Le héros du jour

Durant la crise du verglas de janvier 1998, Daniel Johnson s’était attiré de nombreuses critiques, à l’intérieur comme à l’extérieur du PLQ, pour avoir félicité le premier ministre Bouchard pour sa bonne gestion de la situation.

On lui reprochait d’avoir laissé toute la place à M. Bouchard alors qu’on entrait dans une année électorale. The Globe and Mail aurait même voulu qu’il profite de l’intervention de l’armée canadienne pour souligner « subtilement » les avantages du fédéralisme.

Tout le monde convenait que M. Bouchard avait été à la hauteur. Son point de presse quotidien, aux côtés du p.-d.g. d’Hydro-Québec, André Caillé, avait des cotes d’écoute digne d’un téléroman. Les stratèges péquistes se frottaient les mains. Alors que le PQ et le PLQ étaient à égalité dans les sondages à la fin de 1997, un mois de crise avait catapulté le PQ 15 points devant. On connaît la suite. De crainte de voir M. Bouchard précipiter le déclenchement des élections et, qui sait, d’un troisième référendum, M. Johnson a été prié de démissionner et Jean Charest lui a succédé.

La fenêtre qui s’était ouverte de façon inespérée pour le camp souverainiste s’est refermée brutalement et elle l’est demeurée depuis. À l’automne 1998, la magie du verglas avait disparu. Le PQ a bien été réélu, mais avec moins de voix que les libéraux.

 
 

Comme il y a vingt ans, le Québec est pratiquement unanime à louer le travail du premier ministre Legault et de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, depuis le début des inondations. Le chef intérimaire du PLQ, Pierre Arcand, n’est pas allé jusqu’à les féliciter, mais les partis d’opposition n’ont pas formulé la moindre critique.

Une crise d’origine naturelle peut tourner au désavantage du gouvernement si elle est mal gérée. Lors de la tempête de neige de mars 2017, on a vivement reproché au gouvernement Couillard d’avoir laissé plus de 300 automobilistes coincés sur l’autoroute 13.

À l’inverse, quand la population a le sentiment que le gouvernement fait tout ce qu’il peut, le quasi-monopole de l’espace médiatique dont il bénéficie en période de crise peut devenir très frustrant pour les partis d’opposition, qui sont condamnés à jouer les spectateurs.

Il sera difficile de s’opposer à ce qu’une commission parlementaire se penche sur le dossier des inondations. Mais M. Legault a rapidement écarté la tenue du débat d’urgence que réclamait Québec solidaire. Pour le moment, il demeure le seul héros du jour.

La gloire est cependant une chose éphémère, particulièrement en politique. On est souvent le héros d’un seul jour. Lors des inondations du printemps 2017, le ministre de la Sécurité publique dans le gouvernement Couillard, Martin Coiteux, avait eu droit lui aussi à un concert de louanges. On en avait presque oublié qu’il avait été le grand architecte des politiques d’austérité de la première moitié du mandat.

La suite des choses a été plus difficile. Les louanges se sont rapidement transformées en critiques quand les indemnisations ont commencé à prendre du retard. Huit mois après les inondations, 125 familles étaient toujours logées aux frais de l’État. Un sondage publié sur le site du ministère de la Sécurité publique indiquait que 53 % des sinistrés étaient insatisfaits du programme d’aide qui leur est destiné. Lors d’un forum intitulé « Inondations 2017 : bilan et perspectives », M. Coiteux avait lui-même dû faire un mea culpa.

 
 

C’est non seulement sur la façon dont les sinistrés de 2019 seront indemnisés, mais aussi, et surtout, sur les mesures qui auront été prises pour limiter les dégâts à l’avenir que le gouvernement Legault sera jugé.

Le premier ministre a bien fait d’écarter la tenue d’une vaste commission scientifique dont les conclusions pourraient se faire attendre longtemps, au profit d’un « groupe d’action ministériel » qui devra s’assurer que les indemnités sont versées rapidement et préparer un plan qui pourrait changer la donne dès le printemps 2020.

L’opinion publique est maintenant consciente que les inondations risquent de se multiplier au cours des prochaines années et qu’il devient nécessaire de déplacer de nombreuses maisons, voire des quartiers entiers.

L’opération n’en demeure pas moins délicate. L’approche mur à mur que le gouvernement semble vouloir adopter en fixant une compensation uniforme de 200 000 $ en cas de déménagement ne peut que provoquer des drames humains pires que ceux vécus par les chauffeurs de taxi dont les permis ont perdu toute valeur. Dans bien des cas, cela reviendra à forcer les gens à choisir entre la ruine et la renonciation à toute aide future.

En 2017, tant Martin Coiteux que sa collègue de l’Environnement, Isabelle Melançon, disaient déjà que les changements climatiques imposaient d’agir. Pourtant, la simple cartographie des zones inondables demeure encore incomplète.

De façon générale, on ne peut pas reprocher au gouvernement Legault de s’être traîné les pieds depuis son élection. Dans ce cas-ci, l’échéance est particulièrement courte.

3 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 2 mai 2019 06 h 52

    La contamination est partout au Québec!

    Malheureusemement pour la CAQ, il ne faut pas sous-estimer la contamination des puits dans des municipalités en zone rurale! Oui, nous sommes en 2019 et des municipalités de plus de 1000 habitants n'ont toujours pas de réseaux d'acqueduc et d'égout après des demandes répétées au palier provincial. Des relevés montrent que plus de 300 puits dans l'une d'elles sont contaminés! Comme citoyens, on attend des nouvelles, avec preuves à l'appui, concernant les demandes répétées par les conseils de ville dont les maires...depuis 20 ans! Il serait temps de veiller à la santé de tous et toutes! Faut-il qu'il y ait un empoisonnement pour réagir? Que font les fonctionnaires? Vont-ils parfois vérifier l'autenthicité du contenu des comminications entre le maire et les citoyens?
    Le zoom média sur certaines régions inondées font une belle publicité pour la CAQ, quoique dans certaines zones inondées, comme vers Aylmer les gens sont délaissés par ce même gouvernement! Comme d'habitude il y a de la discrimination entretenue par ceux et celles qui de loin prennent des décisions. Discrimination? Stratégie politique? Les situations critiques sont loin d'être résolues au Québec!

  • Yves Corbeil - Inscrit 2 mai 2019 16 h 15

    On se calme le chroniqueur

    Legault et sont groupe sont à des années lumières de la façon de gérer la province comparativement aux libéraux qui ont été au pouvoir pendant 15 ans. Le désastre de la société nous le constatons à chaque jour qui se lève depuis que la CAQ et au pouvoir et bien avant. Le cas de la gestion des milieux humides traine en longueur et s'accélère depuis que ceux là même qui étaient au pouvoir ont permis à leur petits amis de dézonné pour engranger des profits hallucinants avec l'immobilier. Des terrains acheté par des «spéculeux» pour des pinottes et revendu à prix d'or aux batisseurs de maisons et condos près de ces cours d'eau.

    Le cas de la petite fille décédé hier, un autre cas de laisser allé par ces mêmes libéraux qui ont couper partout sans prendre en compte le manque déjà astronomique de ressources ou ils ont coupé. Une dégueulasserie incommensurable de ceux qui n'ont jamais cesser d'affaiblir notre état, pourquoi, pourquoi du cash, de l'argent, de l'argent qu'ils ont enlever dans l'appareil d'état pour le soupoudrer en année électoral et avant au médecin, ces pôvres médecins incorporés.

    Alors SVP, gardez-vous une petite gêne monsieur le chroniqueur. Monsieur Legault est un homme profondément humai comme les québécois qu'il représente et je suis convaincu qu'il saura géré tous ces dossiers un par un et en même temps quand il y a urgence, puis cela lui vaudra de passer 25 ans comme premier ministre de cette province qui deviendra une république après que la population québécoise se soit rendu compte que malgré toute la bonne volonté de son Premier Ministre, le REST OF CANADA y veulent rien savoir des québécois, tous ce qui les intéressent c'est de les sousmettres.

  • Denis Paquette - Abonné 2 mai 2019 18 h 54

    peut ¸etre faudra-t- il faire une meilleur annalyse de notre savoir

    dans le contexte actuel, peut être faut-il être également être prospectif , mais en sommes nous capables, il semble , qu'il y a des éléments réelles de formation qui manquent , que ce sont surtout la fiction qui a la cote, ce qui est loin de ce que nous sommes forcés depeut de vivre