Les métropoles, sociétés distinctes?

Cette semaine, tous les partis de l’Assemblée nationale ont réussi à s’unir sur un — oui, un ! — aspect du projet de loi 21 sur le port des signes religieux : ils ne souhaitent pas qu’un statut particulier permette à la métropole de se soustraire à certaines de ses dispositions. Cette sortie unanime répondait aux élus du conseil municipal de Montréal, qui ont adopté, dans une unanimité tout aussi rare, une déclaration sur le caractère inaliénable du principe de laïcité ouverte pour leurs citoyens.

Dans nos sociétés de plus en plus urbanisées, la diversité, le mode de vie, les activités économiques et les réalités sociales des métropoles se distinguent de plus en plus fortement de ce qui se passe « en région ». Il ne faudrait pas être surpris si ces différences s’accompagnent de différends de plus en plus frontaux — un peu partout dans le monde, oui, mais particulièrement dans le contexte canadien. Ici, les grandes villes ne sont dans la Constitution que des « créatures des provinces », dépourvues d’une autonomie légale et de leviers de développement pourtant acquis pour leurs homologues des États-Unis et de bien des pays d’Europe. On l’a constaté, par exemple, lorsque Montréal a voulu se joindre au mouvement international des « villes sanctuaires », avant d’être forcée de faire marche arrière : les métropoles canadiennes n’ont pas l’autorité nécessaire à la protection des immigrants en situation irrégulière.

Les Torontois sentent avec acuité la faiblesse légale de leur municipalité depuis que les conservateurs de Doug Ford ont pris le pouvoir au Parlement ontarien, l’an dernier. En plein coeur des élections municipales, Ford a décidé que Toronto ne devrait plus compter 47 conseillers, mais plutôt 25, portant ainsi atteinte à l’intégrité du processus démocratique local. La résistance légale des Torontois s’est organisée rapidement. Jennifer Keesmaat, la principale adversaire du maire John Tory, avait même lancé sa campagne en proposant que Toronto se sépare de l’Ontario. Vous avez bien lu. Mais qu’importe : le premier ministre a tout de suite menacé d’utiliser la disposition de dérogation pour mettre un terme aux contestations. Ça vous rappelle quelque chose ?

Depuis le coup de théâtre de la refonte du conseil municipal, le premier ministre ontarien a aussi imposé sa vision banlieusarde du transport en commun, et a coupé les fonds municipaux en santé publique alors qu’une crise d’opioïdes menace la population. La ville de Toronto compte plus d’habitants que les quatre provinces de l’Atlantique réunies, et son budget annuel se compare à celui du gouvernement du Manitoba. Mais constitutionnellement, ce n’est qu’une « créature » provinciale. Et ce sont ses citoyens qui en paient le prix.

Certes, les attaques de Doug Ford, ex-conseiller municipal torontois et frère de l’ex-maire Rob Ford, ont des allures de vendetta personnelle particulièrement vicieuse. Mais rien n’indique que Montréal est à l’abri des mêmes dynamiques. Depuis que François Legault est élu, il a décidé de réduire les seuils d’immigration, il a proposé un interdit sur les signes religieux et a lancé une réforme de l’industrie du taxi, des mesures qui atteignent la métropole plus que toute autre région du Québec. Il refuse également de financer la ligne rose, ou une vision du transport en commun qui permettrait à ses usagers d’y respirer même à l’heure de pointe. Il avait lui aussi ouvert la porte, en campagne électorale, à la diminution du nombre d’élus à Montréal.

Notre système électoral entretient la tiédeur de l’Assemblée nationale envers les intérêts des Montréalais. À quelques exceptions près, les formations politiques jugent les circonscriptions de l’île trop gagnées ou trop perdues d’avance pour y concentrer leurs efforts de campagne. Les libéraux y détiennent certes le plus de sièges. Mais comme les autres partis, ils mesurent leur succès à l’aune du fameux « vote francophone », expression que les stratèges emploient rarement en pensant aux Haïtiens ou aux Algériens, ou même aux Montréalais d’origine canadienne-française.

Les pouvoirs dont disposent les municipalités ont été déterminés en 1867, alors que 84 % des Canadiens vivaient en milieu rural. Aujourd’hui, les régions métropolitaines de Vancouver, Edmonton, Calgary, Toronto, Ottawa et Montréal regroupent entre elles près de la moitié de la population du pays et sont responsables de la moitié du PIB national. Permettez-moi de penser que si la Constitution avait été rédigée de nos jours, la part de pouvoir accordée aux grandes villes y serait autrement plus importante.

Valérie Plante est loin d’être la seule mairesse à voir ses ambitions limitées par un Parlement qui continue d’assimiler les grandes villes à de simples « créatures des provinces ». Si, pour le projet de loi sur la laïcité ou toute autre mesure, elle s’entêtait à demander une « clause Montréal », elle pourrait trouver des alliés parmi les autres leaders municipaux aux pays.

Je crois qu’il vaut mieux combattre des lois injustes que de chercher à en être exempté. Sans en approuver d’emblée la portée, il faut quand même remarquer que les revendications des grandes villes canadiennes ressemblent de plus en plus à celles du Québec dans la saga constitutionnelle des années 1980 et 1990 : reconnaissance, octroi de compétences, droit de retrait des programmes. Si le débat constitutionnel était rouvert par les actions caquistes, le Québec ne serait peut-être plus la seule entité à se revendiquer comme société distincte.

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40 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2019 01 h 29

    Les métropoles comme Montréal, représentent la mondialisation malheureuse

    Le conseil municipal de Montréal, qui a adopté une déclaration du principe de laïcité ouverte pour leurs contribuables ne représente pas le Québec. La laïcité ouverte est un mythe entretenue par le lobby intégriste religieux. Il n’y a pas des types de laïcité, seulement une qui est la séparation des religions de l’État et la consécration de l’égalité homme/femme et la liberté d’expression.

    Et si on avait un référendum sur la question? Le Québec est indivisible. J’imagine qu’il faut être né ici pour comprendre.

    Pour les activités économiques et les réalités sociales de Montréal, sans les régions, elles n’existeraient point. Les ressources naturelles qui proviennent des régions nourrissent et maintiennent Montréal. Qu’est-ce que Montréal contribue pour le bien-être des Québécois? Une ville en décrépitude et une des plus mal administrée en Amérique du Nord. Ici, on ne parlera même pas de la corruption qui semble endémique dans cette ville et chez ses politiciens.

    Les immigrants en situation irrégulière sont des illégaux qui sont venus sous de faux prétextes et profitent de la manne du filet social. Ici, on ne parle pas des vrais réfugiés qui forment moins de 10% des illégaux. Toronto compte plus de deux tiers de sa population d’immigrants récents. Et avec son multiculturalisme malsain, les différentes ethnies vivent côte à côte sans jamais se parler et bonjour au vivre-ensemble illusoire. Le communautarisme à la puissance mille.

    Il faut être né ailleurs qu’au Québec pour ne pas comprendre la dynamique du Québec dont Montréal est une composante importante, mais absolument rien sans le Québec. L’étalement urbain des villes comme Montréal, et son agression envers les milieux humides et les terres agricoles est légendaire. Au lieu de contribuer à une solution permanente vis-à-vis les changements climatiques, elle demeure une des pires pollueuses récalcitrantes.

    En fait, les métropoles comme Montréal, représentent la mondialisation malheureuse.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2019 09 h 22

      C’est une vague anti-Québécoise qu’on voit déferler présentement avec la loi 21. C’est du Québec « bashing » provenant de l’intérieur. Les opposants multiculturalistes, islamo-gauchistes et mondialistes à cette loi en devenir traitent les Québécois de racistes, de xénophobes, de fascistes et de tous les noms qui sont dans le vocabulaire. Mais l’extrémiste démontré par cette minorité et Adil Charkaoui inclut aussi de traiter les autres de nazis lorsqu’ils ceux-ci ne sont pas d’accord avec eux. La plupart ont atteint le point « Godwin » il y a longtemps.

      Mais l’insulte tonitruante provient de cet extrémiste venu d’ailleurs. On ne peut pas dire aujourd’hui que c’est l’église catholique qui traite les Québécois de tous les noms parce qu’eux, ils veulent entrer dans la modernité d’un état moderne qui respecte justement les plus vulnérables de ses minorités, notamment les femmes. C’est une insulte à l’intelligence que de voir des Anglo-Saxons de l’île de Montréal parler de nettoyage ethnique alors qu’ils sont la minorité la plus choyée du monde.

      Mais venons en au fait de ce billet. Par le truchement d’une loi 21 souhaitée par tout le monde, elle aborde le thème de l’immigration. L’immigration ne contribue pas de manière positive à l’économie. Les seuls avantages économiques sont pour les immigrants eux-mêmes. Elle n’accroit pas la richesse des citoyens même si le produit intérieur brut augmente à cause du nombre plus élevé de personnes, c’est tout le contraire. L’immigration n’est pas un moteur démographique de rajeunissement important puisque en moyenne, les immigrants ont le même âge que les Québécois. Ce qui coûte cher, c’est la santé et les retraites et lorsqu’on augmente les nombre de ceux qui n’ont jamais contribué, c’est n’est pas une recette gagnante. Un phénomène important, plus on dispose d’un filet social généreux, plus il attire des immigrés légaux ou illégaux sans qualifications. Et lâchez-nous avec la diversité, le Québec est très diversifié.

    • Pierre-Yves Guay - Abonné 18 avril 2019 10 h 01

      M. Dionne, je rappelle une autre fois que Mme Nicolas est née à Gatineau et a grandi dans la région de Québec. Vous devriez cesser vos allusions mesquines à l'égard d'une origine étrangère que vous inventez dans le but de discréditer son propos. Elle est aussi québécoise que vous et moi et son opinion est absolument légitime.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2019 11 h 59

      N'oubliez pas de voter pour la pétition des intellectuel.le.s et citoyen.ne.s du Québec, sur la présentation du projet de Loi sur la laïcité de l’État (projet de loi no 21). Voici le lien:

      https://www.petitions24.net/jappuie_le_projet_de_loi_21_sur_la_laicite_de_letat_au_quebec?s=60141442&utm_source=twitter

    • Jean Lacoursière - Abonné 18 avril 2019 14 h 46

      Cyril Dionne écrit : "Il faut être né ailleurs qu’au Québec pour ne pas comprendre la dynamique du Québec dont Montréal est une composante importante, mais absolument rien sans le Québec."

      Monsieur Dionne, de qui parlez-vous ?

      Je me le demande bien, car madame Nicolas est née et a grandi au Québec.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2019 14 h 59

      Cher M. Guay de l’UQAM,

      On est tous contents d’apprendre que votre madame est née à Gatineau comme pour le sexe des anges. C’est justement son propos mi-voilé qui est toujours insultant pour les gens ordinaires qu’elle traite de racistes ou xénophobes. Sa dernière chronique est un témoignage ardent de ce lyrisme à ciel ouvert du Québec « bashing ». SVP, on en a assez des orangistes et des loyalistes et de leurs conneries. On n’a pas besoin d’ultragauchiste multiculturaliste et mondialiste de l’institut fédéraliste Broadbent d’Ottawa pour venir nous en remettre sur le racisme systémique parce qu’on n’accepte pas à son goût, assez d’Haïtiens au Québec. Les Anglo-Saxons le font déjà avec cœur. Elle peut aller verser des larmes avec Justin Trudeau à Ottawa.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2019 17 h 04

      M. Lacoursière,

      Encore une fois, on est tous contents d’apprendre que la madame est née à Gatineau et a grandi au Québec sans toutefois donner l’impression qu’elle voudrait vivre au pays de René Lévesque au lieu du Canada. Le « think-tank » ultragauchiste du « Broadbent Institute in Ottawa » est d’un canadianisme envahissant et centralisateur. Il n’y a pas de bon « Jack » là-dedans.

      J’espère que vous connaissez le concept des métaphores? Le : « Il faut être né ailleurs qu’au Québec pour ne pas comprendre la dynamique du Québec dont Montréal est une composante importante, mais absolument rien sans le Québec » s’adresse à ceux qui n’ont rien compris et qui ont un besoin inné de penser que le monde tourne autour d’eux parce qu’ils vivent dans une métropole quelconque dont le seul cachet est son fait français qu’ils s’acharnent à détruire avec un multiculturalisme envahissant, bonjour/hi oblige. Et, il faut être complètement déconnecté de la réalité pour penser que 100% des gens de Montréal appuie la position des élus de leur conseil municipal sur le projet de loi 21. On pourrait dire que plus de la moitié sont en faveur du PL21 sur la laïcité. Un petit référendum sur le sujet pourrait mettre les points sur les « i ». Je ne crois pas que c’est faire preuve de nettoyage ethnique, de racisme, de xénophobie, et d’islamophobie que de dire au gens de ne pas afficher avec ostentation leur positionnement religieux durant les heures de travail. Vous savez les symboles comme la croix gammée qu’on a vue récemment adornant les pancartes de nos contestataires en herbe, ont une influence certaine chez les gens. Cela leur donne une envie de vomir.

    • Pierre-Yves Guay - Abonné 18 avril 2019 23 h 06

      Cher M. Dionne de la TÉLUQ,
      Vous mettez sous la plume de Mme Nicolas des mots qu'elle n'a jamais écrits ! Jamais elle ne nous a traité de racistes ou de xénophobes. Jamais elle n'a pratiqué de "Québec Bashing". On peut évidemment ne pas partager la perspective "métropoliste" qu'elle avance, mais ceci ne justifie aucunement vos insultes méprisantes et absolument hors contexte. Pourquoi jeter ainsi de l'essence sur un débat déjà trop enflammé ? Seriez-vous un peu pyromane ? Comment pouvez-vous discréditer les gens en invoquant leur origine hors-Québec, alors que vous distribuez insultes, injonctions et leçons d'identité québécoise à partir de Cochrane, Ontario ? C'est pas un peu gênant ?

    • Cyril Dionne - Abonné 19 avril 2019 00 h 31

      M. Guay, il semble que la littératie n'a jamais été au rendez-vous à l'UQAM au département de gestion. Il faudrait lire les missives de cette madame plus attentivement dans le Devoir. Le débat est enflammé à cause justement de gens comme vous qui se portent à la défense de ceux qui font du Québec « bashing », un sport. Ce ne sont pas les gens qui sont pour le projet de loi 21 qui ont émis des commentaires en faisant des rapprochements avec le sort des refugiés juifs du MS Saint Louis et les Québécois alors que c’était la décision du gouvernement libéral et anglo-saxon de William Mackenzie King, c'est votre chère madame. Ce ne sont pas les gens qui sont pour le projet de loi 21 qui ont parlé de nettoyage ethnique venant de la part de gens d’une minorité très choyée au Québec et qui n’a jamais jugé important d’apprendre le français. Ce ne sont pas les gens qui sont pour le projet de loi 21, mais Eve Torres, la candidate de Québec solidaire dans le comté de Mont-Royal–Outremont aux dernières élections, qui a fait un amalgame douteux en disant que dieu était fâché contre le projet de loi 21 sur la laïcité et il a décidé de brûler la cathédrale Notre-Dame en France pour se venger. Et je ne mentionnerai même pas Adil Charkaoui.

      Ceci dit, vous devriez mieux vous informer avant d'émettre des commentaires personnels erronés envers votre humble serviteur qui vous sert des vérités qui dérangent. Comme l'autre a déjà dit, il faut toujours poser une question lorsqu'on connaît la réponse au préalable.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 18 avril 2019 01 h 30

    « Doug Ford, ex-conseiller municipal torontois et frère de l’ex-maire Rob Ford» (Emilie Nicolas)



    Et dire que certains colportent ici malicieusement que Mlle Nicolas raconte n'importe quoi.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 18 avril 2019 11 h 43

      @M. Lacoste

      Plaît-il?

      Il est regrettable, au regard de tout l'espace que vous occupez en ces pages, que vous n'offriez pas plus de contenu.

  • Léonce Naud - Abonné 18 avril 2019 06 h 27

    « Il n’y a qu’un seul Québec, une seule nation. » (Jean Charest, 2007)

    Mme Nicolas fait l’éloge de certaines métropoles occidentales, courtepointes semi décousues de « communautés ».

    De savants ethnologues auraient intérêt à se pencher sur la nature des liens au nom desquels on justifie l’existence de ces soi-disant « communautés » et les contraintes ataviques de Race, de Sang, d’Ethnie ou de Religion auxquelles les sociétés de type tribal sont solidement assujetties depuis toujours. Dans pareil univers culturel, l'Ethnie ou la Race prévaut sur la Citoyenneté, la Foi sur la Raison, la Génétique ou la pureté du Sang sur le métissage et l’égalité citoyenne au sein d'une même nation.
    Au Québec, bien au contraire, la population en général partage plutôt l’approche du Premier ministre Jean Charest lors de son discours inaugural à l’Assemblée nationale, le 9 mai 2007 : « Il n'y a qu'un seul Québec, une seule nation ».

  • Denis Paquette - Abonné 18 avril 2019 07 h 00

    les citées n'ont ils pas toujours eus leurs attraits aussui loin que notre histoire le permet

    je le croirais le monde étant ce qu'il est, les métropoles seront de plus en plus les lieux de toutes les ambitions , voila ce qui est inscrit profondement en nous depuis toujours

  • Marc Therrien - Abonné 18 avril 2019 07 h 08

    Exceptions limitées


    François Legault pourrait déclarer bientôt qu'il y a quand même des limites à invoquer des clauses dérogatoires au nom de la différence.

    Marc Therrien