L’OTAN, pourquoi?

À quoi sert l’OTAN ? Soixante-dix ans après la signature du traité fondateur de cette alliance née de la guerre froide (1945-1989), la question se pose à nouveau. Dans un contexte de divisions internes sans précédent.

La « question existentielle » de l’Alliance atlantique revient périodiquement. Après la chute de l’URSS, cette organisation militaire, vilipendée à gauche comme « outil de l’impérialisme », n’allait-elle pas devenir obsolète, du fait de la disparition de l’ennemi ?

En 1989, le mur de Berlin tombait ; l’Europe de l’Est était libérée du joug soviétique ; l’Occident se déclarait vainqueur… Alors, pourquoi continuer ?

J’avais rencontré à l’époque, pour Le Devoir, le secrétaire général de l’organisation, l’Allemand Manfred Wörner. Dans un français impeccable, il me répondait que « non, l’OTAN [n’était] pas obsolète » ; que le monde nouveau de l’après-guerre froide serait « instable et incertain » (bien vu)… Et que même si l’ennemi nommé pacte de Varsovie avait disparu en juillet 1991, il fallait plus que jamais un « pôle de stabilité », celui d’un Occident « vainqueur et responsable ».

Il était question de « missions de paix aux confins de l’Europe », de « forces de déploiement rapide », etc. Tout de suite après la chute du mur, ce fut la guerre de Yougoslavie. L’OTAN a essayé de jouer un rôle… Ravagé par le cancer, le visage de Manfred Wörner (mort en 1994) s’est décomposé au fur et à mesure qu’apparaissait l’impuissance tragique de l’Europe et de l’Alliance devant la guerre de Bosnie.

Après le 11 septembre 2001, l’OTAN a voulu se redéfinir par « la lutte contre le terrorisme ». Elle n’ira pas en Irak… mais se joindra aux États-Unis dans les sables mouvants de l’Afghanistan. Tant bien que mal, elle se trouvait toujours des raisons d’exister… Il y avait toujours l’idée que les Européens devaient s’unir, politiquement et militairement. On a donc pris ce « machin » qui existait déjà, y invitant de nouveaux membres…

Les Russes disent aujourd’hui avoir été trahis, dans les années 1990 et 2000, par cette extension « impérialiste ». Mais c’est oublier qu’à l’époque, les Polonais, les Baltes et les autres venaient gratter à la porte, de façon insistante : ils en voulaient, de l’OTAN ! Un pays souverain n’est-il pas libre de choisir ses alliances ? Surtout lorsqu’on a dans la mémoire 40 années de domination soviétique…

 
 

Toujours est-il que l’organisation, de 12 États membres à l’origine, est passée à 29. Et elle est — encore et toujours — considérée comme l’ennemi principal par Moscou. Poutine est obsédé par l’Alliance ; il va jusqu’à prétendre que le véritable agresseur en Crimée ou dans l’Ukraine de l’Est, c’est « l’OTAN, instrument de puissance des États-Unis » !

Une rhétorique constante depuis les années 1950. Mais ce qui est nouveau depuis 2017… c’est qu’en face, à la Maison-Blanche, on dit aussi beaucoup de mal de l’OTAN !

Obsolète : encore ce mot… À peine arrivé au pouvoir, Trump déclare l’organisation « obsolète et coûteuse ». La sécurité des Européens face à la Russie est le cadet de ses soucis… Il répète que les Européens ne payent pas assez ; qu’ils « arnaquent » même les États-Unis. Ils doivent donc, ordonne-t-il, relever leurs contributions : c’est le fameux objectif de 2 % du PIB en matière de défense. Sinon, les États-Unis claqueront la porte !

Au sommet des 70 ans, à Washington, la semaine dernière, et malgré les propos lénifiants du secrétaire d’État, Mike Pompeo, les choses n’ont pas semblé s’arranger.

Malgré les voix parfois discordantes de la Défense ou du Département d’État, la Maison-Blanche continue de manifester la plus grande sympathie envers le Kremlin. M. Trump a déjà dit : « La Russie n’est pas une menace. » Il ne rate pas une occasion d’envoyer des piques contre l’Union européenne et contre sa cible favorite, la très détestée Angela Merkel.

Le Norvégien Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Alliance, a déclaré la semaine dernière : « Soyons francs. Des questions se posent des deux côtés de l’Atlantique sur la force de notre partenariat. Nous avons de sérieuses divisions. » Des propos qui, sans nul doute, ont été bien enregistrés à Moscou… mais aussi à Pékin.

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Ici Radio-Canada.

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10 commentaires
  • Gilles Tremblay - Inscrit 8 avril 2019 04 h 18

    L'OTAN pourquoi faire? Devrait-on lire.

    On a compris à quoi sert l'OTAN aujourd'hui. Puisque la guerre froide est maintenant chose du passée, l'OTAN ne sert strictement plus qu'à foutre de l'argent dans les poches des fabricants d'armes des É.-U. et à alimenter un état de paranoïa planétaire digne du délire de l'administration de la Maison-Blanche à Washington. Dernièrement, Trump a fait pression et chantage sur L'Europe pour qu'ils augmentent, au sein de l’OTAN, leurs parts d’investissements économiques dans le militaire. Pourquoi? Réponse : La Belgique va acheter 34 F-35 Américains. Il en est de même pour les achats de l'Italie et des Pays-Bas. Donc, à quoi sert l'OTAN ? À rien d'intelligent, du moins, pour les Européens. Il serait temps qu'ils pensent à se faire leur propre armée européenne libre des contraintes protectrices militaro-industrielles des É.-U. à fort prix ainsi qu’aux séances de chantage infectes de Trump.

  • Pierre Jasmin - Abonné 8 avril 2019 08 h 05

    L'ONU a un besoin vital de l'argent gaspillé pour l'OTAN

    Le Canada a progressé pendant 40 ans avec pour objectif le renforcement de l'ONU et des ses Casques Bleus.
    Depuis l'arrivée au pouvoir de Paul Martin, le pays a misé sur l'OTAN et Trudeau vient de mettre 60 milliards de $ pour fabriquer des navires de guerre Irving-Lockheed Martin qui ne créeront que davantage de réfugiés par des guerres absurdes. N'oublions pas que le général canadien qui sous les ordres de l'OTAN a bombardé la Libye en 2011 travaille maintenant pour Lockheed Martin.
    La paix exige, M. Brousseau, plus de clarté dans vos propos. Pourquoi pas une référence à l'imparfait document suivant qui a 2 ans?
    http://lautjournal.info/20170328/ou-va-le-canada-a

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 avril 2019 08 h 25

    Quinze milliards $ qui n’iront pas annuellement à l’environnement

    À sa première campagne électorale, Pierre-Elliott Trudeau promettait le retrait du Canada de l’OTAN, une promesse que le fédéral tarde à réaliser.

    De nos jours, l’OTAN essaie de se trouver une raison d’être en exagérant la dangerosité de la Russie, notamment.

    En 2014, les États membre de l’OTAN ont décidé de déclencher une nouvelle course aux armements.

    À l’heure actuelle, le risque de guerre mondiale est nul puisque la force militaire américaine est de 5 à 10 fois supérieure à celle de la Russie.

    Non seulement cette course à l’armement est-elle absurde dans le contexte actuel, mais entraine le désir irrépressible de n’importe quelle haute hiérarchie militaire de s’amuser avec ses nouveaux jouets.

    C’est ainsi que l’OTAN a reversé Kadhafi en Libye, livrant ce pays au chaos et à l’anarchie. Et les tonnes d’armements donnés à quiconque voulait renverser Kadhafi ont diffusé dans le Sahel, représentant un risque sécuritaire considérable pour les pays voisins comme le Mali et la fragile démocratie tunisienne.

    Le gouvernement canadien s’est donc engagé à doubler les dépenses militaires du pays d’ici 2024.

    C’est ainsi que le budget de la Défense passera de 1% à 2% du Produit intérieur brut canadien. En clair, c’est une dépense récurrente de quinze-milliards$ par année.

    Comme le défunt contrat des chasseurs F-35, il est à prévoir qu’il s’agira pour le Canada d’acheter du matériel militaire américain pour lequel notre pays n’obtiendra que très peu de retombées économiques.

    Pour une famille de quatre personnes, cela équivaut annuellement à 2 000$ de taxes et d’impôts supplémentaires.

    Ce n’est qu’une question de temps pour qu’un nouveau parti au pouvoir décrète la rigueur budgétaire, coupant dans les transferts fédéraux qui supportent le filet de protection sociale, les dépenses militaires étant intouchables en vertu d‘obligations internationales’ que nous nous sommes librement imposées.

  • Gilles Bonin - Abonné 8 avril 2019 09 h 11

    L'Otan

    serait sûrement mieux adaptée au monde d'aujourd'hui si l'Europe avait sa propre force de défense effective... ainsi le leadership de l'alliance serait mieux équilibrée. En effet, l'Otan souffre du diktat de facto des USA, ce qui est totalement dépassé et un grosse faiblesse face à une Russie, faible, mais sur-armée et particulièrement atomiquement et une puissance «assez» maligne pour utilier très efficacement les technologies modernes de communications comme arme offensive; face aussi à la montée en puissance de la Chine qui avec le temps ne se contentera pas du terrain éconimique pour imposer sa prédominance. Nous avons besoin d''une Otan complètement rénovée, alliant les USA et l'Europe et quelques nations associées comme le Japon , le Canada, l'Australie, etc, formant une force unie et non sous la sujétion américaine seulement et pour ses seuls itérêts.

  • Pierre Fortin - Abonné 8 avril 2019 11 h 48

    « Les traités sont comme les jeunes filles et les roses : ils durent ce qu’ils durent. » – Charles de Gaulle, au sujet de l'Otan, 1963


    Pour justifier aujourd'hui l'existence de l'Otan il faut absolument un ennemi de taille et c'est précisément la base de la géopolitique atlantique : les méchants Russes veulent nous envahir!

    Pourtant, quiconque s'intéresse le moindrement à la question en étudiant la politique étrangère de la Fédération de Russie ne trouvera matière à construire un tel scénario, sauf si on gobe naïvement le discours néoconservateur. Beaucoup d'affirmations alarmantes et gratuites sont propagées par nos médias, dont le Devoir, sans qu'on prenne la peine de se questionner et de faire valoir nos véritables intérêts. Le dernier à avoir abordé le sujet du bout des lèvres est Stéphane Dion qui préconisait un dialogue sain avec la Russie. On sait ce qu'il lui est arrivé et il faudrait maintenant savoir ce qu'en pense Mme Freeland.

    On a beau diaboliser le méchant Vladimir, mais personne à ce jour n'a su opposer d'argument valable à sa doctrine stipulant qu' "il ne peut y avoir de paix que collective". On peut se poser la question autrement : comment faire la paix tout en se défaisant du complexe militaro-industriel US qui compte pour 1 000 miliiards U$ dans son économie et emploie des dizaines de milliers de travailleurs spécialisés.

    Votre rencontre avec Manfred Wörner vous a certes impressionné, mais il n'était pas seul dans la partie et il convient de rappeler le déroulement des événements de 1991.

    Suggestion :
    1) « L’OTAN ne s’étendra pas d’un pouce vers l’est » par Philippe Descamps, Le Monde diplomatique : https://www.monde-diplomatique.fr/2018/09/DESCAMPS/59053

    2) La déclassification des archives nationales US pour remettre les horloges à l'heure sur ce qui a vraiment été dit côté US : https://nsarchive.gwu.edu/briefing-book/russia-programs/2017-12-12/nato-expansion-what-gorbachev-heard-western-leaders-early

    Avant de répondre à votre question il faut préciser quelle est la vraie menace qui pèse sur l'Occident. Peu osent se la poser.