Une correction boursière éphémère

Après avoir frappé à la porte d’un marché fondamentalement baissier au dernier trimestre de 2018, les marchés boursiers affichent un rebond plutôt musclé en ce début de 2019. Soutenu fondamentalement par un changement de registre sur le front des taux d’intérêt directeurs, ce nouvel élan trouve cependant difficilement à se nourrir de nouvelles économiques favorables. La défensive redevient d’actualité.

Les derniers mois de 2018, et décembre plus particulièrement, ont été plutôt sombres en Bourse, complétant une année aux rendements décevants. Les principaux indices de référence de Wall Street frappaient à la porte d’un marché considéré comme étant fondamentalement baissier (« bearish »), associé généralement par les analystes à une correction de 20 % et plus. Le changement d’humeur à New York s’est produit en moins de trois mois seulement. La guerre commerciale allant en s’amplifiant entre les États-Unis et la Chine est venue jeter une ombre sur une activité économique mondiale carburant aux échanges commerciaux. Les investisseurs s’inquiétaient aussi de la rétroaction de ce protectionnisme sur la première économie de la planète, attendue pour afficher ses premiers signes de ralentissement une fois passé l’impact de la surstimulation venue de la réforme fiscale. Et les banques centrales additionnaient les hausses de leur taux cible.

Mais le premier trimestre de 2019, dominé par le changement de ton des banques centrales, a permis de déjouer les pronostics. L’indice baromètre de Bay Street a affiché un gain de 13,3 % après trois mois, le SP/TSX allant même jusqu’à supplanter celui de 11,5 % (en dollars canadiens) de l’américain SP 500. Les marchés obligataires ont également contribué positivement avec un bond de 3,9 % de l’indice total FTSE/TMX. En détail, l’indice de longue échéance a fait un saut de 6,9 % et celui de courte échéance, de 1,7 % nous dit Eterna Groupe financier.

Les régimes de retraite en ont également fortement bénéficié. Selon les données du cabinet Mercer publiées au début d’avril, « la solvabilité des régimes de retraite à prestations déterminées a augmenté rapidement au premier trimestre de 2019, renversant la majorité des dommages subis en décembre 2018 ». L’indice Mercer, qui mesure le ratio de solvabilité d’un régime de retraite hypothétique, se chiffrait à 106 % au 31 mars, contre 102 % au début de l’année. « Presque un régime de retraite canadien sur deux est entièrement capitalisé et moins de 5 % des régimes affichent une capitalisation inférieure à 80 % sur base de solvabilité. » Toutefois au dénominateur, les régimes ont eu à conjuguer avec une baisse de 30 points de base des taux d’intérêt à long terme, provoquant une hausse du passif de retraite.

Cela dit, du point de vue de la conjoncture économique, les bonnes nouvelles sont derrière nous. La croissance mondiale est faible, avec plusieurs pays affichant des taux de croissance presque nuls. Au Canada, l’économie a démontré une faiblesse inattendue alors qu’aux États-Unis, les effets des baisses d’impôt d’il y a un an s’estompent et les marges bénéficiaires des entreprises ne s’améliorent plus, résume Eterna.

Ce qui incite le cabinet à maintenir son biais défensif en abaissant la pondération en actions du portefeuille type et en favorisant les titres à volatilité plus basse. « La faiblesse des taux d’intérêt devrait se poursuivre encore pour un certain temps et les titres à dividendes devraient connaître des performances intéressantes dans ce contexte. » Le cabinet retient également que la valorisation du marché canadien s’appuie davantage sur le « fondamental » et qu’elle renferme un « fort escompte » par rapport au marché américain.

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