La Chine, ce promoteur immobilier

Les tours de condos continuent de pousser comme des champignons au centre-ville de Montréal, Griffintown comprise, et l’arrivée d’acheteurs venus d’ailleurs n’y est pas étrangère.

Les chiffres les plus récents (en provenance de la firme spécialisée JLR) situent à 3,4 % le pourcentage de transactions immobilières attribuables à des non-Canadiens en 2018, ce qui représente une hausse de 28 % en 2017. Fait encore plus significatif : ce sont les acheteurs chinois qui se détachent du lot. Ils sont aujourd’hui les plus nombreux, avec 33 % de ces achats, particulièrement des condos, et devancent maintenant les Français et les Américains.

Dans les faits toutefois, on sous-évaluerait fortement leur présence dans le marché, dorénavant massive dans certains secteurs.

C’est du moins ce qu’on raconte dans le milieu des promoteurs immobiliers actifs au centre-ville. Pour des raisons stratégiques, ils ne veulent pas se prononcer publiquement, mais on dit que Montréal est en train de devenir LA destination prisée au Canada pour les riches acheteurs chinois attirés par le marché local, perçu comme une aubaine par rapport à Toronto, ou plus encore Vancouver.

Un exemple ? Dans un des nouveaux complexes de condos de Griffintown, dans le sud-ouest, 38 appartements sur 140 ont été achetés par des Chinois, soit 27 % ! Et il ne s’agit pas d’un cas isolé. Ces acheteurs tranquilles ne posent pas de questions, paient sans broncher. Ils ne résident même pas ici. Pour eux, il s’agit d’un bon placement.

Oui, les ventes sont plus faciles, mais cette demande surdimensionnée pèse lourdement sur les coûts de la main-d’oeuvre, déjà surtaxée. Le coffrage autant que le briquetage, et tout le reste, finissent par coûter plus cher. Sans compter le prix des matériaux, qui ne cesse lui aussi d’augmenter.

Que les travailleurs en profitent légitimement n’est pas la question. C’est là une simple application de la loi de l’offre et de la demande. Mais cet élan ne sera pas éternel. Leur rémunération risque tôt ou tard de plonger. Attention à la suite.

Et pour les prix de ces condos, ce n’est pas juste un problème de riches.

On construit beaucoup dans le Grand Montréal, pour des gens et des familles ordinaires. Mais l’explosion des coûts se répercute tout autour.

L’Association des professionnels en construction du Québec (APCHQ) suit la situation de près. Les rapports ne sont pas précis, mais il est clair que les acheteurs asiatiques sont de plus en plus nombreux. Et on ne s’en réjouit pas automatiquement. Tous les nouveaux projets, même moins courus par les étrangers, risquent de coûter plus cher. L’accessibilité à la propriété va en pâtir.

Montréal est loin d’être seule dans son cas.

À travers le Canada, l’ébullition des coûts engendrés par la demande venue d’Asie a déséquilibré le marché. À Vancouver, la valeur médiane d’une maison unifamiliale atteint maintenant 1,4 million de dollars, au moins 20 fois le revenu disponible médian d'une famille ! Aussi bien dire que l’accès à la propriété est devenu pratiquement impossible pour les citoyens de longue date. À Victoria, le ratio grimpe à 22,5 !

Mais étant donné la faiblesse relative du dollar canadien, la facture demeure acceptable pour les fortunés asiatiques, chinois ou autres, qui aiment aussi la stabilité politique, économique et sociale du Canada.

C’est pour endiguer cette hausse devenue incontrôlable que les autorités de Vancouver ont instauré une taxe qui frappe les non-résidents. Vous achetez mais ne participez pas à l’économie locale ? Pire, vous faites grimper les prix ?

Depuis août 2016, une taxe de 15 % s’applique sur tout achat d’une propriété fait par des non-résidents. Victoria a suivi en 2017. La demande déjà forte s’est alors transposée vers Toronto, qui a fini par imiter le geste.

Les prix devenus astronomiques commencent à baisser à Vancouver et à Victoria, ils se maintiennent tout juste à Toronto, mais dans le Grand Montréal, du premier trimestre 2018 à celui de 2019, ils ont grimpé de plus de 5 %, et c’est encore plus prononcé au coeur de la ville.

Montréal n’a toujours pas édicté le genre de taxes maintenant en vigueur à Toronto et en Colombie-Britannique. Mais on y songe. Pourquoi ?

De toute évidence, non pas parce que les promoteurs immobiliers se plaignent de la hausse des coûts de construction provoqués par cet engorgement. Mais cet engorgement percole sur toutes les nouvelles habitations, ce qui risque de se traduire par une hausse du prix des loyers, alors même que le parc de logements à louer recommence à fondre à Montréal.

Faudra-t-il imaginer ici le même genre de taxes qui puissent servir de frein à la spéculation qui a abîmé le marché immobilier de Vancouver ?

Même des promoteurs immobiliers s’inquiètent de cette surchauffe qui leur profite pour l’instant. On préfère toujours une augmentation graduelle et raisonnée qui ne risque pas d’enflammer les coûts à plus long terme.

Montréal est en train de devenir LA destination prisée par les acheteurs étrangers non résidents, refroidis par les taxes qu’on leur impose à Vancouver et à Toronto.

Mais pour les particuliers en quête d’un beau condo au centre-ville de Montréal ou autour, cet embrasement n’est pas de bon augure.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait un ratio erroné entre le prix des maisons à Vancouver et le revenu disponible des habitants de la ville, a été corrigée.

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2 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 12 avril 2019 07 h 18

    Le Devoir possède-t-il des réviseurs ?

    "Les chiffres les plus récents (en provenance de la firme spécialisée JLR) situent à 3,4 % le pourcentage de transactions immobilières attribuables à des non-Canadiens en 2018, ce qui représente une hausse de 28 % en 2017." (PAR RAPPORT à 2017)

    "[...] on dit que Montréal est en train de devenir LA destination prisée au Canada pour les riches acheteurs chinois attirés par le marché local, perçu comme une aubaine par rapport à Toronto, ou plus encore Vancouver." (CELA EST RÉPÉTÉ À LA FIN DE L'ARTICLE.)

    "Mais cet engorgement percole sur toutes les nouvelles habitations, ce qui risque de se traduire par une hausse du prix ces (DES) loyers pour les non-locataires (LE PRIX DES LOYERS POUR LES... NON-LOCATAIRES ???), alors même que le parc de logements à louer recommence à fondre à Montréal."

    • Yves Mercure - Abonné 13 avril 2019 21 h 47

      Non... de multiples errances s'y retrouvent désormais par la grâce de la mécanique informatique !