La page blanche du PLQ

Il est vrai que les responsabilités de chef de parti sont difficiles à concilier avec celles de père d’une jeune famille. On ne peut certainement pas blâmer André Fortin de privilégier celle-ci, mais la situation précaire du PLQ a sûrement facilité sa décision.

On a beau dire que les choses peuvent changer rapidement en politique, les chances que le PLQ remporte l’élection de 2022 paraissent très minces. La reconstruction s’annonce longue et ardue. Le jour où le PLQ semblera voir le bout du tunnel, le chef usé par des années dans l’opposition risque fort d’être sacrifié sur l’autel du pouvoir. Pierre Moreau et Sébastien Proulx, qui ont déclaré forfait d’entrée de jeu, en étaient bien conscients.

On dit souvent que le PQ dévore ses chefs, mais le PLQ est encore plus impitoyable envers les perdants. Claude Ryan, qui avait été accueilli comme un sauveur en 1978, a survécu 16 mois après à la défaite d’avril 1981 avant de lancer la serviette. Jean Charest a échappé au même sort après celle de 1998 simplement parce que le PLQ avait obtenu plus de votes que le PQ. Même réélu dans Roberval, Philippe Couillard n’aurait pas fait vieux os.

Un chef défait qui s’accroche doit s’attendre à vivre de pénibles années. Entre 1998 et 2003, M. Charest avait été constamment sur la corde raide. Chaque conseil général du PLQ, il était presque gênant de le voir détailler son emploi du temps, comme s’il sentait le besoin de justifier son maintien en poste.

En avril 2000, le président du conseil d’administration, André Fortier, avait exprimé brutalement la déception des milieux d’affaires. « Il faut qu’on ait mieux que ça », avait-il lancé sur les ondes de TVA. Trois semaines plus tard, le magazine L’actualité rapportait sans le nommer les propos d’un ancien ministre libéral selon lesquels M. Charest n’avait pas l’envergure intellectuelle requise.

 
 

André Fortin était perçu comme la vedette montante et le chouchou de l’establishment du parti, mais rien n’assure qu’il aurait pu faire la traversée du désert avec la même résilience que l’ancien premier ministre.

Le député de Pontiac a démontré un réel talent pour la politique depuis son entrée à l’Assemblée nationale. Alors que le ministre des Transports avait été un véritable casse-gueule pour ses prédécesseurs, M. Fortin s’en est sorti indemne. À 37 ans, il peut cependant se permettre de passer un tour et d’attendre des jours meilleurs.

Plusieurs lui ont trouvé une ressemblance avec Robert Bourassa, mais ceux qui souhaitent voir le PLQ renouer avec son passé nationaliste se demandaient si cet homme, qui a fait ses classes dans les officines libérales à Ottawa, était réellement l’homme de la situation. On n’a jamais senti chez lui un quelconque intérêt pour l’affirmation de la spécificité québécoise.

Il est vrai que le PLQ, dont la grande majorité des députés ont été élus grâce à l’appui des non-francophones, ne semble pas prêt à prendre les moyens nécessaires pour se reconnecter avec la majorité francophone.

Quand Alexandre Taillefer a osé dire qu’il devrait se positionner dans la défense du français et s’employer à « faire évoluer le Canada », il a été rapidement rappelé à l’ordre. M. Taillefer n’était sans doute pas le messager idéal après sa performance désastreuse à la présidence de la campagne électorale, mais les libéraux auraient eu intérêt à se concentrer sur le message.

 
 

« C’est un peu une page blanche en ce moment, le Parti libéral. Ça, c’est intéressant pour n’importe quel parti politique », a déclaré M. Fortin. À la condition d’avoir quelque chose à écrire.

En réalité, le PLQ souffre du syndrome de la page blanche depuis longtemps.

Philippe Couillard avait promis de refaire du PLQ ce lieu de réflexion qui avait jadis jeté les bases de la Révolution tranquille, mais il est vite retombé dans la torpeur intellectuelle qui avait caractérisé les années Charest.

Loin de se renouveler, il s’est plutôt transformé en « machine à ramasser de l’argent », comme l’a déploré un de ses anciens présidents de l’ère Bourassa, Robert Benoît. La commission Charbonneau a cassé la machine, mais rien ne l’a remplacée.

La députée de Saint-Laurent, Marwah Rizqy, dont le franc-parler est décidément rafraîchissant et qui ne cache pas ses ambitions, a dénoncé à mots à peine couverts la pauvreté des propositions libérales lors de la dernière campagne électorale. « Je travaille sur une plateforme pour 2022 parce que ce n’est pas vrai qu’on va se présenter devant les Québécois avec des pailles en bambou et une deuxième carte d’assurance-maladie », a-t-elle déclaré.

La course à la chefferie, dont le conseil général du PLQ définira les règles au conseil général du début de mai, devrait en principe être l’occasion d’un grand brassage d’idées. Encore faudrait-il qu’il y ait une course digne de ce nom.

Après le retrait de M. Fortin, Mme Rizqy et l’ancienne vice-première ministre, Dominique Anglade, sont les seules à être officieusement dans les rangs. Si l’idée de confier la direction du parti à une femme pour la première fois est séduisante, il serait certainement dans l’intérêt du PLQ qu’au moins un candidat vienne de l’extérieur de Montréal.

Certains auraient même tenté de convaincre Sam Hamad de se porter volontaire. C’est dire à quel point ils sont désespérés.

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