Une finance internationale encore vert pâle

L' investissement responsable s’invite toujours plus dans les portefeuilles des investisseurs. Les banques centrales lancent toutefois un avertissement. L’effort reste très timide face à l’ampleur des besoins liés à la décarbonisation de l’économie.

Le concept reste encore un peu fourre-tout, mais son encadrement se précise sans cesse. L’investissement responsable s’agglutine toujours plus et mieux vers ses critères ESG, pour environnementaux, sociaux et de gouvernance. Quant aux rendements, ils sont au rendez-vous. Il n’y a pas de prime à l’éthique. Selon les données recueillies par l’Association pour l’investissement responsable (AIR), le rendement des fonds d’investissement dit responsable s’est collé à celui de l’indice S&P/TSX et des grandes capitalisations lors de la décennie 2000-2010. Il s’est replié sous celui de l’indice de référence de 2010 à 2012, la flambée des cours pétroliers attisant les grands indices boursiers, pour ensuite faire mieux, voire distancer les indices de base à partir de 2014, la notion d’actif échoué dominant depuis l’actualité financière. Autrement dit, 100 $ investis en janvier 2000 valent aujourd’hui 340 $ s’ils ont été dirigés vers des placements ESG, contre 310 $ si le portefeuille a reproduit l’indice torontois S&P/TSX.

L’AIR ajoute que 77 % des répondants à un sondage sont d’accord pour affirmer que les entreprises appliquant de bonnes pratiques ESG sont de meilleurs investissements à long terme. Sans oublier l’atténuation du niveau de risque. Citant une étude de la Deutsche Bank publiée en 2012 mais demeurant d’actualité, « les entreprises ayant une forte performance ESG peuvent maintenant profiter à la fois d’une performance financière et d’un risque inférieur, mesuré par le coût des fonds propres ou de la dette à court terme ».

Une étude réalisée par l’Université Carleton indique que les fonds d’Investissement pratiquant l’investissement responsable font mieux que leur indice de référence dans 67 % des cas. Pour sa part, un survol effectué par Morgan Stanley de près de 13 000 fonds communs ou comptes gérés individuellement sur sept ans indique que leur rendement a surpassé celui des fonds d’actions traditionnels 64 % du temps, tout en affichant « une volatilité médiane égale ou inférieure environ les deux tiers du temps ».

On s’en doute, leur popularité est en croissance exponentielle. Au Canada, d’à peine 500 millions de dollars en 2006, les stratégies d’investissement responsable revendiquaient un actif de 1010 milliards à la fin de 2013, de plus de 2130 milliards au 31 décembre 2017, pour représenter 38 % du total de l’actif sous gestion. Au niveau mondial, une étude de Global Sustainable Investment Review chiffrait l’actif d’investissement responsable à 22 890 milliards $US au début de 2016, soit une augmentation de 25 % par rapport à 2014, écrit l’AIR. Mais il en faut plus.

Les besoins

Car quant aux besoins réels… Les dirigeants des banques centrales ont une nouvelle fois sonné l’alarme cette semaine. Sous le leadership des banques d’Angleterre et de France, une trentaine d’entre eux ont repris le thème du verdissement de la finance internationale, exhortant les décideurs politiques et réglementaires à positionner leur système financier face aux changements climatiques. Au risque physique, qui interpelle particulièrement les assureurs et les banques, s’ajoute celui de responsabilité civile auquel s’exposent de manière plus sensible les gouvernements et les entreprises. S’y greffe la relation risque-rendement associée à la transition vers une économie à faible émission carbone. Dans un rapport déposé cette semaine, le Network for Greening the Financial System (NGFS) reconnaît que les risques liés aux changements climatiques ne sont pas entièrement reflétés dans l’évaluation des éléments d’actif.

Appelant à l’action collective et immédiate face à l’urgence, NGFS tente de chiffrer l’impact et les besoins économiques, reconnaissant d’emblée l’imprécision de l’exercice. À l’échelle planétaire, on retient que les études plus sophistiquées indiquent que l’inaction entraînerait une perte moyenne du quart des revenus globaux d’ici à la fin du siècle, amplifiée par la migration de masse, l’instabilité politique et les conflits sociaux. En revanche, l’effort financier requis n’est pas hors de portée. Pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, des investissements additionnels en énergie compatible avec cette cible sont chiffrés à 830 milliards $US par année sur l’horizon 2050. Mais on donne l’exemple des émissions mondiales d’obligations vertes, à environ 168 milliards $US en 2018, pour illustrer la timidité de l’intervention. Et on cite les estimations d’études soutenant la nécessité de réduire également la consommation globale de 1 à 4 %, au moins d’ici 2030, pour un plafonnement du réchauffement fixé alors à 2 °C, pour craindre une absence de volonté politique.

Le NGFS insiste : les coûts associés à une transition sont de loin inférieurs à ceux découlant d’une intervention dans une maison en feu.

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