religieux qui saurait convaincre un homme comme Gérard Bouchard. Sur ce terrain, il n’est pas de taille.

Dès l’ouverture des audiences publiques sur le projet de loi 21, M. Jolin-Barrette a plutôt fait valoir qu’il s’agit d’un « modèle typiquement québécois ». Il est nettement plus avantageux pour lui que le débat porte sur le droit de la société québécoise à élaborer son propre modèle plutôt que sur le contenu de son projet. Comme si le fait qu’il s’agisse d’un produit du terroir suffisait à le justifier.

Ceux qui s’opposent à l’interdiction des signes religieux se trouveraient donc à nier le caractère distinct du Québec. Si le procédé est plus que douteux au plan intellectuel, son efficacité politique est indéniable, comme en témoigne le sondage Angus Reid dont les résultats ont été publiés mercredi. Près des deux tiers des Québécois (64 %) appuient toujours la position du gouvernement.

     

La distribution des rôles dans cette reprise du débat de 2014 ne manque pas d’ironie. La porte-parole de l’opposition libérale, Hélène David, est indéniablement une femme intelligente, tout à fait capable de débattre à un niveau élevé. Le problème est qu’elle faisait partie de ceux qui souhaitaient voir le PLQ se rallier à la recommandation du rapport Bouchard-Taylor.

Bien sûr, Mme David ne voulait pas étendre l’interdiction aux enseignants, mais il lui faut maintenant plaider en faveur du libre choix pour tous, comme les militants libéraux en ont clairement réitéré le souhait au conseil général de la fin de semaine dernière. C’est là une de ces contorsions intellectuelles qu’impose parfois la politique, mais il demeure qu’on ne sait plus trop ce qu’elle pense réellement.

Elle peut se consoler à l’idée que le porte-parole de QS, Sol Zanetti, a dû effectuer un virage encore plus spectaculaire. À l’époque où il était à Option nationale, il soutenait que le port de signes religieux devait être interdit aux enseignants. « Le rôle de l’enseignant est de créer un environnement propice à la liberté de penser. Comment peut-il être crédible dans ce rôle s’il affiche son appartenance à une religion » ? demandait-il sur son blogue.

Après la fusion d’ON avec QS et son élection dans Jean-Lesage, il a dû ajuster son discours à celui de son nouveau parti. Il se disait très à l’aise de défendre le rapport Bouchard-Taylor, comme le caucus de QS l’avait fait dans le passé, ce qui excluait de facto les enseignants. Manque de pot, le conseil général du parti a aussi désavoué cette position et réaffirmé son appui au libre choix.

     

Heureusement, M. Zanetti n’y voit plus de problème. « Quelqu’un qui ne porte pas de signes religieux peut ne pas être neutre, alors que quelqu’un qui porte un signe religieux peut vraiment être neutre. Il n’y a pas de lien de causalité entre les deux », a-t-il expliqué. Il est vrai que les apparences peuvent être trompeuses. Quelqu’un qui porte un revolver peut ne pas être dangereux, alors que celui qui n’en porte pas peut l’être, n’est-ce pas ? Soit, il n’y a pas de lien de causalité, mais on peut concevoir que cela en rende certains méfiants.

On attendait le témoignage du philosophe Charles Taylor avec impatience. Les raisons qui l’ont amené à renier le rapport qu’il avait cosigné avec Gérard Bouchard laissent toutefois aussi perplexe qu’il y a deux ans. Alors qu’il y avait vu un rempart contre une laïcité plus radicale, le rapport lui a plutôt servi de tremplin, déplore-t-il. Plus encore, il n’avait pas soupçonné l’existence des « mouvements de haine présents dans notre société » et que le rapport aurait stimulés. Ce manque de perspicacité de la part d’un observateur aussi averti est pour le moins étonnant.

À défaut de favoriser un rapprochement, le débat sur le projet de loi 21 aura été l’occasion d’un rare moment de réflexion à voix haute d’un premier ministre sur sa propre foi. Après avoir pris la question en délibéré pendant 24 heures, François Legault n’a pas dit qu’il croyait avec certitude à l’existence de Dieu, mais qu’il la souhaitait. Personne ne l’a jamais tenu pour un grand philosophe, mais il semble faire le même pari que Pascal.

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77 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 9 mai 2019 02 h 01

    La haine provient des intégristes qui condamnent les mécréants.

    Le sophisme de Charles Taylor est proverbial. « Les mouvements de haine présents dans notre société » proviennent des intégristes qui ne cessent pas de condamner les infidèles et les mécréants qui n'adhèrent pas aux mêmes lois divines.
    Il faut protéger nos enfants contre l'endoctrinement de ces religieux intégristes qui ne font pas la différence entre la liberté de conscience et l'apostasie. Ils haïssent nos valeurs, nos lois, nos traditions. Ils représentent une nation entre une autre nation. Ils sont très dangereux pour la cohésion d'une société.

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 mai 2019 08 h 44

      "La haine provient des intégristes qui condamnent les mécréants." - Nadia Alexan

      C'est étrange, mais moi, la seule haine que je vois entretenir au Québec, c'est la haine des musulmans, en ne cessant comme vous le faites, de les traiter d'intégristes; et c'est visible partout sur le Web.

      Djemila Benhabib vient d'ailleurs de nous en donner un bel exemple, en qualifiant d'une seule claque "d'intégristes" toutes les employées de l'État qui refuseraient de retirer leur voile pour travailler. Méchante dérive dénoncée par François Legault lui-même.

      Et comme l'affirme à raison Gérard Bouchard, on attend toujours les vos preuves comme quoi le simple port du voile causerait un quelconque traumatisme ou endoctrinement auprès des enfants dans nos écoles publiques.

      Christian Montmarquette

    • Eric Ricard - Inscrit 9 mai 2019 09 h 50

      @Montmarquette
      Et les preuves que le port de signes religieux par un professeur devant ses élèves, ce n'est pas du prosélytisme, vous les avez ?

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 mai 2019 12 h 06

      "Les preuves que le port de signes religieux par un professeur devant ses élèves, ce n'est pas du prosélytisme, vous les avez?" - Eric Ricard

      Le prosélytisme est déjà interdit dans toute la fonction publique au Québec.

      Prosélytisme : Zèle ardent pour recruter des adeptes, pour tenter d'imposer ses idées. - Larousse

      Il n'y a aucun zèle ardent à porter passivement un signe religieux sans tenter recruter des adeptes et tenter d'imposer ses idées.

    • Jérémy Champagne - Abonné 9 mai 2019 12 h 43

      Il faut comprendre que Taylor est de la trame d'un Galganov, que c'est un croisé du dominion, qu'il est nourri à la sève de McGill et qu'il s'inscrit dans une longue et fière filiation québécophobe, dont l'objectif est d'exploiter la culpabilité facile des Québécois pour endiguer toute tentative d'autoconservation, et pour qu'ainsi puisse advenir une société multiculturelle où tout le monde parle anglais et où personne ne s'en choque. C'est le chantage au fascisme des héritiés du colonialisme, de l'esclavagisme, de la Regulation 17 et de la Haultain Resolution.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 9 mai 2019 13 h 58

      Imposer un signe à un public captif, une pub, de la propagande, un message idéologique est interdit.
      Imposer à l'année, longue, à longueur de journée, le message : « cette norme est assez importante pour moi pour que je m'y soumette et que je vous l'impose, en dépit des sensibilités et de votre histoire », ça s'appelle du zèle.

      On a tout à fait raison de traiter les gens qui ne prétendent ne pouvoir retirer leur signe pour entrer dans un espace laïque « d'intégristes » puisqu'ils font par là la démonstration de leur préférence pour la lettre d'un texte religieux (donc a priori douteux, pour le moins) qu'ils fétichisent au détriment d'une loi humaine.

      J'ai fait l'expérience avec Suzanne Chabot, au Devoir en lui posant plusieurs questions directes en rafale. Elle n'a aucun mal a admettre que les positions réformistes comme celles de Taha, en pays musulman, sont inacceptables, donc que c'est une forme d'apostasie, punissable, on le sait, de mort. Ce qui lui est arrivé. Chabot n'a aucun mal à reconnaitre que le coran est écrit par dieu et que seules diverses institutions peuvent en faire l'exégèse, même si elle traite les terroristes d'hérétiques, les réformistes sont aussi à ses yeux hérétiques.

      Bref, sa croyance sincère en la lettre du coran et les conséquences qui en découlent en font une intégriste. Couillard a d'ailleurs dit que c'était une forme de vie comme une autre.

      Il a raison.

      L'affichage zélé de ses positions intégristes est juste déplacé à l'école.

      Tout comme serait déplacé un prof qui enseignerait tous les jours avec un logo de Coke, de Macdo, du communisme, du Che, ou de Milton Friedman. Ça serait zélé...

      Bref, dans votre définition, vous oubliez que ce zèle est celui du converti récent... (qui dans son enthousiasme veut répandre sa foi). C'est être zélé que vouloir à ce point imposer son signe, il est donc normal de voir en la personne qui porte le signe, dans un contexte comme la classe, une initiative prosélyte.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 9 mai 2019 14 h 14

      En tout cas, en Amérique, c'est un Québécois-Québécois qui est passé à l'action contre les musulmans. Dans une mosquée. Cette intervention n'est peut-être pas due au hasard. Et c'est çà, les vraies affaires !

    • Eric Ricard - Inscrit 9 mai 2019 14 h 44

      @Montmarquette
      Le prolélytisme est un amalgame de différentes actions visibles et non visibles ou cachés, dont la principale, la plus significative et importante est l'affichage de ses croyances et de son appartenance à un mouvement religieux dans des fonctions innapropriées et particulièrement sensibles. L'affichage est l'amorce et le point d'ancrage du prosélytisme. Sans cette affichage le prosélytisme a très peu d'emprise sur les jeunes. Le zèle, c'est la persistance à ne pas les enlever quand la société civile le lui demande respectueusement dans certaines fonctions sensibles pour la société.

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 mai 2019 17 h 11

      @ Charles-Étienne Gil,

      "On a tout à fait raison de traiter les gens qui ne prétendent ne pouvoir retirer leur signe pour entrer dans un espace laïque «d'intégristes»" - Charles-Étienne Gil

      Vous ne savez strictement rien des motifs qui feraient que certains refuseraient de retirer leurs signes religieux et vous les traitez d'intégristes et les stigmatisez du même coup de votre seul jugement et de votre seule autorité.

      Rien que ça, est à mon avis répréhensible, et serait une cause défendable devant le Tribunal Droits de la personne.

      Des insultes racistes… et illégales - Éducaloi

      Conséquences criminelles

      Dans certains cas plus extrêmes, des propos discriminatoires peuvent mener à des accusations criminelles. C’est le cas lorsqu’il y a «incitation à la haine», c’est-à-dire quand les propos sont graves au point de susciter la haine envers un groupe ethnique, religieux, etc.

      De l’insulte à la diffamation

      Les insultes n’ont pas toujours besoin d’être discriminatoires pour entraîner des conséquences juridiques. En effet, des insultes faites en public ou diffusées plus largement peuvent compromettre le droit à la réputation, lui aussi protégé par la loi.

      Cette protection s’applique même quand les propos sont tenus sur Internet ou sur les médias sociaux.

      Si les propos fautifs causent du tort à la réputation d’une personne, celle-ci pourrait intenter un recours en diffamation pour obtenir réparation.

      Source :

      https://www.educaloi.qc.ca/nouvelles/des-insultes-racistes-et-illegales

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 mai 2019 17 h 47

      "Le zèle, c'est la persistance à ne pas les enlever.. " - Eric Ricard

      Pour certains, le port d'un signe religieux fait partie de leur identité.

      On ne demande pas à un homosexuel de devenir hétérosexuel durant ses heures de travail, pas plus qu'à un noir de devenir blanc durant ses cours.

      Ce n'est pas du zèle que de rester soi-même.

      C'est un simple respect de la différence des autres.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 10 mai 2019 08 h 44

      J'ai résisté tant que j'ai pu, monsieur Gill. Vous confirmerz aujourd'hui la malveillance qui présidait à ce pseudo-échange que vous avez prétendu avoir avec madame Chabot. Vos conclusions, que vous feignez tirer de l'exercice, ce ne sont que vos présomptions initiales. Rien dans ses propos ne les confirme.

  • Eric Ricard - Inscrit 9 mai 2019 05 h 35

    Les motifs supérieurs ce sont les enfants, bien sûr ! Il y a donc au Québec 3 000 000 de motifs supérieurs.

    Les religions doivent leurs succès grâce aux prosélytismes envers les plus influençables, les enfants. Comment peut-on expliquer qu'en l'espace de 1500 ou 2000 ans, des milliards d'humains ont adhéré à certaines religion, sinon par prosélytisme ? Comment peut-on penser qu'un individu s'impose librement ce dogme, cette obligation de porter en tout temps des signes religieux ? Bien sûr, ce dogme lui a été imposé, inculqué dès son plus jeune âge et l'école est l'endroit privilégié pour afficher ce dogme aux enfants. Il ne faut être naif, les religions ont des kms et kms d'avance sur nous dans la compréhension du prosélytisme, de son utilisation, des moyens de contourner les obstacles à son expansion et à l'utilisation de la poltique pour arriver à leur but.
    Protéger les enfants du prosélytisme, c'est notre philosophie. Pourquoi ne vaudrait-elle pas autant que celle de M. Bouchard ou M. Taylor ?

    • Claude Bariteau - Abonné 9 mai 2019 08 h 43

      Bien d'accord.

      Je dois toutefois signaler que j’ai souri en lisant cette chronique.

      L'auteur présente Mme David et M. Zanetti en « envoyés au front » pour montrer que le PLQ et QS, quand ils entendent nager au Québec, choisissent la Gatineau à l’ouest de Montréal plutôt que le Saint-Laurent.

      Il présente même Jolin-Barrette en novice attaché au mât du Québec qui vogue sur le Richelieu où se sont battus des Patriotes, car pas de taille pour naviguer sur le Saguenay où un maître à penser a pris la relève du Frère Untel pour sauver un peuple errant.

      Il manquait la main de Dieu de M. Ryan. Il l’a trouvé dans les souhaits de M. Legault.

      En fait, il y a plutôt urgence.

      Elle concerne l'affirmation de l'État pour que les enfants soient respectés et respectent l'État du Québec.

      Aussi, je me demande pourquoi l'auteur n’a pas mis en boîte le maître à penser qu’il voit en M. Bouchard en signalant que celui-ci estime que l’adoption par le PLQ de la solution aurait réglé la question à tout jamais.

      Il y a là de l’autocongratulation, qui oblige à soutenir qu’il faut des « motifs supérieurs » scientifiquement fondés, ce qu’on dit à Ottawa, pour qu’un État, le Québec, après avoir introduit le principe de la laïcité dans la Charte québécoise, ose affirmer cette laïcité en la rendant visible et contrer du coup le port de signes religieux chez les agent/e/s de l’état.

      J’avoue ne pas comprendre qu’un principe puisse demeurer un principe et que dans les institutions de l’État des agent/e/s à son emploi puissent le contredire.

      Je cherche depuis hier.

      Se pourrait-il que les « motifs supérieurs » soient comme hier la main de Dieu, c’est-à-dire un recours supérieur justifiant l’amarrage du Québec à Ottawa, là où nagent en eaux troubles Mme David et M. Zanetti ?

    • Daniel Genest - Abonné 9 mai 2019 08 h 49

      Voilà qui devrait clouer le bec de ces intellectuelles de pacotille.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 mai 2019 09 h 02

      « J’avoue ne pas comprendre qu’un principe puisse demeurer un principe et que dans les institutions de l’État des agent/e/s à son emploi puissent le contredire.

      Je cherche depuis hier. »

      Sous l'ironie du propos se cache pourtant l'implicite que le port de signe EST est en contradiction avec le principe. Comme si la nature de ce principe était évidente et comme si, peu importe le sens qu'on lui donne, le port du signe se posait de manière univoque comme une volonté de s'en écarter. Vous savez que ces questions sont encore débattues. Mais elles ne vous intéressent pas. On voit dans la suite que toute cette histoire n'est qu'un épisode à insérer dans le récit auquel vous revenez constamment...

    • Claude Bariteau - Abonné 9 mai 2019 10 h 23

      M. Maltais-Desjardins, vous devriez faire un détour à Londres, là où un principe n'est qu'un principe, un enseignement qu'ont compris les dirigeants canadiens depuis 1931, année où, après le crash, Londres a reconnu la souveraineté à l'internationale de ses dominions, dont celui du Canada.

      Depuis, ce Canada est devenu quelque chose comme le Royaume du Canada, appellation prisée en 1867 par ses pères fondateurs de l'Ontario, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick, que Londres a refusé par crainte de représailles des Américains.

      Dans ce royaume, c'est de manière univoque que s'est définie le port de signes religieux dans les institutions de l'État comme à la fine-pointe de la civilisation promue par l’empire britannique pour renforcer ce qui la caractérise : liberté maximale des sujets comme moteur de l’économie et unification des quatre « nations » (Angleterre, Écosse, pays de Galle et Irlande) dans la Grande-Bretagne au tournant des années 1700.

      Il ne s’est pas agi de discourir sur cette évidence ni de discuter du sens du port de signes religieux. Ce port faisait sens dans cet empire, car il confirmait l’unification pour des fins commerciales et impériales.

      Je sais autant que vous que le sens de ce port est débattu dans divers milieux au Québec. Il faudrait être aveugle pour ne pas s’en rendre compte. Comme il faut être aveugle de ne pas voir dans ce débat la confirmation d’un mode d’unification prisée au sein du « Royaume du Canada », devenu le graal d’un État post-national qui s’élève au dessus de ses divers sujets localisés dans des provinces à son service, exception faite des Autochtones.

      De votre commentaire, je décode que vous préférez discourir sur le sens donné à des objets par des individus plutôt que d’analyser le sens d’actes politiques qui ordonnent la vie en société. C’est votre choix. Pas le mien. Je ne radote pas en le disant ni n’invente un récit. J’explique plutôt à quoi se greffe le vôtre.

      Je n'ajouterai rien d'autre.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 mai 2019 10 h 29

      Je préfère, justement, ne pas discourir et considérer plutôt les effets réels sur les personnes réelles. Cela ne se greffe que très difficilement à votre récit.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 mai 2019 11 h 26

      Pas du tout. Ça se greffe très bien.

      Les effets réels d'une permissivité concernent un plus grand nombre de personnes réelles que celles dont vous faites la promotion du port de signes religieux. Ces personnes réelles incluent des musulmans pratiquants, des catholiques, protestants, juifs, athées et agnostiques, qui promeuvent un État dans lequel la laïcité est plus qu’un principe désincarné, car s'y exprime un autre principe.

      Contrairement à vous, l’avenir de ces personnes réelles me préoccupe. Me préoccupe aussi celui des personnes qui s’estimeront discriminées de se voir refuser de porter leurs signes religieux visibles dans les institutions publiques.

      Il y a la clause grand-père. Il faudra aussi expliquer aux personnes désireuses de faire carrière dans les institutions du Québec que le gouvernement du Québec a choisi d’affirmer la laïcité non pas parce que « c’est comme ça qu’on vit au Québec » mais parce que l’État du Québec a adopté des mesures pour rendre visible lsa laïcité en leur sein, ce que banalise le port de signes religieux.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 mai 2019 13 h 07

      « non pas parce que « c’est comme ça qu’on vit au Québec » mais parce que l’État du Québec a adopté des mesures pour rendre visible lsa laïcité en leur sein, »

      donc, pas parce que c'est comme ça que c'est ça mais au contraire.... ?

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 9 mai 2019 14 h 15

      Un petit «Momo» du Ptit Magrheb a, autant qu'un « Max» de Saint-Hilaire, le droit de développer son autonomie critique et remettre en question la culture première que ses parents lui ont donné.

      C'est la responsabilité collective de déterminer les contenus et les formes de la cultures seconde que l'école se charge de transmettre. Dans la mesure où le signe religieux est un irritant majeur, sans même parler de majorité, le consensus devrait être de décréter qu'il n'a pas sa place. De devoir se battre et d'utiliser les moyens politiques pour imposer le bon sens, pour une fonction aussi importante que prof, ça a de quoi choquer et justement confirmer l'impression que l'entêtement à porter un signe, dans un tel contexte, est douteux.

      Ça ne sera pas avec des collègues voilée ET la prof voilée, alors que d'une manière évidente les enfant n'ont même pas de liberté d'expression en classe (le prof peut leur dire de se la fermer), que le petit Momo pourra s'émanciper.

      Nous avons le droit de déterminer que l'accès aux individus au pluralisme passe par des modalités « neutres » (tu ne peux pas connaitre la religion et l'orientation politique de quelqu'un qui ne s'affiche pas, tant que tu ne lui as pas parlé).

      Et surtout, comme les élèves sont vulnérables et astreints au respect voire au silence, on leur demande simultanément de «voir» le signe et de ne pas le discuter.

      Ça induit un relativisme terrible où il y aurait liberté d'expression des signes, mais avec l'implicite de l'interdit de leur contestation. Pourtant le contrat de la liberté d'expression c'est justement que si tu as le droit de t'exprimer, les autres ont le droit de te contredire.

      Le prof avec un signe religieux deviendrait la sacralisation du droit religieux imperméable à toute critique, chaque signe devenant une « boite noire ».

      On parle jamais de ce danger, mais c'est à mon sens le pire. Et les enfants n'ont pas à l'école la liberté d'expression, personne ne s'en formalise.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 mai 2019 14 h 40

      Là vous poussez votre refus du politique à la limite de l'acceptable, comme l'ont fait les corporations religieuses au Québec pour s'ancrer dans les têtes des habitants.

      Pourquoi ? Pour que les habitants du Québec se moulent à la mission qui leur fut définie dans le Dominion of Canada et pour lequel ils les ont persuadés que « c'est comme ça qu'on vit dans ce Dominion ».

      Depuis, transformé en pats souverain, le « c'est comme ça qu'on vit au Canada » est devenue une règle d'interprétation dans la Constitution de 1982 grâce au PM Trudeau père de sorte que le « c'est comme ça qu'on vit au Canada » est devenu la règle partout au Canada pour que les minorités s'y retrouvent.

      Or, vous oubliez, volontairement ou non, d'y voir un geste politique d'affirmation d'une laïcité à la sauce britannique.

      Tellement, dirais-je, que vous ne pouvez même pas imaginer que l'État du Québec, un avorton subordonné aux vues des dirigeants de ce pays, puisse oser légiférer pour rendre visible une laïcité dans ses institutions, que le Canada a toujours prétendu être, en principe, un tel État.

      Ce fut ainsi dès 1763 sous la Grande-Bretagne. Ça s'est confirmé grâce à l'Indirect rule. Avec 1982, ça devait se faire avec la Direct rule appliqué par le Canada avec sa cour suprême dans l'esprit de la constitution rapatriée.

      Tant que vous regarderez les personnes réelles avec des lunettes moulues pour ne voir que les discriminées par le gouvernement du Québec, vous ne pourrez jamais avoir une lecture politique du Canada comme du Québec.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 mai 2019 16 h 06

      Je n'oublie rien de ce genre, monsieur Bariteau, mais je préfère essayer de comprendre les mérites objectifs (et ses faiblesses) de la charte canadienne sur laquelle vous vous contentez de vous essuyer les pieds.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 mai 2019 16 h 39

      Bien sûr, chercher les mérites objectifs à la charte canadienne vous permet de faire abstraction du politique.

      Je trouve toutefois que vous vous honorez facilement de faire cet exercice sans devoir vous essuyer les pieds après avoir piétiner ceux et celles qui ne partagent vos penchants ni, surtout, sans vous demander pourquoi cette charte fut insérée dans la constitution canadienne.

  • Gaétan Cloutier - Abonné 9 mai 2019 06 h 16

    Pas parfait

    La CAQ a le mérite de tenter de clore un dossier qui dure depuis trop longtemps. Perso, comme pour la religion, je ne peux dire que c'est un sujet qui me passionne (ce n'est pas la fin du monde et il y a des choses bien plus importantes à s'attaquer).

    Ceci dit, en quoi est-ce que les profs des écoles privé sont différent de ceux des écoles publiques?? Surtout en considérant que c'est nous tous qui finançons cette école privé.

    Ça c'est un sujet intéressant qu'aucun gouv n'a eu le courage de s'attaquer. À moyen/long-terme, c'est facile de concevoir que la détérioration des écoles publiques sera bien plus grave pour le Qc que le port de quelconque signes religieux.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 9 mai 2019 09 h 40

      Les profs des écoles privées ne sont pas le sujet, c'est l'école elle même qui l'est. Une part significative de ces écoles se veulent religieuse et intègre dans leur enseignement la "culture" propre a leur religion. Il serait ridicule de leur demander d'effacer toute signe d'appartenance religieuse.

      Par contre, d'autres écoles privées qui se veulent laïque devraient avoir le droit d'appliquer les mêmes règles que celles publiques, mais sans y être obligé, selon leur choix.

      Tant qu'a ce "c'est nous tous qui tous qui finançons cette école privée", c'est faux. L'État finance l'instruction et l'éducation des enfants, les écoles elles n'en sont que l'outils pour le faire, et non pas une fin en soi.

  • Pierre Labelle - Abonné 9 mai 2019 06 h 41

    Vérités.

    Par chance que nous avons des journalistes comme Michel David pour relever les nombreuses incongruités et contradictions de nos politiciens. Les opportunistes comme la David et Zanetti se voient dénoncer et dévoilés au grand jour. Pour un jour, contre le lendemain. C'est cela parler des deux côtés de la bouche?

    • Yves Laframboise - Abonné 9 mai 2019 10 h 25

      Considérer madame David comme une femme intelligente capable d'un haut niveau intellectuel? Nous sommes plusieurs à avoir eu un petit doute le 7 mai. Madame David a parlé sur un ton docte de la laïcité personnelle. Quoi? Laïcité personnelle? Un instant… C’est quoi ça? La laïcité est un concept qui, traduit en régime juridique, gère la relation des individus avec l’État. Parlons de liberté de conscience de l’individu, d’accord. Mais de laïcité individuelle, alors là, disons non. Par chance, on lui a répondu respectueusement que la laïcité personnelle, ça n’existe pas, et que, finalement, elle n’a visiblement pas compris ce qu’est la laïcité. De la part de Djemila Benhabib et de Louise Mailloux : un bien senti «désolées madame!».

  • Gilles Delisle - Abonné 9 mai 2019 07 h 00

    Les dieux du stade!

    Peut-être faudrait-il inviter des personnes crédibles à cette Commission parlememtaire! Nos deux comparses, se disant philosophes, ont déjà eu leur heure de gloire. Maintenant, l'un renie son passé de commissaire sur cette question, l'autre ,comme un vrai Bouchard,pavoise un peu fort! Laissons le peuple parler, ayant certainement des opinions intéressantes à dire , autant que ces deux personnages.